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TANNAGE

Le tannage a pour effet de combiner la peau avec une substance «pable de former avec elle un produit imputrescible et moins periDéable à l'eau. Le tannin, que Ton rencontre dans un certain nombre de végétaux et surtout dans l'écorce du chône, jouit de cette propriété au plus haut degré; il sert exclusivement en France à l'usage que nous venons d'indiquer.

Les écorces propres à la tannerie sont celles de chêne, de sapin, de hêtre, de châtaignier; mais la première est généralement préférée : dans certains pays, tels que l'Angleterre et les Etits-lJnis, on n'en emploie pas d'autre. Dans le nord de TEurope, où les chênes sont plus rares, on utilise l'écorce des sapins, qui sont plus ahondants. En France, on récolte des écorces à tan dans les d«'partements des Ardentes, de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse, de la Nièvre, de l'Yonne, <ie Saône- et-Loire , de la Côte-d'Or, d Illc-ct-Vilaine , des Deux- Sè>Tes, de la Gironde, de la Haute-Garonne, de Vaucluse, de 'Hérault, des Bouches-du-Rhône, du Var, de la Corse.

L industrie du tannage est pratiquée dans toutes les parties de la

:25i INDUSTIUES IMiÉPAUATOlRES.

Franco, mais les villes où elle est le plus développée sont Paris, Lyon, IJordeaux, Marseille, Nantes. Les peaux employées sf^ont principalement celles de taureau, de vache, de buffle, de veau, de cheval, etc.; elles proviennent des animaux tués dans nos pays, ou sont imiiorlées en France des principaux ports de rAraérique méridionale. Les races bovine et chevaline se développent avec une grande promptitude dans les plaines immenses de rAmériquc du Sud et de TAustralie. Les bœufs et les chevaux errent en liberté par bandes innombrables dans les excellents pâturages de ces régions, et les troupeaux fournissent à rindustriedes cuirs trés-estimés ; nous citerons ceux de Buenos-Ayres et de Caracas.

Les peaux, avant le tannage, se divisent en trois catégories : les peaux fralc/ics, comme celles qui sont vendues par les bouchers, les peaux salées et les peaux desséchées. C'est dans ces deux derniers états que nous arrivent celles de l'Amérique du Sud ; on a dû les sakr ou les dossé(;her pour les conserver jusqu'au moment où elles subissent Topéralion du taimage.

Les peaux de buffle et de bœuf servent à la fabrication des cuirs forts employés pour semelles; les peaux de vache, de veau, de cheval, à la fabrication des cuirs vvnts. Les procédés de tannage ne sont pas les mômes suivant que Ton se [jropose d'obtenir les uns ou les autres.

Quand il s'agit do faire des cuirs tuous^ on doit d'abord laveries peaux pour les r<imollir et leur faire perdre le sang qu'elles contiennent. Ce lavage s'exécute autant que possible dans une eau courante; il ne dure que deux ou (rois jours pour les j^eaux fraîches, mais il est plus long pour les peaux sèches et pour les peaux salées.

Il faut ensuite arracher les pjuls et les morceaux de chîiîr qui sont adhérents à la peau ; mais cela ne peut se faire qu*à amdition d'attaquer sa surface par un agent chiuïique qui diminue l'adhérence des poils pour le cuir. Cette opération, (luel'on i\\)i)e\\e pe/amit/e, consiste à passer successixenient les peaux dans des cuves uominùQs pe/aws, contenant un lait de chaux, dont la concentration va en croissant d une cuve h l'autre. Le i>elanage dure de quinze jours à trois semaines, tl chaqur jour, les ouvriers doivent lever deux fois les peaux pourn^nr»u- \eler les surfaces.

\m\i Q\\^u\\o \q flé//ourrafjc ou épi/affe qui, comme son nom i'indi(]ur, consiste h enlever le poil, ce (pii se feit en plaçant les peaux sur un chevalet ((if;. I(>3) et en les raclant de haut en bas avec un couteau émoussé dit couteau roiut: ensuite on les lave et on les racle avec un couteau tranchant à lame circulaire pour cidever la chair et les impu-

|ui rcslenl attachées à lu siirfaœ. l'uis on doit adoucir le grain, ': du poil, avec une pierre à aiïuter emmancliée comme le couteau t sppeliie qvœurce; enfin on nettoie facilement les deux faces de I avec un couteau à lame circulaire, jusqu'à ce que l'eau de fc bien limpide. Dans ces différentes opérations on n'a pas

§FiO, ICI. — Travail iln? \-pm\ !lir \- cIipï^iIoI, pour but de nettoyer la surface de la peau, mais d'en faire toute la chaux que le pclanage y a déposée et qui nuirait aux ions suivantes.

peaux de vache doivcnl avuir le plus de souplesse possible cl it un travail supplémentaire, qui est le f<iulttijc. Apr^s les façons lentes, qu'on appelle souvent façons de rivière, quatre hommes 'un pilon de bois dur frappent ^ur les peaux placées dans

256 INDUSTRIES I^REPARATOIRES.

baquet contenant un peu d'eau. Ils rompent ainsi le nerf de h pea ce qui lui donne de la douceur et de la souplesse.

Après avoir été ainsi nettoyées, les peaux sont soumises à Tacti du tan ou écorce de chêne hachée, séchée et pulvérisée. Cette a ne doit pas être trop brusque, mais graduelle, pour permettre au de s'assouplir. Aussi, avant l'opération du tannage proprement fait-on passer les cuirs dans une dissolution faible et légère d'écoi de chêne appelée passement.

Ce passement est enfermé dans une cuve où Ton empile les peain elles y restent un mois et, pendant ce temps, on renouvelle quai fois récorce sans changer le liquide. Le séjour au milieu du passemi assouplit le cuir et commence le tannage.

On procède alors au tannage proprement dit : On superpose peaux dans des cuves de bois ou de maçonnerie, en les séparant des couches de tan, puis on y fait arriver une qucintité d'eau suffisante.; L'eau est rintermédiaire nécessaire entre la peau et le tannin; dlej dissout ce dernier, pénètre avec lui dans la peau et facilite la forraati du composé imputrescible. Le séjour dans les fosses varie avec la nat des cuirs : les peaux de vaches i^eçoivent trois poudres, c'est-à qu'on renouvelle trois fois la poudre, en ayant soin à chaque fois de détacher la tannée qui est adhérente; la première puudre dure trois mois et les deux autres quatre mois.

Les peaux destinées à faire des cuirs forts sont, comme nous l'avons dit, celles de bœuf, de buffle, etc. Leur préparation diffère un peu du trailement que nous venons de décrire. Le pelanage à la chaux est supprimé, parce qu'il rendrait le cuir trop poreux; il est remplacé par une Fermentation qui facilite l'épilage. Cette fermentation est produite de deux manières :

On peut opérer par échauffe naturelle^ c'est-à-dire qu'après avoir ! empilé les peaux, on les abandonne à elles-mêmes jusqu'à ce qu'un commencement de fermentation s'établisse spontanément. Il faut avoir soin de visiter souvent la pile, afln de saisir le moment où la fermentation doit être arrêtée, et ne pas attendre que le poil tombe trop facilemcnt. Le poil doit crier en s' arrachant; si la fermentation continuait trop longtemps, le cuir se trouverait altéré. Cette méthode s'emploie surtout pour les peaux fraîches.

On peut aussi placer les peaux dans une chambre que l'on chauffe de nianiiTc à élever la température et faciliter la fermentation. Deui ou trois jours sufûsent en été, huit jours en hiver; on introduit dans les chambres à fermentation une certaine quantité de vapeur d'eau.

On procède ensuite à l'épiiage comme pour les cuirs mous, et 1 on

CORROIERIE. 257

it gonfler les peaux en les soumettant à l'action de jus de tan qui se mt aigris dans les fosses; les premiers bains doivent être peu )ncentrés : au bout de huit jours, le cuir commence à s affamer^ 9mmc disent les tanneurs ; il faut alors le nourrir en lui donnant es bains plus forts, sans quoi TefTet produit par les premiers se étniiraity le cuir retomberait. Après douze jours on commence le annage. Les cuirs forts pour semelles doivent recevoir quatre poutres : la première est de neuf semaines, les deux suivanles de quatre nois et la dernière de cinq mois.

Le cuir pour semelle doit <Hre battu pour acquérir de la compacité. Test la seule opération qu'il subisse après le tannage : dans les grands établissements, elle se fait avec de puissants marteaux mus mécaniquement.

CORROIERIE

Les cuirs destinés à d'autres usîigcs qu'à la fabrication des semelles de chaussures subissent différentes préparations qui les assouplissent elles mettent en état de servir aux besoins de Tindustrie. Ils passent pour cela, en sortant des mains du tanneur, dans celles du corroyeur, qui les met d'abord tremper dans Teau ; lorsque le séjour au milieu de ce liquide les a suffisamment amollis, il les butte, c'est-à-dire qu'à l'aide d'une lame d'acier, appelée étire^ il enlève les chairs encore adhérentes aux cuirs.

Cette opération est suivie d'un travail qui consiste à faire disparaître les inégalités de la peau et à la mettre à l'épaisseur voulue. Autrefois cela se faisait à la main au moyen d'outils tranchants qui occasionnaient des déchets considérables. Aujourd'hui les cuirs sont refendus à l'épaisseur voulue par une machine à refendre^ qui se compose d'un couteau flxe aigu, contre lequel la peau se trouve poussée par un rouleau faisant office de laminoir : la peau en passant contre ce couteau est refendue, suivant son épaisseur, en deux lames, dont Tune a l'épaisseur uniforme que Ton a voulu lui donner ; l'autre d'épaisseur irrégulière, au lieu de passer dans les déchets, est employée comme peau de qualité inférieure.

Après la refente ou tranchage^ on assouplit le cuir en l'étendant sur une table et en le frottant avec une marguerite (dg. 164). Cet instrument, en bois de poirier, a la forme d'un arc de cercle cannelé ; il est muni d'une poignée qui permet de le tenir et d'appuyer en frottant sur le cuir. Cette opération se fait d'abord du côté de la fleur ou épiderme, ensuite du côté de la chair. Dans le premier cas,

l.NDUSTIÏIES PRÉPAKATOHIES.

,.. -.. .,., wO cotrompt le cuir, dans le second, qu'on le rebmim.

Puis on met au vent, c'esL-à-dire qu'avec une iHire on frolle le cuif I sur une lable, de manièriJ îi faire sortir la chaii\ qu'il a pu rapporter i du tannage. |

Ensuite on met le ctiir en huile, afln de le nourrir et de rcmpteher | de durcir à l'usage : pour cela, après l'avoir étaliJ sur une table de 1 marbre, on étend îi sa surface, à l'aide d'une brosse, une couche I

d'huile ou de dùgras. On laisse sécher, et on enlève par le décrassage l'excès de dégras sur la chair et sur la fleur.

Enfln vient le blanchissage, qui ronsislo à unir la peau étalée sur une table en la rodant à l'aide d'une étire ; ce travail est suivi du tirage au liège, opération par laquelle on adoucit la surface de la peau au moyen d'une marguerite de liège.

Il n'y a plus maintenant qu'à cirer le cuir, ce qui se fait en l'enduisant, avec une brosse, de cirage noir formé d'huile, de noir de fumée et de suif, qu'on incorpore ensuite et qu'on répartit également en frottant avec une lame d* glace dont l'épaisseur sert deracloir. Le brillant est donné par une couche de colle étendue avec une éponge.

La corroierle comprend encore, dans certains cas, d'antres opéra-

MÉGISSËHIË, GIIAMOISEHIË. 259

is que nous laisserons de côté. Nous dirons seulement quelques ts de la préparation des cuirs ve?nis,

Lprès avoir subi les opérations premières que nous venons de dé- •e, les cuirs destinés à être vernis passent à Yapprétage. Ce travail our but de boucher les pores de la peau en étendant à sa surface mélange d'huile de lin, d'oxyde de plomb et de terre d'ombre. On ine plusieurs couches de cet apprêt et Ton polit à la pierre ponce es chaque couche ; puis on délaye le même apprêt dans Tcssence térébenthine, et on Tétend au pinceau; c'est ce qu'on appelle mer la couleur. Les diverses couches d'apprêt et de teinture doiit être séchées dans des étuves avant d'être poncées. Enfin, après âr nettoyé la surface de la peau, on y appUque le vernis. Chaque ricant conserve secrète la composition de son vernis, mais on peut e qu'il est essentiellement formé d'huile de lin siccalive et colorée r du bleu de Prusse et du bitume de Judée. La cuis>on du vernis mande beaucoup d'expérience et d'habileté ; elle est ordinairement nmencée à Tétuve et finie au soleil.

MEGISSERIE.

Les mégissiers rendent les peaux imputrescibles par l'action de lunetdu sel; ils traitent les peaux de mouton et de chèvre destinées a ganterie. L'épilage est préparé par l'action de la chaux et de •rpin (sulfure d'arsenic). Ces deux corps sont employés, soit à l'état 1 bouillie a\ec laquelle on barbouille le côté de la chair, soit sous rrae de dissolution aqueuse que l'on fait arriver dans des cuviers où ma empilé les peaux. Puis Ton soumet celles-ci à l'action de couaux qui les épilent, les écharnent, en brisent le nerf et les assouissent. Cette opération s'exécute à l'aide de chevalets analogues à ux dont se servent les tanneurs. Les peaux sont aussi foulonnées ins des baquets, afin d'en exprimer la chaux et le suint ; puis on leur il subir une fermentation dans un mélange de son et de froment, l'on appelle confit : cette fermentation, dont la durée varie suivant saison, a pour but d'assouplir la peau, qui est ensuite imprégnée tine pâte composée de farine, d'œufs, d'alun et de sel, et mise à l'air ire où elle se sèche. Certaines peaux, comme les fourrures, doivent «server leurs poils; on les soumet aux mêmes opérations, moins pilagc.

2C0 INDUSTRIES PRÉi»AKAT01KES.

CUAMOISERIE.

Le chamoiseur emploie les mêmes peaux que le mégîssier, et les premières opérations qu'il leur fait subir sont les mêmes. A la sortie du bain de son, il imprègne la peau d'huile de poisson par des foulonnages répétés; cette huile remplace le mélange d'œufs, de farine, d'alun et de sel. Elle est incorporée par un grand nombre de foulonnages séparés les uns des autres par une dessiccation à Tétuve.

On appelle maroquin des peaux de chèvre grainées et teintes en diverses couleurs. Oiî emploie aussi pour cette fabricalion les peaux de mouton, qu'on désigne alors sous le nom de moutons maroquinésj et qu'on travaille de la môme manière que les peaux de chèvre.

Quand il s'agit de faire du maroquin rouge, il faut teindre avant de tanner. La peau de chèvre reçoit d'abord les façons de rivière qui, à cause de sa nature sèche et aride, sont plus nombreuses que pour les autres peaux. L'épilage peut s'exécuter par les procédés ordinaires, mais généralement on préfère étaler du côté de la chair ] un mélange de chaux et d'orpin, replier la peau en quatre et Tabandonner dans cet état pendant vingt-quatre heures. Ce procédé a l'avantage de ne pas saHr la laine, comme le fait la chaux des pelains.

Les peaux sortant du travail de rivière sont cousues deux à deux par leurs bords, la fleur en dehors, de manière à former des sacs que Ton passe d'abord dans un bain de chlorure d'étain, puis dans un bain de cochenille. Le chlorure d'étain sert de mordant et fixe sur la peau la matière colorante de la cochenille. Après rinçage, on tanne. Pour cela, on découd le sac sur Tun des côtés, et Ton y introduit du sumac (on appelle ainsi la poudre obtenue par la trituration des tiges et des feuilles de certains arbrisseaux riches en tannin). Après a\(»ir insufflé de l'air dans les sacs et en avoir ficelé l'ouverture, on les apte <lans deux bains successifs de sumac, et on laisse reposer. Au hout de quarante-huit heures, le tannage est effectué.

Quand on veut fiiire des maroquins destinés à recevoir une autre couleur que le rouge, les peaux sont d'abord tannées au sumac, puis séchées et mises en magasin. Avant de les teindre, on les fiiit revenir CM» les plongeant dans de l'eau à 30 degrés, puis en les soumettant à un foulonnage énergique. On les passe ensuite dans des bains colorants dont la nature varie avec la nuance que Ton veut obtenir. On

MÉGISSERIE, CHAMOISERIE. 261

comprime fortement les peaux de même couleur à Taide de la presse hydraulique pour chasser l'excès d'eau et la couleur non fixée.

Avant que le maroquin soit complètement desséché, on l'amincit avec un couteau droit, puis on le lustre avec des cylindres lamineurs de cristal. S'il doit être lisse, le travail est terminé ; s'il doit présenter un grain à sa surface, on le roule, la fleur en l'air, sous des outils zffeUs paumelles y qui sont formés d'un morceau de bois plat, plus long que large et garni de peau de chien marin dont les rugosités déterminent la formation du grain.

Au lieu de se servir de la paumelle, on imprime souvent le grain surla fleur de la peau en lui faisant subir la pression de cylindres cannelés; mais le résultat obtenu est inférieur à celui que donnel'autre procédé.

On peut faire un grain en losanges en passant sur le cuir, dans deux directions obliques l'une par rapport à l'autre, un cylindre de bois dur taillé en vis très-fine.

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