‹ La France intellectuelleChapitre 17 sur 21 · Histoire de France, préface de · texte numérisé non relu

Histoire de France, préface de

Voyez-le dans les livres suivants, descendre aux chartriers et aux charniers, pâlir sur les ossuaires et les cartulaires, s'abîmer sans fin parmi les catacombes et les tombes. Croyez-vous que s'il passe telle nuit avec telle loque de parchemin jauni, que s'il fatigue ses yeux sur un tel fragment de statue, que s'il escalade telle ruine branlante, ce soit, comme nos froids annalistes, par souci judiciaire de la vérité? Ne pensezvous pas qu'il est savant par amour, qu'il fouille les reliques, même les plus infimes, du passé de la France, comme un passionné les rubans, les faveurs, les billets d'autrefois, tout ce qui appartint, fût-ce une heure, à la bien-aimée ?

Et quand il rompt son récit par des méditations qui sont des hymnes, par des jugements qui sont des ïambes, lorsque d'un coup de ses ailes de feu, traversant les siècles, il mêle la mort à la vie, est-ce l'allure d'un doctrinaire ou l'élan d'un amant?

Michelet a aimé la France, toute la France, celle du moyen âge comme celle de l'Encyclopédie, celle de Louis XIV comme celle de Danton, il l'a aimée à toutes ses heures, dans toutes ses défaillances, dans tous ses héroïsmes. S'il a détesté des hommes, c'est qu'ils méconnurent ou mal servirent la France ; s'il les glorifie, c'est qu'ils l'adorèrent ou la sauvèrent.

Pour Michelet, il n'est qu'une France, celle qui va de l'Océan au Rhin et de Charles le Chauve à nous. La France est une « personne » intangible, une « âme de peuple ». Jeanne d'Arc et la Révolution, Y Imitation de Jésus-Christ et la Déclaration des Droits^ Notre- Dame de Paris et l'Arc-de-Triomphe , sont des moments indissolubles de son histoire, des parties inséparables de son être. Vouloir d'elle retrancher

Tun d'eux, c'est se résoudre au parricide, c'est être pire fils que n'était fausse la mère du jugement de Salomon.

Est-ce ainsi que les Français d'aujourd'hui conçoivent leur patrie ?

J'ouvre les journaux de la semaine, les Revues du mois. La Libre Parole m'apprend, à cent mille exemplaires, que nous sommes gouvernés par soixante mille Juifs et deux cent mille protestants qui ne sont pas Français. La Revue blanche m'apprend que les deux tiers de nos officiers, ayant eu des ancêtres dans l'armée de Condé, doivent être rayés de la liste des Français. Pour les uns, il n'y a pas de France avant 1789; nous datons de la prise de la Bastille, mieux encore, de la Convention. Pour les autres, la vraie France finit à Louis XIV, mieux encore, à la Ligue.

Heureux ceux qui confessent la patrie, même mutilée à la mesure de leur fanatisme I Voici venir les nouveaux littérateurs qui répondent, avec M. Paterne Berrichon , que « l'esprit national — improprement dit patriotique — est factice tt haïssable » et que « si parfois, certains d'entre eux se surprennent à être « patriotes », c'est évidemment qu'ils se sont oubliés » *. Et voici venir les anarchistes (même certains collectivistes) pour qui l'idée de la France est un fétiche à détruire, une idole à renverser....

Élevons-nous de ces régions jusqu'à l'élite que baigne un air subtil, lumineux, raréfié. J'ouvre VOrme du Mail, le Mannequin d'osier. Je feuillette ces bréviaires de dilettantisme révolutionnaire. Y

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