A SON EXCELLENCE
Monsieur le Comte Honoré MERCIER
Premier Ministre de la Province de Québec.
Quand Montcalm succomba près de votre grand fleuve, La France prit le deuil et puis se demanda Ce qu'allaient devenir dans la suprême épreuve, Là-bas, ses fils du Canada.
Ce qu'ils sont devenus ? — La réponse ici brille. Tout Français qui vous voit tressaille et se sent fier , On reconnaît en vous les traits de la famille. Nous sommes frères comme hier.
Le Canada, toujours c'est la Nouvelle- France ; Tout est Français chez vous, les cœurs, les noms, les voix; Oui, vraiment, ô patrie! après leur longue absence Ce sont tes fils que tu revois !
Vous êtes notre sang, vous êtes notre race, Nos mains serrent vos mains en traversant les mers. Et depuis cent trente ans un double amour efface Les clauses des traités amers.
Votre génie au loin a refait la patrie Et gardant notre foi, nos lois, notre fierté, Il jette à tous les vents sa devise chérie : « Vive Dieu , France et Liberté ! »
Votre cœur est loyal, vos familles prospères,
Vos fils nombreux et forts savent gagner leur pain;
Pour guide n'ont-ils pas le conseil de leurs pères :
« Aime Dieu, puis va ton chemin »? "P\j^
Ce sont bien là les mœurs de notre antique Fraije€-^(3 VJ ■*- çs.
Mais votre sol lui-même est patriote aussT^ ^-^ A' f^« ^ k '^ ^
Puisqu'un riche comté dans votre terre immense ^ ^ "R.^
S'appelle Beauce comme ici. w Q ^
En effet, comme ici la nature est propice, On la voit sous vos bras multiplier ses dons ; Le ciel dont vous cherchez noblement la justice Vous le rend bien dans vos moissons.
Les blés d'or à l'envi mûrissent dans vos plaines, Vos fleuves et vos lacs sont les routes des mers , L'été, toujours égal en ses chaleurs sereines , Sait compenser vos longs hivers.
Et sur le sol entier rayonne encor la gloire De nos communs aïeux, prêtres, colons, soldats; Dans vos champs, vos cités, tout redit la mémoire. De nos Français tombés là-bas.
Les Cartier, les Brébœuf, de la même auréole Font couronner chez vous nos héros et nos saints, Et le nom de Laval , sur votre illustre Ecole, Célèbre un de nos grands Chartrains.
D'ailleurs Chartres toujours à vos lointains rivages S'unit par des liens que notre âge a serrés; Nos Eglises sont sœurs et même vos sauvages Nous offrirent des dons sacrés.
Et je le vois encore avec son franc sourire Le prélat au grand cœur, l'un de vos chers soutiens, Dans un jour de triomphe ici venant redire Le vieil amour des Canadiens.
Aujourd'hui c'est à Vous que s'adresse notre âme, Chef d'un peuple vaillant que notre sang fonda , Ce sont nos deux pays qu'en Vous seul elle acclame : Vive la France au Canada !
L'assemblée s'est séparée ensuite aux sons d'un brillant morceau de musique exécuté par Y Harmonie Saint -Ferdinand, qui avait salué par un autre, enlevé avec le même brio, l'entrée de Ms»" Lagrange et de ses hôtes du Canada.
On gardera longtemps, à Chartres, le souvenir de cette conférence, où il nous a été donné d'entendre, sur les lèvres d'un homme qui occupe dans le gouvernement de son pays une des situations les plus élevées, l'expression de sentiments aussi chrétiens que patriotiques.
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CHARTRES. — IMPRBIERIE CARNIER.