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MISSIONNAIRES ET MARTYRS

Sceptiques ou croyants, oui, tous tant que nous sommes. Courbons ici nos fronts, ceux-là furent des hommes, Des soldats du progrès, des héros et des saints. Peut-être surent-ils mieux encor que les autres, Du Dieu , dont ils s'étaient faits les humbles apôtres, Comprendre ici les grands desseins.

On n'avait guère vu spectacle plus étrange Que cette courageuse et modeste phalange, Pleine d'ardeur mystique et de projets virils. Qui , nouveaux messagers de la parole sainte Traversaient l'univers pour se jeter sans crainte Au devant des plus grands périls.

Sol natal, amitié, rang, fortune, espérance, Famille, ils quittaient tout avec indifférence; Pas un seul qui faiblît au moment de partir. Et pourtant qu'allaient-ils chercher sur nos rivages, Sinon, après la vie errante des sauvages, La mort sanglante du martyr?

Oh 1 lorsque je parcours nos annales naissantes, Et que, tournant du doigt ces pages saisissantes, J'essaye à suivre un peu par la pensée, au fond De la forêt immense, encore inexplorée, Ces immortels semeurs de la moisson sacrée, J'en éprouve un trouble profond.

Vieux prêtres au front chauve, ou lévites imberbes. Pieds nus, mais souriant, harassés, mais superbes. Aux plus mortels dangers prodiguant leurs défis. Je crois les voir encor dans leur ardeur sans borne, Sans autre arme qu'un crucifix.

Où ? Qu'importe ! leur zèle embrasse un hémisphère ! Sous des cieux incléments, si loin, que vont-ils faire? Quel but rêvent-ils donc, qui les fait tant oser? Où donc est le secret du feu qui les consume ? C'est que leur mission en deux mots se résume : Convertir et civiliser !

Devant ces deux grands mots, point d'obstacle qui tienne. Oui, ces fiers envoyés de la France chrétienne N'ont qu'un vœu, qu'un désir et qu'une ambition : Conquérir, par l'eflfort de vertus surhumaines, Des âmes à l'Eglise ; et de nouveaux domaines A la civilisation.

Et l'un d'eux meurt de faim dans la forêt profonde ; Un autre, sur le seuil d'un village qu'il fonde , D'un coup de tomahawk a le crâne entr'ouvert ; Celui-ci s'engloutit sous la vague écumante; Celui-là disparaît, perdu dans la tourmente D'une terrible nuit d'hiver.

Ici c'est Daniel, expirant sous les balles, Là c'est Jogue et Goupil, sur qui les cannibales, De leur instinct, épuisent tout le fiel ; Plus loin c'est Lallemant, Brébœuf, d'autres encore Qui , sous le fer cruel et le feu qui dévore , Meurent les yeux levés au ciel.

Bien plus, ce même Jogues, indomptable nature, Après mainte agonie, au poteau de torture, Réussit par miracle à tromper ses bourreaux; Mais perclus, mutilé, vers ces lieux où l'attire La soif du sacrifice et l'amour du martyre, Revient mourir en héros.

O mon pays ! au cours des siècles qui vont naître. Puissent tes fiers enfants ne jamais méconnaître Ces humbles ouvriers de tes futurs destins ! Ils furent les premiers défricheurs de la lande : Conserve toujours la plus fraîche guirlande

Pour ces vaillants des jours lointains !

Et nous qui recueillons — oui , croyants ou sceptiques, — Les éternels bienfaits que ces hommes antiques. Sur notre terre vierge ont semés en passant, N'oublions pasqu'un jour l'arbre aux rameaux sans nombre, Qui protège aujourd'hui nos enfants de son ombre, A germé dans leur noble sang !

Après vos anciens missionnaires vient votre ancien drapeau, sous la plume inspirée de Fréchette.

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