‹ La France & le Canada [microforme]Chapitre 12 sur 16 · MISSIONNAIRES ET MARTYRS · texte numérisé non relu

MISSIONNAIRES ET MARTYRS

Sceptiques ou croyants, oui, tous tant que nous sommes,

Courbons ici nos fronts, ceux-là furent des hommes,

Des soldats du progrès, des héros et des saints.

Peut-être surent-ils mieux encor que les autres,

Du Dicu, dont ils s'étaient faits les humbles apôtres, Comprendre ici les grands desseins.

On n'avait guère vu spectacle plus étrange

Que cette courageuse et modeste phalange,

Pleine d'ardeur mystique et de projets virils,

Qui, nouveaux messagers de la parole sainte

Traversaient l'univers pour se jeter sans crainte Au devant des plus grands périls,

Sol natal, amitié, rang, fortune, espérance, Famille, ils quittaient tout avec indifférence ; Pas un seul qui faiblit au moment de partir.

Et pourtant qu'allaient-ils chercher sur nos rivages, Sinon, après la vie errante des sauvages,

La mort sanglante du martyr ?

Oh! lorsque je parcours nos annales naissantes,

Et que, tournant du doigt ces pages saisissantes,

J'essaye à suivre un peu par la pensée, au fond

De la forêt immense, encore inexplorée,

Ces immortels semeurs de la moisson sacrée, J'en éprouve un trouble profond,

Vieux prêtres au front chauve, ou lévites imberbes,

Pieds nus, mais souriant, harassés, mais superbes,

Aux plus mortels dangers prodiguant leurs défis, Je crois les voir encor dans leur ardeur sans borne, Sans autre arme qu'un crucifix.

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Où ? Qu'importe! leur zèle embrasse un hémisphère !

Sous des cieux incléments, si loin, que vont-ils faire ?

Quel but rêvent-ils donc, qui les fait tant oser ?

Où donc est le secret du feu qui les consume ?

C'est que leur mission en deux mots se résume : Convertir et civiliser !

Devant ces deux grands mots, point d'obstacle qui tienne. Oui, ces fiers envoyés de la France chrétienne N'ont qu'un vœu, qu'un désir et qu'une ambition : Conquérir, par l'effort de vertus surhumaines, Des âmes à l’Église ; et de nouveaux domaines

A la civilisation.

Et l’un d'eux meurt de faim dans la forêt profonde ; Un autre, sur le seuil d'un village qu'il fonde, D'un coup de tomahawk a le crâne entr'ouvert ; Celui-ci s’engloutit sous la vague écumante; Celui-là disparaît, perdu dans la tourmente

D'une terrible nuit d'hiver.

Ici c'est Daniel, expirant sous les balles, Là c’est Jogue et Goupil, sur qui les cannibales, De leur instinct, épuisent tout le fiel ; Plus loin c’est Lallemant, Brébœuf, d’autres encore Qui, sous le fer cruel et le feu qui dévore, Meurent les yeux levés au ciel.

Bien plus, ce même Jogues, indomptable nature,

Après mainte agonie, au poteau de torture,

Réussit par miracle à tromper ses bourreaux;

Mais perclus, mutilé, vers ces lieux où l’attire

La soif du sacrifice et l'amour du martyre, Revient mourir en héros.

O mon pays! au cours des siècles qui vont naître, Puissent tes fiers enfants ne jamais méconnaitre Ces humbles ouvriers de tes futurs destins!

Ils furent les premiers défricheurs de la lande: Conserve toujours la plus fraîche guirlande Pour ces vaillants des jours lointains!

Da 40 — Comme un troupeau de loups, sorti des steppes russes, Une armée, ou plutôt des hordes de Borusses, Féroces, l'œil en feu, sabre aux dents, vingt contre un, Après une razzia de Strasbourg à Verdun, Incendiant les bourgs, détruisant les villages, Ivres de vin, de sang, de haines et de pillages, Et ne laissant partout que carnage ct débris, Nouveau fléau de Dieu, s'avançaient sur Paris.

Vols, attentats sans nom, horribles hécatombes Rien ne rassasiait ces noirs semeurs de tombes. La province, à demi morte et saignée à blanc, Se tordait ct râlait sous leur talon sanglant.

Seule, et voulant donner un exemple à l’histoire, Orgueil et désespoir des rois et des Césars,

Paris, ce boulevard de dix siècles de gloire,

Foyer de la science et temple des beaux-arts,

Folle comme Babel, sainte comme Solime,

En un jour transformée en guerrière sublime,

Le front haut, l'arme au bras, narguant la trahison ! Par-dessus ses vieux forts, regardait l'horizon !

Au loin le monde ému frissonnait dans l’attente ; Qu'allait-il arriver ?

L'Europe haletante Jctait, soir et matin, sur nos bords atterrés, Ses bulletins de plus en plus désespérés. ….

On bombardait Paris!

Or, tandis que de la France,

Jouant, sur un seul dé, sa dernière espérance, Se roidissait ainsi contre le sort méchant, Un poème naïf, douloureux et touchant, S'écrivait en son nom sur un autre hémisphère. Tandis que d’un œil sec d’autres regardaient faire, — D'autres pour qui la France, ange compatissant, Avait donné cent fois le meilleur de son sang, — Par delà l'Atlantique, aux champs du nouveau monde Que le bleu Saint-Laurent arrose de son onde, Des fils de l’Armorique et du vieux sol normand, Des Français, qu'un roi vil avait vendus gaiment,

Une humble nation qu'encore à peine née, Sa mère avait un jour, hélas ! abandonnée Vers celle que chacun reniait à son tour Tendit les bras avec un indicible amour !

La voix du sang parla ; la sainte idolâtrie, Que dans tout noble cœur Dieu mit pour la patrie, Se réveilla chez tous; dans chacun des logis, Un flot de pleurs brûlants coula des yeux rougis; Et parmi: les sanglots d'une douleur immense,

à ‘‘ailion de voix cria:

À — Vive la France!

à Sous !. n115 de Québec, la ville aux vieilles tours, Dans le creux du vallon que baignent les détours Du sirueux Seint-Charle aux rives historiques,

| A lémbre «lu clo.hcr se groupent vingt fabriques. # C'est le faubourg ain: Koch, où vit en travaillant hi Une race d'élite au cœur fort et vaillant.

Là surtout, ébranlant ces poitrines robustes Où trouvent tant d'échos toutes les causes justes, Retentit douloureux ce crix de désespoir :

— La France va mourir!

Ce fut navrant.

| Un soir, Un de ces soirs brumeux et sombres de l'automne, Où la bise aux créneaux chante plus monotone, De ses donjons, à l’heure où les sons familiers,

De la cloche partout ferment les ateliers,

La haute citadelle, avec sa garde anglaise, Entendit tout à coup tonner la MARSEILLAISE,

à Mélée au bruit strident du fifre et du tambour...

Les voix montaient au loin; c'était le vieux faubourg ; Qui, grondant comme un flot que l'ouragan refoule, Gagnait la haute ville, et se ruait en foule

Autour du consulat, où de la France en pleurs, Drapeau toujours sacré, flottaient les trois couleurs.

SPrCY

Celui qui conduisait la marche, un gars au torse D'Hercule antique, avait, sous sa rustique écorce, — Comme un lion captif, grandi sous les barreaux, —

Et nous qui recucillons — Oui, croyants ou sceptiques, — Les éternels bienfaits que ces hommes antiques. Sur notre terre vierge ont semés en passant, N'oublions Pas qu'un jour l'arbre aux rameaux sans nombre, Qui protège aujourd'hui nos enfants de son ombre, À germé dans leur noble sang |

Après vos anciens missionnaires vient votre ancien drapeau, sous la plume inspirée de Fréchette.

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