Tome I
Le droit maritime de tout temps professé par la France ne reconnaît de blocus que le blocus matériel, et non cette fiction diplomatique qui tente de rompre, par une note ou un protocole» toutes les relations commerciales d'un pays.
Plusieurs armateurs français ne tinrent point compte de cette signification, que repoussaient les précédens de notre législation extérieure. Les expéditions se continuèrent dans ceux de nos ports qui étaient en relation avec les pays déclarés en état de blocus. L'escadre brésilienne, en station devant Buenos- Ayres , voulut maintenir la teneur de la déclaration diplomatique ; sept de nos navires furent capturés.
La France ne pouvait oublier ^ dignité aa point de se soumettre, malgré ses antécédens, à des prétentions qui eussent eu pour résultat de détruire toute neutralité dès qu'une nation prépondérante aurait déclaré la guerre à un pays maritime. Notre ambassadeur à Rio-Janciro reçut ordre d'obtenir des i^éparations pour les pertesque ces diverses prises avaient causées au commerce français. Ces demandes repoussées, notre gouvernement se dut de faire appuyer par une flotte les notes de son représentant.
L'amiral Roussin, qu'une longue croisière dans ces eaux, dont il o^vait relevé les côtes, désignait autant pour cette mission que sa double capacité de diplomate et de marin, reçut le commandement de cette expédition.
Ce fut le 10 mai 1828 qu'il quitta Brest.
L'escadre se composait de neuf bâtimens de guerre. Le Jean-Bart, vaisseau de 74 canons, sur lequel le contre-amiral Roussin avait arboré son pavillon; la Terpsychore, frégate de 60; trois frégates de 44, la Nymphe, l'Aréthuse et la Magicienne; les corvettes l'Isis et la Railleuse, et les deux avisos le Cygne et l*Iris,
La Bâilleuse, qui avait pris les devans jpour se procurer des renseignemens sur la situation morale du Brésil, rallia la flotte le 4 juillet, veille de son arrivée devant Rio-Janeiro.
Il n'y avait plus d'espérance d'obtenir justice par la voie de la diplomatie ; les prises avaient été vendues d'après l'arrêt des tribunaux. L'exaltation contre les Français était extrême ; le ministre chargé d'affaires conseillait de ne point faire enti'er la division dans la rade, de peur de la compromettre par suite des inquiétudes que, dans l'état des esprits, sa présence ne pouvait manquer d'exciter.
Les négocians eux-mêmes étaient divisés sur l'opportunité de cette démonstration, que crut devoir adopter le contre-amiral.
Il voulut essayer une nouvelle tentative de conciliation. Il avait eu des rapports fréquens avec Don Pedro dans son expédition précédente ; il conservait quelque espoir d'arrangement : il eût. craint; en outre, de blesser l'empereur en procé- I dant d'abord contre lui par la menace.
D'ailleurs, lors même que son entrée sur la rade eut dé tnrit l'Indépendance de ses manœuvres, en cas d'hostilité du rivage, il lui restait toujours deux partis : sortir sous la protection du droit des gens et des traités, ou prendre position devant la ville et l'écraser sous ses boulets.
Il entra donc, mais en ligne de bataille, et le branle-bas de combat fait a bord de tous les bâtimens. L'escadre , après avoir, selon Tusage, salué le pavillon brésilien, vint s'établir en ligne d'embossage à trois cents toises des quais.
L'effet qui devait suivre cette démonstration armée fut produit. Tant que la justice et le droit ne s'étaient étayés que de réclamations, on avait opposé, parole à parole, aux notes de la diplomatie, Tarrét des tribunaux; quand une flotte vint appuyer la demande avec des canons, cet ultimatum parut plus sérieux. Toutes les clameurs s'effacèrent, les Chambres elles-mêmes sentirent se refroidir leur irritation ; à peine s'il se trouva deux orateurs pour sommer le gouvernement de donner des explications sur l'entrée d'un si grand nombre de bàtimens de guerre, et protester contre cette prétendue violation du territoire brésilien.
D*un autre côté, le gouvernement se trouvait poussé dans une position critique ; il était humiliant, après la longue résistance qui avait sanctionné les arrêts de l'opinion publique et des tribunaux, de céder h la force en réparant une injustice. L'amour-propre national pouvait lui demander compte de toute transaction, où se fût trouvée méconnue Vautoritc de la chose jugée , légalisée déCnitivement par lui-même dans le décret impérial du 4 mai. D'une autre part, le délabrement des finances ne permettait guère de les grever de la dette considérable que devait constituer la reconnaissance de l'illégalité de ces prises.
L'impossibilité d'une solution diplomatique semblait donc une conséquence forcée de l'état de choses où s'étaient aventurés la nation et son empereur.
On ne pouvait d'ailleurs espérer tourner la question; bien que les intructionsdont le chef d'escadre était porteur pussent l'autoriser à quelques concessions; bien qu'une circulaire du ministre du commerce, sous la* date du 31 mars, portât :
f Qu'à l'avenir la signification préalable d'un blocus sufOrait pour le faire admettre comme effectif, et que tout navire qui se dirigerait sur le port déclaré bloqué s'exposorait à être légalement arrêté et capturé par l'escadre bloquante, »
{Moniteur du 6 avril 1828.)
Le contre-amiral Roussin était trop pénétré de ce qu'exigeait l'honneur de la France pour se contenter d'une demi-justice.
Yoici en quais termes il présenta les demandes de la Frsince .
• € Le gouvernement brésilien doit reconnaître, > d'après le droit public français :
1 1 <^ Qu'en matière de blocus les navires neutres
• ne doivent pas se regarder comme suffisamment I avertis par la signification faite à leur gouverj nement pour qu'ils doivent s'abstenir de se dî-
• riger sur le port bloqué, et qu'ainsi ils ont le » droit de venir s'assurer eux-mêmes de la réalité 1 effective du blocus, et s'il y a empêchement ma» j tériel à entrer dans ce port.
j 2® L'escadre brésilienne devant la Plata 1 ayant méconnu ce principe en saisissant nos j bâtimens à la première apparition, la France 1 exigeait la restitution de ces navires avec dé- 1 dommagement des pertes causées aux capturés > par le fait de leur arrestation. »
Ce fut sur ces bases qu'il posa les nouvelles négociations qu'il ouvrit, non plus avec le ministère, mais directement avec l'empereur. L'audience dont il lui adressa la demande fut accordée sur-le-champ ; il fut reçu le 12 juillet au palais de Saint-Christophe.
L'accueil de Don Pedro fut plein de bienveillance. Après un échange d'éloges, de remercîmens, le contre-amiral Roussin lui demanda la permission de lui exposer l'objet de sa mission :
€ Le motif. Sire, de l'expédition qui m'est confiée est la mésintelligence survenue entre la France et le gouvernement de Votre Majesté, mésintelligence malheureuse entre deux pays intéressés à se favoriser l'un l'autre : le Brésil, unique monarchie d'Amérique, pour obtenir l'amitié de la première monarchie d'Europe, et la France, pour obtenir au Brésil un débouché pour la population et pour les produits de son sol et de son industrie.
> Cette mésintelligence n*a point été provoquée par la France : elle afflige le roi, dont les intentions, exprimées en même temps que les ordres, sont toutes bienveillantes pour le Brésil et son souverain, dont il estime le caractère et apprécie la position; mais en même temps elles ne peuvent pas être douteuses relativement anx réclamations de la France. Des Français ont été blessés dans leurs intérêts, le Brésil doit les dédommager, et la France doit le prétendre. ^
» L'empereur verra cependant que, décidé à l'obtenir, le roi emploie d'abord tous les moyens possibles de conciliation. C'est dans cette vue qu'il a chargé de ses ordres un officier connu de Votre Majesté, honoré de ses bontés, et qui est autorisé à lui manifester la profonde douleur qu'il éprouverait si sa mission devait se terminer par une rupture aussi fâcheuse pour le Brésil qu'elle serait affligeante pour le cœur du roi. >
L'empereur avait écouté ces paroles en silence, sans laisser percer dans ses traits l'impression qu'elles faisaient sur son esprit; elles déterminèrent la décision dont la présence de la flotte.
prête à foadroyer la ville, lui avait fait envisager la nécessité.
t Oui^ monsieur Roussiu, dit-il, c*est vrai. De
> fàclieux différends se sont élevés entre la France 9 et nous, et ils ont duré trop long-temps; mais
> je veux les terminer, j*en sens Tà'^propos. Gela » ne peut plus se faire que par un traité, une 9 convention ; nous ferons donc un traité qui ter^
> minera ces débats* t
Sur ces assurances, le contre-amiral Roussin, heureux de la solution de ces désaccords, prit congé de S. M.
Dès le soir, le ministre brésilien reçut des ordres de Tempereur, et huit jours après un traité était conclu, qui, en faisant justice aux demandes de la France, rétablissait les relations amicales qui avaient auparavant régné entre les deux pays.
Ainsi, par la présence d'une division française, finirent, au prix d une humiliation pour le Brésil et d'une expédition coûteuse pour la France, ces longues négociations, qui n'eussent jamais pris naissance si notre chargé d'affaires eût pu, dans le principe, appuyer ses réclamations par la présence d'une station imposante.
L'insuffisance de nos croisières sur les côtes de rAmérique méridionale est une question placée maintenant hors de toute discussion par les faits : ou il faut renoncer à entretenir des consuls dans les divers ports de ces contrées, ou il faut leur donner les moyens de faire respecter en eux la dignité de leur pays. La confiance que doivent avoir dans les garanties d'inviolabilité qu'offrent nos constUats les armateurs qui aventurent leurs capitaux dans ces contrées lointaines, ne tarde«rait point à s'évanouir si le commerce était exposé au brigandage armé dont ont été victimes plusieurs de nos bâtimens. Une répression tout hypo*tfaétique, que plus d'une année peut séparer de l'offense, est une appréhension bien légère pour des gouvernemens dont l'existence éventuelle est une question de chaque jour. Une corvette ne suffit pas plus pour protéger notre marine marchande sur l'immense étendue de côtes que l'Amérique méridionale offre à l'Océan Pacifique, que la faible croisière que nous entretenons sur sa côte orientale ne peut assurer les franchise de notre commerce. Aussi apprenons-nous chaque jour quelques nouvelles avanies subies par nos bâtimens ; et, pour ne nous arrêter que sur un fait récent, nous rappellerons la violation dont le drapeau tricolore n'a pu protéger la Jeune-Nclly.
Exécution des lois et réglemem fnaritimis.
Les besoins particuliers de la navigation. Ta* venir, l'existence même de quelques-unes de ses branches d'industrie, ayant nécessité l'interven-
tion particulière de la loi, il a fallu songer aux moyens d'appliquer ses dispositions.
Sans navires préposés à veiller à l'exécution des réglemens, l'impossibilité de constater les infractions eût entraîné l'impunité des délits et frappé ces lois d'impuissance.
Des stations qui assurassent l'efficacité de ces mesures régulatrices ont donc été la conséquence forcée de leur nécessite.
Dans un précédent article, nous avons parlé des cutters que les exigences de la pèche territoriale Qnt fait attacher à nos côtes; nous n'aurons donc à traiter dans celui-ci que des stations établies pour surveiller les grandes pèches.
L^ile de Terre-Neuve fut long-temps le centre de cette industrie. Tandis que les armemens destinés à harponner les baleines parcouraient toute la partie australe de l'Atlantique, depuis le nord des Etats-Unis au Spitzberg ', les autres abordaient à Miquelon et à Terre-Neuve, ou restaient sMr le grand banc voisin de cette ile, pour s'y livrer aux opérations de la pèche de la morue.
Cette dernière pèche est maintenant la seule
Sratiquée par nos bâtimens dans les mers du brd ; une station d'une force suffisante y parcourt chaque année tous les points fréquentés par nos navires.
Sa mission est, en outre, la surveillance disciplinaire des équipages ; elle doit aussi empêcher qu'aucun bâtiment ne soit troublé dans la joui^ sance des droits et lieux de pêche que lui a départis le sort.
Terre-Neuve appartient à l'Angleterre. La France ne s'est réservé, par le traité de 1814, que la faculté d'envoyer les navires sur une partie du littoral durant la saison où ces parages sont fréquentés par la morue.
Quelques-uns des havres ^ se trouvant plus favorisés les uns que les autres par l'abondance avec laquelle s'y porte le poisson, le gouvernement a dû prévenir les contestations et les luttes qu'eût pu exciter la possession des lieux favorisés ; aussi une ordonnance royale a-t-elle été rendue pour résoudre ces difficultés.
Tous les cinq ans, les différons points de la côte ou la pèche est possible sont tirés au sort eptre les armateurs qui prennent l'engagement d y envoyer des bâtimens. Ces décisions aléatoires sont généralement respectées par les pêcheurs ; on cite peu d'exemples où la marine de l'Etat ait été obligée d'interposer son autorité pour en prévenir ou en réprimer la violation.
Une autre partie de la mission de cette croisière est de procurer, en cas de besoin^ des secours à nos marins, et en cas de guerre, durant la campagne, de servir d'escorte à nos navires;
' Les cAte8 du Canada et du Labrador^ la baie de Baf' fimyXc détroit de Dtwis, les mers du Yieux et nouveau Groëland, les eaux de V Islande, etc.
* Espèces de criques où les uaTires trouvent on abri et des graves pour sécher le poisson.
FRANCE MARITRIE.
Depuis que les Américajns ont prouvé, par le succès de leurs baleiniers dans le Sud, les avantaque cette pèche offrait dans les mers méridionales, les armateurs français y ont dirigé toutes leurs expéditions; ces bâtimens se sont ainsi trouvés soustraits à Faction protectrice de nos navires garde-pêches.
Comme la fatalité dans toute administration est de marcher sur les antécédens sans faire attention aux déplacemens que les faits doivent impri-' mer à la gestion, des croisières n'ont point été expédiées sur les nouveaux points où nos baleiniers ont transporté leurs pèches ; notre marine 8*y est donc trouvée isolée de toute surveillance.
De graves désordres signalent continuellement l'absence d'une station dans ces mers. Les actes d'insubordination deviennent chaque année plus nombreux parmi les équipages; la certitude qu'ont les matelots de ne rencontrer aucun bâtiment militaire h bord duquel puissent être déposés les meneurs et les mutins pour être livrés ensuite à des conseils de guerre, les enhardit au point que non-scuiement les travaux de la pèche sont souvent suspendus ou entravés, mais encore que le Tristan, du Havre, s'est vu contraint cette année d'opérer à lége son retour dans le port d'armement : ainsi, par l'obstination de quelques insubordonnés, ont été sacrifiés les intérêts de Téquipage et des armateurs.
De pareils faits, dont le renouvellement ne tendrait rien moins qu'à détruire cette branche d'industrie, source de richesses chaque jour plus féconde pour la France, doivent fixer toute l'attention du gouvernement. L'administration ne peut plus résister à la voix du commerce; une station est devenue urgente sur ces mers, mais il faut une station conforme à la nature de ces lieux ; l'envoi d'une frégate serait insuffisant dans un espace de mille lieues sillonné en tous sens par soixante bâtimens qu'expédient annuellement nos ports; ses dimensions lui permettraient-elles d'ailleurs de visiterlesbaiesnombreusesdelacôte occidentale d'Afrique que parcourent et où stationnent nos navires? nt)n. Ce qu'exige cette mission, ce sont de légers bricks de guerre à qui leur faible tirant d'eau rende les côtes accessibles, et qui, répartis, durant la saison de pêche, sur tous les points où se montrent le plus al>ondamment les baleines, v exercent une surveillance continuelle.
Un autre avantage que les sciences géographiques retireront de cette croisière sera le relèvement exact de la côte d'Afrique. De bons officiers, en parcourant cette plage pour l'exécution de leur expédition, pourront rectifier les erreurs dont les cartes de ce littoral sont remplies. Que de malheurs seraient prévenus par un semblable travail! S'éconle-t-il une seule année où plusieurs de nos navires ne fassent naufrage dans ces baies dangereuses, par les renseignemens fmix qu'ils tirent des cartes.
Il est des points dans les environs du cap de BonnoEspérance, dont non-seulement le gisement diffère, en longitude, de plusieurs degrés de celui que leur attribue la science, mais il existe encore beaucoup d'endroits, d'une importance d'indication rigoureuse, tels que baies. Iles, caps, dont la latitude est loin d'être précise.
C'est pourtant avec ces connaissances topographiques erronées que nosMtimens doivent naviguer pour chercher et prendre un mouillage dans des localités où les brumes, la force des courans et la direction alisée des brises viennent joindre leurs dangers aux dangers qui sortent d'une géographie incertaine.
Surveillance et répression de la traite.
L'appât d'immenses bénéfices ne pouvait manquer d'exposer les spéculations maritimes aux déprédations de quelques aventuriers. Les passions (|ui avaient armé l'homme contre l'homme dans nos sociétés, dont les codes ont pour sanction des chaînes et des couperets, devaient nécessairement donner naissance à des armemens de piraterie qui^ auprès de chances de gain certaines, ne présentèrent d'abord que peu de dangers.
Ces courses immorales remontent aux premiers temps de la navigation. L'antiquité avait consacré les noms de plusieurs forbans célèbres avant celui du corsaire philosophe dont Quinte-Curee noas a transmis la présentation à Alexandre; Hiltiades avait lui-même commandé une flotte athénienne destinée à purger les mers Egée et Hellespontaine des pirates qui les infestaient; la marine massaliotte, plus tard, fut obligée d'établir des stations sur plusieui*s points pour protéger ses factoreries et ses navires.
Jamais pourtant ces écumeurs de mer ne s*étaient constitués en société ayant son siège, ses lois, SOS flottes et ses armées, avant l'association d'aventuriers qni, sous le nom de flibustiers, anéantit presque, par la terreur qu'inspirèrent ses croîsv^urs, le commerce des Indes occidentales.
Ces impudens brigandages ne tardèrent pas à disparaître devant les développemens que prirent les marines militaires des divers Etats européens; ce ne fut plus qu'à la faveur des guerres et sous les pavillons belligérans que les forbans osèrent parcourir les mers. A peine si quelques-uns, depuis 1816, se hasardent de temps en temps à se montrer dans les parages les plus favorables à leurs excursions ; encore n'est-ce qu'avec des lettres colombiennes et sous le pavillon de quelque Etat indépendant.
Cependant quelques faits récens prouvent jusqu'où va la férocité de ces équipages de bandits.
Dans le courant du mois de mai 18S9 un navire
FRAKCE
américain, faisant route pour Boston, vidait les débouquemens des Antilles.
Bien que la brise sourflàt fraîche et que la mer fût belle, ce navire n'en avait pas moins mis dehors une voilure qui, par ce temps à intermittence, ne laissait pas d'offrir quelques dangei^s.
Le capitaine ayant aperçu dès le matin un fort brick dont le pavillon colombien et la marche lui avaient semblé suspects, s'efforçait de sortir de ses eaux ; mais ce brick, sans forcer de voiles et sans mettre le cap sur lui, le gagnait cependant assez pour que les deux équipages dussent être bientôt à même de juger respectivement de leurs forces.
Le capitaine bostonien étant parvenu, à l'aide de sa longue-vue, à distinguer la batterie de son ennemi, ne douta plus de ses intentions; aussi, malgré l'évidence du péril auquel exposait son navire une augmentation de voilure, redoutant moins ce danger que celui de tomber dans les mains du coursier, donna-t-il tout de suite des ordres pour que Ton mit dehors les catacois et que l'on gréât les bonnettes.
Dans un instant le navire, couvert de toile, prit une marche si rapide, que son avant enfonçait dans Feau.
Le corsaire colombien, dont l'ardeur que sa proie mettait à le fuir compléta la reconnaissance, ne balança plus à larguer ses perroquets et à laisser arriver sur lui.
La chasse ne fut pas longue ; après une heure de course, le boulet du coup de canon qu'il tira à l'américain pour lui intimer l'ordre d'amener traversa la brigantine et fut ricocher bien au-delà sur la mer.
Tout espoir d'échapper étant perdu, il fallut bien se déterminer à se rendre. Le capitaine marchand, cédant à la nécessité, fit carguer ses basses voiles et mit en panne. Un moment après, une chaloupe partie du bôtiment ennemi déposait à son bord une vingtaine de matelots chargés d'armes, et dont la barbe sale et longue permettait à peine de distinguer les traits.
f Monsieur, dit le capitaine à celui dans lequel il crut distinguer le chef, puis-je savoir de quel droit vous vous présentez ainsi à mon bord? >
Celui-ci le regarda avec un sourire d'ironie et de dédain; et comme le capitaine semblait d'un air grave attendre sa réponse :
€ Allons! allons! dit-il en prenant le ton de la menace, fais mettre ta chaloupe à Teau, si tu ne veux pas qu'on t'y jette avec une balle dans la tête ou un coup de poignard dans le ventre. »
Ces paroles ne comportaient nr représentations ni protestation; le capitaine fui donc obligé de transmettre à son équipage cet ordre dont le pii*ate et ses hommes précipitèrent l'exécution.
Dès que la chaloupe fut à la mer, il se retourna vers le capitaine.
f Tout tonmonde est-il sur le pont? » — Et sans
attendre de réponse : c Vous allez descendre dans cette barque et pousser au large.
— Mais il n'y a pas de vivres dedans.
— La terre est proche, vous n'en avez pas besoin. 1 ,
Ces derniers mots furent prononcés avec une ironie sinistre.
Ils n'en avaient pas besoin, en effet. Lorsque la chaloupe passa sous la batterie du corsaire, elle essuya toute sa bordée, dont l'effet, à im quart de portée de canon, fut si terrible, que l'on n'aperçut plus à la place de l'embarcation que des débris de planches et quelques hommes luttant convulsivement dans une eau ensanglantée.
Le pirate, voulant continuer sa coui^se, expédia sa prise, avec quinze hommes d'équipage, pour un des ports de rÂmérique méridionale. Ces forbans, ayant eu l'impudence d'altcrir à New-Torck, furent arrêtés par l'autorité, qui les envoya à Surinam pour y être jugés. C'est à deux de ces misérables qui crurent se sauver par des aveux, que l'on doit les détails sur la manière cruelle dont ils s'étaient emparés du navire et défaits de l'équipage dans les environs de Saint-Eustache,
Un autre corsaire fut également capturé, dans le mois d'avril de la même année, par la station française de la côte de Gainée.
Ces faits de piraterie sont les plus graves, sinon les seuls qui se soient passés durant ces dernières années. Malgré les circonstances favorables que la crainte d'une conflagration générale excitée par l'expédition d'Alger et la révolution de 1830 eût pu offrir à ces sortes d'armemens, le commerce n'a point cessé de naviguer avec sécurité, lors même que la prudence l'a fait se mettre sous la protection de nos convoyeurs; espérons que la certitude et la promptitude du châtiment feront disparaître enfin ces déplorables excès que la surveillance de nos faibles croisières a déjà rendus si rares.
Les navires armés pour le commerce du bois d'ébéne, comme les traitans, dans leur langage barbare, nomment leur coupable industrie, sont également devenus beaucoup moins nombreux depuis les lois et les mesures d'application dont les peuples les plus civilisés ont frappé ce trafic inhumain; cependant l'activité dont les marines anglaise et américaine appuient la vigilance de nos croiseurs ne prouve que l'insuffisance des bâtimens attribués ù la surveillance de la traite.
Nous ne citerons aucun fait; la statistique de l'importation des noirs dans nos colonies, telle que l'ont publiée quelques journaux anglais, prouvera suffisamment que ce commerce, quoique moins apparent, a néanmoins pou perdu de son activité. Ce relevé, fait sur des renseignemens aussi positifs que puisse les offrir une semblable matière, porte à trois cent raille le nombre des esclaves introduits de 1820 à 1850 dans les colonies occidentales.
FRANCE
Si dans cet article nous avons appuyé aussi fréquemment sur l'impossibilité où leur faiblesse met nos stations d'étendre leur action à tous les points dont la protection leur est confiée, c'est qu'outre les avantages que retirerait notre commerce de renvoi d*un plus grand nombre de bâ* timens de guerre, nous y voyons pour la marine militaire toute une question d'avenir.
Que Ton recherche pourquoi notre marine, continuellementvictorieuse dans les actions partielles^ a toujours succombé lorsque, dans ces derniers temps, elle s'est présentée en ligne de bataille devant les flottes anglaises, on en trouvera la cause dans la supériorité aue donnait à ces dernières la longue pratique des manœuvres de division et d'escadre qu'elles avaient puisée dans leurs nombreuses stations. Ëh bien! c'est cette supériorité que, pai* l'établissement de fortes croisières, ferait disparaître la France; c'est avec elles qu'elle formerait ses matelots à l'exécution rapide et précise des grandes évolutions.
Le matériel de notre marine se développe et se perfectionne chaque jour, mais ces améliorations ne peuvent former les bases de notre puissance maritime qu'autant que les connaissances stratégiques de nos officiers et l'expérience de nos marins ne le céderont en rien à celles de nos ennemis.
Amédée Ghéhan,
S.-chef de bureau au ministère de la tnarine.
|)îi:l)^ an €ac\)ai0t
L'Angleterre, dont de si beaux succès signalèrent la pèche daùs les mers du Nord, n a point changé depuis cinquante ans le théâtre de ses expéditions pour la pèche de la baleine, c'està-dire les mers polaires. Aussi cette nation estelle arrivée à son maximum de prospérité : elle est désormais prête à recueillir le fruit de ses travaux çt de sa persévérance. Pendant que les efforts des Américains dirigeaient toutes leurs opérations vers le Sud, et à mesure que nos batimcns cessaient de parcourir les mers boréales, cette nation, fidèle à ses premiers essais,, continua avec persévérance ses armemens, dont le but n'était point dans les résultats incertains d'une navigation pénible, au milieu des dangers de toute espèce, mais bien plutôt dans raguerrissement de ses marins par cette même navigation, pratiquée dans les mers resserrées, au milieu d'une température rude, des tempêtes, des brumes épaisses des pôles, lorsque des glaces mouvantes rétrécissent et encadrent souvent l'espace que doit parcourir le navire ; tout cela considéré comme conséquences de l'art nautique seulementi sans compter tout ce que les opérations
pratiques de la pèche présentent de difficultés à vaincre, de périls à surmonter.
En cela, l'Angleterre a songé à l'avenir; elle prévoyait les résultats de ses efforts, de ses sacrifices; elle comptait en être un jour avantageusement dédommagée.
11 est en effet facile de prévoir te grand avantage que cette nation saurait tirer de sa marine baleinière : les circonstances pourront nous le révéler un jour, et à côté notre insuffisance. Quel serait, en effet, l'immense résultat de ses exr péditions, si une guerre venait à exiger dans le Nord la présence de nos flottes! Depuis longtemps ses efforts ont été dirigés vers ce but, qu'elle a parfaitement atteint, d'endurcir ses marins dans les mers difficiles : sa supériorité à cet égard est aujourd'hui incontestable.
Maintenant ajoutons à cette puissante considération, à ce grand résultat, que les valeurs créées en Angleterre par cette pêche du Nord s'élèvent annuellement à plus de 50 millions de francs» chiffre plus considérable que les importations réunies de toutes nos colonies.
Certes, la pêche dans les mers du Sud est trèspropre à former d'excellens marins. Si les moyens pratiques du métier sont plus faciles qu'au Nord, eu égard à la difféi^nce de température, cet avantage est bien compensé au profit de l'instruction du marin et de l'endurcissement aux travaux pénibles, par les mauvais temps presque continuels dans la plupart des parages de pêche, par la durée des voyages et par les privations, qui y sont bien plus grandes.
Aujourd'hui l'avenir de la pêche de la baleine n'est plus douteux. Chaque jour nous sommes en état de former de nouveaux armemens ; tous nos grands ports s'en occupent, et l'huile de baleine» abondante sur nos marchés, pourra bientôt satisfaire aux besoins que l'industrie se crée chaque jour, en attendant de nouvelles applications.
Mais jusqu'à présent aucun de nos ports n'a tenté une expédition à la pèche du cachalot ; les Américains et quelques Anglais sont restés maîtres de cette pêche, et nous imposent seuls leurs produits pour notre faible consommation.
Aux Etats-Unis, en Angleterre, l'huile de cachalot est employée à la préparation des laines desjlinées au tissage ; elle trouve encore un grand écoulement pour les machines à vapeur, les phares, les éclairages publics, les lampes domestiques, et sa supériorité sur les autres huiles dans ces différens emplois est généralement reconnue. En France, les filateurs emploient en partie de l'huile de pied de bœuf, tandis qu'en Angleterre on se sert d'huile de cachalot. Ces différentes applications» sans compter l'emploi assea considérable qu'en font les pharmaciens pour une foule de drogues, telles que les onguens, les linimens, etc. » maintiennent cette substance a un prix fort élevé.
De là l'extension et l'activité de la navigation américaine, principalement pour cette pèche difficile.
En France, au contraire, Fhuile de cachalot manquant de débouchés, et les encouragemens du gouvernement n'étant pas assez importans pour déterminer des expéditions, la navigation de la mer Pacifique, que de grandes difficultés accompagnent, n'est guère suivie; et si quelquesuns de nos bàtimens entreprennent de passer le détroit de Magellan ou de doubler le cap Hom, c'est plutôt dans l'espoir de rencontrer des baleines /rancAe*, dont la capture dédommage les équipages de leurs rudes travaux. Ajoutons aussi que les campagnes à la baleine sont moins longues ; qu'un voyage pour la pêche du cachalot doit être calculé de deux ans au moins de durée * ; que la mise dehors et les frais d'armement sont plus considérables, la réussite moins certaine. Le cachalot est plus petit que la baleine dont la capture fait l'objet de nos opérations; il donne conséquemment moins d'huile, et encore peut-être cette huile, quoique plus précieuse, ne trouveraitelle pas dans l'industrie des applications assez considérables pour encourager les sacrifices et les travaux que sa possession impose.
Pourquoi donc les Anglais et les Américains mettent-ils un si haut prix à l'huile de cachalot? pourquoi leurs efforts constans maintiennent-ils et accroissent-ils cette pêche? Comment mieux que d'autres nations savent-ils en faire fructifier remploi?
C'est que l'huile de cachalot possède des propriétés particulières qui ne sont généralement pas connues en France ; c'est aussi parce que dans ces deux pays cette même huile est soumise à des préparations et à des épurations dont on ne s'occupe point encore chez nous.
Il y a quelques années, il fut cependant pratiqué quelques observations et quelques essais sur les substances graisseuses. Ces analyses et ces expériences prouvèrent qu'elles contenaient de rhuile proprement dite et du suif. Au moyen de la pression dans du papier gris, on était parvenu h isoler ces deux substances, et même à déterminer dans quelle proportion chacune d'elles se joignait it l'autre. L'insouciance, à l'égard de ces utiles recherches, est poussée si loin chez nous, que je doute qtie l'on soit parvenu aujourd'hui à reconnaître le mélange des huiles de baleine et de colza, emplovées par les tanneurs. C'est cette même insouciance sur des points aussi graves de réconomie industrielle, qui fait accepter à ces derniers les huiles mélangées que les épurateurs leur fournissent, sans s'inquiéter des proportions gardées dans le mélange, fait avec des graisses végétales, des huiles de colza, auquel le charla-
* H y a des bAtiraens américains dont le Topgc dure troia ou qaatre aoa.
tanisme donne l'odeur de poisson qu'on lui devrait trouver.
En Angleterre, Thuile de cachalot est d'abord filtrée à travers des étoffes de laine, à peu près de la même manière que nos confiseurs filtrent leurs sirops. Cette première opération a pour résultat de dégager l'huile des petites portions de chair, des fibres, des fibrilles, et enfin de tout Iq précipité que l'ébuUition à la mer, lors de la première préparation du gras proprement dit réduit en huile, y a laissés.
Ainsi dégagée de ce qu'elle contenait de plus hétérogène, elle est ensuite renfermée dans des sacs de cuir ou de crin d'un tissu très-serré, puis soumise à une forte pression. L'huile, filtrant à travers tous les interstices du tissu, s'écoule légère, dégagée, limpide et transparente; elle se trouve ainsi libre du suif qu'elle contenait, et soumise encore à des préparations plus épuratoires ; elle rentre dans le commerce au niveau du spermacéti \ et elle est employée aux mêmes usages.
Si l'on tfavait d'autre but que celui d'obtenir du blanc de baleine, on pourrait encore, par des combinaisons particulières, convertir entièrement en cette substance Thuile de cachalot, séparée du suif qu'elle renferme; mais les Anglais, bien qu'ils tirent du suif du cachalot un parti avantageux, recherchent surtout l'huile du même oétacé qui chez eux trouve tant d'applications.
Il est réellement remarquable que, lorsque partout en France les recherches les plus actives et les travaux constans des savans tendent au perfectionnement des arts, de l'agriculture, dqk sciences, et d'une foule de petites industries que la mode ou le caprice encourage, il est étonnant, disons-nous, que quelques-unes de ces médita-* tiens ou de ces expériences n'aient pas pour objet ces questions vitales pour l'industrie, Il fqut pour cela que la sollicitude du gouvernement s'éveille ; ce n'est pas assez d'avoir payé si cher l'apprentissage de notre marine baleinière, il faut que cef^ sacrifices fructifient par d'autres encore; il faut que l'habileté de nos marins profite à l'industrie, et, pour que leurs rudes travaux ne soient point stériles, que nous donnions à leurs produits la plus grande valeur possible.
Les avantages que le pays retirerait de toutes les applications des produits de pêche ne profiteraient pas seulement à l'industrie ; l'extension qui en ressortirait pour la marine aguerrirait nos marins bien plus que les simples voyages en marchandises; en outre, notre navigation de l'Inde et des Antilles serait moins encombrée et plqs profitable aux intérêts du commerce et de^ marins eux^nêmes.
Quant h l'huile de cachalot, on peut, relati**
* On sait que le ^permiiréti, ati hlnnc de baleioe, nVal autre ehosc que la substance mikluUaii*e du cerveau et la mo^Ue épinière du cachalot.
vement aux faits déjà connus et aux préparations dont les huiles sont susceptibles, répandre les observations que les savans ont recueillies sur cette matière ; créer ou provoquer des établissemens pour Tépuration et la filtration de celles qui proviennent de nos pêches, ainsi que pour la fabrication du blanc de baleine. Uemploi de ces mêmes huiles peut être ordonné pour tout ce qui tient aux adm'uiistrations publiques ; enfin nos divers fabricans d'étoffes de laine doivent essayer lusage des procédés étrangers, jusqu'à ce queux -mêmes soient en progrès.
Nous sommes loin encore du moment où nos pèches fourniront assez de ces substances pour suffire à tous nos besoins, surtout si nous les appliquons à remplacer dans une foule d'usages les huiles végétales. Mais d'ici à ce que l'extension que cette industrie se prépare soit arrivée à produire la balance des besoins que nous créerons, les agriculteurs des dépariemens où se cultivent plus particulièrement les plantes oléagineuses, pourront introduire peu à peu la culture des plantes textiles et tinctoriales dont, pour la plupart, les produits nous sont fournis par l'étranger '.
On appelle arrimage le placement, dans l'intérieur d'un vaisseau, des différentes matières ou objets nécessaires à sa destination. Ce placement sous-entend aussi une répartition et un arrangement appropriés à la nature des objets, tant pour leur conservation et leur usage facile, que pour leur action comme corps pesans dans les places qu'ils occupent.
Nous nous bornerons, pour le moment, à une explication rapide et générale de cette opération. Nous reviendrons sur les conditions essentielles d'un bon arrimage, pour en démontrer l'importance, et son influence sur les bonnes qualités qui assurent au vaisseau l'existence, la stabilité et la légèreté sous le choc des élémens qui agissent coQtre lui.
Le développement scientifique que nécessîte-
• Un négociant du Havre, qui s'est livré depuis longtemps et avec une grande persévérance à la recherche des moyens d'épurer Thuilc de baleine, vient, dit-on, de découtrir un procédé h l'aide duquel il rendrait cette huile au.ssi favornblc à réc]airag:c que les huiles de graines les plus limpides. Les écliantiilous ont offert les résultats les plus salidfaisans. Si, comnc tout le fait espérer, cette décou- Tcrte importante continue à produire de semblables effets, le commerce de l'huile de baleine acquerra, en raison de cette conquête précieuse, le développement que depuis si long-temps nous avons appelé de tous nos vœux.
« La gravure ci-jointe offtrc les plans d'animage d'un Taisseau expédié en 1823. Nous suivrons les modificatious que cette partie de l'art nautique a subît'jt.
{Note du n.)
rait une explication complète de l'arrimage d'un vaisseau, exigerait qu on démontrât d'abord que cette branche importante des connaissances pratiques du navigateur, est une des principales par lesquelles le grand art de faire naviguer les vaisseaux touche à celui de les construire ; mais cette digression entraînerait à des dissertations mathématiques de haute portée, et nous écarterait d'une question qu'il est important d'aborder simplement, pour arriver tout de suite à des conclusions nettes et précises.
' C'est cette relation de deux arts, dans le soin d'arrimer un vaisseau, qui rend si difficile un arrimage parfait ; et de toutes les parties de l'art maritime, l'arrimage est celle dont les progrès se manifestent avec le plus de lenteur, et qui laissent le plus de distance entre le degré d'avancement actuel et un perfectionnement pressenti. La cause d'un' retard aussi peu en harmonie avec la marche rapide du progrès dans toutes les autres parties de la navigation, est inexplicable, si on ne l'attribue à cette timidité caractéristique de l'esprit de recherche et d'innovation, qui craint de se lancer dans les essais matériels du calcul, où toute erreur, irrémédiable au moment, est un danger tant qu'elle subsiste. La construction ae^ tuelle des vaisseaux est liée par des relations mathématiques à la manière de les charger; et l'arrimage, qui devient par là un objet de calcul, a vu tant de fois ses vérités théoriques contrariées par le résultat des expériences, qu'on hésite à se livrer à des recherches abstraites, dont la mise en pratique est douteuse dans le succès qu'on en attend.
En effet, lorsqu'un habile constructeur, en combinant le plan de son vaisseau, a calculé ses capacités et son déplacement, et qu'il a déterminé par là le poids de la charge qu'il devra porter, il fixe alors, par un calcul relatif, la quantité et l'espèce de charge à distribuer dans la cale de son vaisseau, pour lui donner l'assiette la plus convenable à sa stabilité et à sa ma;*che ; pour arriver à sa ligne d'eau la plus propre à la division du fluide, et aux mouvemens doux de sa masse ; enfin, il fait sur ce plan\in calcul pour la répartition des poids de sa charge^ afin de réunir toutes les bonnes qualités que doit avoir un vaisseau à la mer. Le navigateur, intéressé à réaliser les prévisions du constructeur, vient lui-même présider à celte répartition de poids qu'on appelle arrimage, en observant toutes les données du calcul sur lesquelles elle repose. Le vaisseau met en mer, et l'expérience prouve que ses qualités attendues ne sont rien moins qu'obtenues, ou que l'une l'est aux dépens des autres, quand elles ne manquent pas toutes à la fois; c'est-à-dire qu'on obtiendra une marche avantageuse aux dépens d'une bonne stabilité, ou une bonne stabilité et une grande marche avec des mouvemens rudes et ruineux pour l'économie de ses liaisons, etc. Et si les vi-
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ces d*arrimages qui causent ces inconvéniens sont devinés ou reconnus, ils sont presque toujours d'une importance telle, qu'ils sont irrémédiables^ et qu'il faut encourir les dangers auxquels ils ex-
5 osent le vaisseau, jusqu'au jour où, tranquiHe ans le port, on pourra se livrer à les corriger. Les effets des arrimages, en opposition avec leurs théories, offrent des exemples d'une bîzar-^ rerie à peine croyable, si on ne les voyait souvent se répéter. Ainsi tel arrimage a donné toutes les qnalités désirables à un vaisseau durant toute une campagne, et ce même arrimage a eu des effets contraires la campagjae suivante. On cite le vieux vaisseau ^ Zdé, dans l'escadre de l'amiral Dornal de Guy, dont Farrimage, fait d'après les données du constructeur, ne le rendait même pas vaisseau Je compagnie en escadre par sa marche pesanle^, et qui battait les frégates s'il suspendait une pîpe pleine d'eau à son grand état ! On c^ïqrah; une foule de faits qui dévoient tes calculs les plus vrais; et on est porté à dire, avec M. Bourde ue Veihuette et avec Tamîral Missiessy, t qu'il y â bien des principes à suivre dans Tarrîmage ftnn vaisseau, que la rmson seule prescrit sans ffiêifte le concours de la science ; mais qu'il n'y a aucune règle certaine pour bien les arrimer e£ pour concilier les faits avec les principes; et que ce^ sera encore long- temps le tâtonnement qur
{^résidera pour donner, par Tarrimage, les qua- Ués qu'on préfère voir à un vaisseau, en sacrîfîânt Tes autres, i
Nous prenons le vaisseau tel qu'il a plu au côh* struôteur de le faire, et nous le livrons clos, étanché, solide , nu et vide au navigateur, pour que lui seul désormais en soit l'arbitre, le guide et le protecteur, et pour qu'il puise, dans les avertfssemens de Texpérience et dans les calculs du génie, la puissance dea balancer le destin contre tous les élémens destructeurs qui en conspirent ta perle, dépuis le jour ou il est livré à l'Océan.
Il reçoit son vaisseau vide. Cette vaste machine creuse a nécessairement une assiette à prendre contre ce qu'on appelle YéquiUhre des graves;, et c''est le premier som que réclame sa conservor tîon.
Lester le vaisseau ou Yasseoîr convenablement dans te fluide est le premier degré, comniie c'est aussi toute la pensée de ce système de placement cfl dé répartition du poids de sa change; et quand nous dTsons asseoir convenablement^ nous nous en?gageons dans Ik nécessité d*uae explication théorique.
Tout corps solide ou d'une capacité développée sôus un certain volume a son centre de gravité, c'est-à-dire nn point pris dans^sa masse, par lequel, étant suspendu, le corps reste jparfaitemont en éqnîlîbre et ne tend point 5 changer \ik siiuatîon (|uî lui a été donnée ; c'est sur ce pohit que se réunit toute la pesanteur du corps. Or, par ce centre de gravité, on peut imaginer un axe de