FRANÇAIS
La France a donné de tout temps à la marine des hommes célèbres. Les Gaulois étaient renommés par leur habileté comme navigateurs ; mais cette nation toute guerrière n'a laissé aucun monument historique qui nous transmit les noms des hommes qui se sont illustrés dans ç#t^ carrière. Les écrivains grecs et latins.
qui citent les Gaulois comme marins, ne 90U3 ont pas donné non plus de renseiffnemeQs sur ce point. Ils nous apprennent que Ce^ar^ pour fairp tête à leurs vaisseaux, fut obligé d'en taire coi)« struire dans leurs propres ports.
Sous la première race^ jusqu'à Cbarlemagne»
la marine fut à peu près délaissée; et dans cette longue période, on ne peut citer qu'un seul homme, TJiéodebert, fils de Thierry, roi d'Anstrasie. Une flotte considérable de pirates danois étant venu ravager les États de son père^ Théodebert équipe des vaisseaux, se met à la poursuite des ennemis, et, par une habile manœuvre, les bat, s'empare de la plupart de leurs navires^ et sauve la France de Finvasion. La marine se réveille avec Charlemagne; les escadres de ce grand homme battent les Sarrasins et les Normands, et vont attaquer, sous la conduite de son fils Pépin, les Yénitiens^ Jusque dans lenrs lagunes. Depuis sa mort jusqu'aux croisades^ la marine retomba dans l'obscurité; mais sons Philippe - Auguste la France posséda jusqu'à 1700 vaisseaux de toute grandeur. Ses flotteii furent commandées, lors de sa croisade, par Guinimer, célèbre pirate, qui s*était signalé dans des entreprises hardies, par une rare habileté. Lors du passage de saint Louis en Palestine, ses vaisseaux obéissaient; à Florent de Yarennes, homme distingué par ses talens et son courage.
La marine eut une grande part dans les expéditions religieuses d'outre-mer ; et si ces entreprises aventureuses n'eurent pas le résultat qu^eo attendaient ceux qui les exécutèrent t elles eurent au moins celui d'enlever aux Grecs et aux Arabes l'empire de la Méditerranée, pour le faire passer aux Latins, c'est-à-dire aux nations d'Occident. Un peu plus tard, nous retrouvons^ sous Philippe le Hardi, une puissante marine, et xm homme de mer distingue, Enguerrand. Pendant le règne de son fils, Erard de Montmorency bat les ijiglais, prend et brûle la ville de Douvres, et dicte la paix.
Philippe de Valois eut des flottes nombreuses et des amiraux d'un grand mérite. Parmi eux^ Jean Chepoi, et les braves Hue de Kerel et Bahuchet tués à la bataille de l'Écluse : le célèbre Tête-Noire, qui commandait en chef à cette affaire, et qui, bien que battu, s'empara de Porstmouth et de Guernesey qu'il brûla après les avoir saccagées; Louis d'Espagne, comte de Tabpont» qui en 1543 défit les Anglais dans deux rencon» très.
Charles V et Charles YI confièrent le commandement de leur marine à Jean de Vienne ; après plusieurs victoires sur les Anglais, cet intrépide marin fit une descente dans leur pays, pilla Tlle deWight, brûla Dorment, Plymouth et plusieurs autres places, et fut tué à la bataille de Ificopolis. A la même époque Jean de Buch, amiral du duc
de Bourgogne, combat avec des navires marchands français, pendant deux jours, une escadre anglaise. Brise fait une descende à Sandwich, s'en empare, et brûle la ville et les vaisseaux qui se trouvaient dans le port.
Jusqu'à Louis XII la marine française jette moins d'éclat, mais sous ce règne et celui de François I^^ les hommes de mer sont dignes d'être cités. Préjan, chevalier de Rhodes, habile marin, punit deux fois les Génois révoltés, et deux fois aussi battit les Anglais supérieurs en nombre. Le vice-amiral Lafayette défit la flotte de Charles-Quint, la força de se brûler dans le port de Kice en 1324, et battit de nouveau les Espagnols, conjointement avec Doria, devant Gènes leur alliée. Ambaut, amiral de France, met en déroute la flotte anglaise et ravage plusieurs points de leurs côtes; Lagarde devait plus tard conquérir la Corse, et, avec des forces inférieures en nom« bre, anéantir la marine anglaise en 1555.
De Henri II à Louis XIII la marine, négligée, ne peut citer que l'amiral Saint-Luc : mais sous Louis XI/I apparaissent Montmorency, Guise, Valence, célèbres par les combats sur mer qui amenèrent la prise de La Rochelle ; Armand de Maillé, duc de Fronsac, qui battit en 1640, 1642, 1644, les flottes espagnoles, et fut tué à vingtsept ans, en 1646, en combattant vaillamment snv son vaisseau.
Le règne de Louis XIV donne à l'histoire de la marine des pages brillantes. L'empire de la mer conquis est une des causes les plus remarquables 4le la gloire du dix-septième siècle et de la civilisation qui en a été le résultat; cette époque, sur laquelle nous ne pouvons aujourd'hui que passer rapidement, a fourni tant de navigateurs illustres que nous devons nous contenter d'indiquer les noms les plus remarquables : Richelieu et Vendôme battant les Espagnols ; le commandant Paul détruisant les flottes des corisairesde Tunis, Alger et Maroc; Cussac sortant Tictorieux, aux Antilles, d'un combat contre les Anglais; le conseiller au parlement, Lefèvre Delal)arre, général improvisé à quarante ans, battant à diverses reprises les Anglais ; Beaufort, qui punit les Tunisiens et périt sous Candie; Vivonne , Valbelle , Gabaret , d'Aufreville et Forbin , malgré leurs hauts faits, sont éclipsés par les grstads noms des deux maréchaux d'Estrées, de Duqucsne , Tourville, Château -Regnault, Jean-Bart et Duguai-Trouin, dont les glorieuses vies seront retracées par la France maritime.
C'est de cette époque que date surtout cette puissance maritime de la France, dont le Bailly de Suffren, Grasse, Guichen, Lamotter Piquet, etc., vengèrent si glorieusement , sous Louis XIV, la décadence du règne précédent.
Sous l'Empire , les Duperré et les Ilamelin opposèrent dans les Indes leurs triomphes aux
désastres que notre marine essuyait dans la Méditerranée et l'Océan.
Lemausois.
£(& 2ltttUkjSi (.).
coup-d'oeil céniRAL.
Le spectacle de ces lies fit sar moi une telle impression que j 'avais presque pris la résolution d'y passer le reste de mes jours.
{Lettre de Colomb,)
Avant d'aborder le continent occidental, le vaisseau poussé par les brises alisées rencontre, entre le 60» et le 80» de longitude, une longue chaîne d'Iles qui semblent placées aux avantpostes, pour inviter le navigateur charmé à poursuivre le cours de son voyage.
Sur quelque point qu'on se dirige, le spectacle est inépuisable en effets hardis ou gracieux, toujours surprenans, toujours admirables. Fatigué de la monotonie d'un océan sans rivages, l'œil contemple à la fois le morne boisé et la savane dorée, des villes animées, et des forêts vierges; et aundessus de cette végétation forte et primitive, des rochers et des volcans qui plongent dans . un ciel limpide leurs crêtes aiguës et leurs cratères menaçans.
C'est Haïti, Cuba, la Jamaïque avec leurs immenses vegas, leurs belles rivières ombragées, leurs vastes ports, leurs caps hardis et leurs montagnes bleues. C'est une multitude de petites îles aux formes et aux accidens capricieux, a ni s'éparpillent sur ces mers comme les étoiles ans le ciel. La Barbade, vaste jardin parsemé de riantes habitations. La Martinique, avec ses promontoires aplatis, semblables aux glacis d'un fort. La Trinité, qu'on dirait un lambeau du continent encore charrié par l'impétueux courant de rOrénoque. Puis, sombre et sauvage, la Dominique, première découverte de Colomb à son second voyage ; ses rivages fantastiques, ses gorges profondes, ses torrens mugissans, ses précipices à pic et ses magnifiques forêts entassées les unes sur les autres, offrent tous les caractères d'un monde primitif. La Guadeloupe enfin, moitié plaine, moitié montagne, se déroulant vers le nord en riches pièces de cannes ; au sud, se dressant en un volcan qui secoue sur ces mers son panache de fumée. C'est le Chimboraço de cet archipel.
Telles sont les Antilles. Semées des bouches
( I ) D* Aut illa, grande Ile dont U est question dans Aristote.
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FRANCE MARITIHE.
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de rOrono^ue an cap dés Florides, elles senn hlettt les fleurs d'une guirlande marine qui unit comme des sœurs les deux grandes Amériques.
Une mer profonde et tranquille baigne mollement leurs côtes, qu'elle jonche des coquillages )es. plus curieux; le cUmat brûlant est tempéré par les'doucès brises des montagnes dont lesfrat-^ ohes vallées jettent, comme des ventilateurs, un air vivifiant dans cette atmosphère embrasée; le sol y produit les fruits les plus exquis. et les plus variés : outre la banane ^ la fiyuerbanane et /ananos, dont la beauté égale la saveyrv la sapotille f la pomme'Canelle, l'avocat y qae les Anglais ont nommé, le beurre végétal, la pomme daeajau et le eooo^ que les Européens trou^ virent dans les forêts et au fond des anses, la cultiu*e y a £ait prospérer \ orange ^ la chadée^ le ciVron, le mangOj la fiffue et le muscat i qu'elle y a transplantés des autres contrées* Les forêts renferment des arbres rares et précieux, tels que le bdlatas pour les constructions, le campéchier et le rocou riches en teinture, le vocaotieTi lé cotonnier, le mahogany plus beau quel acajou y le carapatier^ qui fournit Fhuile de ricin, le mancem7/ier et le metsillier distillant le poison. Toute cette riche végétation^est do* minée par les gigantesques fromagers dont un l^ul formait le taisseau caraïbe.
Outre le maU, plusieurs racines nourricières y abondent; telles sont le manioc ^ qui râpé et grillé devient la cassave; Y igname y Xncouz^oux et la patate y la plus populaire de toutes les pommes de terre. Parmi les plantes, il suffit de citer le tabac ^ dont le singulier usage est de* venu universel.
Dans ces parages, les mers fourmillent de poissons délicieux : la dorade^ le Ae», la bécuney le tazar et la tortue, sont les plus recherchés. Mais les grandes solitudes des bois ne sont que faiblement peuplées.
Lors de la découverte , on y voyait le pécaris, espèce de sanglier, l'a/eo, chien muet qui a entièrement disparu, l'o^oufo', assez rare et qui tient du lièvre et du porc, le petit singe ou macaque^ nnimal très destructeur qu'on ne retrouve qu'à la Trinité, à la suite d'un guerre d'extermination , que lui firent les premiers colons ^ et le grand . lézar ou Jjruona, long de trois pieds, mets fovori des Caraïbes et des Haïtiens. Des />^rojrue^ de la plus grande beauté animaient lesforéts deleur l>rillant plumage , mais depuis la colonisation on n'en trouve qu'à la Dominique et à la Trinité ; les autres oiseaux remarquables sont la tourterelle, la perdrix croissante, le ramier, Y ortolan, le moqueur, Xe^carouge, la mansfeni, le gli-^li, le crabier, le diablotin et surtout Toiseau-mouche ou colibri f le bijou de la nature» suivant la pittoresque expression de Buflon.
Dans la suite les Européens y naturalisèrent tous les animaux domestiques de l'ancien continent,
TOMX l^.
Maisja nature n> pofait tàmhU ces lletf àe tânt'de^ti^sors sans y joindre . des fléanx d€ toutes sortes. Des owragans d'une violeice w connue dans nos èlimats bouleversent sans o^sa ce cJel* si liniptde ; le mancemllier et le metsillier exhaldttt et distillent leurs, poisons au milieu de tant de végétaux parés des plus belles oouleurs ; outre raÛigator ou cainian que plusieui^ rivières cachent dans leurs mangtiers, quekfiies Iles nourrissent des reptiles maUaisans et venimeux* La Martinique et Samte-Licie sont infestées de petits serpcns dont la morsure est nortelle :: le jaune est le plus dangereux de tous. A Porto^ Rico, à«la Dominique se trouve le boa rativore et destructeur de basses-^oours qui souvent atteint la longueur de dôme pieds. Les insectes pullulent st>as l'inSuenee de ce climat brûlant; les plus redoutables sont le petit ècor^ pion, Yaraignée avieulaire, le hideux scolo»
pendre, ou- bête à mille pattes, mais qui en s véritablement deux cent quarante; le mmrit^ gouin, ïepou' de bois, le ravei et la cAt^ qui d'abord imperceptible pénètre entre l'épiderme et la chair de l'homme, y grandit , dépose ses œufs , multiplie son innombrable progéniture et finirait par dévouer un membre si une assex vive démangeaison ne trahissait sa présence et ne nécessitait son extirpation. Les forêts, les savanes sont peuplées de myriades d'autres in* sectes inoffensifs, de scarabées, de mouehes aux brillantes armures, parmi lesquelles se dis* tingue la merveilleuse mouche-à-feu ou le ponte-flambeau, qui la nuit voltige en tnus sens comme les gerbes d'un bouquet d'artifices; es qui fit croire à Colomb , à son arrivée en vue de ces lies, que les Caraïbes se rassemblaient à la lumière des flambeaux pour s'opposer à sa descente du lendemain.
Les richesses minéralogiques du sol sont nulles aux petites Antilles. On n'y rencontre que des terrains calcaires. Cuba recèle de l'or et du cristal de roche. Les Espagnols trouvèrent ^ussidel'or àHaiti, dont les montagnes renfer^ ment en outre des mines de mercure, de plomli et de cuivre.
Lors de la découverte , deux races d'hommes bien distinctes par le earactère , les mœurs et la physionomie peuplaient cet archipel. Les iss»laires de Haïti, de Cuba, improprement appelés sauvages, étaient des hommes pleins de douceur» d'un esprit simple et confiant, réunis en société pacifique; ils reçurent les Espagnols comme des diei£x. La beauté de leurs traits que ne déparait pas une peau légèrement bronzée , leur taille élevée et gracieuse y la franchise enfantine de leurs manières et leur tendre hospitalité leur as^ surèrent d'abord l'amour des fils duciel, porteurs du tonnerre et venus sur des monstres ailés : c'est ainsi qu'ils quaUfiaient lesétningers bnrims^ leurs armes et lenrs vaisseau. Plus tard* prois
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FBÂ]!TC£ MABITUfE;
ftleiteUvfëe ai laierd€ilé;ci^)ide des Espagnols, les pevplë» du càoique Guaeanagari et de ta belle Aûuoaana disparurent sous le fer deseuva-» bhmeurs ou dans les mines de Cibao. Leur tie était patriarchale, leur citite, cetaî ^ ^radd Es-» pHt dans* sa plus brillante image , le soleil, père des fleurs , des fruits et de la magaifique yégétatîoii de leurs il^s. Presque bus et sans bonté, ees hoivii|Ms«^nfans croyaient entendre dans les éebos des antiques forêts la voix des âmes de leur^pères) tontes leurs pensées étaient aussi naïTes, ou plutôt ils n'avaient que les sentimens eonftts du premier âge.
> LeiB Caraïbes , bahitans' des petites Antilles, ^ distinguaient par des caractères physiques et moraux absolument opposés. Nomades et guer^ fiers, aussi souyent sur TOoéan que dans les proCoadeiirs des bois, tartares-corsaires du No«veaa*Moiide^ portant sur leurs canots. d'un seul tronc d^rbre le massacre et le cannibalisme d'une Ile à l'autre , ils se présentèrent aux Eu^ ropéens , formidables dé bravoure, de vigueuf et de ôrnauté. Toute leur personne répondait merveillpuseinent à Jeur passion dominante \ la guerre. Courts de taille , larges des épaules , les muscles enflés sous la pression de petites bandes de coton, là tète plate et protégée par une longue chevelure poire et lisse , des yeux exercés à un roulement effrayant et une peau eotileur de cuivre rquge ; tel était Taspect de eette nation, la jplus redoutable que les Euro^ pë^s aient rencontrée dans le Nouveau-Monde.
fioB édueation et ses supers titionS) comme celles de tout peuple brigand , ne tendaient qu'au mé^ pris de la mort, qu'à l'amour de la gloire guerrière; La mère combattait et l'enfant trempait 6011 courage d^ns les tortures inouïes infligées par la main de son père ; c'était le noviciat des nmes« Groupés pai*fninilledans des «ariete composés à'ajoup<Mr de feuilles de palmistes et de eocotiers,ilsnereconnaissaientd'autoritémorale jaue celle de leurs jongleurs ; et au moment de (expédition et pour la seule durée de l'expéliftioq, ih proclamaient chef celui qui avait supporté jusqu'au bout les tourmens les plus ftliHiees.
: Le signal est donné , le Caraïbe enlève son JiamiEio, couchp volante et emblème, par son faeile transport, delà vie inquiète et vagabonde du 3auvage.La pirogue d'un seul tronc de gommier est leacée sur la lame ; soixante, cent guerriers B*j préoipitent. Haïti, Cuba et te continent ne fiQUt'pas hors de la portée de leurs flèdies qui vont atteindre les oiseaux dans les airs et les jipisaontâ dans les profondeurs de ces mers 4j9iisparentes, De la grande et belle Ile la Gua- Â^loitpe , leur quartier-général aux jours des ÎQQM^rtantes. entreprises t ils partent comme une lilMPd de J^qnins affamés pour aller à travers i«f tfmfiHGâ comlwurs et d^orev imm enueî*
mis. C'est dans cettis Dé qpe pour k preîiilètb fois Colomb contempla avecadiniratioiileÉiaigHH fiquè ananas entouré des affreux débris d'un festin caraïbe.
Cette race d'hommes forts a succombé sotts la force supérieure des conquérans chrétiens \ mais ils n'ont pas succombé esclaves. Avec. If liberté ils ont perdu la vie. Denos jours à peine rencontre-t-on dans les Iles de Saint-Vincent et de la Trinité quelques familles caraïbes abâtar* dies par le contact des Africains.
Trois nations européennes ont entrepris la colonisation de cet archipel ; les espagnols qui déjà exerçaient leur superbe domination sur le Mexique, Cuba, Haïti et le t)ontnient méridional, s'établirent de 1503 à 158S à la Trinité , i la Jamaïque et à Porto-Rico ; tes Français prl* rent possession de la Guadeloupe, de la Martinique , de la Dominique en 1Ç3K , de la Gre** nadeen 16ti0; les Anglais, dëlsiBarbadeenlSSl» et de concert avec les Fraqçais, d'une partie dé Haïti , d'où ils furent bientôt expulsés par les Espagnols. En iS97 les Anglais s'émparèreut de Porto-Rico, cliassèrent les Espagnols de )a Jamaïque eu i6i(3, occupèrent Sainte-Luote tour-àxtour avec les Français, et prirent Bafnt^ Vincent en 1763.
Qu'étaient ces hommes de la vieille Europe; qui allaient planter des rameaux de leurs métropoles dans ces lies lointaines ? Quelles étaieitt les causes de leurs migrations aventureuses ? Elles ne se ressemblaient pas toutes. On a pré*tendu, sous l'influence de passions étroites » flétrir tous les colops dans les premiers éml^ grans; mais ù l'époque de la colonisation n'existait-il pas en Europe autant de malheureux que de criminels? Alors, n'étouffait-on pas datils l'atmosphère raréfiée du despotisme les esprits inquiets, les consciences affamées de liberté religieuse? Ainsi, sur le même vaisseau partant pour les Indes occidentales, se trouvaient parqués, comme dans le Paris d'à présent, le banqueroutier et la victime de la probité, le gentilhon)me libertin perdu de dettes et le religionnaire (1) qui s' étant «vteë de prendre Dieu au sérieux, était chassé de sOu temple; et ces hommes aux nobles élans, à Yétroit (2) dans cette société dont tes privilèges les heurtaient sans cesse.
Ces derniers surtout ont formé et alimenté ces bandes de Flibustiers , prodiges d'audace et de courage , qui auraient conquis le Nouveau- Monde si Chez elles le génie politique s'était
(f) Personne n*içnore que Cromwen fut sur le point d*<S mif^rer; déjà il était abord d^un natîre qai atténdailt I )Wmbpaphure de hi Tm^ùap le» vents fiver{d:0e9 ponr m rendre dans les nouvelles colonies.
(2) Mirabeau Iiii-mênie eût Quitté la France poiXt lâl monies, tm u'eûi; 4U fetena ^t toui« XVf • . : ^
ïiïANCE MAMTiMÈ;
*éHv6 fc ft t*tfteép de fWrOWWt -goel-rier. Es- ^its àventSrenT , Tonatiques d'în'dépeiMJatice , baltes d'une sainte indignation contre les botrr- Téoax iè rAftiéTÎqne , ch*z eux tôfttes les faenltcs étdiëM ^u!8satit«8. tontes leâ pDsSïons extrades; ttiépris de l'tfr qn'Hs pillDTCUt sur des pillards, oftiinité forcenée, constance toute to- ' Tnaine dans leurs expéditioBs. Pendant quarante Ans ils ont égorgé les Espagnols, niîné fe^i's galions fH étonné le monde. Enfin, tes débris de fces tnodentes rois iJes mers retoamèrcnl se Bxer à St-Domiflgue, dont la moitié devint possession ft^nçaise à la palïde Ryswidt en 169t.
Ainsi tes Antilles Teçnrent d'ahord dans leur &ein nne pdjnilation composée des ëlémens lès 'Jiïus opposés. Lès premiers colOnS défrichaient énxMnémes îe Sol en recrutant dans ïenrs nré- ■tpopoïcs dts malheureux qui s'engageaient pour ÛnCeitaiti temps. MaisiesTatignesdelacHlHire «lansCeClimat débilitant étaient ti-op an-dessus d'e leurs forces'; aussi aœucillîrent-ils Avec chipTessement les Africains que ta cupidité- transporta dans les nûnvéRcs plantations. Plusieurs écrivains ont faussement attribué au vertueux Las Casas la première pensée de la traite des noirs. Déjà en 1502 les Espagnols employaient des nègres auf mines de Haïti; et ce n'est qu'après y . avÀir Yeaartiaë 'la supéri<n-ité' do leut^ forces physiques et de leur énergie morale, que cet évéque demanda en faveur des Indiens énervés remploi ex î.
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Le contact des deux races Wancïie et noire joe larda paç à en engendrer une trpisîème, celle des miilàlres. Ceux-ci se sont multiplies avec (le; nuances inîinies , plus ou ihoîns rapprochées (]e (a couleur tlu pèrç cféole et tîe la itière négrep^c où sniiUtresse ; <lo % Jcs «rtWjiçs quarterons > les iiercerons , ]es mamelouk , etc. L'amour paternel et rlnfluencc artilicieusc dt,'s femmes dé couleur amenèrent avec le toiAps de iiombiretii^frMiMîbisïeiAteiiti; éit sorte qde tleux
{tt^ktions ^bres et tin« eselavè sbtil Hi pt^ SMiCe dans ce^ Ues. De ces er1j;ines, de éc^ ^îtua^ns légales il'estrésulté de^ eartièt^A tranchés , de singolierfe préjugés ei de vîoleiiirt passions. Indiquons rapi<léfnent les pvîbci|^uk traits de ces diverses pfiysionoMîes eoloniàtfes^ et po^r Cela nous n'aurons qn*A transcril^ quelques ligues d'un ouvrage inédit sur !cb AntÂlfei.
• Les premiers aux colonies par Ta rtthéss^, ■» l'éducation et l'autOrrté , 'sont les cipéblfes , 'Aci- 1 ;cendans des colons européens : hrtèlligieiic*» « Hgéres, en générât iiicnhes, Wnàis vives, p*- » nétrantés, entltousiastes des itt-ts *t ^ meN k VftHleux, dédaigneuses des connaissances pM- -t losophiquès; ciarae'tères hautains, 'ea^cnHéi, < volontaires, mais géftéreui, TiéSpftalrets et V faciles en aniaîres. Assez hauts de taille, d'ôrlB i complexion séclie, d'Une paissante aèdvité « malgré le climat, ils fortneraienï ■àe maoTàft « soldats, quoiqninii-épidès juéqu'è la téihérftfe. t L'ostentation des repas et des fétels test «fc^ « etix une passion , ih sC ph^valeiit fle lâttôblëslsb k de la cmSîeùr Manche-. '
t ï'^nsm'te Vie^hCnt les hommëS dé cônlcït "f iïbrei, ou mulâtres, affrànéhii! aiVibitieux ëVs t droits t)OÏilîqàeS et dé IVgatîté ; hbtiïines Hik t passions fortes , d'une ha'tnre hardie , partl^- ■t pant h H fois des qualités fntèHWtùcHes dft "f blancset a* laviguètrt-coi-pofèlfë desnègr^^. t Ils aspîrcnt ^atas cessé * ftWifer tpouir ftWf
* compte sjst les rtnncs deS 5f>rîvii'^&ës! ' '■'■
* Enfin , les noîrs «sctàrei lés pins noUilJrèutf ,
* sont ignorans, sttperstitîenx,nlsës'pàrïietfîït site, capables de dévioueméfts »Dblifnës|^C t d'àtrtices crtfataiés; deiïés d'arié îm%r^tidfi » poétique , ils aflVctent Soivéiit la ^tèi)t(Ht« « i ont toVis les vices qa'éngeWlVe l'eifclavà^é ,1k « côté de plusieurs vertus qu'on est sttrpVls'flb ■< fencontrer dans cet état Je diégradaiioh.' ÏJfe t noir, par lui-même, n'Ji aucun plan ;'d'avMiir; « il n'a qii'unc force d'inertie , "îl ité i'oibpi^ud » que *a destruction, iitSsi' fUncSte 4 lii^piÉiSfe t qti'i soin maître, fieïà cevasi«' sysièVn* iVêStt poisonncmens transmis par tradition, ë'rt^ i autant par habitude que pai- Tibitiè; iéï iluili^ t vige la popUlàtfon dè's Atitilïés cbnlilre' Jiife k peste pci-raaneirtte!" "I
€ Bu k-rat dii 'pTivlléige , les bliinés ïaFSsèïit « tombée te mépris 'srtt- les rfrnl.ltfei( lio;i|rr^¥k k pétris de leur sang. Ceux-ci, hiimflibsiWlilm' «* infériorité Sociale, lahéentà JeurspèfcèfefeîWb
* de r«nviè, 'et se >-engent s'vti-ieS riiirs.'àë'Jïi « nuance dégradôfttc ' d'épîdermè dohfîft s6« t héritiers. 'De Icùi* tôle, les n^grti',' tïiiit en » reconnaissant la supériorité rfos blatic^', toiiit ph-ent contre en* parce' q'ullfe sOnV Uiâ|rreàl, Vet haïssent les mulâtres parce Qu'ils àsp^reiiït "< à le devenu-. ' - ' ' . ■ f .■.iT " i Malgré l'iëreli A*- cëS Jj'i'^tiges , ïëé ct^wlft
: I èttes.homttl(;is-dèc6uïe\irAc3tfi)t^â&'dèïn^r^
ao
c élniagers au grand mouT^meat de civilisation c imprimé par la révointion française.. Depuis 4 cette mémorable époqo^ yTacUon constante de « la presse et de la tribune des métroples a con« c quis légalement dans les Antilles ce que la réc vôlution avait entrepris avec violence. De c noraibreuses générations de créoles visitant les
< collèges et les universités d'Europeront perdu c par le frottement les aspérités sauvages <]ui c distinguaient leur caractère. Elles sont dever c nues» au contact des frères de la mère^^trie,, c plus pénétrables aux idées du progrès» plu^ « flexibles aux mains du législateur, yœuvre c d'émancipation politique de la race de couleur
< est accomplie ; et elle aussi a reçu dans soja € sein les vivifiantes lumières de rinstructioq. c L'esclavage des noirs est largement modifié. >
Quant aux hommes supérieurs qui ont pris naissance aux Antilles , deux surtout survivront dans rbistoire. L'un appartenait k la classe de^ dominateurs blancs, l'autre était perdu dans ï^ troupeau des esclaves. Ces deux puissans germes d'bérolsme auraient péri inconnus » si le soleil révolutionnaire n'était venu échauffer le sol qui les recelait. Le nègre Toussaint-Louverture y esclave illettré , de ses fers se fit un glaive, conquit la liberté, vainquit les Anglais, confondit ses rivaux et s'éleva jusqu'à l'humanité et à la modération après la victoire. Par un coup de génie» ce Spartacus africain avait conçu la civilisation de sa race au moyen d'une secojide alliance i^yec les blancs » sous les conditions de la liberté nouvelle. La destinée ne lui permit pas d'accom-
Îlir cette grande pensée. C'est lui qui, écrivant Napoléon et interrogé par son secrétaire st^* le titre qu'il prenait, répondit : c Mettez le premier des noirs au premier des blancs. » Le premier des blancs, trompé par de perfides conseils, méconnut le premier des noirs et perdit par là la plus belle de nos colonies.
Un riche planteur de la Guadeloupe , oubliant tous ses intérêts aux cris de liberté poussés en 89 par la France, se leva, à l'âge où l'enthoi)siasme s'éteint dans les âmes vulgaires, pour aller porter le tribut de dévouement des colonies n la révolution française. Le comité de salut public devina ce qu'il y avait d'inspiration et de |(énie dans cette âme ardente; il s'en servit. Le créole républicain, improvisé général, chassa les Anglais de Toulon, devina Bonaparte encore lieutenant, expulsa les Espagnols du Midi, et mourut victorieux et pur dans les champs de la Catalogne. C'était Dugommier.
Les Antilles , station naturelle d'avitaillement pour le^ armées navales , ont toujours été le sujet de vives contestations et le théâtre de luttes sanglantes entre les puissances maritimes de FEurope, surtout entre la France et l'Angleterre. Aussi ces mers sont-elles pleines de glorieux souvenirs des frères de la métropole qui
ont souvent recruté dans les rangs des habitans de digiies Compagnons d'armes. Spécialement occupés des colonies et des expéditions françaises, rappelons les noms ^ui seront Immortalisés dans ces parages : d'Esting , Lamotte-Piquet, de Grasse,. Villaret; rappelons le combat du Fort-Royal,* le siège de la Grenade, la prise de la Giiadeloupe , la bataille du canal de Marie- Galante; chaque fait est à lui seul une histoire nourrie d*actions éclatantes. MaintenajiU, que nous reste-t-il de tant d'efforts, de tant de s^ orifices ? La Martinique et la Guadeloupe. Saint- Domingue ! qui ne connaît son histoire; jadis riche galion de France ancré au milieu des mers d'Amérique , ce n'est plus qu'une carcasse démâtée et à m^oitié déserte. Excepté Saint-Thomas, occupé par les Danois, Porto-Rico etCub^, lambeaux précieux des immenses possessions espagnoles , toutes les Antillessont enveloppéeiS dans les gigantesques bras de l'Angleterre qui, comme un vaisseau de haut bord, s'est amarrée à tous les points de la terre.
h^yvLUQjnit créole^
CroqutJôf 5ttr Jtwx 6art.
Jean Bartt Le nom le plus populaire entre tousceux des marins français, et, il faut le dire, celui auquel s'est attachée la popularité tout à la fois la plus honorable et la plus grotesque ! De grands exploits firent la moitié de cette renommée éclatante; quelques plaisanteries de courtisans firent le reste.
Si l'on rencontre un marin brusque, jureur, buvant beaucoup, chiquant toujours, et fumant autant qu'il chique ; un marin qui crie et larde sa conversation de termes particuliers à la navigation ; un marin qui n'a aucune habitude de la vie des salons , y est embarrassé et peu poli , on dit : < C'est un Jean Bart ! > On se figure que tous les marins ont les traits de ce demi-sauvage traditionnel , et par là on fait également tort aux marins d'aujourd'hui et à Jean Bart.
Les officiers de la marine , à présent , ressemblent à tous les gens bien élevés ; ils ont de bonnes manières^ et méritent l'accueil qu*on leur fait partout où on les reçoit et où Ton sait les estimer. Quant à Jean Bart , il n'était point ce qu^on s'est amusé à le faire. Assurément, ce n'était pas un homme du monde , un homme de cour, un de ces élégans qui montraient à Versailles , au petit lever de Louis XIV , leurs riches broderies, leurs dentelles précieuses , leurs longues plumes, et, comme a dit Molière,
Le mérite éclatant de leur perniqve bUMe,
fflANGE MARirifiaS;
Il n'avait pas eu à perdre tout lé temps qWil fallait au£ gentîlsbommes pfmr apprendi*e les grands riens de Téliquette , ^important vocalMH lairede la courtisannerie ; dés.^^on enfance ilavait couru la mer, etce n'était nidaps la barque de pèr cheurpiisoB père ravaitam^riné de bonne heure > ni à bord des navires ducommei^e hollandais qui furent sa première école d*4ppUcaiion , quil avait pu se familiariser aux belles manières ou au beau langage. Certes, il di^yait mal parler Vaugelas, il n'aurait rien entendu à Ninon coquetantt il aurait peu apprécié Mi de Bènserade ; mais tout ce qui était vraiment grand et noble , il le comprenait à merveille. En veut-on une preuve? La voici » entre mille autres que je pourrais choisir.
Jeau.Bart était capitaine de vaisseau et s'était <léjà couvert de gloire dans vingt occasious^ ■dont une seule aurait suffi pour rilluslration d'un officier de marine; il alla à Versailles où lé roi le reçut avec une grande distinction , mais lui parla de son embarquement de 1695 qui n'avait pas eu tous les résultats qu'on en espérait. Ce n'était pas un reproche que Louis XIV prétendait adresser au commandant dçla division de 1694 qui avait sauvé le convoi des grains en battant l'amiral Hidde ; une telle pensée n'était pa8 venue au roil Jean Bart n'entendit pas froidement cette appréciation juste d'un (ait sur lequel il n'avait pu avoir aucune influence ; il n'en témoigna rien au souverain, mais il partit pour Dunkerque , et quand il y fut arrivé , il démanda à aller troubler la' pêche des Hollandais , quoiqu'il sût bien qu'une forte escadre anglaise bloqmMt son port , et que les Anglais avaient ai'nié aussi contre lui. Il sortit , fit une croisière , et quand il rentra en octobre 1696 , il écrivit une simple note au qomte de Toulouse, aaiipal de France» J'ai l'écris autographe sous les yeux , et je le transcris fidèlement. (Il n'a jamais été imprimé.)
< Le Koy ayant dit au chevalier Bart. lorsqu'il a eu rhonneurde saluer Sa Majesté, qu'il n'avoit pas esté aussy heureux cette campagne que les précédentes , il vous supplie très humblement^ Monseigneur, de vouloir bien informer SaMajesté:
€ Qu'estant sorty de la rude de Dunkerque lei 7^ mai, la nuit, il fut obligé de traverser, le boutefeu à la main, vingt-deux vaisseaux de guerre anglois qui estoient mouillez hors des bancs pour lui boucher le passage,
c Ensuite, après un mois de croisière, fit rencontre d'une flotte hoUandoise, escortée par cinq vaisseaux de guerre , qu'il attaqua , et s'en rendit maistre; brnsla trentevaisseaux marchands,, dont le moindre était de cipq ou si^ cents touueaux, nonosbtant une e;&cadre lioll^ndoise de treize gros vaisseaux de guerre, et deux bruslots qui estoient à trois lieuesau vent d^luy, qimad il commença le combat , et qui 3e trou-
veront à deux portées de c^on qudad il fut finy, ce qvd l'obligea à mettre le feu à qUfitre desdits vaisseaux de guerre, après avpir min onze ou douze cents Hollandois dans une f rér gâte de vingt-six pièces de canon qu'il r^nv^oyai Il a de plus, avec une si {petite escadi^, ^ipH pesclié, cette campagne, la pesclie dubarcïng» d^ quatre ou cinq cents bastimcns, que les.Hollaut dois ont coutume de faire , n'en ayant envoya cette année que trente ou quarante.
c Après quoy leur flotte destinée pour Uosi* covie arelaschéà Norvège, quoyqu'estoriée de huit vaisseaux de guerre, pfU'çe <{u'il$ avoieuA appris que le chevalier Bart croisoit si fort au nord, qu'ils n'en sont sortis que peur ix^iourner ^n Hollande , sans avoir achevé leur voyage^ après qu'ils l'ont sceu arrivé a Dunkerque> Et leur grande flotte qui avoit coutume tous les ans de faire trois ou quatre voyages dads la mer Baltique, en Norvège, n'en a fait qu'ui)j celle-cy, et cela avec une très grande esportew
c En sorte que la petite escadre de Sa Mafjesté qu'il avoit l'honneur de commander a obligé les ennemis pendant cinq mois d'entretenir cinquante-deux vaisseaux , divisés en trois escadres , Tune commandée par le contre-admi«ral bleu d'Angleterre, nommé Bemboo, l'autre par Mingder, et la troisième par YYanzel.
€ Enfin obligé de relascher à la fip de ses vivres, il fut aussy obligé de traverser lesdîte^ escadres de Bemboo et de VVanzel, de treati.*trois vaisseaux de guerre qui Tatlendoient dans son passage/ »
Eh bien, cela est-il assez be^u et fier! Y aHh il là un assez haut sentiment de digiQiité» btespsée d'abord, et ensuite satisfaite ! Et soui h simplicité énergique de ce rappoi*t«. courte 9qi)S emphase , y a»t-il assez de finesse ! Comme h nom du chevalier Bart est bien placé dans cette phrase où l'auteur de la note oppose la craint^ qu'il inspire, aux fotrqes des Hollandoisi qui reià» chent en Norvège t Qui aurait eu plus d'çsfMril parmi lès courtisans, et qui l'auraît déguisé ave< plus d'adresse?
Et c'est cet homme qu'on s'est plq à représenr ter comme uneespècede paysan grossier, n'ayant d'autre intelligence que celle di| métier de* la mer! Louis XIY fut sensible à l'action et an récit de Jean Bart ; il n'analysa pas grammatlcalement,commeaurdientfaitlesi&aivausdei'h(Hel de Rambouillet, l'écrit que lui adressait lo.capjir taine de vaisseau , et oh l'on aurait pu reprendre tant de fautesde français; ilensaisi^ lesen^élcvé^ il jugea leccnurdeJeanBaHparsonpi'9pi*ecœîiri quiéttiit noble» ctjl récompensai j^i^mmandant de son escadre de Dunkerque en M ^coi*dMt
deuxfaveurs:unepeBsionaanneile4^â,000liv4* ^t, pour son fils le grade de liente^nt de vai^ sej^u^ puis , Je 37 avril 1697 , il l'jéleivia au. rang de cbqf d'escadre,. . . i , .
mÀ^m itAttiïnttk
oit i ¥àé6nV6^''^ ëëtte bcea^iotf , Lo«iiè XIV; iàfkûl annoncé lUi-Ménte cette grûhdte nouvelle ft lèaii Bdrt, daiië la galerie de Versailles , t^lnU cl revendu au roi : t Vous avëK bi^ti fuit ^ Sîré t « Oii a dit qùé bette réponse avait fait sourire leg cotolisân^ et inspiné à Louis XiV une Ùonnê t»ep<trlie : c La répons© de M. Bal*t est eiEcelf lente ; ce n*est point An sot orgueil» mais la ju5te coh^cîence de ce qu'il vaut. > Je ne sais si cela s'est passé ainsi ; mais je ^is très-dis-^ posé â Je croire. XeanBart avait vu les.cowtifiàns dédaigi^eiix avec lui , comme i!s l'ëtaient àtèic Molière; il avait compris LmrisXlY) feî tt^ëtait redonné devant tout te monde la placé lionohiMe fpie des railleries' avaient essayé p^lt^lrëde lui faille pet*di^ dans l'estimé du roi.
Maikitetlant, (qu'il se soit pi*ésetité à te coUt* ^ns ua habit d'or doublé de drap d'argent i f en doute -, Imai^ qu'iittporte ? G'étîait le chevalier dé Forbih qui îe présentait ; Forbih était liommë de couri plaisant de son batiiiN3l , et tÉl'âilleùfS rival à^ fean Bait ; pbur ces trois raisons, H li'était pas fteilé; sans -doute, de faire foire une ^^aûcherie au marin dunkerquois; -et celuM, qui ne connaissait la coilr que par sa IréhoMmëenle luke et d'éclat , avait ^>édé aux insinuations de Forbin , qui avait été mmtrèir VùUr$ pnfté de t^bans , auk petits maniiuts et aux Géliinènes de ToeH-dé-bœuf.
- Vu des grande bontmes du siècle avait deviné iMn Bart ^ ce tàî Yaubân qui , i la pail de 1678' le fit faire lieutenantde vaisseau. Lorsqd'enlGO^^ %BtYi\ qui était chevalier (fe Sttlnt-Lods, teut re^ -pt^ sur f aniiral Hidde le eohvôt de Wé yenaiit «il F^artcè dû Danemarct et de laî Pologne, Louis «XIV lui donna ylee lettres de «Noblesse. En 1693; 4( avait céinbattu sous Vmnîral de ïourvîlle à L^igosr, et, avec le vaisseau le G/m^teJpqtt'îl cbm- Mandi^t, a^'alt forcé ^x bfttimenis hollandais de «'échouer ck dé se brMer. La ^l-rlère de Jéan ftirtt , qui pouvait êti*e lourde encore pïircie que te fonce et l'énergie éti^kmt en lui les mémos i cinquante ans qu'à trente , se tei>mina btert màlr ift;tit*eli^ehicMt« Il donnait des 9oS(is à un armement ooMSidérable qtie ^c^^ltâient les* contée latiônspowr la suct;ession d'Espagne , quand une (4ett)*ésfi^ le tua eii peu de jours. Â mouràt le ST avril 4708, cîiiq att^, jikirpôHr jôiH», après qu'H eut été fait <*ef d*escadre. Il était né d'un rira^ fin de Dmikei*que, en 1651.
Jean.B:)n étaft gi^nd, Wcn fait, Robuste i supportant shtis peiné toutes les fotiguesd^é là mer. Ses rr afl» étaiem régwlie*»» ses j^ûx Métis j ètftS ehevétix blonds; il avait le téîttt frais oi ift4inë;l»èiïA'^sio*lde sa figure éiaît ^i^^ , ce qui hé l'envpôchaît f^'oftat d'avoir^ une pHrysitfno^ tiiié't&étà'fàifi^ev&niiitiU, sélort l'ckpresBibn tfiltt hdmrté qtfr^ùVaît WoÀdtilip^ 6éntt\u SbH KiWtt*patriote Faulconnier, le Grand BaJflfetJ'hiStb^
KeB de Dnhkerque. leail iart étëit ilii Êoitoime de beaucoup de hbû sens, d'un esprit ttet^ eti comme j'espère ravoir dértiontré, assesfcfin; pëtt brillant dans les conversâtiôtls , fanais Sblide/It ' n'écrivait pas mal, car il disait tèUjoiil'Stft'èbbiéft ce qu'il voulait dife. Quùnt à son écritaré^ elle était lotifde, iniil confôirmée , tremblée ; sa signature ressenible beaucoup ft celle que font leb gens du peuple avec ^es plumes mal taittéès ù^ des (iUumettéS hoircies ; là voici ;
Il savait l'orthographe comme tous les thëlëlotis et les geritilshommes dé soh toiUps. U 4tait sobre, actifs intrépide, audaéieuk, prompt à prendre un parti datis le dahgei* étéâlme ëa tuilieù des combats; Là pt*éseiiee d^éspt*il et le snn^-froid né ralmtidonnèt*ent Jamais daiift les eircônstanèës difficiles du coniti^andettieûtl 11 manocàvrttit fort bien nn vaisseau et tkif^ ijiyisiort. Il se mbntrU toujours désintéresse; Uussi ne iaissaH-41 aucune foHuné. Soû fils eél tttort vice-atnlral; fc'étaît un brate et bon ofBèiêr. leau Bart a fiait setiehe dé bbiiS hf>ttimes de «léK Beaucoup dé gens (j[tii stippelaietat Bart^ ettfii it'éliaient point les pUréns de Jean bvàht so^ illustration, se soht ditS'dépuis de ë^ ftàlhltle.
À. JAi.
tt% |)0ttt0n5 ^'Slnjjletetrei
Ce Alt uue idée j}ieh ingénleoSe » iflafeé b^A Quelle, qiie celle dé traésforbiér Un* vàisseab de guerre eu un v^te cachot iàe priéénniérs»
A terre , les immenses prisons de guérite , avefc leur trible mut cJ'enceîntè, n'offraîetat tjUe trop l^ouvent aiUx éaptifs ta fàciilité dé tW)mpeV' Ki siirveîllartee d'uûe garnison nombreuse , A J'inquiète activité des geolîeri-. MaW à borfl d'Un vii^sean de lîgtte, biett mouillé dans Une ritiè^e , désariné de tous ses canons, malé j^llé -à tous ses sabords-, et garde jour et huit pair tl'actives sentîUellesi là sui-veîllance devfenaft plus sûre et plus ébnnnode ; et là sanH beaucoup de frais, on pouvait ensevelil* pendaUt toute là içUerre, six -à huit ceéts ^isonoiers tt^p Serrés les tins contre les autres dans Un espace âussS ëtroît, pour se Kvrer à de^ tentath-es d'évasion, isi trop biétt gardée îndivlduelîeinent pout* s* jf)ermettrë dé comploter cbriti^é là snreté dfefe sMi;eiî chargés dé i'éprittier léîs ihoindres PUîoù*- ^enîèns qUi aw-afent ten poUr but fe dé^értf<yA de quèl^iués-uns d'èntve-euHt. . ' {
L^speét s^l d^ pohl^nts anglais rév'é!tft*à
tutm nmfmn.
gm^
an ^tfiQ8 lâs miaèm^ > \f>iAU^ les ^ouffr^nc^^ dont ces sépulcres flottans étaient devenus le tbëfttpé. Un Vdtsseau MgvHp 99m toiles > s^ns artillerie V iTiata pourvu à (oussïeg 89)>prd$ d*é<r Bonnes l>arpea93^ de fer à travers Içsqu^ls àen figocesfaives et a0ia^rie9€herohiMGOiàireapirM^ ratrc|ttis'exb^laitde)9iB|irdt8duriy9ge^ tel était le s^eotaole sinistre qu'offrait chacun des pontdns de Chatam, de Portsmouth» ou dePlymouth!
- Aa-d^s8us des ponts et des gaillards de ees vastes cachots 9 ou avait élevé des toitures ith formes destinées h servir d'abri pendant le jour aux Hiulbeureux qui venaient demander uu peu d^air après avdir épuisé toutes leurs forces à lutter durant la nuit» contre J*atmosphère int feete des batteries ou de la c^le:
A. chaque instant ^ roffioier comms^ndiuit l9 peoton faisait compter et recompter ses pr i*- «onniers pour prévenir ou constater les désert tious qu'il redoutait de lu part de ces iuforttf*tiés toi^urs prêts à exposer teur viepom* tenter le moyen de fuir leurs inflexibles geôlîerâà Pblattïre en heul*e les buri*eâuit de fer des sa^ Jjords étaient visités, sondés, heurtée daoatonft les seoib , comme datts le^ bagnes ou ueurte, ou «onde l-auneau que les forçats traînent aux pieds, et qu'ils essaient sans cesse de limer ou du rompre pour échapper aux garde» qui les 0UiYêat s^ius cesse*
Sfais quelque scrupuleuse et quelque prévayaitte que fut la aurveilltace des geôliers anglais, raciresse des prisonniers était encore plus iugénieuse, et les moyens qu'ils employaienipoiir «'affranchir c|e leur prison parvenaient quelque^ jEoisàvaincreetàsurmonticrles moyens qu on mettait en usage pour les y retenir*
Lbs personnes qui n'ont jamais connu le tourment d'une longue et iôtolépable cat)iiviîté, ae feraient difficilement une idée des effortlB aur humains K)ttfi peuvent tenter les captifa p^ir sortir, ne fût-ce qu'un instant, du cachot où se poiïsume leur vi^ ; l'hûcnme qui une fois rendu î Ja liberté emplûferait p^our s'élever dans le monde , la moitié des ressources qu'il a trou^ yé^ft'dans ison génû pour se aoustraijre i la pria#ft, parviendrait à coup sAr m% sonuuîtéS' de Ib Cûrtuiie ou de la glojre. Mais par une des infirmités atfadhées à la faiblesse de notre espèce, ce n'e^ guère qu'au sein ée la captivité que les efforts extrêmes et leis volontés constantes aont p^ossibles.
Faire an trou pofr déserter d'un ponton, C'était faire un chef-d'œuvre de ruse, de pa- .ti^nue, et de génie. ;
Et c'était là de que faisaient lesmoîndr «s priaouniers!
• Un treillage en bois s'éleiliit extérieurement «OB le iaae ^e ihaque pobson: à .difohuit pèuoes ^viroaau^desmn de ^itier. SuViOc tirpiliaigp a^iHuif^nâinuit et jmic 46B seiAiiielif sattieBtivM
tçHMiUf» la ^xijf, euvirQwaH d^calm^ ti tte siieuç^ le pouto^daps lequel d^ru^icoift tesprifKHifiieps s fit .te rivQgeigpidé paiî.uM np»bre«iie garni^pu fit Ifi^ &pts tfanquill^^.qii'j^tilihHiKaitila bii*i$c , ou M pouvfût jetfl? m prî , fp^ounof une
chausou^ diiire unj& parole qiii m ^% ^nâ^^ue pflT Je$ sentinéUe$(« recaeiUic^.^omin^.unJudiQe^ilanluaut p^U" les hainin0s.deï4uayft,,,et.dlinooeée bienfôt comme le aignal d-ua^' réy^Jtp géuéifalâ.
1^1 c'eçt cependant sous ce treillage où les factionnaires veillaient immobiles y que so winaîtât que s'oiivrait le trou par lequel se gliasaieftt If^ déserteurs pour plonger sileucieuseiseut dafs lets flots et gagA^r le hotài .pourvus aeuiaolent du petit sac en tuir qui co^taMil Ipurs etTetaJ^^.
Pour parvenir à percer ce trou ,. qtee ct9 soiiii», d'adresse il ftiUait employer I Qmp 4e peines sui^ tout il IVUait «e donner pour le ca«ber prociensement à la . surveillance des geôlier^, pendaui le 4ravaill Voyea uu v^sUu de ligue, n^esurez ré(»ai«seur de son échauUlLon «- dP aes bordâmes <ixtérieurs et int4rieurs ,. la gr^ji^ur 4ô m meiubrure ; eh bi^n, c'était tout cela qu^l'on perçail, non pas avôc des baBbes et des scii^a * «Niia tvec 4e simples couteaux , de petits caaifs , la seitfe arnie , les seuls instrumeus qu'où laissât uw mains suspecies des captif^.. -
Et, lorsqu'à iovea de travail, de paiience et4e précautions, on était parv^nuà pRatiquêr leirop, le cuivrcde la flottaûson du vaisseau se préseitdit uU peu au-dessusde l'eau, et au-dessous des pieds mêmes de la sentinelle pltioée sur le treillage. ^
C'était encore un obstacle à voiticrei, une féuille4e métal à user» plua par k froueuneiit que par une section brusque* P/srcé tro^ furàs jAn ras de Veau ^ la trou aurait £ait couler le vaisseau. Piej^cé trop près du treillage dea sentinelles ,. 1-éveil aumùt ^té donné à toute la ffarde du f oétdn. C'étaU sur Tendroit favorable « ieliti*e ices* ckuât xlaugereuae^ ea;trémités, qu'il bdliût imnber/Qiie de combinaisons « de calculs. H "de -hooliBuri, pàifm ue réuasir qu'à obtenir la clUmôe de se laisser glisser, dans l'eau > ou de se laîDe ftisillec eu nageaiftt vêts nn rivage hérissé de factiPnnairea fii de sbires l
Le trou ainsi pratiqué par «quelques prîsôilniers appartenait de dîîoit à se^0Uieur$. C'était à eux qu'était réservé le privilège d'y passer les premiers. Une fois ce droim passé eu usage, il devenait la propriété commune ào tous les (Captifs. Hais pour mettre plus d'ordre etd'ccouonie de temps dans la désertion de ceux qui voulaient se ifcsigner , on tii*ait Ica toiira au sort f Qt puis l'on jotthit xfuiljqiiefois aux dé» tes bans A«ttér0s:(|e sortie ; car le jeu se mêlait partout dans les UjNtftdésdespriàonniera.fC'ostleedinpagnpuiibligé detamtaslea siluAtionaqUU déomratoepiBètniA-
FRANCE MARltlMË.
1'- Vkmp pw n^m tfou f*t découvert , Talarme ëtaitdonnée par les sentinelfe». Tous les Anglais olo« se trouv<lieht sur pîert en une minute. Les
-èitiliUik;*€ion9(hibord« sans ce^se disposées a être
'iiMiené^f»^ ëtaknt mises u Teau pour faire le tour
iiû pomMi. On allumait les fanaux. On comptait
•eton recompt;Mt vingt fois lesprisonuiers, réveil- 4é$ le plus souvent en sursaut; et si par hasard
-dans leur revue nocturne les embarcations dé-
•couvraiont à fei swface des flots quelque malheureux plongeant poin*sesoHsti*aire à leur poursuite, c'était une chasse à coups de fusil qu'on lui domiait , et qiiolquefois on ne rqmenaît è bord qu'un ^^adavre pei-cé de balles, au lieu du fugitif qu'on avait voulu saisir.
' Jjc moyen de déserter en limant ou en démantelant sur leurs bases les barreaux de fer des sabords ,< avait été d*abord employé avec succès dans les premières années de la captivité à bord des pontons. Mais ces tentatives répétées avaient fini par provoquer une telle surveillance 'de la part des Anglais, que l'expédient était devenu impossible. C'était un trou dans le vais-
'Sean qti'if ftilhrit creuser pour avoir quelque ehance.de succès , et quoi succès !
La communauté du mullieur et b solidarité 4es smdïrances , sont les choses les plus propres à fortifier J'osprit de corps chei les hommes que la môme adver$ité rassemble. Les An-
-flats emploTpient tous les moyens de corruption qu'ils pouvaient mettre en usage pour trouver dans les prisonniers les plus misérables, destral-
' ires, disposés à leur révéler les projets d'évasion de leurs camarades. Mais, malgré l'or et la séduction des Anglais, il arrivait foit rarement qu'ils
' piMsent trouver un captif qui leur vendu un trou. Car H y avait une religion à bord des pontons et pour ainsi dire un fanatisme. Cette rdtgion était
-i'amoitr de ses compatriotes, ce fanatisme celui •de la liberté pour soi et pour les autres.
' Le châtiment résen^éaux tialtres étaitdu reste aussi pi*ompt et nus^i cruel qne leur crime avait •été lâche. Le tmitre qui venait à étredécotiwMit était mis en lambeaux pai* ceux qttik avait ven^ dus et livrés à leui^ ennemis.
Cette législation barbare n'était pas celle de la férocité seule, du grand iioml>re sur la fai-
- Mess^ de l'individu « c'était celle de tous les senlimens de l'humanité révoltés par ce qu'il y avait de plus odieux pour les prisonniers : le criine d'avoir empêché des captifs de recouvrer
.ce qn'il y avait au monde de plus cher pour eux. On cite dans l'histoire de^ pontons^ dps éva-
' siens miraculeuses. Je a^en rappellerai qu'une : c'est celle qui m'» pam avoir été tentée avec le pins d'anduce et consomoiée avec le plus de bonheur.
•Un cutter; chargé de poudre s'aniarre le long
-d*4UideB pontons de Plymouth en attendant le jour pour aller porter des munitions de guerre .
au vaisseau VEfmûnd mouille en rade et disposa à appareiller.
Pendant la nuit un trou s'ouvre à bord du pùù^ ton. L'aspirant Larivière s'y fourre le premier s il est suivi par quatre ou cinq antres prisonniers qui parviennent sans être vus à se glisser à bord du cutter, où ils trouvent tout l'équipage endormi soit dans la chambre de derrière , soit dans l^ logement de devant»
ils se jettent dans cetteehambre et le logement, en i*efermant sur eux^^lè's issues extérieures: ils garottent ou-étouffeni lesl Anglais encore endormis ; et vêtus dos habiUemens dont ils les dépouillent, iisremontentavectepointdujoursurle pont du cutter; l'aspiraUt à qui est déféré lecommandement de la prùse, prie en anglais les hoa>* mes de quart à bord du vaisseau , de larguer les amarres pour qu'il puisse appitreiller, et le eut* ter met sous voiles pour se rendre en rade, sans que l'équipage du ponton ait 'pu remarquer le changement qui s'est opéré dans le personnel du cutter.
Rendu en rade à lu faveur d'tme forte hrise, le cutter passe près du vaisseau auquel il doit remettre les poudres dont il est chargé. Levainseau môme s'apprête à recevoir le bugalet le longdeson bord. Maisàsa grande^urprise» après un grain violent qui cache un instant tous les objets autour de lui, il voit le cuttercourirau large soii^ toutes voiles. Cette manœuvre éveille les soupçons. VEgmond fait des signaux qne l'on ne comprend pas bienà terre : désordres sont bientôt donnés à des Mtimens légers qui peuvent poursuivre le cutter fugitif, et cç n'est que lorsque la nuit est venue que l'on peut se flatter d'atteindre le bâtiment chassé.
Mais il était trop tard. I^ lendemain de sa fuite , le cutter de l'aspirant Larivière arriva à Boscoff avec ses prisonniers anglais encore garottés et sa cale pleine des poudres destinées au vaisseau VEgmond,
Ce fut non seulement avoir fait, comme disaient les prisonniers , un emq) de liberUf mais entore un aoup deforiune.
Les Anglais récompensaient ordinairement les beaux actes de dévouement des prisonniers en* vers leurs compatriotes à eux, en accordant la liberté à ceux qui s'étaient exposés le plus dans un incendie ou dans un naufrage. Un de mes amis, détenu depuis long-temps à bord d'un des pontons de Chatam, voulant mettreàprofit lagénérosité de nos ennemis r parvient à force d*or à obtenir d'un factionnaire anglais qu'il se laissera tombera l'eau pendant son service, pour lui offrir l'occasion de le sauver. La comédie ainsi arrangée entre les deux acteurs qui doivent la jouer, s'exécute. La sentinelle tombe le long du bord, comme par maladresse. Le prisonnier se précipite sur eUe : il nage comme un marsouin» et iavec un peu de eomplaisapce de U piart du
soldat qui se laisse manier le plus commodément possible, l'Anglais qui ne se noyait pas est l'amené victorîeusement à bord par le Français qui dans toute autre occasion n'aurait pas pris la peine de le sauver.
Huit jours après ce bel acte d'humanité , le prisonnier sauveurétaitenFrance, nonsansavoir obtenu pour sa noble conduite, une mention honorable dans tous les journaux d'Angleterre.
A bord du même ponton quinze ou vingt hommes sont en train de passer par un trou que Ton a eu le bonheur de cacher à la surveillance des Anglais. Une foule de prisonniers se disposent à suivre ceux de leurs camarades qui ont déjà réussi dans leur projet d'évasion. Mais au moment même de la désertion des premiers prisonniers, il prend fantaisie au commandant du vaisseau de faire faire l'appel de son monde. Les prisonniers dont le commis crie les noms, montent par le panneau de l'arrière pour répondre à l'appel et défilent devant le commis après avoir été marqués comme présens, puis ils s'en vont dans la batterie par le panneau de l'avant ; mais au lieu de ne plus reparaître sur le pont, ils parviennent à revenir par le panneau de l'arrière comme ils l'avaient fait la première fois, pour répondre à l'appel à la place de leurs camarades déjà absens. Le commis, grâce à cet heureux stratagème, trouva son compte d'hommes, et ce ne fut que lorsqu'une cinquantaine de prisonniers eurent réussi à gagner le rivage , que l'on découvrit le trou par lequel ils s'étaient enfuis et la ruse que les amis avaient mise en usage pour donner le temps à leurs compagnons de s'évader pendant l'appel.
L'état-major des pontons anglais se composait d'un lieutenant qui commandait le vaisseau, d'un mctster faisant les fonctions de second , de quelques maîtres attachés au navire et de trois ou quatre aspirans de marine.
Une trentaine de matelots destines à armer les embarcations, etsoixanteouquatre-vingts soldats chargés du service du bord et de la garde des prisonniers sous les ordres d'un sous-officier, composaient l'équipage.
Les prisonniers se couchaient dans des hamacs que Ton dépendait chaque matin au coup de cloche.
Quatre onces de pain gluant , un peu de mauvaise viande ou de morue avariée, quelquesonces de légumes secs ou de pommes de terre , composaient la nourriture de chaque captif.
Tous suppléaient à l'insuffisance de cette maigre ration en travaillant à tresser de la paille , à fbire de petits navires en os , des boites en bois, des chaussons de lisière, de la dentelle, des boutons, etc. Tous ces objets étaient vendus à terre par les soldats anglais qui prélevaient pour leur commission de vente, la plus forte partie du prix de ces articles de fabrique fi*ançaise.