La France maritime
Les étrangers s'étonnaient que, dans un pays aussi maritime que l'est la France, — * maritime par le caractère de ses populations et l'étendue de son littoral baigné par deui mers, maritime par les exigences de son industrie et les souvenirs glorieux de son histoire, — il n'existât, avant notre publication, aucun ouvrage consacré d'une manière spéciale et développée à la navigation.
C'est que la vie sociale de la France était concentrée à Paris, dont la position médr* terranée a constamment laissé la marine en dehors des préoccupations de l'opinion publique. La littérature, expression rigoureuse des idées et des mœurs nationales, demeurait ainsi étrangère à la mer, aux sources de puissance et de prospérité qu'y trouvait ou pouvait y trouver abondamment le pays.
Le caractère antique et méridional de nocre littérature affermissait cette injuste prévention. Nos écrivains et nos poètes cherchaient dans le passé leurs modèles, et leurs œuvres devenaient les reflets des civilisations anciennes. En sorte que les éléments nés de la marche progressive des sciences et de l'industrie restaient sans expression artistique, sans formule littéraire •
Tel fut le sort de la navigation.
Cependant l'invention des cartes marines, la découverte de la boussole, les conquêtes de l'astronomie, avaient fait de la navigation une science nouvelle. Colomb, en dotant le vieux continent d'un autre monde; Gama , en ouvrant à notre Europe des voies infréquentées vers des contrées presque inconnues, avaient fait de la navigation, aux yeux de l'économiste, le plus large véhicule des richesses sociales ; aux yeux du philosophe, un lien de civilisation entre nos sociétés éclairées et des contrées barbares ; mais aux yeux de nos poètes et de nos prosateurs, la navigation moderne restait ce qu'elle avait été pour les anciens, une arme rarement employée dans la guerre, un mode de cabotage exploité par les dernières classes de la société pour procurer à LucuUus el a quelques