IX
»£PART Et» CANOT POUR LES CATARACTES.
LE BIVODAC.
Ici ton baroum (maître) va te laisser paisible* ment au mouillage, ô sakar.... car devant noua sont des hauis-funds l'eau manque-
rail sons ta quille Allons» lapMt (matelots
nègres), préparez la chaloupe à large cul carré... dans ses caissons arrimez des vivres, du sangara et des cartouches 1... Armez aussi la yole effilée du baroum -sakar.... car longue sera la route pour rerouler l'impétueux courant t.,. Mais vous avez le bras vigoureux, mes laptots, et vous maniez bien l'aviron à large pelle.... mangez le
couscous et parlons La lourde chaloupe que
monte le baroum N'dar (gouverneur ) refoule le courant avec peine.... la yole légère que monte le baroum takar (capitaine de l'Africain) voltige autour d'elle et finit par la prendre à la remorque Le soleil brûlant darde avec pesanteur
aes rayons de feu sur nous, et fait resplendir les espingoles et les pierriers... Chantez, vigoureux laptots, chantez!... Vos membres ruissellent de aueur, mais la fatigue n'est rien pour un bon laptot.... répétez ce refrain yolof (langue des Ingres).*... Un bon laptot reste trois jours et trois nuits l'aviron sur les bras, en buvant trois coups de sangara et mangeant trois poignées de couscous I De temps en temps apparaissent sur notre droite les villages de Shambayattim, sur notre gauche le pays est désert et presque inhabité..... Le soir une brise légère rafraîchit les sens accablés par la chaleur dévorante du jour... C'est alors que nous nous arrêtons un instant.... sur l'une on l'autre rive nous allumons un grand feu dans les herbes hautes et touffues qui couvrent ces plaines presque désertes... Les laptots préparent le frugal repas de couscous et de riz.... les bétes malfaisantes, épouvantées par les feux, s'éloignent en rugissant.... le serpent venimeux est seul l'objet de l'attention dn laptot de (action, pendant que le reste de la caravane sommeille un instant sur les Uogout (tapis de peaux d'agneaux)...,.
ancierifes cataractes de da«c a. troupeau d'hippôpotabes.
Aux avirons! aux avirons! vigoureux laptots... toilà déjà cinq jours que vous refoulez le courant avec l'ardeur d'un vrai Nègre de N'dar (Saint-Louis)... Voici les anciennes cataractes de Danga.... barrière de rocher que le fleuve renversa un jour dans ses fougueux débordements... Le courant y a conservé une vitesse prodigieuse... redoublez d'efforts, courbez-vous sur
vos avirons Entendez-vous soudain ces rugis*
sements majestueux plus forts que ceux du lion... ce sont des hippopotames.... Ils s'élancent dans le fleuve après avoir dévoré l'herbe haute et touffue qui couvre ses bords... Ils marchent sur le fond et profitent d'un banc où la hauteur de Tenu est à peine la même que la leur pour se dresser sur leurs pattes de derrière.. .Quel corps monstrueux, quelle tète gigantesque!.,, C'est
bien le colossal éléphant des rivières!... Avec quel bruit ses naseaux rejettent dans les airs l'eau qu'il a humée au fond du fleuve... Veille bien! veille bien de l'avant... sonde avec ta gaffe... évitons les bancs, les hauts-fonds, ou c'est fait de nous... Un seul de ces amphibies, en se dressant sous nos fragiles embarcations, nous ferait sauter en l'air comme dernièrement la grande pirogue du roi de Médine... Pas de coups de fusil, Toubabt! car vos balles glisseraient sur sa peau comme sur le rocher des cataractes... Nous voici dans la passe de Danga... elle n'a que 8 pieds d'eau, et les hippopotames nous entourent de tous côtés, curieux de nous approcher... Ne les irritons pas... Coursge, mes braves laptots, courage!., redoublez d'efforts... la passe est doublée !...