CHERBOURG
Peu de temps après avoir doublé Barfleur, au
(I) Nous en avons donné une description détaillée dans «a article du 4* volume, page lïS.
milieu du courant presque toujours torrentueux que l'on rencontre à la hauteur de cette pointe, renommée pour la violence de ses remous et de ses — brouillards, — vous voyez devant vous, par le bossoir de bâbord du bateau à vapeur, une grosse montagne au pied de laquelle s'élèvent des fortifications, des Ilots noirs, de grandes toitures et des lignes de murailles, parallèles ù la côle que vous prolongez en laissant par votre travers le sombre cap Lévi et les tours de Fermanville. Si en avançant assez dans cette direction pour bien distinguer au dessous de la montagne du Roule, l'Ile Pelée, les cales couvertes du port militaire de Cherbourg et les maisons dé la ville, vous apercevez au large de la rade un quai étroit et long un peu au-dessus des flots, et formant vers ses extrémités une ligne légèrement cintrée vers la terre; inclinez-vous pour" rendre hommage au génie qui conçut la possibilité de ce gigantesque monument maritime; c'est la digue de Cherbourg que vous venex de saluer. 11 La montagne sous marine qu'il a fallu fonder et bâtir dans l'abîme des flots, pour supporter cette crête de muraille crénelée qui couronné aujourd'hui la digue, n'a pas moins de 72 pieds de hauteur perpendiculaire ; la digue elle-même a une lieue et quart de longueur, et c'est à Vexé*culion de ce travail prodigieux, qui ne pouvait être imaginé que par un fou ou un homme de génie, que Cherbourg doit l'avantage ti'être devenu ce que la nature n'avait pas voulu qu'il devint, un grand port militaire avec une rade de trente vaisseaux de ligne, et le seul grand arsenal maritime que la France ail la gloire et le bonheur de posséder dans la Manche, à vingt
lieues du littoral de l'Angleterre.
LES CASQOBTS.
Deux routes à suivre se présentent lorsque vous avez dépassé Cherbourg pour continuer votre voyage. Le bateau peut s'engager, si la marée de flot n'est pas encore trop forte, entre la Hague et l'Ile d'Aurighy, au milieu du Raz Blanchard pour passer ensuite à terre de Guernesey. Mais si au moment où vous approchez du phare de la Hague, situé sur la batture de roches qui forment le cap de ce nom, la marée qui vous est contraire file sept à huit nœuds en sens opposé à votre direction dans le Raz Blanchard, vous gouvernez au large d'Aurigny pour contourner, en faisant ce circuit nécessaire, les Ilots des — Casquets, — bloc escarpé de rochers affreux sur lesquels sont juchés trois feux tournants, entretenus par les Anglais et plus pour leurs nombreux navires que pour les noires ; car vous retrouvez partout les Anglais sur les côtes de France, pour peu que vous vous éloigniez à trois lieues seulement des rivages qu'ils nous ont
Ul
si longtemps disputés, après nous avoir enlevé, pour ainsi «lire, tous les accessoires de notre littoral.