INSUCCÈS
Souville, se laissant emporter par la force de l'eau, gagna le bord d'un brig de guerre, alors en équipement sous la mature ; c'est là qu'il fut arrêté par un des canots détachés à leur poursuite.
Havas fut d'abord plus heureux. — Présumant bien que les chaloupes ne manqueraient point de les chercher dans le parage où avait dû naturellement les drosser la dérive, il n'avait point balancé à prendre la direction opposée. Une nage pénible l'avait porté, malgré le courant, vers une frégate portugaise en désarmement sur cette rade, et dont l'arrière lui offrit un abri et un point de repos.
De cet asile il put suivre des yeux les courses d'investigation où sa fuite entraîna les canots an~ glais. Les torches d'éloupe goudronnée, dont les sombres réverbérations se prolongeaient sur les flots, lui permirent de distinguer les chaloupes qui se croisaient sur celle mer, qu'un ciel sans étoiles rendait noire comme une mare de poix.
Havas ne laissa point pourtant de ressentir un moment d'inquiétude. Les embarcations, après avoir battu les eaux où portail la mer, < ommencèrent h se rapprocher du point où il s'était réfugié ; une d'elles accosta même de si près la frégate portugaise, qu'Havas, pour ne pas être aperçu, fut obligé de se réfugier dernière le gouvernail ; mais le gardien du navire ayant fait remarquer au patron de ce canot que la force du courant n'avait pu permettre aux prisonniers de nager de ce côte, les chaloupes s'éloignèrent aussitôt.
Le bruit de leurs rames retentit encore quelque temps dans d'autres directions. Fatiguées à la fin d'une exploration vaine, elles rallièrent tour à tour le ponton, et la baie rentra dans le silence.
Havas, malgré l'engourdissement où le tenait
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LA FRANCK MARITIMK.
plongé l'impression tiu froid que son immobilité dans la mer avait rendue plus vive et plus pénétrante, voulut attendre que quelques inslans d« calme eussent ramené a bord des b&limens le sommeil qu'en avait banni celte alerte. Réunissant toutes ses forces, il parvint à gagner, non sans peine, le couronnement de la frégate ; de là ses yeux se promenèrent un instant sur le pont de ce navire et sur la rade; autant que put s'en assurer.son regard en fouillant cette nuit épaisse, tout, excepté le vent, s'était endormi sur celte mer.
Il descendit alors avec précaution sur le tillac. Ayant gagné le grand panneau, il écouta si aucun bruit ne s'élevait de l'entrepont, et comme rien ne se fit entendre, il se glissa silencieusement lui-môme au fond de la cale.
Le premier objet qu'il heurta fut un grand panier d'osier jeté là sur des cordages. Havas s'en servit comme d'un refuge et d'un abri.
Ainsi caché, il crut pouvoir attendre le lendemain, espérant bien trouver une occasion de gagner la terre.
Un sommeil, provenant autant du saisissement dont l'avaient glacé le vent et la mer que de l'épuisement de ses forces, l'assoupit bientôt sur une couche de morceaux de funins et de lambeaux de voiles. Cette espèce d'engourdissement durait encore, lorsqu'un mousse vint s'emparer de la manne qui lui servait d'asile.
Le pauvre enfant poussa un cri affreux et prit la Tuile.
Havas, éveillé en sursaut, ne put l'arrêter; il dut donc songer à chercher une autre retraite.
Le bruissement de pas et d'armes, qu'il ne larda point à entendre retentir sur le pont, ne le laissa point douter que le vieux gardien n'eût réclamé des secours des autres bûtimens, et qu'une investigation ne dût immédiatement avoir lieu dans toutes les parties du navire : il ne perdit cependant pas encore tout espoir. Tapi sous le grand escalier, il attendit sa règle de conduite des circonstances.
Plusieurs hommes avec un bosman descendirent dans l'entrepont, puis dans la cale, pour se livrer à la recherche de l'homme qui ne pouvait être autre que le déserteur.
Havas n'attendait que cet instant. Laissant les Anglais à leur investigation, il franchit l'escalier et s'élance sur le pont.
Malheureusement toutes les mesures avaient été bien prises contre une évasion nouvelle. No» tre prisonnier rencontra la pointe d'une baïonnette sur le bord de l'écoutille.
11 s'arrêta surpris. Le soldat anglais ayant poussé un cri de ralliement, Havas, rendu par cet appel à un espoir inutile de liberté, atteignit, par une volte rapide, les bastingages de la frégate ; mais, frappé d'un coup de crosse de fusil
f»ar la sentinelle, il fut renversé dans ta mer, où c recueillit aussitôt une chaloupe.