‹ La France maritimeChapitre 75 sur 105 · DE LA TESTE · texte numérisé non relu

DE LA TESTE

Il existe au bord de la mer, sur le bassin d'Arcachon.à quatorze lieues sud-ouest de B<»rdeaux, un petit port qui s'appelait autrefois Testa Boîorum, et qu'on nomme aujourd'hui la Teste de Buch. Les li ibilanis de ce pays sont en général pécheurs ou re«,inifrs.ll n'y a guère pour eux, en effet, d'autre industrie possible, carde quelque côté que se promène le regard, on ne découvre jusqu'à l'hoiizon que des laudes désertes, une forêt de pins et des mers de s:d>le nu, dont les dunes ondoyâmes représentent des vagues solidifiées... pins, l'immensité de l'Océan.

La grande pêche, vulgairement connue sous le nom île pt'che de prongue, a lieu aux approches du carême et se continue jusqu'à l'ûques. Elle est aussi curieuse eu ses «tends et remarquable par les dangers qu'ai f content les intrépides marins qui s'y livrent, que nécessaire au pays, malgré les minimes produits qu'en retirent les pêc' eurs. La profession la plus pénible, la plus périlleuse, est incontestablement celle des marins, et parmi ceux-ci il n'eu est point qui aient tant à souffrir, qui aient à déployer d'aussi constants et courageux effortsque les péclieiirsduhassind'Arcachon. Leur pèche est intérieure ou extérieure. En été, la pèche a lieu dans le bassin, dont le circuit est d'environ quatorze lieues. Elle fournit à Bordeaux et aux payseiteonvoisins le royan, le rongé, l'aiguille, eic, et les moules, si abondantes sur ces plages. Celle pêche occupe près de quatre cents pinasses ou embarcations montées par environ mille marins de tout âge et par trois cents femmes. Elle continue ju>qnc vers la mi-octobre, et celle des huiires lui succède jusqu'à la lin de mars. On prend également dans toute l'étendue du bassin, et au moyen de lilets, une grande quantité de canards sauvages qui viennent du Nord hiverner dans la baie.

La pèche à l'extérieur du bassin, au moyen des chaloupes, est suspendue pendant l'été, et n'est reprise que vers le ili octobre. Durant la belle saison, de grandes pinasses, armées de dix hommes, font au dehors, et très-près des passa, la pèche du turbot, de la barbue, du grondin, etc., poissons que le bassin n'offre pas.

Les chaloupes qui font pendant l'hiver la pêche de peougue ont tteute pieds de quille, et sont élevées de trois pieds au-dessus de l'eau. Elles* bordent douze longs avirons, et ne sont pas pontées: seulement une tille est pratiquée sur l'arrière pour placer les provisions et le compas. La construction de ces chaloupes est solide, et elles ont une marche supérieure. Leur équipage se

hommes. Elles ne prennent pas de lest, les en tiennent lieu

Rendus en mer à trois lieues de la cote, les pécheurs tendent leurs Glets en suivant la direction de l'est à l'ouest. Pendant que le poisson vient se prendre dans le trémail. la chaloupe est à l'ancre a l'extrémité ouest des filets, et toujours prête à les lever.Si les vents d'ouest soufflent avec force, la chaloupe drague son ancre et modère ainsi sa vitesse. Dans la position contraire, huit hommes Agissent sur les avirons pour héler la chaloupe sur les Glels; les autres les hâleni dedans, et en dégagent le poisson. Les filets à bord, la chaloupe fait route pour rentrer dans le bassin.

Si les circonstances sont favorables, celte petite campagne se termine ainsi en vingt-quatre heures. Autrement, elle est longue et périlleuse.

Les chaloupes ne se décident à franchir la barre que si le temps leur inspire quelque confiance ; mais dans la saison de la grande pêche, les plus expérimentés se trompent aisément : le veut s'élève, la mer devient très-grosse, et la levée des lilets est alors longue et pénible, souvent même impraticable.

Lesconsidérationsprécédentesexpliquen tassez le sinistre événement que nous allons rapporter.

Le 23 mars 1856, huit chaloupes partirent de la Teste pour la grande pêche. A peine avaientelles mis leurs Glets à la mer. que le vent s'élève, une violente tempête se déclare, la barre grossît de plus en plus. Après une nuit épouvantable, deux de ces embarcations eurent le bonheur de franchir la barre, le lendemain, 24 : elles avaient pu se lester d'une partie de leurs Glels ; mais les six autres, moins favorisées, jetèrent l'ancre, dans l'espoir de résister à la violence du vent et de la mer. Alors, la position des pêcheurs devint critique : privés de leurs tilcts dont une partie au moins eût été nécessaire pour lester les chaloupes, ils ne purent appareiller. Us se virent ainsi condamnés, sans être protégés par un pont, à demeurer dans une mer affreuse qui brisait sans ces c. Pour se défendre contre la fureur des flots prêts à les engloutir, ces malheureux dressèrent une tente au moyen d'une voile et d'un mal appuyé sur l'avant et soutenu derrière par un chevalet. Ils se placèrent dessous, et comme à chaque instant de grosses lames venaient déferler sur la tente et menaçaient de faire sombrer la chaloupe, chaque homme, armé d'un bâton au bout duquel est placé uu sabot, agissait au-dessus de sa lé te pour décharger la lente du poids des eaux. Lorsque ce moyen ne sufGsait pas, ils faisaient avec un couteau une ouverture dans la tente, cl l'eau entrait avec violence dans la barque ; alors on faisait jouer la pompe, et l'on se dégageait si l'on pouvait. L'ouragan devenant de plus en plus furieux, les infortunés pécheurs se décidèrent a faire courir. Pendant cinq jours entiers, ils lutcompose d'un pilote expérimenté et de douze I lèrent contre les éléments conjurés, contre une

mort affreuse; toujours entre deux vaux, accablés

de fatigue, presque sans nourriture Pen

dant cinq jours, leurs familles désolées furent dans une incertitude cruelle; mais le 28, il n'y avait plus de doute: le malheur n'était que trop évident. Quelques jours après.des cadavres entièrement défigurés, dévorés par les chiens et par les renards, étaient retrouvés à la côte.. .Un seul a pu être reconnu.

Cette catastrophe a ému tous les cœurs. Des souscriptions, des quêtes, sont venues apporter des secours si nécessaires aux malheureuses familles des naufragés : soixante-cinq veuves, cent soixante-huit orphelins, douze parents infirmes, dont les victimes infortunées étaient les seuls soutiens. Une somme de 106,656 francs a été distribuée à ces familles.

Mais ce sinistre devait avoir une fatale récidive. Le bassin d'Arcachon demandait de nouvelles victimes. Dans la nuit du 3 au 4 janvier 1842 la chaloupe l'Actif, montée par quatorze hommes et commandée par le brave Pontac. se perdit corps el bien dans sa lutte avec la terrible barretontes les ressources que donnent la patience

HISTOIRE

DE I/AHIBAL

(Suite et Sa.)

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