‹ La France morale et religieuse au début de la RestaurationChapitre 1 sur 12 · II · texte numérisé non relu

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J^ai le devoir de remercier les personnes qui m'ont apporté leur collaboration dans la recherche des documents nécessaires à cette œuvre, et tout spé" cialement Monsieur le Baron de Barante, qui a bien voulu j avec l'empressement le plus courtois, me communiquer quelques pièces fort intéressantes tirées de ses archives de famille.

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A la chute du premier Empire, on ne peut se défendre d'une impression de tristesse profonde en considérant les ruines rencontrées dans le domaine moral et religieux. L'évolution philosophique dont le xviii* siècle avait été le témoin, les nombreuses publications répandues partout alors et qui jetaient au sein de la société une semence nouvelle, vingt-deux années de bouleversements inouïs, de perturbations diverses ont fortement entamé cette grande réserve de foi qui s'était alimentée pendant quinze siècles à des sources toujours vives et avait constitué, jusqu'à la veille de laRévo-

liition, run des trésors les plus admirables de la nation française, éprise d'idéal, attachée à d'anciennes et fortes traditions. En i8i4, on constate Fébranlement de l'idée religieuse, encore vivante, il est vrai, dans quelques milieux, mais le peuple s'en est, en majorité, détaché; ses conceptions sont autres, ses tendances sceptiques, son âme attiédie, appauvrie des sentiments qui l'avaient nourrie pendant si longtemps, vogue à la dérive et recherche surtout les satisfactions matérielles; elle est assoiffée de besoins nouveaux, tourmentée par l'esprit de négation, souvent dominée par le désir de la révolte.

La société cultivée n'a pas échappé à cette contagion. Un vent d'irrésolution y souille. Elle semble un corps sans direction, flottant au milieu d'opinions contraires, cherchant en vain une voie qu'elle ne trouve pas, agitée par la confusion des événements et des doctrines. Aucune direction morale ferme et soutenue n'a pu d'ailleurs lui être imprimée dans l'état d'affaissement et de désorganisation du clergé de France.

Plus quetoutautre, celui-ci avait été frappé et, au retour des Bourbons, il sort d'un long

cauchemar. Abîmé dans la soiifTrance, souvent même dans le désespoir, il entrevoit alors la lumière ; il paraît assister au lever de Taurore. En accueillant Louis XVIII avec des signes de joie non équivoques, il s'occupe de réparer les désastres que les régimes antérieurs ontaccumulés dans Tordre religieux. La pensée du relèvement des âmes est, dès ce moment, Tunique préoccupation du clergé de France, et il s'y adonne avec la conscience d'accomplir un devoir impérieux et la ferme résolution d'utiliser tous les moyens dont il dispose pour parvenir à un but tant désiré. Telle est la tâche à laquelle il a travaillé dans son ensemble de 1818 à 1824- Quelques personnalités ecclésiastiques, hantées par le souvenir de Tancien régime, ont cherché, il est vrai, à imposer des idées d'intransigeance religieuse, parfois même de domination ; mais ces voix isolées ne rencontrent que peu d'échos dans le corps décimé, abattu, miné du clergé, dont les aspirations sont plus élevées et les tendances désintéressées.

Des efforts constants, énergiques, inlassables, sont tentés par les évoques, les prêtres des paroisses, les missionnaires, les associa-

tions privées, des écrivains éminents, certains particuliers de marque, pour secouer la torpeur morale et paralyser les eflets du matérialisme : ils aboutissent à la fin du règne de Louis XVIII à un état de choses qui, sans être excellent, est cependant meilleur qu'en i8i4, mais va s'altérer gravement par l'effet des doctrines libérales et athées et du combat redoutable que les nombreux groupements hostiles ont engagé contre la religion catholique, cible de tous leurs traits.

La période dont il s'agit verra la continuation des grandes luttes anti-religieuses opposées à l'action continue et souvent efficace des ■(gourants contraires ; elle est donc particulièrement intéressante par le rapprochement de •<:es deux forces opposées, par les coups que se portent les adversaires, la guerre sans trêve qu'ils se sont déclarée.

Ce sera l'objet de cette étude. Pour l'entreprendre, nous n'avons pu malheureusement •consulter les archives du culte encore cadenassées, mais qui paraissent surtout contenir des détails d'ordre administratif n'entrant pas dans le cadre de ce travail. Nous nous sommes, en revanche, appuyés sur les archives du

département des Affaires étrangères, sur quelques archives privées et étrangères qui nous ont révélé de curieux détails, sur de multiples publications et opuscules de Tépoque dont la majeure partie était presque inconnue et permettait de reconstituer assez exactement la physionomie des événements religieux des premières années de la Restauration.

En nous inspirant avant tout du même esprit d'impartialité que nous avons cherché à faire prévaloir dans de précédents ouvrages, et auquel des critiques éminents ont bien voulu rendre hommage, nous espérons avoir jeté quelque clarté sur un sujet qui n'avait pas été abordé et qui, dans la complexité des théories et des faits, apparaît comme l'un des plus délicats, Fun de ceux qui exigent les investigations les plus longues, les plus minutieuses, si l'on veut se dégager de tout esprit de parti, ne chercher que la pure vérité historique, la seule qui puisse imprimer à une œuvre, quelle qu'elle soit, le cachet de la solidité et de la durée.

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