II PRÉFACE
Voici, par exemple, un livre d'environ quatre cents pages qui ne s'adresse évidemment qu'aux lecteurs cultivés, qui n'est certes point de nature à causer le moindre trouble, qui traite uniquement de philosophie politique et d'histoire, et qui, inspiré par le seul sentiment du patriotisme, est entièrement dégagé, on le reconnaîtra sans peine, de l'esprit de secte et de parti. En outre, un rapport célèbre du président du Sénat a garanti une immunité particulière à ce genre d'études, et il existe en ce qui touche cette province de la république des lettres une sorte de traité public entre le pouvoir actuel et les écrivains ^ Qui me dit cepen-
1. Voici ce passage du rapport de M. Troplong (séance du 12 juillet 1866), à Toccasion du projet de séoatus-coDsalte interdisant toute discussion de la Constitution aux journaux, écrits périodiques et brochures de moins de dix feuilles : u Une objection a ce*
Préface. tu
dant qu'efn produisant cet ouvwge, je n'ai point travaillé surtout à Feltaueefâiérit de quelque agent subalterne , qui pourra ce eioire intéressé à mettre la main sur oe traité inoffetisif de politique et d^bisfoire, soit pour donaer use preuve de son tôle,
pendant été faite; on a conçu des inquiétudes pour la liberté des études qui, à l'aide de la philosophie et de l'histoire, portent le flambeau de la critique sur la politique des États... Mais, en dehors des écrits pério^ diques, il y a les livres. Le sénatus-eonsulte n*atteiot pas ces dépositaires des véritables richesses de l'intelligence... C'est là que s'ouvre une libre carrière pour les discussions théoriques et philosophiques d'où jaillis^ sent les lumières durables. Si les Aristote, les Cicéron, les Montesquieu revenaient au monde, ce n'est pas le projet de sénatus-consulte qui les empêcherait de produire leufs méditations sur la politique et de rechercher la meilleure forme de gouvernement. » Certes, on ne pourrait demander d'engagement plus explicite, et il faudrait considérer cette garantie comme sérieuse si Ton ne devait malheureusement se garder de prendre trop au sérieux les documents de ce genre.
IT PRÉFACB.
soit, plus innocemment encore, parce que, ne découvrant rien de répréhensible dans cet écrit, il craindra parla même de Tavoir imparfaitement compris^ et tremblera de ne point paraître assez scandalisé?
Et, qu'on veuille bien y songer, l'esprit du temps est tel, que cette première démarche, une fois faite, est irréparable : les dieux d'en haut ont beau regretter ou blâmer à voix basse le faux mouvement des demi-dieux d'en bas, il faut bien que ce mouvement s'achève et que le bras levé ne retombe pas sans avoir fait la blessure.
Le point d'honneur et l'imagination grossissent tout en France, et, dès que ces sortes d'affaires sont engagées, le pouvoir et ses serviteurs de tout ordre se croient volontiers dans la situation de ces États qu un hasard ou une imprudence a entraînés dans une guerre impolitique ou injuste.