‹ La France novvelle;Chapitre 4 sur 34 · PRÉFACE. . T · texte numérisé non relu

PRÉFACE. . T

On aimerait mieux qu'elle ne fàt point commencée, mais il faut avant tout qu'on rachève par une victoire, sous peine de perdre son prestige ; or, l'ennemi à vaincre dans les affaires de ce genre, c'est l'écrivain. Nous sommes donc réduits à compter, en prenant la plume, non-seulement avec la résolution calculée de ceux qui disposent réellement du pouvoir, mais avec l'empres* sèment étourdi de ceux qui en ont reçu la moindre parcelle. Que les vrais maîtres de nos affaires aient plus de force qu'il n'en faut poumons accabler, s'ils le croient vraimeot nécessaire, rien de plus naturel ; mais il est pénible et presque irritant de savoir qu'une chiquenaude peut suffire pour mettre en action cette grande machine et de se sentir de la sorte à la merci du moins puissant des sots.

Auïond, nous aurions le droit de ne point

vi , PBÉPACB.

distinguer entre les uns et les autres^ car poursuivre un livre (en dehors de la ques^ tion des bonnes mœurs ou de la diffamation personnelle) est toujours une niaiserie. Que des poursuites puissent intimider la presse périodique^ influer sur sa conduite générale et rendre les journaux plus modérés par prudence, ùj\ peut le comprendre; mais jm livre^ qui, yne fois publié, est un acte irrévocable ) qui doit infailliblement prospérer ou périr, selon le sujet qu'il traite et selon le talent de Técrivain, à quoi bon le poursuivre? Gst-cç pour le supprimer, l'anéantir? Certes, si Timprimerie n'existait pas, ou si les tribunaux français avaient juridiction sur toute la terre, on poinrait concevoir une telle espérance. Afais, dans notre état actuel de civilisation, c'est une illusion puérile que de prétendre arriver par des arrêts de justice à la suppression

PRÊFAGB. vil

d,'un écrit, pour peu que le public éclairé ait un motif quelconque d*en prendre connaissance. Je n'ai pas grand mérite à aflSrmer, par exemple, qu'il ne serait au pouvoir de personne d'empêcher le présent ouvrage d'arriver aux lecteurs français et étrangers en vue desquels je le publie.

C'est donc sans intérêt personnel que je viens de traiter en passant cette question générale de la poursuite des livres et, abandonnant maintenant ce sujet aux réflexions des personnes que ces choses-là concernent, je vais essayerd'expliquer brièvement au lecteur l'objet et le but de ce travail. Depuis dix ans que j'ai commencé à écrire sur les affaires publiques, j'ai proposé bien des réformes particulières que je crois utile d'introduire dans nos institutions et dans nos lois : cette fois, j'esquisse le plan d'une réforme générale qui embrasse tout TÊtat,

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depuis l'exercice du droit de suffrage, source de toute autorité, jusqu'à Torganisalion et au fonctionnement du pouvoir suprême. On retrouvera dans ces études cette indifférence déclarée et obstinée aux questions de personnes, de dynasties et de forme extérieure du gouvernement qui m'a valu tant d'attaques et même une condamnation judiciaire, mais qui sera toujours, je l'espère, mon principal titre à l'approbation des esprits sages et des bons citoyens.

Ce n'est pas que je n'aie comme tout le monde sur ces divers points mon inclination particulière et mes préférences personnelles, mais je persiste à appeler ces questions des questions secondaires, à côté de la question capitale de la réforme politique ot administrative de la France. Malgré les modifications brusques ou insensibles que le temps opère toujours

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