‹ La France novvelle;Chapitre 5 sur 34 · PRÉFACE. IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE. IX

en nous-mêmes, je me crois, sur ce point du moins, à l'abri de tout changement, et je n'imagine pas que je devienne jamais capable de haine ou d'enthousiasme pour les mots de monarchie ou de république, ni qu'aucun gouvernement, quels que soient sa forme et son nom, parvienne à me changer, par le seul fait de son existence, en adversaire factieux ou en partisan servile. Ces questions de mots et de personnes qui, pour trop de Français, résument tout ce qu'ils entendent par le terme de politique, sont dominées, à mes yeux, par une question beaucoup plus importante : celle de savoir si nous serons enfin une nation libre.

C'est plutôt, à vrai dire, la question de savoir si nous continuerons à être, car nous pouvons retourner aujourd'hui, en parlant de notre cher pays, le mot célèbre prononcé jadis sur les jésuites ; « Si7it ut sunt, disait

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leur chefjOut non stnt, qu'ils soient ce qu'ils sont ou qu'ils ne soient plus. » Sit ut est, pouvons-nous dire de la France, et non erit, qu'elle reste telle qu'elle est, et elle cessera d'être. Oui, si dure que cette vérité puisse paraître à notre orgueil, c'est notre existence nationale qui est en jeu, et nous ne pouvons nous flatter d'échapper à une décadence irrémédiable autant que rapide si nous ne prenons pas le grand parti de nous réformer nous-mêmes et de montrer enfin au monde une France nouvelle. Sur quel point faut-il que ce renouvellement s'opère et dans quelle mesure est-il urgent de Faccomplir? On le verra dans la suite de cet onvrage, qui ne satisfera, je l'avoue tout d'abord, ni les esprits routiniers, ni les esprits chimériques. Car il est remarquable qu'en France la plupart des hommes qui écrivent sur ces questions se croient trop

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timides s'ils ne proposest pas de bouleversef de fond en comble la société et TÉtat et is'ils ne dépassent point, par l'audace et la singularité de leurs propositions, tous ceuic qui ont écrit avant eux sur les mêmes matières ; tandis que, de leur côté, la plupart des hommes qui ont été chargés du gouvernement ou mêlés à la conduite des affaires croiraient sincèrement tout perdre ou craindraient de passer pour des esprits téméraires et légers s'ils acceptaient les ohangements les plus modestes à Tordre de choses établi; si bien que le public déconcerté ne sait où se prendre et ne voit point de milieu entre la routine aveugle des uns et la fplie bruyante des autres.

C'est fi(ux uns et au^ autres que ce tra^ vail ne peut manquer de déplaire , mais il n'est écrit ni pour les uns ni pour les autres; il s'adresse à cette partie sérieuse et

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