‹ La France parlementaireChapitre 1 sur 71 · BUT DE CETTE ÉTUDE · texte numérisé non relu

BUT DE CETTE ÉTUDE

Le nom de Lamartine doit être un des remords, comme il est une des gloires les plus pures de ce temps-ci. Je me hâte d'ajouter qu'en parlant de l'ingratitude de la France je ne prétends pas établir de compte à régler entre les services rendus et la reconnaissance du pays. Je suis plus fier pour Thomme que j'admire et que j'aime. Je pense comme lui qu'un bon citoyen donne sa vie tout entière et ne la prête pas. L'exil d'Aristide est une récompense aussi, la seule qui maintienne certaines âmes à leur propre hauteur, et qui soit digne des méditations de l'histoire.

D'ailleurs, si Lamartine a été la personnalité la plus rayonnante de ce groupe courageux, de ce gouvernement de salut public, improvisé dans la tourmente de 1848, il n'en a pas absorbé à lui seul l'héroïsme et la probité. Je ne veux pas réagir contre une injustice en me montrant injuste moi-même, et je laisse à tous les membres du gouvernement provisoire cette solidarité qui semble les accabler, et qui les relèvera un jour.

C'est pour les idées qu'il représentait avec une éloquence trop vite oubliée, que je réclame au nom de Lamartine. L'homme, le

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poète, a été rassasié de gloire jusqu'au dégoût; l'orateur politique a eu cette joie profonde, qui suffit à renivrement d'une existence entière, de parler pendant des mois, longs comme des siècles, sur un escabeau qui dominait le monde, avec la conscience du pays dans sa poitrine, avec les espérances, les cris d'enthousiasme de tout un peuple sur les lèvres. L'homme d'État a vécu face à face avec son rêve, et l'a vu fuir, sans faire un geste pour le retenir. On ne venge pas, on ne console pas, on ne glorifie pas un homme descendu volontairement de si haut ; on le laisse respectueusement dans son ombre, sans prétendre à la folie de faire avancer la postérité. Qu'est-ce que mon applaudissement tardif ajouterait aux rayons disparus? et ne serait-ce pas une dernière ironie, la plus poignante, que cette seule acclamation d'un ami rappelant des triomphes égalés aujourd'hui par l'impopularité?

Non, ce n'est pas l'individualité de Lamartine que je prétends servir : c'est, au contraire, ce qu'il y a d'impersonnel et d'universel en lui, l'instinct social, dont il a été le traducteur enthousiaste dans ses discours. Je suis de ceux qui, n'admettant pas l'héritage des noms sur la seule garantie de la gloire, détestent les séides et se défient des Hahomets.

Mon dëvouement absolu à un homme illustre qui a provo* que l'impopularité trahirait ma conscience et la sienne, si, dans l'espoir d'une réhabilitation, j'essayais de faire de l'amitié intime une sorte d'idolâtrie publique. Ce que Lamartine a dédaigné ne me tente pas. Il a, tout le premier, l'horreur des coteries, des Êinatismes d'école. Le pqête qui n'a pas d'élèves ; l'homme politique qui a marché seul, pendant quatorze ans, au milieu des partis et des ambitions, et qui, à cause de cet isolemeut méi^e, s'est trouvé, dans un jour de tumulte, le sauveur nécessaire et désintéressé de toutes ces ambitions déçues, cet homme-là ne peut vouloir que ie â^^eit ou la foule. On humilierait son légitime orgueil par des m^nflsuvres louangeuses qui ne s'a4resselaieHt qu'à sa vaaité, et qui youdraieiit lui ramener un petit cortège de cliente.

La disgrâce de Lamartine a suivi, dans sa progression rapide, la même loi que sa popularité inouïe. C'est cette loi que je veui: analyser pour l'enseignemeat, pour le repentir de la génération.

Un ambitieux banal, un homme politique selon les données

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ordinaires, monte moips haut et tombe moins bas. Lamartine a été porté par l'aetion et rejeté par la réaction ; son rôle est symbolique.

Sans vouloir donner à un individu des proportions qui détruisent r harmonie des rapports entre la société et lui; sans vouloir, à l'occasion d'une intelligence loyale, fortifier cette dangereuse théorie de la mission des grands hommes, je prétends établir que tout le génie de Lamartine, son talent poétique, comme son talent oratoire, est le génie d'un merveilleux écho, docile aux souffles, aux murmures, aux cris, aux hymnes, aux élans de son époque, Lamartine n'a jamais fait que revêtir d'une formule éloquente, accessible à toutes les âmes, les idées les plus simples, les plus usuelles. L'imagination qui invente, il ne l'a pas; l'imagination qui fait descendre un rayon d'idéal, qui colore au feu du ciel la pensée ordinaire, il l'a au suprême degré. Dans toutes ses œuvres, poèmes, romans, discours, on ne trou-, verait pas, à proprement parler, ce que Ton appelle une idée nouvelle, originale.

De même que M. Thiers est un vulgarisateur qui meta la portée de tous les notions de l'histoire et de la politique, Lamartine est un idéalisateur d^s choses vulgaires , transportant au delà des sentiers battus son auditoire, avec^le sujet traité. Il ramasse les cailloux du chemin, pour en faire des diamants; il cueille à toutes les branches, et les pommes deviennent des fruits d'or. Qu'il chante Dieu, l'amour, la nature, la liberté, il mettra un air angélique sur des refrains connus; il élèvera jusqu'à des hauteurs inaccessibles des sentiments familiers à tous. Au premier vers, au premier mot de Lamartine, un écho s'ouvre dans le cœur; et sa poésie charme l'âme, plutôt comme une réminiscence d'extases antérieures que comme une nouveauté.

C'est là le caractère tout particulier de son génie, c'est là sa gloire : car le génie est le don d'émouvoir plus encore que celui d'étonner. Il ne faut pas chercher ailleurs le secret de sa popularité et de son ambition- La France, ce pays de l'amour et de la liberté, est poétique dans ses croyances et dans ses passions; elle raille volontiers le lyrisme par maniera de bel esprit, mais elle feit ensuite, comme Voltaire ^ son type, elle écrit de bonne foi des odes, des poèmes épiques et des tragédies.

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Il semblait que la muse chaste et vaporeuse des Méditations dût effrayer cette société française qui en était encore aux polissonneries de Parny, et qui, dans son aspiration lyrique, ne s'élevait pas au delà de Béranger. Mais il se trouva , au contraire , que le chantre d' El vire arrivait à propos, pour traduire dans une langue immortelle le balbutiementconfusdelafoietdes espérances cachées. Le crépuscule et le brouillard de ses lacs convenaient à l'indécision des premiers rêves. Les illusions douces s'éveillaient lentement aux sons d'une musique charmante ; puis, quand le siècle, après avoir suffisamment chanté, prié, a voulu sonder d'un regard plus affermi les ténèbres de l'avenir, le poète, sans descendre, sans quitter sa lyre, s'est mis à marcher devant les pionniers, sur le même rhythme; et quand il a fallu faire halte et agir, l'homme des Méditations et des Harmonies s'est trouvé tout naturellement le premier à l'action, le premier au péril.

C'est cette communauté absolue de sentiments, c'est cette solidarité du génie individuel de Lamartine et du génie de la nation que'je prétends établir. Quand le pays, averti cependant, a voulu une trêve; quand il s'est résigné au silence, l'écho était condamné à se taire; et comme les passions populaires sont toujours vivaces, môme dans le mutisme et dans l'inaction , les voix muettes se sont prises à haïr, à blasphémer l'écho muet qui n'avait que trop vibré, sous la commotion de l'enthousiasme, à toutes les clameurs , à tous les hymnes , à tous les bruits du temps. Cette haine, dans son injustice, est logique. Le pays, qui ne s'est pas encore suffisamment repenti d'avoir abandonné l'éloquence et la liberté, doit en vouloir à Lamartine des illusions et des vertus que Lamartine l'avait aidé à découvrir dans sa propre conscience. La popularité reviendra, avec un retour de ces illusions salutaires, avec un réveil de ces vertus.

C'est ce réveil que je voudrais provoquer; et, je le répète encore une fois, ce n'est pas un panégyrique que j'entreprends. A peine si j'insisterai même sur la valeur littéraire des discours que l'on a réunis. Le sens m'importe plus que le mot. Il serait trop facile , trop superflu , de prouver que Lamartine est éloquent de la bonne manière, que son style a toute la valeur spéciale des meilleures œuvres à offrir en modèle. Ma thèse consiste à démontrer que l'intelligence ne se dédouble pas;

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que le penseur, infaillible quand il parle en vers, ne devient pas un rhéteur absurde quand il parle en prose. Il voit les mêmes choses; il nous domine de la même hauteur. Cette révélation que donne l'enthousiasme fortifie la raison de l'homme d'État, aussi bien qu'elle éclaire l'âme du poète. Qu'est-ce donc que la poésie, si ce n'est l'ivresse sublime du sens commun? Il y a l'éblouissement d'une vérité morale au fond de ce qui nous semble beau. Vrai dans les Méditations, Lamartine est vrai dans ses discours ; je ne veux pas dire seulement qu'il est sincère ; j'entends qu'il est naïf, qu'il vibre avec fidélité aux tempêtes ou aux harmonies du dehors, et que, s'il atteignait juste le cœur de la génération par ses plaintes poétiques, il touche aussi juste par ses raisonnements enthousiastes. Sa politique vaut son esthétique : il ne les sépare pas dans la fermentation de son cerveau; le pays ne doit pas les séparer dans son estime. Il faut renier l'auteur de Jocelyn, si Ton renie l'orateur. Je prouverai que l'un n'a été que le continuateur logique de l'autre.

C'est une des hérésies les plus dangereuses pour la vie morale des nations que de refuser le sens pratique à ceux qui ont le sens poétique, c'est-à-dire, le sens divinatoire. L'art de conduire les hommes est avant tout l'art de les connaître, de les aimer, de sentir plus vivement qu'eux-mêmes leurs passions, de résumer en soi toutes leurs forces intellectuelles. La grande diplomatie n'est que la grande psychologie. C'est la seule différence qui puisse exister entre l'intrigue et la politique, la différence que les âmes supérieures comprennent, mais qui échappe à un homme subtil, spirituel, ingénieux et mesquin comme Figaro.

Il est hors de doute que, pour tourner une manivelle, il faut un manœuvre; qu'un mécanicien spécial s'entendra mieux à monter tous les rouages d'une locomotive que l'ingénieur en chef sur les plans duquel la machine aura été construite. Lamartine n'est pas l'homme des spécialités. Il échouerait dans une fonction trop précise, trop réglée. M. Thiers, auquel je l'ai comparé , est un homme politique bien plus accommodaint pour toutes les époques , pour toutes les circonstances , pour tous les emplois. Il faut à Lamartine non une besogne , mais une mission ; non un petit problème prévu par un programme ;

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mais le problème d'une aventure sociale à résoudre, mais l'avenir à pressentir, mais les masses à remuer, mais les grands courants d'opinion à précipiter ou à faire refluer.

Conséquent avec lui-môme, fidèle à son instinct, il n'a jamais rien fait pour être ministre, ambassadeur; il se croit très-loyalement au-dessus de^cette localisation du talent. Quand le pouvoir remis entre ses mains en 1848 par un élan de confiance, comme il s'en présente à peine deux ou trois dans toute une existence de peuple, lui est échappé, a-t-il essayé de le retenir? A-t-il disputé contre l'ingratitude? Non : il se sentait devenir impuissant, y dès qu'il n'était pas tout-puissant par la confia nce. Son action a besoin ou d'une sympathie, ou d'une antipathie militante. C'est un lutteur qui préfère le repos absolu au piétinement d'un simulacre de combat. Dans les conditions de vie, dans l'atmosphère '" des révolutions, Lamartine a une influence pratique, positive, salutaire.

Mon affirmation, qui s'appuiera sur des témoignages irrécusables» c'est-à-dire sur des faits, n'aurait besoin que d'être formulée, si l'on voulait bien se souvenir de ce qui s'est passé en 1848. Qui donc, le 25 février, eût osé dire que cet homme-là n'était qu'un poète, inhabile à rassurer les intérêts sérieux, matériels? Nous verrons s'il a mérité que, plus tard, on lui retirât toutes les louanges frénétiquement accordées, et si la défaveur dans laquelle il est bien volontairement tombé n'a pas été une abdication prévue par lui de l'initiative du pays.

Aléa jacta est! s'est-il écrié, avec un dernier soupir prophétique qui résumait des craintes de vingt années; et, sans se compromettre dans une révolte indigne de lui qui n'eût pas arrêté le mouvement de réaction, il a laissé reculer vers les mirages de la gloire le peuple qu'il avait si intrépidement conduit aux visions de la liberté. Mais, parce que depuis ce moment -là Lamartine et le pays ne se sont plus rejoints dans une effusion, dans une étreinte, ce n'est pas une preuve qu'il ait eu tort et que le pays seul ait eu raison.

On a bientôt fait de justifier son ingratitude , en attribuant aux torts des autres les infirmités de sa nature. Que Lamartine au pouvoir ait commis des fautes, je ne le nie pas, sans l'accorder tout à fait. Je lui laisse la responsabilité de la fai-

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blesse humaine; mais l'orateur qui avait, malgré lui, par une coercition plus forte que toutes les résistances dé son éducation, de ses préjugés, sonné le dernier tocsin de la Révolution, l'homme qui s'est trouvé tout à coup le chef, le modérateur^ et, s'il l'eût voulu, le présideht d'une Jrépublique sortie des inspirations de la nécessité, l'homme dont on publie aujourd'hui les souvenirs, les oeuvres parlementaires, celui-là n'a pas commis une faute; il a été fidèlement à son but, c'est-à-dire au but de la nation.

• Ma démonstration s' appuiera, je le répète, sur les actes publics de Lamartine : elle ne demandera que peu de chose à ses propres commentaires dont je me méfie. Cet homme à impre»sionnabilité si vive qu'elle devient du génie reçoit trop exactement le contre-cbup de tous les mouvements, pour que, dans sa retraite, il n'ait pas ressenti aussi le découragement dont il a été la première victime. Si forte que soit une pensée, comme elle est tout humaine, elle â des heures de refroidissement, de lassitude, de raillerie : Lamartine méconnu a des tentations ironiques dé se méconnaître lui-même, par un dernier et instinctif besoin de symboliser lés erreurs de son temps , ainsi qu'il en a résumé lés vérités. Oe chef glorieux, qui par ses gestes et par sa voix a été le guide du progrès, a pu sourire de dédain quand on lui à demandé s'il croyait encore au progrès. Il a douté dans l'amertume de son abandon; mais, chose singulière! ce n'est jamais que sur la partie , que j'appellerai diplomatique,, de sa tâche, qu'il a pu avoir des doutes; il faudrait qu'il tuât son cœur pbur hier la légitimité de l'inspiration. Dans plusieurs endroits de ses Mémoires politique^, et à la dernière page de ses Œuvres coniplUes éditées par lui, il dit :

Ce que j'ai fait de mal, qu'oïl ne s'y trompe pas, ce n'est pas la Rôpobliquei seul saltit de la France dans ce moment-là, c'est l'impulsion téméraire donnée à la coalition parlementaire sur la place de la Madeleine.

Pour ma part, j'amnistie volontiers H* de Lamartine de l'indignation logique avec laquelle il excita l'opposition inconséquente à se rendre au banquet défendu. Il s'écria que si tout le

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monde hésitait, il irait seul à ce banquet, avec son ombre derrière lui! Ce cri décisif, dont la responsabilité après coup lui fait un peu peur, n'était ni un appel aux ambitions déchaînées, ni un effort pour enjamber un Rubicon, en dépit du droit et de la morale. C'était l'impulsion dernière communiquée au peuple, pour la défense de sa dignité et de sa liberté : les risques à courir devaient être imputés non pas à ceux qui demandaient , mais à ceux qui refusaient.

Je ne parlerai donc de ces commentaires rétrospectifs, dans lesquels la nature paisible de l'homme privé s'eflFarouche parfois des antécédents héroïques de l'homme public, que pour en tirer une preuve de la bonne foi , de la loyauté délicate de Lamartine.

Ce sont les discours avant toute chose , les discours débités avec l'inspiration fatidique, improvisés sous la chaleur pénétrante d'une sorte de révélation, les discours qui sont la manifestation parfaite du sentiment progressif et libéral, que je prendrai pour arguments et pour preuves. Lamartine est aussi sincère dans ses réflexions attristées qu'il l'était dans ses grands mouvements de tribune; mais il est seul aujourd'hui; sa sincérité n'est que la sienne : à la tribune, il avait charge d'âmes ; il était sincère au nom de tous ceux qui l'acclamaient et le portaient en triomphe. Beaucoup parmi ceux-là ont perdu la mémoire ; il est bon de la leur redonner. En réunissant tous les •discours prononcés pendant vingt-cinq ans par Lamartine, on a construit avec mille morceaux un merveilleux et limpide miroir où le pays peut se voir, se reconnaître, se retrouver.

Qu'il dise si ce n'était pas là l'expression superbe d'un sentiment de sollicitude sociale qui allait tous les jours en s'échauffant et en grandissant davantage I Qu'il dise si nous avons gagné à ne plus écouter, à ne plus suivre, à ne plus entendre cette voix! Qu'il ose, après avoir relu ces débats éloquents, affirmer encore que Lamai-tine a varié dans ses opinions, dans ses affections politiques; qu'il l'accuse, s'il en a le courage, d'avoir dépassé ou abandonné la cause du peuple, de la civilisation, de la liberté ! Qu'il prétende enfin que chacun de ses discours n'a pas été une éclosion de la pensée secrète de chaque conscience! Qu'il veuille bien opposer au programme pacifique qui

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se dégagera de ces œuvres oratoires un programme à la fois plus rationnel et plus cordial, plus hardi de conception, plus mesuré d'action I

Réhabiliter, non Lamartine qui n'a pas besoin de réhabilitation, mais le mouvement dont Lamartine a été l'expression suprême, réhabiliter, pour ainsi dire, le cœur de chaque lecteur de ces discours, voilà la tâche que je me suis assignée. Je voudrais que ces pages doublement éloquentes, œuvres de patriotisme et de style, donnassent à la fois l'estime et le regret du régime parlementaire; je voudrais qu'en retrouvant dans la succession de ces harangues la filiation des idées par lesquelles le pays libéral a passé depuis vingt-cinq ans, qu'en admirant le cadre qui les met en relief, on comprit que les beaux discours sont aussi de belles actions, que l'éloquence parlementaire est un enseignement philosophique, en même temps qu'un enseignement politique et littéraire, et qu'il manque à la France nonseulement une de ses gloires les plus précieuses, mais aussi un de ses moyens les plus naturels et les plus nobles de se moraliser et de s'intéresser aux choses idéales, depuis qu'on a renversé cette tribune qui ne fait peur qu'aux muets et aux sourds.

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