‹ La France parlementaireChapitre 2 sur 71 · LAMARTINE; SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

LAMARTINE; SON CARACTÈRE

Lamartine a été loué avec emphase, attaqué avec acharnement : on ne s'est jamais préoccupé de le juger. Pour les uns, c'est une nature mobile, féminine, qui ne procède que par fantaisie ; pour les autres, c'est une nature de virtuose gardant un sang-froid égoïste dans la fougue des mouvements artistement calculés. Amis et ennemis se rencontrent dans l'épithète de poëte.

La poésie est un mot commode qui justifie l'indulgence et

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qui autorise la sévérité. Si vous cédez avec entraînement à une voix qui vous appelle, c'est que la voix est poétique, c'est qu'elle a des privilèges d'ivresse, c'est que la poésie est une sorte de sensualité contre laquelle notre pauvre humanité se défend mal.

— - Que toulez-vous? disent aujourd'hiii bien des gens pour expliquer leur adhésion rapide au raouvemeni de 1848, j'étais jeune encore , je me rappelais les douces émotions des Méditations et de Jocelyn, j'adorais Lamartine. U était poëte jusque sur les marches de l'Hôtel de ville, et je battais des mains à la poésie, quand on croyait que j'acclamais la République.

Ceux qui, en petit nombre, ont bouché leurs oreilles pour ne pas entendre; ceux qui trouvent toujours, le lendemain d'une chute , les bôhnes raisons potir lesquelles on aurait pu l'empêcher, disent au contaire :

— Je n'ai jamais donné dans l'utopie , parce que je savais que Lamartine était un poëte, et que la poésie est le contraire de la politique, de l'art de gouverner les hommes.

Cette double explication repose sur une erreur. Ce qui fait le charme durable, la puissance de la poésie, c'est son union étroite avec la logique universelle. Les âmes ne se confient longtemps qu'à une voix qui résume leurs instincts; et, s'il n'y a rien de plus général que les idées essentielles , il n'y a rien qui soit plus personnel que les idées utopiques , que les paradoxes. Un grand poëte national ne saurait être un excentrique; c'est, je le répète, l'idéalisateur d'un lieu commun.

J'admets que Lamartine ait mêlé beaucoup de poésie à son action en 1848. C'était précisément toute la part de cœur, d'instinct social , de sens pratique qu'il devait y mêler. J'admets qu'il ait fait voter les gens, avec sa prose parlée, de la même façon qu'il les avait fait pleurer avec ses vers : il ne restera qu'à examiner si ses vers ont égaré la génération; s'ils n'ont pas été le retour aux idées saines, aux émotions généreuses, aux façons de comprendre, élevées, délicates et naturelles. Quel effort sa poésie exige-t-elle pour être sentie ? pourquoi se l-epentir d'avoir applaudi la politique en prose, si l'on ile peut se repeiitir d'avoir admiré la poétique en vers, qui procède du même fonda humain, de la même sympathie ?

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Non, la poésie qui est une détestable excuse, mais une merveilleuse explication , n'est jamais coupable , quand elle est la vraie poésie. Elle ne se trompe pas ; son privilège de gloire vient même de son infaillibilité. J'ajoute, pour fortifier ma thèse, que le caractère personnel du poète des Méditations est le témoignage le plus fort à apporter à cette réhabilitation de la poésie auprès des gens positifs.

J'ai lu bien des études sur Lamartine « j'ai vu bien des portraits de cette physionomie, facile pourtant à saisir dans ses lignes principales, mais que l'on ne regarde pas sans un certain éblouissement qui trouble le dessin et exagère le contour.

Daniel Stem, l'éminent historien de la Révolution de I8484 est le seul écrivain qui se soit appliqué, sans entraînement et sans réaction , à traduire le caractère de cet homme beaucoup plus célèbre que connu. Tous les biographes ont délayé du bleu et de For sur leur palette pour mettre un nimbe , quelquefois ironique, sur un fond d'azur, à cette tête rayonnante. Il fallait une perspicacité, une diplomatie féminine pour l'analyser. Les femmes savent comprendre tout ce qui domine par la séduction ; et si j'avais le loisir de comparer les lignes consacrées à Lamartine dans Y Histoire de la Révolution de 1848 aux Études souvent rectifiées, toujours incomplètes de M. de Cormenin , à la Biographie d'un homme de rien , à tous les livres enfin , pamphlets ou panégyriques , dans lesquels le rôle politique et social de Lamartine est exposé, oh serait confondu de l'ignorance et de l'étourderie des contemporains qui subissent jusque dans leur conscience lé prestige d'un homme , sans essayer une seule fois de se rendre compte des motifs de leur idolâtrie. Le pays où les engouements sont si faciles et si peu discutés est fatalement destiné , pour quelque temps encore, aux actions serviles et aux réactions brutales.

M. Granier de Cassagnac , que je ne veux pas citer comme un historien sérieux , mais qui est du moins un hâbleur ingénieux en histoire , ayant à rédiger, â l'aide surtout des confidences de MM. Chenu et de la Hôdde, un implacable réquisitoire contre le mouvement de 1848, ne trouve rien de plus fort , rieii de mieux motivé à écrire que ceci :

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Tout ce qui constitue M. de Lamartine, son éclat, sa carrière, ses livres, sa politique, son pouvoir, sa popularité, sa chute, sont autant d'énigmes ayant le même mot : chimère I... Isolé de tout, distinct de tous, ne s'appuyant sur rien, ne s'alliant à personne, M. de Lamartine constitue une telle personnalité ou s'est tracé un tel rôle , qu'il semble voué à la réunion des contraires : les penchants de la solitude et les goûts de la domination.

Un historien qui pose des énigitfes sans les résoudre est un conteur tout au plus, mais qui n'a pas le droit de se faire écouter des gens sérieux. Prétendre expliquer une révolution en disant qu'elle a été faite par des gens indéchiffrables, c'est tourner comme un écureuil dans un cercle, et c'est précisément oublier d'éclairer la lanterne.

M. de Cormenin a apporté plus de bonne foi peut-être, mais n'a pas eu plus de perspicacité dans son jugement. Il n'a trouvé qu'un moyen d'approcher de la vérité ; c'est de multiplier les portraits en les augmentant, en les diminuant, en les colorant, selon les reflets du moment. Au fond, il en revenait à toutes les époques à sa première définition, et Ton peut résumer son opinion par ces deux passages :

Définir le poëte lyrique, c'est définir Lamartine. Poëte avant tout, le poète chez lui emporte le député, le politique, l'homme d'État.

Et, sous le prétexte de définir le poëte lyrique, Timon se met gravement à définir la girouette ; puis, reprenant la ritournelle oratoire, il continue :

Voilà Lamartine ! il chante lorsqu'il parle, il chante lorsqu'il écrit, il chante lorsqu'il médite , il chante lorsque la nuit tombe , il chante lorsque le jour se :lève, il chante lorsque le vent gémit, il chante lorsque l'oiseau gazouille, il chante lorsqu'il chante, il chante toujours.

Gomme tout cela est joliment dit, mais comme tout cela ne signifie rien I Je voudrais bien savoir si M. de Cormenin a trouvé que Lamartine chantait seulement au 24 février et les jours suivants !

Daniel Stern, je l'ai dit, a tracé de Lamartine , en quelques

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pages, la seule esquisse digne de fixer l'attention. L'historien s'est souvenu de la prédiction de lady Stanhope, laquelle, en 1833, quand on était loin de toute chimère, de toute oi)position, de toute tribune, disait à Lamartine, simple voyageur et non pas même député : ^

Vous êtes un de ces hommes de désir et de bonne volonté dont Dieu a besoin comme d'instruments, pour les œuvres merveilleuses quMl va bientôt accomplir parmi les hommes.

Ce que la nièce de M. Pitt, parlant comme une sibylle, dans l'encjBinte écroulée d'un vieux couvent des Druses, au sommet du Liban, annonçait après 1830 à M. de Lamartine, l'histoire le confirme, les faits accomplis, après 1848.

Daniel Stern, à propos de l'éloquence parlementaire, s'exprime ainsi :

A la tribune, M. de Lamartine compte peu de rivaux. Son improvisation abondante et colorée, éclatante jusqu'à l'éblouîssement ; la mélopée sonore de sa diction qu'accompagnent un geste et un air de tête pleins de noblesse; l'écoulement de ses périodes qui se déploient et retentissent dans leur majestueuse monotonie , comme les vagues sur la falaise, font de lui un orateur aux proportions grandioses. Rarement il se passionne , plus rarement encore il descend au ton familier. Ni la vivacité de la répartie , ni le droit de représailles ne lui ont jamais arraché une personnalité, une parole amère, ou seulement un sarcasme. Sa pensée habite les régions sereines.

Plus loin, rhistorien ajoute :

Les formes extérieures de M. de Lamartine sont en parfait accord avec les idées et les sentiments dont il s'est fait Torgane. Sa taille est haute, son attitude calme, son profil d'une grande noblesse. Il y a de l'autorité dans le large développement de son front. Tout en lui décèle rélévatîon , le courage. On sent là comme une native familiarité avec la grandeur.

Doué d'une clairvoyance qui tient de l'intuition plus que de l'observation et du jugement , c'est lui qui a prononcé tous les mots qui , depuis quelques années, ont caractérisé la situation du pays et prophétisé l'avenir.

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P enfin, d^ux pages plus loin, nous lisons :

C'est ainsi que M. de Lamartine , par une merveilleuse faculté d'assimilation, se pénétrait suGcessivement des éléments variables de l'opinion publique, rendait sensible sous la forme la plus, noble, et personnifiait en quelque sorte l'attente universelle.

Je n'aurai qu'à développer les éléments de ce portrait , qu'à ajouter le témoignage de mon amitié, pour arriver à une physionomie exacte. L'homme peint et expliqué, ma tâche se trouvera abrégée de moitié.

H. de Lamartine, de haute taille, d'allure franche, ayant la grâce spontanée qui devance la réflexion, paraît, au premier abord, un de ces hommes qui sont faits pour rester debout et que le temps peut frapper en bas, tout autour de Técorce, sans les atteindre au sommet. La première fois que je le vis, je me rappelai les vers du poëte latin, et je saluai un de ceux auxquels il a été ordonné de regarder le ciel. On ne comprend pas Lamartine, la tête penchée, le front dans les mains, cherchant ses idées sur le papier ou dans la cendre de son foyer. Il écrit comme il parle, sans s'incliner. L'âge, les douleurs, les misères, ont aminci ses joues, plissé ses lèvres ; mais le front a gardé son équilibre et jusqu'à la fin restera perpendiculaire au ciel.

L'intelligence qui siège dans une pareille tête peut pécher par fierté, par illusion , mais elle n'aura jamais à se reprocher une bassesse, une dissimulation , un de ces actes qui courbent en dwx ou qui font seulenient froncer le sourcil. Le regard limpide et direct envoie sa lumière comme un phare, et, dominant les autres, ne subit jamais leur domination. Le commandement, la détermination rapide, la confiance, l'improvisation des mots et de l'idée, voilà ce qui se lit tout d'abord dans la physionomie du poëte et de Torateur.

La sérénité qui habite les hauteurs est la condition de ce front superbe ; j'y ajoute la naïveté. En effet , un trait distinctif du caractère de Lamartine, c'est sa candeur virile ; non la confiance maladroite toujours dupe , mais l'optimisme clairvoyant qui prend la fleur du panier des actions humaines, et qui ne so nge pas aux vilenies. En poésie ou en prose, dans ses romans, Lamartine ne donne jamais d'arrière-pensée à ses héros' : il les '

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décrit comme il les yoit, et il les yoit toujours en pleiue lumière, eq pleine lneauté. \ l^ tribune, p'est toujours par le côté de la bonne foi qu'U $aisit les questions. Il n'a pa^ le g;Qût de Tintrigue. La monarchie de Juillet lui déplaisait, parce qu'elle était un expédient et non un principe, et quand il s'avisa de soutenir cette monarchie, ce fut pour lutter contre la coalition, parce que les coalitions impliquent une dissimulation hypocrite. Tout ce qui est subtil lui répugne. La fausse bonhomie de La Fontaine Ta rendu sévère, et la fausse volupté d'Alfred de Musset l'a indigné. Mais, si naïf qu'il soit, Lamartine admet la diplomatie des autres, et quand il lui faut compter avec ces qualités d'autrui, il les adnaire avec un empressement candide ; il leur fait la concession d'un enthousiasme sincère mais exagéré : c'est ainsi qu'on peut expliquer son étonnement respectueux envers Talleyrand, ce phef-d' œuvre de toutes Ips corruptions.

Une preuve du caractère purement instinctif de Lamartine , c'est l'humeur même, si j'ose siinsi parler, de son génie sérieuxi Le rire, quand il n'est pasi l'enjouement printanie^, la première illusion de la vie, en est la revanche ; il vient aux lèvres comme une précautioii du doute, comme une réserve du scepticisme. Je ne dirai pas que le rire est infernal ; il est, aucontraire, un signe tout à fait humain , un gage de perfection , soit qu'il procède de la naïveté, soit qu'il procède de l'expérience; mais quand \l n'est pas un souhait candide, un acte de îoU avant toute épreuve, il est l'eflFort héroïque de l'esprit blessé, l'acide qui monte du fond de la coupe à la surface, et en révèle l'amertume par une couleur attrayante. Il y a bieq de la tristesse dans le rire de Voltaire ; Candide est un certificat de lassitude , et Figaro a raison de rire bien vite des choses pour n'être pas forcé d'en pleurer.

Mais les natures qui maintiennent chez elles la prédominance de l'instinct, quand elles sont instinctivement graves, ne pe^yent admettre cette moquerie qui est la négation de la spontanéité ; Lamartine doij haïr Rabelais. S'étonner de cette antipathie, c'est ne rien comprendre au génie de l'auteur de Jocelyn. Les âmes vouées à l'enthousiasme, qui, à cause de leur abondance, n'ont jamais eu besoin de se fertiliser par la culture, gardent jusqu'à l'épuisement de la vie le même mode d'éclosion pour leurs fleurs ; elles ont des caprices de végétation , mais le parfum est

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toujours le même. -L'étude convertit radicalement. L'inspiration peut diflférencîer les termes, mais elle ne touche pas à la foi intime, primitive ; elle remue seulement les surfaces de l'esprit.

Lamartine n'a pas demandé aux livres, à la philosophie des événements, des programmes contradictoires. Depuis le jour des premières Méditations, jusqu'à ses dernières œuvres; depuis sa brochure la Politique rationnelle, dont j'aurai occasion de parler, jusqu'à son rôle en 1848, il a subi Télectricité de courants variés qui ont modifié, selon les nécessités du temps, la forme de ses convictions, sans modifier ses convictions ellesmêmes ; il est resté inébranlable comme un instinct dans un sentiment que rien ne fait reculer, que rien n'a pu faire avancer au delà de son horizon.

C'est là l'originalité de cet homme qui a eu toute sa valeur à son premier essai, et qui, depuis, n'a rien acquis, n'éprouvant aucun besoin d'acquérir.

Ce n'est pas qu'il faille accepter, comme le témoignage d'une ignorance qui ne contrarie jamais la vocation, cet aveu, au nom de Lamartine, d'une répugnance naturelle pour l'étude. On reste surpris, en l'écoutant, de ce qu'il sait. Cette faculté d'assimilation, qui supplée aux lentes conquêtes du travail, le pénètre du rayonnement des faits et des idées ; il est initié aux choses : il ne les apprend pas, il ne les découvre pas, une à une; sa chaleur aspire et répand à la fois la rosée.

Orateur par toutes les fibres de son être, par toutes les facultés de son esprit, comme par tous les mouvements de son corps, éloquent par l'aspect, par le geste, par la voix, Lamartine ne reçoit l'initiation complète qu'en présence de son auditoire ; la foule lui donne des révélations que jamais le travail solitaire ne provoquerait.

Un tel homme, instinctif, ne hâtant jamais en lui par l'efibrt l'éclosion des vérités qu'il doit défendre, est moins exposé aux entêtements du scepticisme, aux infatuations de l'orgueil que le travailleur sur enclume tout ravi et tout lassé des coups de marteau dont sa pensée porte encore l'empreinte. Lamartine, croyant par illumination, verse à son tour sa conviction comme une lumière et ne la secoue pas comme une torche. Moins entêté et moins exposé pourtant aux revirements de principes que. les

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autres hommes, il s'assouplit aux influences climatériques de son auditoire, c'est-à-dire des masses, sans accepter de métamorphose.

Sa force tient à ces qualités, sa faiblesse aussi dans certains cas. Il ne parle jamais au nom d'un parti, d'une faction, d'une coterie ; il agite les passions générales, les sentiments universels. L'improvisation ne peut s'exercer avec des résultats glorieux qu'à la condition de fuir le détail, la spécialité, le côté mesquin des sujets. C'est de haut, de loin, sur le sommet des vérités absolues que l'orateur populaire doit traiter les questions. Aussi, l'éloquence de Lamartine tient-elle autant au charme de la morale débitée qu'à la valeur littéraire et artistique du débit. On ne peut dire qu'il soit un artiste : c'est un dilettante inspiré.

Mais il soumet les âmes en leur présentant tout d'abord leurs propres inspirations, leurs incontestables désirs. Il les amène à lui en les tirant d'elles-mêmes; il ne prétend jamais les étonner et les provoquer. Dans les discours dont les conclusions ont rencontré le moins de votants, il a toujours commencé par se faire applaudir; tant il suit de vocation, d'instinct, pour entrer dans une discussion , les grandes avenues que tout le monde admire. C'est toujours l'horizon humain qu'il éclaire; c'est toujours par la générosité, par l'appétit de la grandeur qu'il séduit; et il ne saurait, je le répète, en être autrement. Encore une fois, le don de l'improvisation, c'est-à-dire, de l'évaporation des idées sous un rayon du ciel, ne peut s'exercer que dans une atmosphère plus haute et plus pure. La popularité, quand elle n'est pas la reconnaissance des joies grossières, ne peut être qu'un hommage infaillible pour des joies délicates , pour des aspirations héroïques.

Je m'en rapporterais donc tout d'abord, si je ne connaissais M. de Lamartine, au témoignage de sa popularité. J'ajoute que l'impopularité même , quand elle est bien profonde , a , dans certains cas et à de certaines éclipses, la même valeur. On ne saurait nier que depuis quelques années Lamartine n'expie les adofations d'autrefois. Cette injustice, cette ingratitude s'exagère avec force, en vertu de la loi logique des réactions. Il a bien mérité sa gloire, si on lui en veut, en même temps qu'on oublie les vérités qu'il transfigurait.

%yiu tAMARTÏWB BT SOH TEMPi

J*ai dît qu'aucune ambition de détail, qu'aucune vanité de cbef de parti n'entrayait jamais les libres mouvements de cet improvisateur, et j'ai, pour appuyer mon opinion, le souvenir dii discours prononcé par Lamartine , en faveur de la commission executive, quand il jeta tout le premier sa popularité pn pâture, afin de rester fermement dévoué aii gouvernement de la République. Ce jour-là, bien des habiles trouvèrent Lamartine uialadroit S'il désavouait ceux de ses collègues dont il ne partageait pas les tendances, il pouvait, des débris de la commission executive, se faire des titres pour la présidence. Que di&-je? il lui su^ usait d'un discours , pour se faire acclamer à Finstant par la Chambre. Il eût, disent les uns, sauvé sa position; il eût, disent les autres, sauvé peut-être la République.

Non. Lamartine, ce jour-là, a précisément donné la preuve la plus éclatante du sens mystérieux et infaillible qqi lui a toujours fait deviner les révolutions. Il a compris que laisser eu otage MM. Ledru-BoIUn, Louis Blanc, etc., etp., c'était, pour, satisfaire des rancunes ou des répulsions, livrer r^âément révolutionnaire d'une révolution non finie; c'était recommjencer, moins Téchafaud , le crime de Rob^spieirre qui a décapité la Révolution, en laissant décapiter Danton. Lanqartine eût gagné quelques jours de plu^ d<une popularité éphémère; il n'eût rien ajouté aux illusions du pays. La g^ule chancci de salut pour la République , en môme temps que le seul pa^ti honorable pour lui-même , c'était de couvrir ceux dont il avait accepté la main le 24 février ; C'était d'essayer de les maintenir, à Faide dp son estime, qiiand ils perdaient Tappui donné par la peur, pai^ Pii>térêt, pai" Venthousiasme irréfléchi.

Lamartine savait bien qu'il avait l'auréole de ta révolutio^i de 1848, m.ais il savait aussi qu'il n'en avait pas les feux cachés, souterrains, nécessaires, en àeivm çles coups tféloquoace, à l'électricité, dea premiers tempa ; il renpiplit un devoir de cpur science et ^pn un ctevqir de syxppatbie, en se sacrifiant pour tout sauver. P^u de ge«s le comprirent ; nul ne le çemer«ia, parmi ceux-lji mém^ pq^r les^iiels il ^'était immolé J

Lamartiï^ i^e se pla^gflit jam^s ^ cett€i iftgr2^tit^de. JimM du pçiuvçftf, déj^ ^s^ ^çi çett^ impopularité glçneu^ q^i V^ si cruellement meurtri, le 16 janviw ^*^li répliqwapt àlH. 8^-

LAM4RTINP ÇT SQN TPMPS. xjf

ryef, il r^lQyait fièrement la tête et reyçjBdigu^^it ^ncerei d'une façqp iftdirflpte ^a soUdqriW Qwi rayait perdi».

M^sieurs^ s'écriait -jl, j'ente^ic^s i^Quv^nt^ et je ^'eptep^ais encore tout à l'heure, avec une profonde douleur, calomnier involontairement bien des choses , bien des actes , bien des hommes qui sont justement l'objet des ressentiments d'une certaine portion de leurs compatriotes et qui l'acceptent, qui l'acceptent sans s'en plaindre, comme des hommes qui, ayant encouru une grande responsabilité, pour des motifs dont Dieu est le juge, n'auront jamais, du moins, la lâcheté de déserte cette responsabilité. ( "frès-hien! très-bien! )

Il y a quelques années, un ancien membre du gouTernement provisoire eut occasion, à propos des Mémoires de lord Normanby, de publier une sorte d'apologie de sa conduite, dans laquelle Lam{(ft|{)ô était tr(^p s^vër^^^mt, e'e^t-Â-dire, îiqusfteinçnt traité. L'auteur 4^ ^tt^ ppësiepte étu4ft» ^mu de cas séTérités bien ingratç^, eiflg^ea viTe^m^Qt m. 4^ Lamartine à répliquer. Fréoisé- ^^x^h je 4oi^ le (K>nfe^er, \^ amîs du poète avaient besoin à ce moment-là qu'on fît repentir le public de son injusticse aruelle. Il y «(urait e^ dans l'à-prppos ^'^pp bropbure;, d'une lettre, au moins , Ufl ?Rppl bpufçux à \s^ ^ympçitbie s les n^isères person-^ nelles d^ H. de l.£|ppi£^rtipe eui^seii^t gagné p^utr^tre ^n adoucisb sèment à cette protestation légHwp.

^. ^e ^^amarti^pt r€ifu£|a obstinément û'émre quoi que ce fût qui resseml|\ât à un di^^aveu d'un de ses anoiens collègues de 1848.

r-r Nou^ çfOiflpieQ solidaires jusqu'à la mort, me répondit-il; ils pçuY^nt m'attaquer, jo pe les attaquerai jamais. Nous avonSî fait ^fiseinblfi la {(^publique ; ça souvenir nous lie, et la révéla-^ tion de nos désaccords intimes serait une mauvaise action dont je ne ïpft rfn^dT?« japiai^ coupable.

Voilà riiiamme. Il se peint dans cette ré^lution qui ne lui coûta î>ucvifl effprt.

M^^ntefipBt qu^ j'ai ifèW^U j^ pç^use» à donner de lui un portrait rçs§eK|tilant, je v^ raçontor. m vi« «ociale, et lk>n verra cette physionomie se refléter tout entière, comme dfins ie muT-ftii' d'une ^u qui eoulo pr^Qdf^ et HmiÀâe, dans lei^ ^çtes succoiisifs de s^ carrière pulitique.

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Que de choses j'aurais à ajouter, s'il s'agissait de Lamartine dans son foyer, dans ses conversations intimes, familières ! Mais, je ne veux pas oublier que je traite ici avant tout l'homme extérieur, et je craindrais, même pour un éloge, d'être confondu avec un biographe.

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