RÉÉLECTION DE MM. LAURENCE ET SÉBASTÏANL
tés se trouve rarement en lutte avec l'intérêt des fonctionnaires. Mais je ne veux point de loi qui les limite. Le pays tout entier doit leur appartenir. Nous n'avons pas le droit de les circonscrire arbitrairement comme on vous propose de le faire. Nous n'aTons pas le droit de leur dire : Ici sont les hommes indépendants, ici sont les hommes suspects. Les hommes indépendants sont partout. L'indépendance de l'homme n'est pas dans la situation, mais dans son caractère. Et comment jugeriez-vous ces indépendances réelles vis-à-vis du pouvoir? N'y a-t-il pas des dépendances indirectes, des servilités occultes, aussi fortes que les dépendances administratives? Tel candidat qui n'a pas de place, sondez son cœur, il veut peut-être en avoir; peut-être que son opposition éclatante n'est que le symptôme habile d'une plus haute et plus dévorante ambition? L'ambition n'est-elle pas une vénalité cachée, plus extravagante quelquefois que la possession d'un emploi ?
Rejetons ces catégories de conscience ! Agissons en hommes qui, pleins de bonne foi, supposent la bonne foi dans les autres. Ne touchons pas à la liberté suprême, à la liberté illimitée de rélecteur. Ces restrictions la gênent ou la tourmentent. Honorons-nous nous-mêmes, si nous voulons qu'on nous honore, et ne faisons pas une classe d'ilotes électoraux de ces hommes auxquels le pays a confié une part de l'administration. Je demande l'ordre du jour sur les faits relatifs à MM. Laurence et Sébastiani.
Messieurs, souvenons-nous de cette loi portée par l'Assemblée législative pour qu'aucun de ses membres ne pût être ministre moins de deux ans après la dissolution de l'Assemblée! Cette loi était dirigée contre Mirabeau, il l'accepta pour luimême, mais il la refusa pour les autres ! Qu'arriva-t-il? La loi fut portée ; Mirabeau ne fut pas ministre, et la France fut privée des services du plus grand homme politique que les temps modernes aient jamais produit. Voilà ce que c'est que ces lois d'envie et d'exclusion! Elles déciment les hommes capables, consolent les médiocrités et ruinent un pays.
RBLATIF