II
tt dages firent disparaître subitement le beurre et les œufs. u Dès neuf heures du matin , la balle , jadis ce vaste et (( riche dépôt de toutes les productions de la nature, se ce trouvait dégarnie. Bientôt il se forma de longues files de u femmes qui, depuis minuit, bravant l'inclémence de u Tair, attendaient patiemment chacune leur tour, pour ce conquérir au péril de leur vie trois œufs et un quarteron « de beurre. La cavalerie et la force armée des sections, (c détachées par les animaux ravissants des comités révo-v ce lutionnaires, augmentaient le tumulte et le désordre...
ce A cette désolante pénurie de subsistances se joignait ce la difficulté plus désolante encore d'avoir du pain. Dès ce deux heures du matin, les femmes se rangeaient deux à ce deux sur une longue ligne que le peuple désigna sous le ce nom de queue,,. La ruse devint une qualité commune à ce tous les esprits. Les derniers de la file surent se faufiler ce aux premiers rangs. Bientôt les femmes luttèrent de ce force contre les hommes. Leurs caractères s'aigrirent ce par la résistance des plus forts. Toutes devinrent plus ce irascibles, toutes contractant l'habitude de jurer, on ne ce distingua plus leurs voix enrouées par les cris de la ce colère d'avec celles des charretiers.
ce Aux débals scandaleux succédaient des intervalles de (c silence; on entendait alors les vagissements des enfants ce et les cris d'autres plus âgés qui demandaient du pain... <^ A peu près dans ce même temps, on remarqua que d'auee très queues se formèrent pour Thuile, le savon et la ce chandelle. Au mois de mai (1794), il y en eut une qui, ce commençant à la porte d'un épicier du Petit-Carreau, « s'allongeait jusqu'à la moitié de la rue MontorgueiK .
u Les ouvriers, Pair morne et les yeux fichés en terre, u comptaient en gémissant les heures qu'ils perdaient sans « travailler...
« L'année 1795 ne fut pas plus heureuse que la précé- Cl dente. On vit, dès le commencement de l'automne, u s'établir à chaque coin de rue des mercandières qui « commencèrent par vendre la livre de viande vingt-cinq « sols, et qui, au mois de ventôse, en demandaient trois a livres dix sols; encore eurent-elles soin de la dégraisser « pour en faire du suif ^ »
Un rapport de police adressé au gouvernement révolutionnaire disait au commencement de 1 794 : « Le tableau « de Paris commence à devenir effrayant; on ne rencontre " dans les marchés, dans les rues qu'une foule immense et de citoyens, courant, se précipitant les uns sur les a autres, poussant des cris, répandant des larmes et « offrant partout l'image du désespoir^. »
Un autre rapport signalait en 1795 les propos suivants tenus par des gens du peuple : u Nous avons d'abord prêté « de bon cœur le serment d'être fidèles à la République; « mais on ne nous avait pas dit, en nous le faisant prêter, Cl qu'on nous laisserait mourir de faim ^... »
Il 11 est douloureux pour ceux qui ont embrassé la « Révolution, par amour pour la liberté sous ses lois et de ce l'égalité en droit, écrivait au mois de novembre 1795 te un habitant de Paris au ministre de l'intérieur, de voir te leurs espérances presque anéanties par le désespoir
* Paris pendant la Révolution, I, 350 et suiv. 2 Dauban, Paris en 1794 et en 1795, p. 80.
' lbid,y p. 569.
iOO LA FRANCE PENDANT LA RÉVOLUTION.
u insupportable de presque les dix-neuf vingtièmes du u peuple dont ils font partie, ne pouvant plus supporter a les maux affreux de la disette du pain et de la privation tf des vêtements les plus nécessaires dont ils sont même tt encore obligés de se défaire pour apaiser une partie de ce la faim qui nous dévore ' I ))
On manquait de pain; mais on avait des spectacles; et c'est encore Mercier qui nous le dit, « jamais les spectacles u ne furent plus suivis que dans ces temps de disette. On (c y mangeait des noix et des noisettes, et l'on disait en « sortant : J'ai épargné le bois et la chandelle; il m'en « aurait coûté tout autant pour me chauffer et m'éclairer.
« Une course en fiacre coûtait 600 livres : c'était 10 te livres par minute. Un particulier rentrant chez lui le « soir : Combien? dit-il au cocher — 6,000 livres. — « Il tire son portefeuille et paye^. 3>
En ouvrant un livre de comptes de ce temps, on voit ce qu'on dépensait alors pour vivre à Paris ^.