‹ La France pendant la RévolutionChapitre 4 sur 23 · LE · texte numérisé non relu

LE

2 cailles au gratiu 5 —

Ris de veau 4 —

12 mauvieltes 3 ^-

Pain » Os.

Saiiterne 10 —

A la fin d'un de ces repas où les souverains de la Révolution s'étaient livrés à la bonne chère, Danton disait devant Cavaîgnac, député du Lot, et plusieurs membres de la Convention : « Enfin, notre tour est venu de jouir de a la vie ! Hôtels somptueux, mets délicats, vins exquis, tt étoffes d'or et de soie, femmes dont on rêve, tout cela

^ Vergniaud, par M. Vatel, II, 322. — Paris pendant la Terreur, par Ed. Bisé, p. 392.

a est le prix de la force conquise. A nous donc^ à nous a tout cela^ puisque nous sommes les plus forts. Après tf tout, qu'est-ce que la Révolution? Une bataille. Et dès a lors, ne doit-elle pas, comme toutes les batailles, avoir tt pour résultat le partage des dépouilles opimes entre les a vainqueurs' ? »

Au milieu de la misère générale, il y avait encore des restaurants à la mode où l'on trouvait à bien dîner. Chez Méot, qui n'avait pas de rival, il n'y avait pas moins de vingt-deux espèces de vin rouge, vingt-sept de vin blanc et seize espèces de liqueurs. Barère, Vilate et Hérault de Séchelles s'y faisaient servir dans la a chambre rouge » de l'eau-de-vie provenant des caves de Chantilly, à soixante francs la bouteille. Hébert et Chaumette s'y rendaient aussi volontiers. Les girondins allaient de préférence chez Venua, rue Honoré, et y dînaient à six francs par tête *.

Des repas plus républicains étaient ces soupers fraternels dont le premier modèle fut donné par le repas civique du 10 août 1793. Prudhomme en avait ainsi tracé le programme :

(c II faut que devant la maison du capitaine de chaque a compagnie de section, il soit dressé une table où tous (c les citoyens du quartier de la rue, hommes, femmes, c enfants, fédérés, législateurs, magistrats, administra- (c teurs, ministres et juges, où tous les citoyens s'assoient a et fraternisent dans toute l'effusion du cœur; que chatf cun apporte son plat^ s'il le peut. Celui qui n'aura rien

^ Louis Blanc, Hisi. de la Révolution, VU, 96. — Ed. Brai, Paris pei^ dant la Terreur, p. 392. * Ed. BiR^, p. 380 et suiv.

tt de préparé partagera avec son voisin. Il faut que tous « les mets soient mêlés et confondus de façon qu aucun (c ne mange le sien, mais bien celui de son frère; il faut u qu'au coup de midi tous les sans-culottes se mettent à a table et portent la première santé au règne de l'égalité (c et de la fraternité ; que tous les citoyens se donnent le tt baiser de paix, sans distinction de rang, de richesse ou « de talents ; que le ministre ou l'officier municipal serre a la main ou presse dans ses bras l'artisan, l'homme de a marché ou de port...

a // ne faut pas que, sous aucun prétexte, personne tt puisse s'exempter de s'asseoir à ce banquet de la réunion. tt L'infirme même y prendra sa part, car on ira lui porter tt sa portion et lui demander son toast ' . ))

L'infirme nous semble ici le privilégié le plus enviable, puisqu'il avait un motif d'exemption. Ces agapes ne tinrent pas leurs promesses sentimentales, puisque, après les avoir rendues obligatoires, on fut obligé de les défendre à la fin de messidor an IL Mercier en parle sans admiration et sans regret :

tt Chacun^ sous peine d'être suspect, sous peine de se tt déclarer l'ennemi de Fégalité, vint manger en famille, tt à côté de l'homme qu'il détestait ou méprisait. Le riche tt appauvrit tant qu'il put le luxe de sa table; le pauvre se « ruina pour cacher sa misère, et, tandis qu'il avait contt sommé par orgueil tout le produit de sa semaine, son tt modeste repas l'avait fait rougir auprès de celui qui « croyait s'être bien sans-culottisé. La jalousie d'un côté,

1 Révolutions de Paris, n» 211, XVII, 42.

tt les orgies de Tautre, changèrent en bacchanales ces a soupers prétendus fraternels; le mécontentement était a général, et ceux qui les avaient commandés dénoncèu rent comme agents de Pitt et de Cobourg tous les peucc reux qui leur avaient obéi ^ . »

Ces repas, destinés à figurer la plus touchante union fi^aternelle, pouvaient paraître d'une utilité contestable lorsque les denrées atteignaient des prix excessifs et qu'on n'avait plus rien à manger.

a N'est-il pas affreux , s'écrie douloureusement Prucc dbomme au mois de juillet 1793, qu'il faille payer un a litron de haricots secs 25 sous, un artichaut 12 sous, et « ainsi des autres objets de consommation indispensable a et journalière * I »

La Convention avait édicté, le 5 septembre 1793, la funeste loi du maximum qui taxait toutes les denrées de première nécessité. Cette loi fut abo]ie le 24 décembre de Fanuée suivante, mais elle dura assez pour ruiner le commerce el aggraver les difficultés de l'existence. Des déparlemcols entiers furent réquisitionnés pour fournir des aliniCEits à la capitale au prix du maximum, sans que l'on put empêcher la disette d'y éclater. On vit se former à la porte des boulangers, des bouchers et des épiciers, de longs rassemblements qui engendrèrent d'afireux désordres. Cet état de choses durait déjà depuis dix-sept mois, lorsque survint le 9 thermidor, et il se prolongea encore pendant vingt-deux mois ^.

^ Paris pendant la Révolution, I, 244.

* liétGÙttions de Paris, n° 211.

^ Tainb, La Révolution, III, 534, et tout le chapitre n du livre qua-

ce La livre de bœuf s'éleva tout à coup depuis dix-huit a sols jusqu'à vingt-cinq sols, dit Mercier. Les citoyens a murmuraient et ne songeaient pas encore que la contt sommation de cette denrée par une armée de douze cent ce mille hommes, jointe à l'extrême rareté des fourrages et ce à la guerre delà Vendée, occasionnait ce surhaussement (c de prix. Depuis lors, les envois de bestiaux à Paris Ci diminuèrent insensiblement. Les manœuvres de la maltt veillance en augmentèrent aussi la pénurie. A celte ce époque, la Commune sanguinaire fit placarder presque u à chaque porte de maison cet arrêté trop mémorable qui ce réduisait chaque bouche à une livre de viande par ce décade... Derrière la foule des nombreux lecteurs, une ce marchande de choux, sa hotte sur le dos, s'écriait d'un a ton dolent : e; Ils sont partis, les bœufs; ratissons-nous ce les boyaux. >>

ce Cependant, on voyait arriver de la province des bandes a de vaches laitières; les dévorateurs du peuple commence çaient ainsi l'exécution du pacte de famine, et ils travailce laient rapidement à anéantir la reproduction des esa pèces. Déjà les précurseurs de l'armée révolutionnaire, a semblables à des loups affamés, parcouraient les camée pagnes en dardant des yeux étiucelants sur les fermes et a les métairies. Ils s'y précipitaient armés de fourches et tt de baïonnettes, empoignaient les moutons, les volailles, tt incendiaient les granges, déliaient les bœufs dans les a ctables à la face des propriétaires et vendaient leurs tt larcins à d'infâmes spéculateurs. Ces atroces brigan*

tricme du inèinc volume, qui contient de nombreux détails sur h question des tobtîstances pendant celte période..

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