GALLIA CHRISTIAN A
ÀRCHIDIOCÈSE D'ARLES*
Arles, Tune des plus anciennes villes de France, est située au milieu d'une campagne riante et fertile, environnée de sites charmants, sur la rive gauche du Rhône, qui y forme un port à l'abri de tous les vents. Fondée avant la domination romaine dans les Gaules , elle était déjà fort célèbre lorsque Jules César pénétra dans le pays ; mais [quoique Marius paraisse avoir fortifié son camp près de l'endroit où cette ville est bâtie, les historiens n'en font pas mention, ils n'en disent rien non plus en parlant du passage d'Annibal et du débarquement de Scipion , vers l'embouchure du Rhône. Ce silence ne prouverait-il pas que la ville d'Arles n'existait pas encore et qu'elle ne fut bâtie que dans l'espace de temps qui s'écoula depuis Marius, c'est-à-dire, depuis l'an 104 avant Jésus-Christ, jusqu'au siège de Marseille?
Jules César, dans ses Commentaires, la nomme Arelate, quelques historiens l'appellent Arelalum et veulent qu'elle ait pris son nom d'un certain Arela ou Arelus, son fondateur; mais cette opinion doit être mise au rang des fables. Il en est à peu près de môme de l'origine que lui donne Gervais de Tilbury, et il nous semble bien inutile de vouloir la dériver du latin, quand on lui trouve une origine celtique. En effet, ces deux mots Ar et Lait y qui signifient en langue celtique ville bâtie dans un lieu marécageux , sont capables de fixer, en quelque manière t l'origine de son nom, puisque- là ville d'Arles se trouve réellement bâtie près du Rhône, et environnée, en partie, de marais.
On doit renoncer, ce nous semble, à l'étymologie grecque, d*A^wç Xao;, peuple de Mars, et à l'étymologie latine, Ara elata, autel élevé sur lequel les anciens peuples de ce pays sacrifiaient des victimes humaines. Les Grecs, ainsi qu'on le voit dans le poème de Festus Aviéous, composé au IV« siècle, l'appelaient ^twi, nom mystérieux dérivé de e^', qui signifie mamelle , parce que, située au milieu d'un territoire extrêmement fertile, elle était comme la nourrice de plusieurs provinces de l'Empire. Mais elle n'a jamais été appelée Mamillaria , ainsi que l'ont cru certains auteurs qui , ayant vu dans la fin d'une inscription gravée sur une colonne milliaire d'Arles :
DE ARELATE MA MILLIARIA . PONI S.M.P.I.
(De Ârelate Massiliam Milliaria poni statuit, milliare passuum primum),
se sont imaginés faussement qu'on devait lire Mamillaria, qui est la traduction latine de O^Xcvt).
La colonne milliaire dont il s'agit ici , fut placée sous l'empire de Théodose et de Valentinien, par Auxiliaris, préfet du prétoire des Gaules, le môme qui s'employa pour réconcilier le pape saint Léon avec saint Hilaire d'Arles. Le sentiment que nous émettons est celui de Joseph Scaliger, de Pierre de Marca, de Papon et de plusieurs autres historiens , et peut encore être fortifié de ce que l'on trouve dans la Table de Peutinger et dans les Itinéraires d'Antonin et de Jérusalem.
Le nom d'Arles parait pour la première fois dans les Commentaires de César, en l'an 48 avant Jésus-Christ. Deux ans après , quand il fut maître de l'Empire, il y envoya fonder une colonie par Claude Tibère Néron , père de l'empereur Tibère. Elle fut composée des soldats de la VIe légion, et eut le prénom àeJulia Paterna; dans Pline, on lit Colonia Arelate sextanorum, et dans Suétone, in Tiber. Arelate Colonia. Ammien Marcellin la nomme simplement Arelate, et en disant qu'elle était l'ornement de plusieurs cités, la place dans la province viennoise. Ptolémée la met dans le territoire des Salyes, quoiqu'il nous semble plus naturel de la placer chez les Anatilii , et la nomme ApeXaxov KoXwvia. Ausone la nomme indifféremment Arelatus et
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Arelast et la qualifie de Rome des Gaules, soit parce qu'elle était le centre du gouvernement civil et militaire, soit aus3i parce qu'elle se distinguait par les talents et par la politesse de ses habitants. Enfin, les anciennes notices des Gaules écrivent Arelatensium Civitas.
Arles n'occupait originairement que la rive gauche du Rhône, et l'on prétend que ce fut le grand Constantin qui fit bâtir une nouvelle ville en face de l'ancienne sur la rive droite du fleuve, et qui joignit ces deux villes par un pont de bateaux. Ce sentiment paraît d'autant mieux fondé que cet empereur y séjourna quelque temps après avoir été proclamé césar en Angleterre, et qu'il l'appela de son nom, Constantina. Dès qu'il eut triomphé de Maxence , il fit frapper des médailles d'or et d'argent , où l'on voit d'un côté une main sortant d'une nue , avec une croix , et de l'autre, pour légende : Ârcla civitas. Sous l'empereur Honorius , elle conservait encore ce nom , car une constitution de ce prince fait mention de la ville d'Arles et la désigne sous le nom de Constantina urbs. Dans cette constitution, datée du mois de mai 418, Arles est qualifié mère de toutes les Gaules, mater omnium Galliarum , car c'est ainsi qu'il faut lire et non pas matrimonium Galliarum , comme l'ont prétendu ridiculement certains auteurs. Le cardinal de Cusa est le premier historien qui ait publié cette ordonnance, qu'il attribua à Constantin le Grand. Scaliger pensa qu'elle était de Constantin le Tyran ; mais le P. Sirmond a parfaitement prouvé qu'elle était d'Honorius. Constantin le Grand conserva toujours son amour pour cette ville , où, ainsi que nous l'apprend l'inscription rapportée ci-dessus, le préfet du prétoire des Gaules avait transféré son siège, lorsque les Barbares s'étaient emparés de Trêves. Ce môme prince y envoya , pour exercer cette charge , Ambroise , sénateur romain, et la femme de ce fonctionnaire y donna, bientôt après, le jour à Ambroise qui, par sa rare piété et sa profonde érudition , mérita d'être archevêque de Milan et docteur de l'Église. Le préfet du prétoire y résidait avec beaucoup d'autres officiers qui occupaient les premières charges de l'Empire en deçà des Alpes. De là vient qu'on y tenait tous les ans, depuis les ides d'août jusqu'à celles de septembre , l'assemblée générale des sept provinces des Gaules qui étaient encore sous la domination romaine , c'est-à-dire , de la Viennoise , de l'Aquitaine première et seconde, de la Novempopulanie , des deux Narbonnaises et des Alpes-Maritimes. L'usage de ces assemblées
avait été introduit tout au commencement du V« siècle, et Honorius avait renouvelé l'ordonnance qui obligeait les députés des provinces de se trouver en ce temps à Arles. Il ajoute qu'on avait choisi cette ville pour les assemblées, parce que sa situation la rendait extrêmement commode, « car le cours du Rhône, dit-il , et le voisinage de la mer lui amènent toutes les richesses de l'Orient, les parfums de l'Arabie, les délicatesses de l'Assyrie et l'abondance de l'Afrique, de l'Espagne et des Gaules. »
Arles devint très-considérable sous les Yisigoths, car leur roi Euric, l'ayant prise après la chute de l'empire d'Occident, il y établit sa cour et sa résidence. Théodoric , roi des Ostrogoths , s'empara de cette ville après la mort d'Alaric, flls d'Euric, et y maintint le siège de la préfecture des Gaules. Sous les rois mérovingiens, qui en furent les maîtres après. les Ostrogoths, Arles commença à décheoir; elle demeura soumise aux rois de Neustrie , et l'on ne voit pas que rien la distinguât alors des autres villes de la Provence. Dans le VIIIe siècle, en 730, les Sarrasins se rendirent maîtres d'Arles , que Charles Martel leur enleva peu de temps après. Les Français la gardèrent ainsi jusqu'en 879; à cette époque, le duc Boson s'étant fait couronner, à Mantaille, roi de Provence et de Bourgogne, fit de Vienne sa capitale et sa résidence, aussi bien que son fils, Louis l'Aveugle. Le prince Hugues, qui ne prit jamais au deçà des monts le titre de roi, établit sa résidence à Arles, et céda ensuite cet état à Rodolphe , roi de Bourgogne , lorsqu'il eut cédé à un autre Hugues le royaume d'Italie. Arles fut alors censée une ville royale , bien qu'elle n'ait pas été la résidence des rois Conrad et Rodolphe le Fainéant, ni des empereurs allemands, leurs successeurs. C'est du temps de ceux-ci que le royaume de Bourgogne fut définitivement nommé royaume d'Arles, et ce nom ne tarda pas à prévaloir sur celui de Bourgogne.
Les empereurs allemands confirmèrent , par plusieurs bulles ou chartes, les privilèges des archevêques d'Arles, de l'Église et de la ville d'Arles, qui ne devaient reconnaître aucune autre puissance temporelle que la puissance impériale, puisque Arles était la capitale d'un royaume. Il arriva môme qu'en 1213 , elle se constitua en république, du consentement de l'empereur Frédéric II, qui accorda cette grâce à l'archevêque, Michel de Moriez. Les consuls de la ville avaient, l'année précédente, député à cet effet à l'empereur, dans la ville de Bâle. Arles fut alors gouvernée par un podestat, un viguier et des consuls. Le peuple
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élisait le podestat, l'archevêque les consuls, et le podestat avait la nomination du viguier. Ce podestat était le chef de la république; il prétait serment de fidélité à l'empereur, entre les mains de l'archevêque, qui l'attendait, en habits pontificaux , à la porte de l'église de Saint-Trophime. 11 entrait en charge la seconde fête de Pâques, avait l'intendance des grandes affaires, des finances , de la guerre , et était souverain dans ses jugements. On datait les contrats et les actes de l'année de son gouvernement et de celle du règne de l'empereur. Après un an d'exercice, il pouvait être continué ou déposé. Le viguier prêtait aussi serment entre les mains de l'archevêque , et entrait en charge le même jour que le podestat. Il avait l'administration de la justice. Les consuls se chargeaient du soin des affaires de police.
La république d'Arles se rendit en peu de temps si puissante sur mer et sur terre , que Gênes et les autres villes importantes par leur commerce , recherchèrent son alliance. Ainsi cette ville ne fut jamais entièrement assujettie aux comtes de Provence, ni même aux princes ou seigneurs qui prenaient le titre de comtes d'Arles, avant que la Provence ait été possédée par les princes issus de la maison de France , mais cette république ne dura que trente-sept ans.
Charles I", comte d'Anjou, frère de saint Louis, et que les Provençaux avaient reconnu pour leur comte à cause de sa femme Béatrix, ayant trouvé que l'empereur Frédéric Barberousse avait donné en 1162 à Raimond Bérenger, comte de Provence, toute la juridiction de la ville d'Arles, dont néanmoins ce seigneur ni ses successeurs n'avaient jamais joui paisiblement , força par ses menaces les habitants à lui rendre hommage. En même temps, l'archevêque lui fit hommage, tant pour la ville de Salon que pour tout le temporel de l'archevêché que ce prince s'obligea de défendre à l'avenir contre tout autre seigneur. Les comtes ses prédécesseurs , ainsi que le constate une charte de Raimond Bérenger, père de Béatrix et beau-père de Charles n'étaient que défenseurs et avoués de l'Église et de la cité d'Arles, à qui ils faisaient serment de fidélité, mais les choses changèrent depuis, quoique pendant cent ans, l'archevêque et les citoyens d'Arles ne renoncèrent point à leurs droits, car en 4354, l'empereur Charles IV allant à Rome pour y prendre la couronne impériale , passa par Arles et y exerça plusieurs fonctions de souveraineté. Dans ce temps-la, l'arche-
vêque Étienne de la Garde obtint la confirmation des franchises, des immunités et de la juridiction temporelle de l'Église d'Arles avec le droit de faire du sel et de battre monnaie. Dix ans après , cet empereur étant retourné en Provence , fut reçu à Arles comme souverain seigneur par les habitants et par l'archevêque Guillaume de la Garde qui le couronna roi d'Arles, en présence de plusieurs prélats et seigneurs, et entre autres, de Raimond d'Agoult, sénéchal de Provence. Lorsque tous lui eurent prêté serment de fidélité, il confirma tous les privilèges des archevêques d'Arles. Quelques années après, le même prince se trouvant à Paris , donna au dauphin Charles , depuis roi de France sous le nom de Charles VI , le vicariat dans tout le royaume d'Arles, à l'exception des terres de la maison de Savoie, et les successeurs de l'empereur Charles IV n'exercèrent depuis aucun pouvoir sur toute la Provence, ni en qualité d'empereurs, ni à titre de rois d'Arles.
Tous les écrivains ont varié sur les limites du royaume d'Arles, et ces limites sont si difficiles à déterminer, qu'on a mis en doute l'existence même de ce royaume. Les Allemands, selon Struve (Syntagma-juris public^ Dissertatio, v. l,c. 1. et suiv.), disent que le royaume d'Arles n'était originairement qu'une province, qui formait une portion du royaume de Lothaire, et que Charles le Chauve en étant devenu le maître, en sépara la Provence qu'il donna à son beau-frère Boson. Celui-ci ne s'en tenant pas à ce don , s'empara de la Bourgogne après la mort de Louis le Bègue. Son fils Louis , ajoutent-ils , fut maintenu en la possession de la Bourgogne par l'empereur Charles le Gros, mais ce ne fut qu'en qualité de feudataire de l'Empire. Ce Louis étant mort, Rodolphe, fils de Conrad , comte de la petite Bourgogne , s'empara du pays qui est entre le mont Jura et les Alpes Pennines, et prit le titre de roi ; mais Arnolphe, après différentes guerres, le remit sous sa puissance. Après la mort d'Arnolphe, la Bourgogne voulut secouer le joug de l'Empire, mais Othon le Grand , mort le 31 mai 973, soumit une seconde fois le roi et le pays. Son fils Rodolphe III désigna pour son héritier Conrad le Salique, qui se maintint dans la possession de ce royaume, contre Othon , comte de Champagne.
Gervais de Tilbury, auteur des Otia imperialia, que l'empereur Othon IV fit maréchal du royaume d'Arles vers la fin du XIIe siècle, marque l'étendue de ce royaume dont le chancelier était l'archevêque de Vienne. Il comprend dans ce royaume six
métropoles avec leurs évéchés suffragants , savoir : Besançon, Vienne, Tarenlaise, Embrun, Aix et Arles. La Notice des évôchés de France, dressée du temps de Gervais, fait la même chose, et place six métropoles dans la Bourgogne, de sorte que le royaume d'Arles aurait compris lé pays des Séquaniens, l'Helvétie, la Savoie, le pays qui prit plus tard le nom de Dauphiné et la Provence. Il est surprenant, dit Adrien de Valois, qu'on n'y ait pas compris aussi la ville de Lyon , dont jouirent les deux derniers rois de Bourgogne, et sur laquelle les empereurs ont voulu de temps en temps foire valoir un prétendu droit, comme si Lyon eût été un membre de l'Empire qui leur eût appartenu, et ce royaume, soit qu'on lui donne le nom de royaume de Bourgogne ou d'Arles, est tout à fait imaginaire et n'a jamais été possédé de cette manière par aucun roi dans aucun temps. En effet , les premiers rois de Bourgogne que les enfants de Clovis subjuguèrent, ne possédaient que les métropoles de Besançon , de Vienne, de Tarentaise et d'Embrun avec la ville de Lyon et toute la province appelée première Lyonnaise; mais ils n'eurent jamais aucun droit sur les métropoles d'Arles et d'Aix, ni dans la province d'Arles, sur Marseille, Avignon et Toulon, ni dans les Alpes-Maritimes, sur Digne, Nice, Antibes, Glandèves, Senez, Vence, Riez et Fréjus. Le royaume des Rodolphe , derniers rois de Bourgogne , a eu des bornes très-étroites, et ne comprenait qu'une ou deux métropoles. Enfin le roi Charles , fils de l'empereur Lothaire , ne posséda jamais Genève , Lausanne ni Lyon , ni même les villes de Belley et de Tarentaise que le roi Lothaire, son frère, lui céda cependant dans la suite, ainsi que le marquent les Annales de Saint-Bertin. Il est vrai que le roi Boson fut maître de l'étendue de six métropoles, qui étaient Vienne, Lyon, Tarentaise, Aix, Arles et Besançon , de quinze villes suffragantes de ces métropoles et des villes d'Agde et d'Usez. Mais Embrun , avec ses six suffragants, ne lui fut point soumise. Les Allemands comptaient 36 villes dans le royaume d'Arles, mais il n'y en avait que 23 dans le royaume de Boson , encore , peu de temps après , lui enieva-t-on les villes de Vienne et de Mâcon. Louis, fils de Boson, ne posséda que quatre métropoles, savoir : Lyon , Arles, Embrun et Vienne, avec la plupart de leurs suffragants, mais non pas tous; Besançon et Tarenlaise ne lui furent jamais soumises. En effet, les deux archevêques de ces villes n'assistèrent ni à son élection, ni à son sacre. Il parait donc, conclut Adrien
de Valois , que ce royaume d'Arles , au moins tel que les Allemands Font supposé , c'est-à-dire comprenant 36 villes épiscopales , est imaginaire et chimérique.
Gunther, poète allemand vivant vers la fin du XIIe siècle et auteur d'un poème héroïque en vers latins sur Frédéric Barberousse, intitulé : Ligurinus, sive de gestis divi Frederici /, libri X (Augsbourg, 1507, in-fol.), donne d'autres bornes au royaume d'Arles. Il les étend depuis Bàle jusqu'à l'embouchure du Rhône, et ne met que quatre métropoles dans ce royaume, Besançon, Lyon, Vienne et Arles; ce qui fait assez voir que ce royaume n'est pas bien connu. Il est vrai que les empereurs et les rois de Germanie, après la mort de Rodolphe le Fainéant, prétendirent avoir droit sur le royaume d'Arles, mais ils ne parvinrent jamais à se faire reconnaître ni dans le Dauphiné, ni dans la Provence.
Quoique la population actuelle d'Arles ne soit pas en rapport avec son étendue, cette ville est extrêmement intéressante par les ruines des monuments antiques qui attestent son ancienne splendeur. On y remarque notamment les restes d'un amphithéâtre de grande dimension qui la domine, et qui a dû avoir 43 rangs de gradius où pouvaient prendre place environ 25,000 spectateurs. Il a deux rangs d'arcades l'un sur l'autre, de chacun 60 arcades percées à jour, d'une architecture élégante et magnifique. Sous la porte principale est l'entrée d'un étage souterrain qui est la partie la plus curieuse et la plus singulière de l'amphithéâtre. Au VIIIe siècle , cet édifice , situé au lieu le plus éminent de la ville, fut changé en forteresse, et l'on éleva des tours sur les quatre portes, dont deux sont encore existantes. Non loin de l'amphithéâtre, au sud, sont les restes d'un théâtre antique , avec deux portions de la décoration visibles extérieurement. Celle du midi, engagée dans les murs de la ville, conserve les trois étages dont elle se composait , et qu'on nomme la tour Rolland; celle du Nord n'a plus que l'arcade du rez-dechaussée, et c'est par là qu'on arrive à la place de l'ancienne maison de la Miséricorde , bâtie exactement sur l'emplacement de la scène. La cour de cette maison renferme deux belles colonnes de brèche d'Afrique avec base , chapiteaux et entablement de marbre blanc.
Au centre de la place Royale s'élève un obélisque, un des plus superbes monuments de l'antiquité, et qui jusqu'au transport de l'obélisque de Luxor à Paris, fut le seul de cette nature qu'on
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voyait en France. On ne sait ni dans quel temps, ni par qui il a été transporté à Arles, mais on a tout lieu de croire que c'était un des quarante qui se trouvaient en Égypte et qui furent conduits à Rome , parce qu'il est de môme granit. La plupart des autres obélisques sont chargés de caractères hiéroglyphiques, mais celui d'Arles est tout uni. Pendant plusieurs siècles, il est demeuré caché en terre, dans un jardin particulier, auprès des murailles d'Arles, non loin du Rhône. Enfin, en 1675, il fut résolu au conseil de la ville d'Arles, qu'on tirerait cet obélisque de terre , ce qui fut exécuté , mais on trouva qu'il n'était point entier, et que la pointe y manquait. On la découvrit dans un autre endroit. Déblayé de la terre qui le couvrait, ce monolithe fut, le 20 mars 1676, posé sur un piédestal et consacré à Louis le Grand, sous la figure du Soleil. Il a 15 mètres 66 centimètres de hauteur sur 1 mètre 70 centimètres de largeur à sa base, et est posé sur quatre lions, parce que la ville d'Arles a pour armoiries d'azur, à un lion d'or, assis et léopardé. La pointe de cet obélisque est surmontée d'un globe azuré aux armes de France.
Nous mentionnerons parmi les autres restes d'antiquité qu'on peut admirer à Arles, des tombeaux, les Champs-Élyséens ou EliscampSj des statues, et de nombreuses inscriptions païennes ou chrétiennes.
L'Église d'Arles reconnaît pour son fondateur saint Trophime, que la tradition rapporte être celui dont il est parlé dans les Épitres de saint Paul , et qui par conséquent fut envoyé dans les Gaules, du temps même des Apôtres. Grégoire de Tours, au contraire, le fait venir sous l'empire de Dèce; mais, comme nous le dirons, cet historien est positivement démenti sur ce fait, et quelle que puisse être son autorité , on ne peut s'empêcher de l'abandonner sur ce point. La ville d'Arles étant considérable à cause des grandes richesses que lui procurait sa situation qui y attirait tout le commerce des Gaules avec les autres provinces de l'Empire, l'évêque d'Arles prétendit aussi des prérogatives, et contesta à l'évêque de Vienne le droit de métropole et de primatie. Cette question fut jugée par provision dans le concile de Turin tenu en 397 , dont le deuxième canon décida que celui des deux évêques qui prouverait que sa ville était métropole civile aurait l'honneur du primat sur toute la province et le droit des ordinations; que cependant, pour conserver la paix entre eux, les évêques de ces deux villes auraient sous leur
juridiction les villes les plus voisines de leurs sièges et le droit de les visiter. Cette voie d'accommodement ne fut pas exécutée, et l'évêque d'Arles se déclara primat de la Gaule Narbonnaise et de3 sept provinces qu'elle contenait. Un édit de l'empereur Honorius, adressé en 418 à Pétrone, qualifie la ville d'Arles de métropole des sept provinces, mais elle ne jouissait de cet honneur que depuis Constantin le Tyran. Le pape Zozime, dans l'épître Ve adressée aux évôques des Gaules et des sept provinces, accorde à l'évêque d'Arles le droit de primatie; mais le pape Boniface (Epitre III à Hilaire de Narbonne), se plaint de ce que Patrocle, évêque d'Arles, a établi un évôque dans l'Église de Lodève, située dans la première Narbonnaise, en quoi il déroge au décret donné par Zozime en faveur de l'Église d'Arles. C'est à cette disposition de Boniface que fait allusion saint Léon quand il dit (Épître 89), que le privilège accordé par le Saint- Siège à Patrocle , avait depuis été révoqué par un jugement plus équitable.
Cette contestation se renouvela sous saint Hilaire qui déposa Célidoine, évéque de Besançon, et Projectus, évôque dont on ne connaît pas le siège, le métropolitain d'Arles s'attribuant ainsi, dit saint Léon, les ordinations de tous les évôques des Gaules. L'affaire fut portée devant ce souverain Pontife qui condamna Hilaire d'Arles , et obtint de l'empereur Valentinien un rescrit pour faire exécuter la sentence dans les Gaules. Après la mort d'Hiiaire, Ravennius son successur, sans s'arrôter au jugement pontifical , ordonna un évôque à Vaison , alors de la province de Vienne. Le métropolitain de Vienne s'en plaignit à saint Léon , et Ravennius lui ayant aussi déféré le jugement , saint Léon rendit une sentence définitive, par laquelle il 30umit à la métropole de Vienne quatre villes, Valence, Tarentaise, Genève et Grenoble , et laissa les autres villes sous l'autorité de l'archevêque d'Arles.
L'archevêque d'Arles avait été encore honoré du titre de vicaire du Saint-Siège , et il fut le premier établi dans les Gaules par le pape Zozime , qui attacha à cette dignité trois privilèges. Le premier, consistait en ce que les évôques des Gaules qui voudraient aller à Rome , seraient obligés de prendre des lettres de lui; le second, en ce qu'il avait les ordinations de la Viennoise et de la Narbonnaise; le troisième, en ce qu'il demeurait en possession des paroisses qu'il avait anciennement, même hors de son territoire. Le pape Symmaque, dans l'épitre Xe à saint
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Césaire, évêque d'Arles, conflrma ce vicariat et lui donna le droit d'assembler des conciles pour juger toutes les causes religieuses qui surgiraient dans les Gaules et dans l'Espagne. Le pape Vigile étendit encore plus loin les limites du vicariat d'Arles, en donnant à l'évêque Auxanius une juridiction sur toutes les Églises du royaume de Ghildebcrt. Le pape Pélage l'accorda à Sapaudus sur toute la Gaule, et saint Grégoire le Grand, à Vigile ou Virgile à qui il envoya le pallium et confirma le droit d'assembler des conciles. Enfin Jean VIII nomma aussi son vicaire dans les Gaules, Rostaing, métropolitain d'Arles.
L'église métropolitaine d'Arles, avait pour premier patron saint Élienne, premier martyr, et saint Trophime y était honoré comme le second , depuis le XIe siècle. Elle a aujourd'hui seulement le titre d'archiprôtré.
Le chapitre d'Arle3 était en 1790, composé de vingt chanoines, dont quatre étaient dignitaires, savoir le prévôt, l'archidiacre, le sacristain et l'archiprêtre, et trois personnats, le capiscol, le primicier et le trésorier. Parmi les autres chanoines, était le théologal. 11 y avait en outre vingt bénéficier* qui se qualifiaient de sous-chanoines, et douze officiers. Les dignités et les personnats étaient à la nomination de l'archevêque , les canonicats à la présentation du chapitre présidé par l'archevêque, dont la voix était comptée double aux élections. L'archevêque était le seul collateur des bénéfices du diocèse, le chapitre de la cathédrale et quelques laïques présentaient à plusieurs. Ce chapitre où l'archevêque Pierre Ainard ou Isnard, avait, en 1186, introduit la régularité , avait secoué la règle de Saint- Augustin, dès 1484, et une bulle du i«* décembre 1489, le sécularisa définitivement.
11 portait pour armoiries : d'or, à un aigle au vol abaissé de sable , couronné de gueules.
L'archevêque d'Arles qui se qualifiait primat et prince de* Montdragon, avait quatre suffragants, Marseille, Saint-Paul- Trois-Cbàteaux, Toulon et Orange. Il avait anciennement Avignon avec tous les évêchôs qui en dépendent, avant l'érection de cette Église en métropole. Les empereurs avaient donné aux archevêques d'Arles, en les faisant princes du Saint-Empire, le droit de battre monnaie et d'ennoblir leurs diocésains. Bouche nous apprend, dans son Histoire de Provence, que Pierre de Foix accorda, en H57, des lettres de noblesse à Guillaume de Ris, originaire de Salon. Le revenu de l'archevêché était de 42,000 livres,
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et le titulaire payait pour ses bulles une taxe de 2,008 florins un tiers. Les archevêques d'Arles avaient aussi le domaine temporel de Salon, dont plusieurs empereurs leur avaient donné l'investiture. Ils étaient en outre seigneurs de Saint-Chamas , ou de Saint-Amand , comme on l'appelait autrefois.
L'église métropolitaine n'était point paroisse, mais il y en avait huit dans la ville d'Arles, savoir : Notre-Dame la Major, Sainte- Marie principale, Sainte-Croix, Saint-Antoine, Saint- Martin, Saint- Laurent, Saint-Isidore, Saint-Lucien. Les autres paroisses du diocèse étaient au nombre de 51 , avec quatre annexes. Quelques-unes d'entre elles n'étaient point en Provence, telles que* Beaucaire , Fourques, etc., qui faisaient partie de la province de Languedoc.
Le séminaire diocésain était dirigé par les Lazaristes.
Il y avait dans le diocèse, trois collégiales, Notre-Dame la Major, à Arles; dont le chapitre était composé d'un doyen-curé, d'un capiscol et de neuf chanoines; Salon , dont le chapitre était composé d'un doyen , d'un sacristain, de six autres chanoines et de huit bénéficiers ; Beaucaire, qui, sous le titre de Notre-Dame de Pommiers, était paroisse principale de la ville, et dont le chapitre était composé d'un précenteur, de dix chanoines, de deux vicaires perpétuels , et de quatre bénéficiers.
Arles eut des hôpitaux dès l'an 1201, et fut des premières à recevoir les Ordres religieux que l'Église a vu naître dans son sein. Celui de Saint-Jean de Jérusalem s'y établit en 1116; celui du Temple, en 1152; les Trinitaires, en 1203, et c'est le premier monastère que les Ordres mendiants aient eu en Provence; les Cordeliers , en 1218; les Dominicains, en 1231 ; les Grands- Augustins vers 1258; les Grands-Carmes, en 1235; les Capucins, en 1534, et le R. P. Ange de Joyeuse en fut le premier gardien; les Minimes, en 4615; les Augustins réformés, en 1634; les Carmes déchaussés, en 1649 ; les Pères de TOratoire y furent appelés en 1616. Les Antonins, fondés en 1246, y subsistèrent jusqu'en 1413. Quant aux religieuses, outre celles du Refuge et les Carmélites, il y avait encore des Ursulines depuis 1602, et un monastère de dames de la Visitation depuis 1629.
De toutes les abbayes que le diocèse d'Arles avait possédées dans les premiers siècles de l'Église, il n'en restait plus que deux à l'époque de la révolution, l'abbaye de Monlmajour pour des religieux ; l'abbaye de Saint-Césaire pour des religieuses. Toutes les deux suivaient la règle de Saint-Benoit.
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Depuis sa fondation jusqu'à sa suppression , en vertu du Concordat du 45 juillet 1801 , le siège primalial et métropolitain d'Arles a été occupé par 103 prélats, dont quatorze sont offerts par l'Église, sur les autels , à la vénération des fidèles, et 12 ou 13 ont été décorés de la pourpre romaine. Le dernier des archevêques d'Arles a versé son sang pour la foi ; il périt le 2 septembre 1792 à Paris, massacré dans le couvent des Carmes, converti en prison.
Le Concordat du 11 juin 1817, avait rétabli l'archevêché d'Arles, dont le titre avait été réuni à l'archevêché d'Aix, par décret du cardinal Caprara, légat du Saint-Siège, en date du 9 avril 1802. Par ce Concordat, Marseille et Ajaccio lui furent donnés pour suffragants; mais cet acte resta sans effet, et la bulle Paternœ carilatisy du 6 octobre 1822, replaça Arles sous la dépendance de l'archevêché d'Aix.
L'Église d'Arles a eu plusieurs historiens, outre la Gallia christiana. Pierre Saxi, chanoine d'Arles, mort en 1637, publia Pontificium Arelatense , sive Historia primatum Arelatensis Ecclesiœ , Aix, Roize, 1629, in-4°. Cet ouvrage étant devenu rare, fut réimprimé dans le recueil de Minkénius, intitulé : Scriptores rerum Germanicarum , Leipzig, 1728-1730, 3 vol. in-fol. au tome I«, pages 107 et suivantes. Mabillon a donné les dyptiques de cette Église dans ses Analecla, tome III, page 432. Gilles Duport, né à Arles le 6 juillet 1625, mort à Paris le 21 décembre 1691 , docteur en droit civil et canon, et membre de la congrégation de l'Oratoire qu'il quitta en 1660 à l'occasion d'un procès, mit au jour, Histoire de l'Église d'Arles , tirée des meilleurs auteurs anciens et modernes, Paris, Cavelier, 1690, in-12; 2* édition , Paris le Clerc, 1691 , in-12. Dom de Vie et Dom Vaissette ont traité dans les notes 49 et 50 du tome I«r de Y Histoire de Languedoc, delà juridiction des évêques d'Arles sur les provinces des Alpes-Maritimes et Grecques, et si les évêques de Narbonne ont été soumis à celui d'Arles, comme à leur métropolitain, avant Patrocle. Hugues du Tems, a donné une liste des archevêques d'Arles, dans son 1er volume du Clergé de France, p. 266-314. Papon a publié une série de ces prélats au tome I« de son Histoire générale de Provence, p. 294-324. Enfin, le dernier et le plus complet des historiens de celte illustre Église, est M. l'abbé J.-M. Trichaud , missionnaire apostolique, membre de l'Institut archéologique, etc. Son ouvrage a pour titre : Histoire de la sainte Église d'Arles, Paris et Nîmes, Étienne et Louis Giraud, 1857-1864, 4 vol. in-8°.
Parmi les manuscrits, on consultera avec intérêt ceux qui sont déposés aux archives de l'hôtel-de-ville d'Arles, notamment : Archives de la sainte Église d'Arles , et Mémoires pour servir à t Histoire de la sainte Eglise d'Arles , par l'abbé Bonnemant, promoteur du diocèse, lorsqu'éclata la grande révolution.
ARCIIIDIOCÈSE D'ARLES.