FRANCON (vers
Prancon succéda à Avole sous le règne de Sigebert, et ce ne fut pas avant le mois de décembre 561, puisque à cette époque ce prince obtint le royaume d'Austrasie dans le partage des Etats de son père Clotaire Ier. Cet évêque ne nous est connu que par un trait rapporté dans Grégoire de Tours (De glorid Confessorum , ch. 71).
L'Église d'Aix possédait un petit domaine situé sur l'emplacement actuel de l'Hôlel-Dieu , au faubourg Notre-Dame , on l'appelait la Villa Saint-André. Childéric, l'un des principaux seigneurs de la cour de Sigebert, s'en empara sous prétexte que ce domaine appartenait au fisc. Francon en appela à la justice du roi pour obtenir raison de cette violence. Sigebert nomma des commissaires qui, gagnés sans doute par Childéric, déboutèrent le prélat de sa demande et le condamnèrent en outre à une amende de 300 écus d'or. Le saint évéque d'Aix releva appel de cette sentence injuste au tribunal de Dieu luimême , par l'intercession du martyr saint Mitre , l'un des patrons de sa ville1. De retour dans son Église, il convoque son
4 Grégoire de Tours qui fait une mention honorable de saint Mitre ou Merre, martyr à Aix, renvoie à l'histoire de sa vie, mais cet ouvrage
LA FKANCE PONTIFICALE
clergé et les fidèles, fait allumer les cierges et les lampes dans la chapelle placée sous le vocable de saint Mitre , et commence à réciter les psaumes ; mais tout à coup animé d'une foi vive et encouragé par une sainte et secrète espérance , il fait cesser le chant et les prières, ordonne d'éteindre toutes les lumières. S'adressant ensuite en esprit à saint Mitre et les yeux baignés de larmes :« Grand serviteur de Dieu , s'écria-t-il , glorieux martyr de Jésus-Christ, on ne chantera plus de psaumes , on ne fera plus brûler de cierges ni de lampes en votre honneur, autour de votre tombeau, les ûdèles ne viendront plus honorer vos cendres, jusqu'à ce que vous ayez fait restituer à l'Église les biens qu'on lui a injustement ravis. » Après ce discours, le peuple et le clergé se retirèrent , et pour marquer l'interdit qui frappait ce lieu , Francon lit entourer le sépulcre du saint de ronces et d'épines, et ordonna la fermeture des portes de la chapelle.
La prière du pasteur, du peuple et du clergé fut exaucée, et saint Mitre prit en main la défense de l'Église de sa ville natale. Childéric sentit s'appesantir sur lui la puissance céleste. Une fièvre dévorante le dessécha jusqu'aux os, ses cheveux tombèrent, son corps réduit à une épouvantable maigreur devint semblable à un squelette. Dieu lui conserva cependant l'usage de la parole pour confesser sa faute. « J'ai péché, dit-il à ses serviteurs, lorsque j'ai enlevé le bien de l'Église d'Aix, j'ai péché en persécutant son saint évéque, allez au plus tôt le trouver, restituez le domaine à l'Église, et comptez six cents écus d'or sur la tombe de saint Mitre. Après cette restitution,
n'est point parvenu jusqu'à nous. Saint Mitre était vigneron et souffrit le martyre en 304 sous le règne de Dioclétien. On dit qu'il passa par diverses tortures fort cruelles qui ne furent point capables d'ébranler sa constance et qu'il supporta môme avec joie. Ce que Pitton rapporte de ce saint , dans ses Annales de l' Eglise d'Aix est purement hypothétique. Il paraîtrait toutefois qu'il aurait survécu à ses tourments, puisque le père de notre histoire ne lui donne que le titre de confesseur. Saint Mitre est le patron de la ville d'Aix , où il est honoré comme martyr le 43 novembre, sous le rit double de première classe avec octave, tandis que dans le reste du diocèse, sa fête n'est que du rit double majeur. On trouve son nom au môme jour dans tous les Martyrologes , et nous lisons dans Grégoire de Tours que Dieu glorifia le tombeau de saint Mitre par divers miracles. Il y a dans le canton d'Istres une paroisse de son nom.
ARCHIDIOCÈSE D'AIX.
son intercession auprès de Dieu me rendra sans doute la santé. » Les ordres de Childéric furent exécutés; mais au moment môme que l'argent était déposé sur le tombeau du saint, Childéric expira dans des douleurs atroces.
Grégoire de Tours , qui nous a laissé cette histoire , dit l'avoir prise dans les actes de saint Mitre qu'on conservait dans l'Église d'Aix, et qui depuis ont été perdus. Dom Ruinart, dans ses notes sur cet historien , rapporte ce miracle à l'an 566. C'est tout ce que les écrivains nous ont transmis sur l'épiscopat de Francon.