LÉONCE (461-vers
Léonce gouvernait déjà la sainte Église d'Arles, depuis au moins quelques mois , lorsque le pape saint Hilaire , successeur de saint Léon le Grand, lui écrivit le 25 janvier 462 pour lui donner avis de son élévation* au souverain pontificat, et le charger de la notiOer à tous les évêques de la province, aOn qu'ils priassent le Seigneur pour son heureux gouvernement. L'évêque d'Arles avait devancé le nouveau Pape. Il lui avait adressé une lettre où il lui marquait que la nouvelle de son élection avait adouci l'amertume des larmes que la mort de saint Léon faisait couler ; que l'Église romaine étant la mère de toutes les Églises, on a dû se réjouir à bon droit de ce que dans des temps si fâcheux, il a été placé sur ce siège pour juger les peuples selon
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l'équité, et pour diriger les nations de la terre. « Achevez, lui dit- il , les conquêtes commencées par votre prédécesseur pour l'extirpation des hérésies, et veuillez aussi maintenir les privilèges que les papes ont accordés à mon Église » {Spicilège , tome V, page 578).
A la réception de cette missive , le pape Hilaire , surpris que Léonce ne lui parlait point de la lettre qu'il devait avoir reçue, lui en écrivit une seconde. « Les lettres, dit-il, que notre flls Papoul nous a remises de votre part, ont considérablement augmenté la tendresse que nous éprouvons pour toutes les Églises des Gaules et pour tous les prêtres et les évêques de ces provinces. Nous conjecturons cependant que la lettre que nous vous avons adressée dans les commencements de notre pontiûcat, ne vous est point encore parvenue, car vous nous en auriez parlé si le porteur n'avait pas été arrêté par quelque accident. Sachez donc qu'il y a longtemps que nous nous sommes acquitté de ce que la coutume et la charité demandaient. Nous travaillerons avec soin à conserver dan3 les Églises des Gaules la pureté de la discipline, mais soyez prompt et fidèle vous-même à nous faire connaître les abus. Ainsi , vous nous aiderez à maintenir les constitutions apostoliques » (Concil. Gallic., 1. 1, p. 427). L'occasion d'exercer ce zèle ne tarda pas à se présenter.
Le saint évêque de Narbonne , Rustique , étant mort le 28 octobre 461 , Hermès, archidiacre de cette Église, qu'il avait sacré évêque de Béziers, voyant que le clergé et le peuple de cette dernière ville refusaient de le reconnaître, s'empara du siège de Narbonne sans le consentement de l'évêque d'Arles. Narbonne était alors au pouvoir de Théodoric II, roi des Visigotbs. Ce prince et ses sujets étaient ariens, mais Frédéric, son frère, était catholique. Voyant les règles de la discipline violées par l'intrusion d'Hermès, Frédéric députa au pape Hilaire le diacre Jean pour se plaindre de ce prélat. Hilaire apprenant ce scandale, écrivit le 3 novembre 462 à Léonce, une lettre fort vive. « Nous nous étonnons, lui dit-il, de voir Votre Fraternité oublier la loi catholique au point de ne point remédier aux désordres qui surviennent dans la circonscription de votre province (in provincia quœ ad monarchiam tuam pertinet). Si vous ne pouvez pas accomplir ce devoir, vous devez au moins nous en avertir. Le diacre Jean envoyé par notre très-honorable fils Frédéric, nous a appris qu'un certain Hermès a osé s'emparer de l'évêché de Narbonne et y exercer une exécrable autorité. Vous auriez
dû dans votre sagesse, nous faire connaître ce forfait En conséquence, notre très-cher frère, nous vous ordonnons de nouâ transmettre incessamment, et sans aucun retard , sur cette usurpation, une relation exacte signée de vous et des autres évôques nos frères, afin que nous puissions terminer avec justice une affaire aussi importante. »
Les évêques de ces provinces n'avaient point attendu ces reproches pour s'occuper de cette affaire. Comme Léonce se rappelant la disgrâce encourue par son prédécesseur saint Hîlaire dans une circonstance semblable, n'avait point voulu, par prudence, agir contre Hermès, ils avaient député de concert avec lui à Rome deux d'entre eux , Fauste de Riez et Auxanius de Gimiez, pour instruire le Pape de cette intrusion. Hilaire, après avoir entendu ces prélats , tint à Rome un nombreux concile de diverses provinces, auquel paraissent avoir présidé les deux évôques provençaux. La cause d'Hermès y fut terminée, et le Pape en Gt connaître le résultat aux évôques des provinces Lyonnaise, Viennoise, des deux Narbonnaises et des Alpes Pennines. Il marque dans sa lettre que la conduite régulière et êdiOante d'Hermès jusqu'à son élévation à l'épiscopat avait fait trouver sa faute plus excusable, qu'ainsi on a eu égard tout à la fois dans la sentence portée contre lui et à la douceur de la charité et à la sévérité de la discipline. Elle portait en effet qu'Hermès demeurerait évôque deNarbonne; que cependant pour le punir du procédé irrégulier qu'il avait employé pour monter sur ce siège , il serait privé du droit d'ordonner des évôques , droit qu*on transféra à Constance , évôque d'Usez , comme au plus ancien dans Tépiscopat, mais qu'après la mort d'Hermès , ce droit retournerait à ses successeurs, parce que c'est à la personne d'Hermès qu'on l'enlève et non pas à l'Église de Narbonne. Pour prévenir de pareils abus, le pape Hilaire ordonna qu'on tînt tous les ans des conciles dont la convocation appartiendra toujours à Léonce qu'il délègue à cet effet. On y mettra fin aux affaires occurrentes, relativement à l'ordination des évôques, des prêtres et des autres personnes du clergé, mais on consultera le Saint-Siège sur les causes les plus importantes qui n'auront pu être terminées.
Par celte môme lettre datée du 3 décembre 462 , le pape Hilaire défend aux évôques de sortir de leuTS provinces sans des lettres de leur métropolitain. Si celui-ci les refuse, on pourra ^'adresser à Léonce d'Arles qui décidera la cause avec deux
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autres évêques. Ce dernier avait présenté une requête au Pape pour revendiquer des paroisses hors du diocèse que saint Hilaire, son prédécesseur avait autrefois aliénées, « Nous voulons, dit le souverain Pontife, que ces paroisses soient maintenues sous l'autorité de Léonce , mais nous défendons d'aliéner à l'avenir les terres de l'Église sans l'autorisation d'un concile où l'on aura exposé tous les motifs de cette aliénation (Concil. Gall. tome I , p. 429). » Telle fut l'issue de l'affaire d'Hermès, mais à peine le pape Hilaire Teût-il terminée , qu'il s'en éleva une autre qui n'excita pas moins son zèle.
Nous avons vu que par Fa lettre du 5 mai 450 , le pape saint Léon n'avait attribué que quatre Églises à la métropole de Vienne. Saint Ma mert, devenu évôque de cette ville, prétendit que sa juridiction s'étendait aussi sur l'Église de Die qui ne devait lui être donnée comme suffragante que longtemps après. Il y ordonna donc un évêque, malgré la résistance du clergé et du peuple. Gondéric , roi des Bourguignons et maître de la milice s'empressa d'en informer le pape Hilaire; le zèle de ce prince pour la paix de l'Église, la qualité de fils que lui donne le souverain Pontife, ne permettent pas de douter qu'il ne fut catholique. Hilaire écrivit en conséquence à Léonce d'Arles, et après quelques reproches sur ce qu'il ne l'avait pas averti de l'entreprise de Mamert, il le chargea d'examiner cette affaire dans le concile qu'il devait assembler et présider annuellement, de sommer Mamert d'y comparaître pour y rendre compte de sa conduite et d'envoyer au Saint-Siège la relation de celte affaire, signée des évêques du concile. Celle lettre est du 40 octobre 463.
Léonce, dont les droits étaient lésés par l'entreprise de Mamert, s'acquitta fidèlement de la commission et députa à Rome un évêque appelé Antoine dont nous ne connaissons pas le siège, mais qui était un des vingt prélats qui l'assistèrent dans l'examen de cette affaire, au 4° concile d'Arles. Le Pape ayant reçu de lui la relation du concile, jugea la cause par une lettre adressée aux évêques qui y avaient assisté. Il y relève d'abord en termes assez vifs la faute de Mamert , et dit qu'il aurait mérité d'être déposé, mais que pour la paix des Églises, il aime mieux employer d'abord des mesures plus douces , et qu'ainsi , îi se contente de déléguer Véran , évêque de Vence , pour lui faire, de la part du Saint-Siège une réprimande convenable et l'avertir que si , dans la suite , lui ou quelqu'un des évêques ses successeurs ne se contente pas des quatre Églises que saint
Léon avait attribuées à celle de Vienne , elles seraient réunies à la métropole d'Arles. Quant à Pévêque ordonné à Die par Mamert, et que nous croyons être saint Marcel, frère et successeur de saint Pétrone, le Pape veut que son ordination soit conOrmée par Léonce, à qui il appartenait de la faire. Cette lettre est datée du 24 février 464.
Pour prévenir des entreprises pareilles à celle qu'on reprochait à sa;nt Mamert; le pape saint Hilaire adressa une autre lettre aux évôques des provinces de Vienne, de Lyon , des deux Narbonnafces et des Alpes. Il leur défend d'entreprendre sur les droits les uns des autres, et leur recommande, comme. un remède nécessaire , la tenue des couciles qui doivent être convoqués tous les ans par Léonce d'Arles.
Par une troisième lettre, Hilaire délégua Léonce d'Arles, Véran de Vence et Victeur d'Aix pour terminer un diiïérend entre Ingénu d'Embrun et Auxanius de Cimiez. « Ingénu , dit-il , qui avait toujours joui des droits de métropolitain des Alpes, s'est plaint que nous eussions fait quelques règlements à son préjudice et à la sollicitation d'Auxanius. C'est pourquoi, ajoute le Pape aux évôques qu'il nomme arbitres de cette affaire, nous vous donnons te pouvoir d'annuler les règlements qu'on aurait pu obtenir de nous par surprise, au préjudice des saints canons et du jugement rendu par notre prédécesseur de sainte mémoire. Car nous voulons conserver les privilèges de chaque Église, et nous ne permettons pas qu'un évéque s'arroge quelques droits dans le diocèse d'un autre C'est dans le gain des
Ames et non dans l'étendue de pays où nous aurons travaillé, que consiste le fruit de notre ministère. » En finissant, le Pape ordonne qu'il n'y ait dans la suite qu'un évéque pour la ville de Cimiez et celle de Nice. Ces deux villes étaient trop voisines, et Nice n'avait pas le titre de cité, mais celui de château seulement. Or, l'on sait qu'il n'y avait communément de siège épiscopal que dans les cités.
Léonce d'Arles, fut avec Basile, évéque d'Aix, Grec de Marseille et Fausle de Riez, l'un des évôques qui , pour détourner des malheurs dont leurs Eglises étaient menacées, proposèrent en 474 un accommodement à Euric , roi des Visigoths, sur le point d'envahir la Provence (Voir pages 17 et 18). L'année suivante, il convoqua à Arles un concile au sujet d'un prêtre provençal, nommé Lucide , qui répandait dans le pays diverses erreurs sur la prédestination et la grâce , pendant le temps où les évéques
paraissaient tout occupés à se défendre contre la persécution d'Euric et la séduction de l'arianisme. Fauste, évéque de Riez, avait en vain essayé de ramener Lucide par la persuasion et par une lettre fort étendue où il réfutait ses erreurs. Lucide se rendit au concile qui avait commencé à proscrire les erreurs des prédestinatiens et songeait à procéder contre ce prêtre qui les avait enseignées. Mais Fauste de Riez fit suspendre les procédures dans l'espérance de convertir ce novateur. Il s'efforça d'abord de le gagner dans des entretiens particuliers où il tàcbait de faire entrer la vérité dans son cœur par les voies de la douceur et de la bonté , Lucide soubaita d'être instruit par quelque écrit et Fauste eut pour lui celte complaisance. Pendant la tenue du concile , il lui écrivit une lettre qu'il fît signer par onze évêques pour lui donner plus d'autorité. Cette lettre del'évêque de Riez, qui est un fort beau monument contre l'hérésie prédestinatienne, fit impression sur Lucide, et les décrets du concile achevèrent de le détromper. Il signa une rétractation conforme à ces décrets et il l'adressa aux Pères du concile, au nombre de trente. Il les nomme tous au commencement de sa lettre. Les plus connus sont Léonce d'Arles, président du concile; saint Patient de Lyon; saint Euphroned'Autun, saint Jean de Chalon sur- Saône, saint Mamert de Vienne, saint Eutrope d'Orange, Fauste de Riez, saint Marcel de Die, Basile d'Ain, Fonleius de Yaison, Grec de Marseille , Crocus de Nîmes, Miget de Belley.
Nous croyons devoir rapporter ici cette rétractation de Lucide , afin de faire mieux connaître les erreurs des prédestinatiens.
« Votre réprimande , dit-il aux Pères du concile, est le salut du public , et votre sentence est un remède qui guérit ceux qu'elle frappe. C'est pourquoi je crois que le meilleur moyen d'excuser mes erreurs passées, c'est de m'en accuser et ce n'est que par un aveu salutaire que je prétends m'en justifler. Ainsi, me conformant aux nouveaux décrets du concile, je condamne avec vous les opinions exprimées dans les propositions suivantes, savoir : qu'il ne faut pas joindre à la grâce divine le travail de l'obéissance humaine. — Qu'après la chute du premier homme, le libre arbitre a été entièrement éteint. — Que Jésus-Christ Notre Seigneur et Sauveur n'a pas souffert la mort pour le salut de tous. — Que la prescience de Dieu fait violence à l'homme pour le précipiter dans la mort , ou que ceux qui périssent, périssent par la volonté de Dieu. — Que quiconque pèche après
avoir reçu le baptême , encourt la mort (éternelle) à cause du pécbé d'Adam. — Que les uns sont prédestinés à la mort et les autres à la vie. — Que d( puis Adam jusqu'à Jésus-Christ, nu! des hommes n'a été sauvé par la Toi en la venue de Jésus-Christ avec le secours de la première grâce , qui est la loi naturelle , parce qu'ils avaient perdu le libre arbitre en Adam. — Que les patriarches , les prophètes et les plus grands saints ont été reçus dans le paradis avant le temps de la rédemption.
» Je condamne tous ces sentiments comme impies et sacrilèges. J'admets tellement la grâce de Dieu, que j'y joins les efforts de l'homme, et je dis que le libre arbitre n'a pas été éteint, mais affaibli ; que celui qui a été sauvé a été en péril, et que celui qui est damné a pu être sauvé; que Jésus-Christ, Dieu et Sauveur, a souffert la mort pour tous les hommes, selon les richesses de sa bonté; qu'il ne veut point que personne périsse, lui qui est le Sauveur de tous les hommes, principalement des fidèles, et qui est riche pour tous ceux qui l'invoquent.
» Et pour décharger entièrement ma conscience, dans une affaire si importante , je me souviens d'avoir dit auparavant que Jésus-Christ n'était venu que pour ceux qu'il avait prévu devoir croire en lui, m'autorisant de ces paroles du Seigneur : Le Fils de l'Homme ri est pas venu pour être servi , mais pour servir et pour donner sa vie pour plusieurs, et de ces paroles : C'est le calice de mon sang qui fait le testament nouveau et qui sera répandu pour le salut de plusieurs. Mais à présent que je suis mieux instruit par l'autorité des témoignages que l'on trouve en grand nombre dans les divines Ecritures, selon l'interprétation et la doctrine des anciens, je reconnais volontiers que Jésus- Christ est venu auss\ pour ceux qui se sont perdus, parce qu'ils se sont perdus malgré lui, n'étant pas permis de restreindre à ceux qui ont été sauvés , les bienfaits de Dieu et les richesses de son immense bonté." Car si nous disons que Jesus-Cbrist n'a apporté le remède que pour ceux qui ont été sauvés , nous paraîtrons absoudre ceux qui n'ont point été rachetés, quoiqu'il soit constant qu'ils ont été punis pour avoir méprisé la rédemption.
i» Je reconnais aussi que dans le cours des siècles qui se sont écoulés, les uns ont été sauvés par la loi de grâce, les autres, sous la loi de Moyse , et d'autres enûn sous la loi naturelle écrite par le Seigneur au fond de tous les cœurs, mais qu'ils l'ont tous été par l'espérance de l'avènement de Jésus-Christ, et que depuis le péché originel, personne n'a élé délivré que par Vintorcession de
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son sang précieux. Je confesse pareillement l'éternité des feux de l'enfer, destinés aux crimes capitaux, parce que la justice divine y punit toujours justement les péchés qui subsistent toujours, et je suis persuadé que ceux qui ne croient pas cette vérité de tout leur cœur, encourent avec équité ces peines éternelles.
» Priez pour moi, saints évéques. Je, Lucide, souscris cette lettre que j'ai écrite de ma propre main ; j'approuve tout ce qui y est approuvé, et je condamne tout ce qui y est condamné. *
Un acte si authentique dressé sur les décrets mêmes du 5e concile d'Arles , peut suppléer aux actes de ce concile qui sont perdus. Il suffit pour nous faire connaître quels dogmes y furent dôûnis contre le prédestinatianisme et pour convaincre les plus incrédules, que cette hérésie n'est pas un fantôme , comme on a tâché de le persuader. Quelques-uns de ceux qui avaient intérêt de faire passer le prédestinatianisme comme une hérésie imaginaire ont accusé Fauste d'avoir supposé ce concile, aussi bien que la rétractation de Lucide. D'autres se sont réduits à traiter les trente évéques du concile d'Arles, de semi-pélagiens qui ont condamné la saine doctrine. Une cause est bien désespérée quand , pour la soutenir, on produit de telles défenses. Sans doute , ce n'est que par Fauste de Riez que nous connaissons l'existence de ce concile sur la réuniou duquel Gennade , auteur contemporain , garde le silence. Mais ce n'est pas une raison pour le révoquer en doute, comme Font fait , outre Jansénius et ses partisans, Cabassut {Notitia conciliorum) etThomassin luimême (Dissert. 13 in Conc.)% Quel est l'historien à qui il n'est rien échappé des choses de son temps? Fauste a parlé de ce concile et de celui de Lyon assemblé pour le même sujet, dans sa lettre à Léonce, évôque d'Arles, et de la difficulté qui y avait donné occasion. A qui persuadera-t-on qu'un évôque, en réputation de piété et d'un âge avancé, ait tenté d'en imposer à un de ses confrères sur la tenue de deux conciles, à l'un desquels il aurait présidéen qualité de métropolitain, et dont l'autre ne pouvait lui être inconnu? Personne ne doute qu'il se soit tenu un concile à Toulouse en 506 ou 507, cependant il n'est connu que par une lettre de saint Césaire.
Léonce chargea l'évéque de Riez de recueillir tout ce qui s'était fait dans le concile relativement à l'hérésie prêdestinatienne , et de rédiger en bon ordre les raisons qu'on y avait apportées pour combattre cette erreur. Fauste s'acquitta avec plaisir de cette commission si honorable. Il composa un ouvrage
divisé en deux livres sur la grâce et sur le libre arbitre, et l'adressa à Léonce d'Arles par une lettre en forme de préface. Mais la haine d'une hérésie qu'il combattait le fit tomber dans l'écueil opposé et l'on s'aperçoit aisément par la lecture de ces deux livres qu'il ne reconnaît pas la nécessité d'une grâce prévenante pour le commencement de chaque bonne action. Dans le second livre, il parle cependant de saint Augustin avec éloge.
Le célèbre Sidoine Apollinaire mentionne Léonce d'Arles dans la 3e épître du livre 6e de ses lettres et ce qu'il dit de lui ne saurait en rien s'appliquer à saint Léonce, évêque de Frejus, comme l'ont assuré certains auteurs. Mais lorsque Sidoine a écrit cette lettre , il était déjà évêque. Or, ce ne fut pas avant 472 , puisque c'est cette année qu'il fut placé sur le siège de Clermont pour succéder à Eparche. D'un autre côté, Léonce, évêque de Fréjus, était mort depuis longtemps, puisqu'on voit Théodore, son successeur, écrire en 455 ou même en 453, contre ce même Fauste, alors abbé de Lérins.
Nous ne saurions assigner une date précise à la mort de Léonce, que les uns fixent à 480 et les autres à 484. C'est à tort qu'on lit dans un manuscrit d'Avignon , qu'on lui donna pour successeur Tonance Ferréol, ancien préfet des Gaules. Savaron pense que Sidoine Apollinaire, dans sa lettre 1 2«, livre 7«, adressée à Tonance lui-même, favorise ce sentiment. Mais telle n'est pas l'opinion de Sirmond dans ses notes sur Sidoine qu'on peut consulter, puisque, lorsque Sidoine écrivait cette lettre, Léonce était encore sur le siège métropolitain d'Arles.