SAINT POLYCARPE (vers
Saint Polycarpe était autrefois représenté sur un rélable de vermeil qui était au grand autel de l'église métropolitaine, orné de marques de sainteté , avec les figures des autres saints évêques d'Arles. Cette circonstance , dit le P. le Cointe, a fait croire avec quelque raison qu'il en avait rempli le siège. Il ne serait pas raisonnable, en effet, de penser que l'Église d'Arles, a depuis les temps les plus reculés, honoré d'un culte pieux un évéque qui, non-seulement ne serait point saint, mais dont
ARCH1D10CÈSE D'ARLES. 495
l'existence serait encore problématique. Cette opinion est d'ailleurs confirmée par les anciens catalogues dans lesquels on trouve son nom. On y lit aussi ceux de Martin , de Protais qui fut évêque d'Aix , dlnnode et de Georges dont on n'a aucune connaissance. Mais nous avons déjà fait observer plusieurs fois combien l'autorité de ces dyptiques doit nous être suspecte quand elle n'est point appuyée de monuments authentiques. L'histoire de l'Église d'Arles est fort embrouillée et obscure au VIIIe siècle. La ville ayant été plusieurs fois saccagée par les Sarrasins et par les Normands, demeura peut-être quelque temps sans pasteur , ou bien on négligea de marquer ce que ces prélats faisaient de mémorable. Car dans les temps de calamité, surtout quand l'ignorance est deyenue générale, il n'y a ni écrivains ni conciles pour transmettre les événements à la postérité, l'histoire s'appauvrit et devient fort obscure. On sait aussi que pendant ces temps de guerre et de troubles , la plupart des Églises de France furent en proie à des laïques avides, comme on en peut juger par les plaintes de saint Boniface au pape Zacharie.
« Sachez , dit ce prélat, que Carloman , duc des Français , m'a mandé à sa cour et m'a prié d'assembler un concile dans ses États , promettant de corriger les abus et de rétablir les règles de la discipline qui ont été méprisées et violées depuis environ
60 ou 70 ans Les vieillards disent qu'il y a plus de 80 ans
que les Français n'ont tenu de concile et n'ont eu d'archevêque; et à présent, la plupart des évêchés sont donnés à des laïques ou à de faux clercs, fornicateurs ou usuriers, qui ne cherchent dans ces places que les biens de l'Église qu'ils dissipent et consomment sans la servir. » Quand [saint Boniface dit que depuis plus de 80 ans on n'avait tenu de concile , et qu'on n'avait point eu d'archevêque, il entend un concile national, et un archevêque qui fut en même temps vicaire du Saint-Siège, afin qu'il eût plus d'autorité pour la convocation des conciles. Il était encore rare qu'on donnât le nom d'archevêque aux simples métropolitains , surtout quand ils n'avaient pas reçu le pallium. Cette lettre de saint Boniface est de 741 .
Si l'on devait ajouter foi à l'autorité du cardinal Baronius, qui a cependant rendu de si grands services à l'histoire ecclésiastique, il faudrait, après saint Polycarpe , placer au nombre des évêques d'Arles, un certain Paul Gemminus, dont une ancienne inscription lui avait appris le nom. Les Sarrasins, dit cet au-
LA FHAN'CE TOMIFICALE
teur, ayant envahi la ville d'Arles, y brisèrent et détruisirent complètement les monuments élevés à la gloire des saints. Quand ces ennemis du nom chrétien eurent été battus et mis en fuite, les Ûdèles profitant des bienfaits de la paix, commencèrent à restaurer ce que ces impies avaient renversé , et notamment le tombeau de saint Césaire leur patron , sur lequel on grava les vers suivants :
Cernitur hic vario renovatum marmore tegmen
PaPri Cxsario Pontificique sacro Quod seclerata cohors rabie destruxit acerba ,
liane virtute Dei sorbuit unda maris, Prœsul et in stagne- Ârelatis sede locato
Gemminus id Paulus strenue compsit opus.
De ces vers mal lus et mal compris par lui, le savant cardinal a conclu que Gemminus Paulus avait été évêque d'Arles , et il étayait son opinion sur le dernier distique qui, au lieu d'être lu comme il Ta indiqué, devait être :
Prxsule Rostagno Arelatis sede locato
Cerniius id Paulus strenue compsit opus.
C'était révêque Rostaing qui, en 873, avait fait restaurer le couvercle du tombeau de saint Césaire , par un ouvrier appelé Paul , et de cet ouvrier, Baronius a fait un évêque.
Suivant l'abbé Bonnemant, saint Polycarpe fut enseveli dans une chapelle hors de l'église de Saint-Honorat, du côté des marais.
Saxi dans son Pontificium Arelatense place après l'évêque Félix, Anastase, Austrobert, Valbert, Aurélien //, saint Polycarpe, Martin lll , Protais , Paul Gemmin, Innode, Georges, sous lequel les Sarrasins prirent la ville en 738 ; Ratbert , Kavillan, Uviliaire et Arladet mais on ne sait rien de la plupart de ces prélats et on ne peut sérieusement admettre tous ces noms.