AICARD DE MARSEILLE
Aicard , était fils de GeofTroi, vicomte de Marseille, et de Rixende; son frère Pierre monta en 1085 sur le siège d'Aix. Ses premières années se passèrent dans l'abbaye de Saint- Victor où furent élevés plusieurs de ses frères. Raimbaud de Reillane , son parent , l'attira dans son diocèse et parait l'avoir pris pour coad-
juteur dans les dernières années de sa vie , peut-être môme lui avait-il cédé entièrement l'archevêché; mais ayant embrassé le parti de Henri IV contre l'Église romaine , Aicard fut , dit-on , frappé d'une sentence d'excommunication , tant par Alexandre II, que par Grégoire VII, son successeur. (Test peut-être la raison du silence gardé par les historiens sur les commencement» de son épiscopat, et de la présence de Raimbaud comme archevêque d'Arles dans les anciens titres jusqu'en 1067. Après cette année, Aicard se maintint sur le siège et on le voit, ûdèle au souvenir de son éducation dans Pabbaye de Saint- Victor, donner à ce monastère, en la personne de son abbé Bernard de Rodez, un aqueduc ou canal de Veine ou Neuvenne, avec toutes les sources qui l'alimentaient, et le chemin public qui y conduisait Cette donation faite de concert avec Geoffroi , son père et ses frères Hugues-Geolfroi , Raimond, Foulque, Pierre, Pons Guillaume et les enfants de ce dernier, porte la date du 21 juillet 1079. Vers ce même temps, Aicard et le comte Bertrand restituèrent à l'Église d'Arles les pêcheries et bourdigues de l'étang des Martigues qui depuis saint Gésaire lui appartenaient , et que Pons de Fos lui avait enlevées avec violence.
A cette époque , cependant Grégoire VU considérait Aicard comme un misérable intrus. Le 1er mars 1079, il avait écrit aux Ariésiens en leur reprochant de laisser si longtemps leur Église sans pasteur, et en les invitant, s'ils ne pouvaient tomber d'accord snr le choix d'un sujet digne du bâton pastoral, à remettre entre les mains de Léger, évêque de Gap, qu'il leur envoyait, un compromis par lequel ils s'obligeraient de reconnaître et de recevoir pour leur archevêque , celui que le pape sacrerait à cet effet. Gomme la lettre de Grégoire et les instances de l'évêque de Gap ne purent convaincre les Ariésiens, Hugues, évêque de Die , légat du Saint-Siège en France, réunit à Avignon un concile où l'on déposa de nouveau Aicard, et où l'on élut à sa place Gibelin de Sabran. Les Ariésiens n'en demeurèrent pas moins fidèles à Aicard ; Bertrand II, comte d'Arles, au contraire, abandonna le parti de Henri IV, se déclara en J 081 , comte de Provence par la grâce de Dieu, et soumit sa personne et son fief au pape Grégoire et à ses successeurs.
Quelques années après, les chanoines de l'Église d'Arles qui, à cette époque vivaient en communauté, trouvant difficilement sans doute, des prêtres ou des chanoines réguliers pour desservir l'église de Notre-Dame de la Mer ou de la Barque, qui leur
appartenait , prirent le parti de la céder aux religieux de Montmajour sous une redevance annuelle de trente sous melgoriens et de quatre cierges de la meilleure qualité, dont deux seraient donnés au chapitre le jour de la consécration de Notre-Dame de la Mer et les deux autres le jour de l'Assomption. Les signatures principales qu'on trouve sur ce titre sont celles d'Aicard , archevêque; de Raimbaud , prévôt ; de Bertrand , sacristain , de Pons, doyen ; de Gérard , écolàtre. La Gallia chrisliana place cette donation vers Tan 1066, mais comme elle est faite à Guillaume , abbé de Montmajour qui ne fut élu qu'en 1080, on ne saurait lui assigner pour date que 1090 , puisque ce fut en cette dernière année que Bertrand II, comte de Provence, restitua à l'église métropolitaine et aux chanoines d'Arles cette église de Notre-Dame de la Mer qu'il leur avait enlevée en 1064 (Bibliothèque de la ville de Marseille , ms. F. 6 , Archives de Montmajour).
Nous devons faire remarquer que l'acte par lequel Bertrand restitue cette église (ecclesia beats Maris de Ratis) est intitulé son testament : ce qui semble indiquer qu'il croyait remplir un devoir de conscience. Il reçut trois cents sous des chanoines d'Arles, non pas pour prix de cette église, mais pour leur donner l'assurance de sa protection en cas de trouble dans la jouissance de ces biens. Cette restitution est faite par Bertrand, conjointement avec sa mère Etiennette et sa femme Mathilde. On ne voit aucun enfant de Bertrand paraître dans cet acte : c'est qu'il mourut sans laisser de successeur.
Vers cette même année 1090, qui est, suivant la plupart des historiens, celle de la mort d'Aicard de Marseille, Raimond, comte de Saint-Gilles, restitua à l'Église d'Arles la chapelle de la Sainte-Pâque, avec toutes ses appartenances , en exceptant toutefois ce qu'il donna pour la construction du cloître à Beaucaire.
Aicard de Marseille fut inhumé dans l'église métropolitaine d'Arles et portait pour armoiries : de gueules au pal d'or.