RAIMBAUD DE REILLANE
L'archevêché d'Arles, suivant Polycarpe de la Rivière, fut donné, après la résignation de Pons de Marignane, à Hugues, fils de Robaud , corçte de Forcalquier, et d'Ermengarde ; mais
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comme cet auteur n'apporte aucun document qui puisse appuyer son opinion, nous rejetterons cet Hugues, et adopterons le sentiment des Bénédictins.
Raimbaud de Reillane (Rajambaldus), issu d'une branche de la maison des vicomtes de Marseille , était ûls de Boniface , seigneur de Reillane , et de Vandelmésie. Ses frères furent Boniface, Foulque, Boson, et Atanulfe ; Guillaume et Foulque, vicomtes de Marseille, étaient ses cousins. Élevé dès ses plus jeunes années dans l'abbaye de Saint-Victor, sous les yeux de saint Isarn qui en était abbé, il prit l'habit religieux dans ce monastère dont il fut prieur claustral. Admis dans le sein du chapitre d'Arles , il devint prévôt de cette Église le 31 mars 1014, et sa promotion à l'archevêché fut la récompense des talents et des vertus qu'il déploya dans ces hautes fonctions.
Son élection eut lieu au mois d'août 1031 , au moment où la France avait à traverser une de ces terribles époques de famine qui marquent dans les annales d'une nation. Commencée en 1030, elle dura près de trois années, pendant lesquelles des pluies continuelles empêchèrent les moissons et les autres fruits de la terre de venir à maturité. Dans ces tristes circonstances , lorsque la misère était à son comble, et que les horreurs de la faim faisaient commettre de détestables attentats qu'on aurait peine à croire, si un auteur contemporain n'eut pris soin de nous en instruire, les évêques, les abbés, les chapitres, persuadés que les biens de l'Église sont la propriété des pauvres, les distribuèrent libéralement pour venir en aide à une foule de malheureux, et ils souffrirent ensuite avec eux. Le chapitre d'Arles ne faillit pas à ce devoir chrétien , et dans ces jours de calamité publique % il distribua généreusement aux pauvres ce qu'en des temps meilleurs il avait reçu des riches. Raimbaud à peine élu vendit quelques-uns de ses domaines pour secourir plus efficacement ses diocésains, et principalement les paysans. Plusieurs conciles furent alors tenus en France pour apporter remède à un si grand désastre. Les auteurs de la Gallia christiana assurent que Raimbaud se trouva à celui que présida Guifred, archevêque de Narbonne, mais rien n'est moins certain , car ce concile que les historiens fixent à 1031 , pourrait bien n'avoir été tenu qu'en 1045. Du reste, dans tous les actes que signait Raimbaud, se rappelant son premier état, il faisait toujours suivre sa qualité d'archevêque du titre de moine.
Reconnaissant de l'éducation qu'il avait reçue dans l'abbaye
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de Saint-Victor de Marseille, Raimbaud lui donna en 10351a part qui lui revenait dans le château d'Auriol, et lui concéda en outre l'église de Saint-Genès ou Saint- Honorât, aujourd'hui Notre-Dame de Grâce, en retenant toutefois le cens annuel d'une livre d'encens payable chaque année en l'église de Saint- Élienne et de Saint-Trophirae , le jour de la fête de ce dernier saint. Nous devons Taire remarquer que le nom et le titre de saint Trophime n'a été ajouté à celui de saint Étienne, sous le vocable duquel la cathédrale d'Arles était dédiée, qu'à partir de la charte de donation de Pons de Marignane, le 20 juin 1029, acte dont Raimbaud conserva la teneur. Il souscrivit en 1037 à des lettres de Geoffroi et de Bertrand , comtes de Provence, en faveur de l'abbaye de Gluny, et le 15 octobre 1040, assista à la consécration de l'église abbatiale de Saint-Victor de Marseille faite par le pape Benoit IX assisté de vingt-trois archevêques ou évèques des diocèses de Provence ou de Dauphiné. La bulle pontificale constatant cette cérémonie le nomme immédiatement après le pape et le qualifie : Raïambaldus Ârelatensii appellatus ou apostolatus Trophimi vicarius, Raimbaud d'Arles nommé vicaire de saint Trophime ou vicaire de l'apostolat de saint Trophime. Cette même année, Raimbaud, par ses bons soins, aplanit quelques difficultés qui s'étaient élevées entre les Marseillais et les religieux de Montmajour. L'acte d'accord fut dressé en présence de Geoffroi et de Bertrand , comtes de Provence, et de Guillaume et Foulque, vicomtes de Marseille. Amélius , évêque de Sencz , le pria d'approuver une charte en faveur de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, et pendant tout son épiscopat, Raimbaud confirma un grand nombre de donations faites à ce monastère. Il nous semble fort inutile de les détailler, lorsque surtout nous avons à mentionner des faits d'une plus grande importance historique.
Vers 1050, suivant les saints canons et les décrets des Pères, Pons de Château-Renard, archevêque d'Aix, vint prêter à Arles serment d'obéissance et de soumission à Raimbaud, et les historiens de Provence s'accordent à dire qu'à la même époque, Bertrand, évêque de Fréjus ; Bertrand, évêque de Riez; Benoît, évêque d'Avignon; Odalric ou Agelric , évêque d'Orange, s'acquittèrent envers l'archevêque d'Arles de ce même devoir. Leur* serments sont consignés dans un livre spécial que l'on conservait dans les archives de l'archevêché d'Arles, et dont les auteurs de la Gallia christiana ont donné des fragments dans
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les Preuves du tome Ier, col. 203. La formule de ces serments est à peu près identique et n'offre rien de particulier. Deux ans après, Raimbaud et Eldebert, abbé de Montmajour eurent d'assez graves démêlés relativement à des marais situés auprès du monastère, et que lui avait donnés Lambert, aïeul de l'archevêque. Du reste, la conduite de cet abbé fut si scandaleuse dans cette circonstance, que sa déposition fut prononcée en 1053; Rolland son successeur termina toutes ces querelles. Vers ce même temps, on découvrit à Marseille le tombeau de l'empereur Maximien Hercule qui, en février 310, s'était étranglé dans cette ville. Le cadavre de ce cruel persécuteur de la religion chrétienne avait été parfaitement embaumé, aussi le trouva-t-on sans corruption dans un cercueil de plomb, enfermé dans un autre cercueil de marbre blanc. Son nom était écrit en lettres d'or, et auprès du cadavre gisaient deux vases d'or, pleins de baume et de parfums. On jugea à propos de consulter Raimbaud sur ce qu'il convenait de faire du corps de cet empereur payen. L'archevêque pensa que pour marquer combien était détestée la mémoire de ce tyran, on devait jeter à la mer et son corps et tous les objets renfermés dans son tombeau. Cet avis fut ponctuellement exécuté, et c'est ainsi que les Marseillais traitèrent le cadavre de ce persécuteur du nom chrétien , tandis qu'ils rendaient les plus grands honneurs aux reliques des saints martyrs, et surtout de saint Victor que ce tyran avait fait mourir à Marseille.
Le 4 septembre 1054, Raimbaud, suivant les auteurs de la Gallia christiana, présida un concile à Saint-Gilles ou se trouvèrent Léger, archevêque de Vienne , les députés de l'Église de Narbonne, et vingt autres évêques des trois provinces d'Arles, de Narbonne et de Vienne. On y promulgua trois canons relatifs à la trêve de Dieu et a la répression des violences commises contre les propriétés ecclésiastiques. Baluze et le P. Labbe rapportent ce concile à 1056, mais certainement il se réunit beaucoup plus tôt, et la liste des évêques de Lodôve en fournit la preuve. Ce fut Te 4 septembre que s'aèsembla le concile de Narbonne à Saint- Gilles, et le 13 de ce même mois, eut lieu la réunion d'un autre concile de Narbonne à Toulouse ; ce dernier se tint positivement en 1056. Or, on trouve qu'à Saint-Gilles fut présent Bernard. Un intervalle de neuf jours seulement aurait séparé ces deux assemblées, si elles avaient eu lieu la même année. Comment, dans an aussi court espace de temps, deux évêques différents au-
raient-ils siégé à Lodôve , et pris part aux opérations de ces conciles? En supposant Bernard décédé, pendant la tenue du concile, l'élection de son successeur ne pouvait être faile qu'après l'autorisation qu'en aurait donnée le métropolitain. Les évêques com provinciaux durent être convoqués pour le sacre du nouvel élu. Nous le demandons, neuf jours étaient-ils suffisants pour procéder à tous ces actes? Il nous semble donc bien évident que Baluze et le P. Labbe se sont trompés en fixant 4056 , et que la date de 1054 est en tout préférable. Cette même année, Raimbaud souscrivit à Barcelone, avec . Guillaume , évéque de Vich, et Bérenger, évôque de Girone, à une nouvelle ordonnance de Raimond, comte de Barcelone, et d'Adalmode, sa seconde femme, qui interdisait d'envahir par violence ou en secret les biens de l'Église de Barcelone. Le 13 septembre 1056, il présida à Toulouse avec Pons, archevêque d'Aix, en qualité de vicaires du Saint-Siège, le concile dont nous avons parlé ci-dessus et où furent promulgués treize canons pour abolir la simonie, ordonner le célibat aux ecclésiastiques , empêcher l'usurpation des biens des Églises et remédier à divers abus. Le 29 avril de cette même année, ainsi que le constate l'inscription romane qu'on voit encore dans cette église, il consacra l'église de Saint-Saturnin d'Apt, avec l'assistance de Hugues, évêque de Senez, et d'Alfant, évêque d'Apt. Raimbaud tint en 1050 à Avignon , avec saint Hugues , abbé de Cluny, légat du Saint-Siège, un concile dont les actes sont perdus, mais où l'on sait que Gérard de Gabrières fut élu évêque de Sisteron. Il y avait dix-sept ans que cette Église se trouvait veuve de son pasteur.
Vers 992, Guillaume, comte de Provence, avait, par son testament, restitué aux religieuses de Saint-Césaire, l'église de Notre- Dame de la Barque ou de la Mer, après l'expulsion des Sarrasins. Nous ignorons comment il se fait que cette église appartenait en 1061 à Raimbaud et à sa famille. Après que les Sarrasins eurent ruiné les bâtiments de l'abbaye, les archevêques d'Arles auraient pu peut-être revendiquer pour eux-mêmes l'église des Saintes- Mariés, en vertu du testament de saint Césaire qui la leur attribuait dans le cas où l'abbaye cesserait de subsister. Mais nous ne voyons pas que les archevêques d'Arles aient voulu tirer avantage de cette clause, puisque Annon, prédécesseur de Raimbaud sur ce siège, fut, vers 992, présent lui-même à la restitution de l'église, faite par le comte Guillaume, le jour où
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Héloïse fut établie abbesse, et ne la réclama point pour sa propre église. Depuis ce temps, les religieuses de Saint-Césaire l'avaient peut-être cédée aux archevêques d'Arles. Quoi qu'il en soit, Raimbaud publia en février 1061 , en faveur de cette église , une charte que nous avons vue aux archives départementales des Bouches-du-Rhône , anciennes archives de l'archevêché d'Arles. Après avoir exposé brièvement le triste état où était alors réduite l'Église, privée d'un grand nombre de ses ministres, et dépouillée de presque tous ses biens sans que personne, ni roi, ni duc, ni autre, ne daignât l'assister, Raimbaud donne au chapitre de Saint-Trophime d'Arles, l'église de Sainte-Marie de la Barque (Sancta Maria de Ratis ou de Mare) ) en vue d'obtenir le salut pour lui, pour son frère Foulque et pour leurs père et mère , et menace des plus terribles malédictions ceux qui voudraient s'opposer à l'effet de cette donation. Malheureusement, Bertrand II, comte d'Arles en 1064, s'empara de cette église , et ne la restitua au chapitre de l'église métropolitaine, conjointement avec sa mère Étienne et sa femme Mathilde, que vers 1090.
Non content d'opérer du bien dans son diocèse , Raimbaud fonda le chapitre collégial de Barjols , au diocèse de Fréjus , sous l'invocation de la Sainte Vierge, et qu'on appela plus tard Notre-Dame de l'Espinas. Il le dota généreusement et le soumit au Saint-Siège qui, en la personne d'Alexandre II , le prit sous sa protection moyennant un cens annuel d'un denier d'or. Raimbaud y mit des chanoines séculiers qu'il tira de l'église cathédrale de Marseille, et à qui Guillaume, vicomte de cette ville, donna des fonds de terre considérables situés dans la Crau. Ën 1065, il consacra, dans le diocèse d'Aix, l'église de Saint-Pierre de Correns où se trouvait un couvent dépendant de l'abbaye de Montmajour, et accorda à tous ceux qui feraient quelques dons à cette église ou la visiteraient le jour anniversaire de sa dédicace, une indulgence plénière perpétuelle, appelée encore le pardon de Correns.
L'archevêque d'Arles souscrivit à l'acte par lequel Almodis, comtesse de Rodez, de Nîmes, etc., soumit le 15 décembre 1066 l'abbaye de Saint-Gilles à celle de Cluny. Dans cette souscription, Raimbaud se qualiOe 'archevêque d'Arles, vicaire de l'Église romaine. Il mourut le jeudi 13 mars 1068, ainsi que le constatent le Nécrologe de la Canourgue et une charte extraite du grand carlulaire de l'abbaye de Saint- Victor de Marseille, par Antoine de Ruffi , charte qui est ainsi conçue :
* Moi, Jérôme, fils de feu Renoir, et Mirmande, ma femme, en présence de Raimbaud, archevêque de cette ville d'Arles, donnons à Saint-Victor les métairies que nous avons dans la susdite ville, auprès de l'église de Saint-Genès, sur le bord du Rhône : en 1067, moi Jérôme, ma femme et mon frère Boson, avons approuvé cette donation. Le seigneur archevêque Raimbaud Ta approuvée. Hugues de Baie Ta approuvée. Volverade Fa approuvée ainsi que son frère Amélius. Foulque, frère de l'archevêque Fa approuvée. »
Il résulte bien de ce document que Raimbaud était encore archevêque d'Arles en 1067; nous ne savons comment il se fait que ce même Antoine de Ruffi a avancé que Raimbaud s'était démis du siège d'Arles en 1060, puisque Aicard souscrivait comme archevêque à une postérieure charte. D'autres auteurs ont écrit que Raimbaud abdiqua l'épiscopat pour embrasser de nouveau la vie religieuse dans l'abbaye de Saint- Victor. Ce qui est bien certain, c'est que Raimbaud vivait encore en 1067. Nous ne contestons pas qu'avant de mourir, il ait pris l'habit religieux, mais il serait bien difficile de déterminer l'époque précise de son entrée dans un monastère. Dans l'élection de Bernard II, abbé de Saint- Victor, le 19 mars 1065, Raimbaud se qualifie en signant le procès-verbal , d'archevêque et de moine , mais on ne saurait trouver dans ce fait une preuve de son abdication, puisqu'avant son élévation à l'épiscopat, il était moine, et avait signé de la même manière à l'élection de l'abbé Durand en 1060. Du reste, on n'a rien ou presque rien d'Aicard pendant la vie de Raimbaud, qui peut-être cependant, l'avait pris pour coadjuteur.
Raimbaud de Reillane dont la mémoire a toujours été vénérée dans l'Église d'Arles et aux soins duquel on dut la restauration de la façade de Notre-Dame la Major, portait pour armoiries : d'azur, à un soc de charrue d'argent, posé en pal. Cet instrument à labourer la terre se nomme en provençal Reilla.