INGILRAN ou ENGUERRAN
Né dans le diocèse d'Aix, Enguerran , proche parent des Nevelon , était chanoine de Saint-Sauveur quand il fut appelé, vers
ARCHIDIOCÈSE D'AIX.
988, à monter sur le siège épiscopal de Cavaillon. On le voit figurer à ce titre dans la charte du 4 août 991 , en vertu de laquelle Thierri, évéque d'Apt, fonda douze canonicats dans sa cathédrale. Enguerran était alors marié, et cela n'offre rien d'étonnant à cette fin du Xe siècle , si fameux par les désordres qui régnaient dans les mœurs publiques et privées, et par les bouleversements qui se manifestaient dans l'Église et dans l'État. C'est ainsi qu'on le voit avec sa femme Adalgude, qu'il appelle fidelis mea, faire, en 1011 , donation à l'abbaye de Saint- Victor de Marseille, d'une église dédiée sous le vocable de sainte Perpétue, qu'ils possédaient en aleu au territoire de Brignôlles. Cette donation fut confirmée , en 4017 , par Amelius , Guillaume, Gôraud et Renaud , tous quatre fils de l'évêque Enguerran ; aussi la circonstance du mariage du prélat a-t-elle fait regarder cette charte comme apocryphe, et dans le siècle dernier, elle fut l'occasion d'un procès au sujet de quelques droits féodaux.
En 1014, à la demande de Martin, abbé de Saint-André près Avignon , et en vertu de lettres du pape Jean , il approuva et confirma la donation que ce souverain Pontife avait faite à ce monastère, des églises bâties ou à bâtir, avec les dîmes, droits d'offrandes et de sépulture, sous la redevance annuelle d'une livre de cire. Les historiens assurent (qu'Enguerran passa cette môme année à l'archevêché d'Aix; mais nous croyons que cette translation doit être reculée de dix années. Nous voyons en effet qu'en 1022, Enguerran commença à rebâtir et à agrandir la cathédrale de Cavaillon qu'un incendie venait de détruire en par- • tie, et qu'en la bénissant en 1023 , il la dédia à la sainte Vierge. Il ne la consacra point, parce qu'une tradition dès lors bien établie et qu'on voit se perpétuer, portait que la cathédrale de Cavaillon ne devait être consacrée que par un pape. Innocent IV en effet la consacra en 1251 , à la sainte Vierge et à saint Véran. Ce ne fut que cette année 1023, ou l'année suivante , qu'Enguerran devint archevêque d'Aix.
Il ne dut pas occuper longtemps le siège, car l'histoire ne nous a conservé aucun de ses actes. Pitton constate seulement que de son temps , la famille de Nevelon , après avoir donné de grands biens à l'église de Sainte-Perpétue , ainsi que nous l'avons dit, facilita aux religieux de Saint- Victor de Marseille les moyens d'établir auprès de cette église une communauté de filles , qu'on appela la Celle de Sainte-Perpétue , et
dont le nom est resté à ce village , qui dépend aujourd'hui du diocè«e de Fréjus. Nous croyons que Enguerran mourut . avant 1028.
Le môme historien , s'appuyant sur le P. Columbi, lui donne pour successeur Fronton ou Frondon, évôque de Sisteron. Cette opinion parait insoutenable aux auteurs de la, Gallia christiana. Fronton occupa le siège de Sisteron depuis 1013 jusqu'en 4030 , et mourut en cette dernière année , c'est ce qui -résulte de la charte môme sur laquelle Columbi base son opinion. Cette charte, datée de 1030, et relative à la construction de l'église de Saint-Promasse à Forcalquier, mentionne bien Fron- 4on et Durand , évôques de Sisteron , mais on ne saurait rien en conclure au sujet de l'épiscopat de Fronton à Aix.
Nous devons aussi éliminer de la liste des archevêques d'Aix, Pons , que les Bénédictins désignent comme le successeur d'Enguerran , et qui , disent-ils, consacra en 1019 , l'église de Saint-Etienne, et fit de grands biens à l'abbaye de Montmajour. Tous ces faits ne concernent point l'Eglise d'Aix, mais bien celle d'Arles. Pons de Marignane , archevêque de ce dernier siège, consacra en effet, le 19 avril 1019, la chapelle de Sainte- Croix de Montmajour, dont la fondation a été à tort attribuée à Charlemagne par quelques historiens , et le 20 juin 1029, avant d'aller se renfermer dans une cellule de l'abbaye de Saint- Victor, à Marseille, il donna à l'église de Saint-Etienne d'Arles, le quart de son château de Marignane.