‹ La France pontificaleChapitre 27 sur 148 · ROSTAING DE FOS et hok D'HYÉRES (1059-tOW · texte numérisé non relu

ROSTAING DE FOS et hok D'HYÉRES (1059-tOW

Rostaing de Fos et non pas d"Hyères, comme on le prétend , était issu d'une branche de la maison de Marseille. Ses frères , dans les chartes , ont tous le surnom de Fos, et leurs ancêtres avaient fondé, en 989, dans le territoire de ce nom, l'abbaye de £amt-Gervais. Gomme ces seigneurs possédaient aussi le domaine d'Hyères, ou que du moins, ils y avaient des biens considérables, nous présumons que ce sont eux qui fondèrent à Saint-Pierre de la Manarre , dans le territoire de cette ville , sur le bord de la mer , un monastère de Bénédictins dépendant de celuûde Saint-Gervais de Fos. Le père de Rostaing se nommait Gui , et sa mère Anstrude , c'est ce qui résulte d'une charte de 1085 en faveur de l'Église d'Avignon. A peine eut-il été appelé à la chaire archiépiscopale d'Aix, qu'il se rendit à Arles pour y prêter serment de foi et obéissance à l'archevêque d'Arles, Raimbaud , en sa qualité de primat.

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On trouve dans quelques historiens que Rostaing de Fos se trouva en 1060 au concile que le pape Nicolas II ordonna à Hugues, abbé de Cluny, son légat, de réunir à Avignon , pour remédier à de graves abus qui s'étaient introduits dans l'Église. Les actes de ce concile ne sont point arrivés jusqu'à nous , mais la bulle du Pape fait mention des prélats qui s'y trouvèrent et le nom de Rostaing d'Aix ne s'y rencontre pas. On traita cependant dans cette assemblée de l'élection de Gérard de Cabrières , comme évêque de Sisteron , suffragant d'Aix , et on envoya ce prélat à Rome pour se faire sacrer par le souverain Pontife. Les prélats cités dans la bulle du Pape sont Raimbaud , archevêque d'Arles; Viminien, archevêque d'Embrun; Rostaing, évêque d'Avignon; Clément, évêque de Cavaillon; Alphant, évêque d'Apt; Pierre, évêque de Vaison; Martin, évêque de Saint-Paul- Trois-Chàleaux; Pierre, évêque de Die; Hugues, évêque de Digne; André, évêque de Nice; Bertrand, évêque de Fréjus; Pons , évêque de Glandèves; et Étienne, évêque de Senez. Les auteurs qui ont mentionné la présence de Rostaing d'Aix à ce concile l'ont certainement confondu avec Rostaing d'Avignon.

Ce concile, suivant quelques actes tirés des archives de l'abbaye de Montmajour, ayant ordonné aux évêques de procéder à l'inventaire des biens de leurs Églises , afin de les faire reconnaître de nouveau par ceux qui les détenaient, Rostaing de Fos s'empressa de mettre ce décréta exécution. C'est ainsi qu'il inventoria les biens de l'église de Saint-Honorat de Roquefavour que Robert, l'un de ses prédécesseurs, avait donnée à l'abbaye (le Montmajour, et ceux de l'église de Saint-Pierre de l'étang du Marligues, au territoire d'Islres, qu'il donna en 1072 au même monastère , avec tout ce qu'il possédait dans le territoire de l'Ile Saint-Geniez, aujourd'hui le Martigues, et de là venait la juridiction que l'abbé de Montmajour exerçait autrefois sur Jonquières et sur une partie de la vallée de Saint-Pierre.

L'église ,de Sainte-Marie, toujours jointe dans les anciens actes à celle de Saint-Maximin, ou qui même est quelquefois nommée avant celle-ci, parce que sans doute elle était l'église paroissiale du pays, .avait été profanée, nous ne savons par quelle circonstance. Les religieux de Saint- Victor prièrent Rostaing de vouloir bien la réconcilier, ce que le prélat flt en effet • le 6 décembre 1062, assisté de sou chapitre qui l'accompagna pour cette cérémonie. A cette occasion, plusieurs gentilshommes firent des dons à l'église réconciliée, et, entre autres bien-

faiteurs, on remarqua Pons de Chàtel et sa femme qui donnèrent pour leur part une sommée (semodiatam) de vigne, située sur le territoire de Malaval {Cartulaire de Saint-Victor de Marseille , folios 73 verso et 74.)

Le 8 du même mois de décembre 1062, Rostaing dédia l'église de Saint-Etienne d'Ongle. Guillaume, évôque de Carpentras , assisté d'un autre Guillaume , évôque de Toulon , consacra avec son autorisation , le 10 janvier 1068, l'église du monastère de Notre-Dame de Paraçols , dont nous avons parlé ci-dessus. Non-content d'avoir abandonné à l'abbaye de Montmajour les biens qu'il possédait au Marti gues, et de lui avoir cédé , de concert avec son chapitre, en 1069, le château de Pertuis, Rostaing et son frère Amiel de Fos donnèrent , par acte du 5 juillet 1075 , à l'abbaye de Saint- Victor et à Çernard, son abbé, ce qu'ils avaient à Hyères en l'étang de Pabreguette, et deux salines. En 1081 , l'archevêque, toujours de concert avec Amiel, son frère, et les enfants de ce dernier, Pons, Raymond , Gui, Geollroi et Bertrand , voyant que la régularité et une bonne administration n'existaient plus dans le monastère de Saint-Gervais et de Saint- Protais de Fos, que leurs ancêtres avaient fondé, le cédèrent en toute propriété, pour y introduire une réforme urgente , à Hugues, abbé de Cluny et à cette célèbre abbaye. Enfin, Rostaing, Àmiel et plusieurs autres des enfants ou parents de ce dernier confirmèrent, en 1085, à l'Église d'Avignon diverses donations . qui lui avaient été faites par Gui et Anstrude , leur père et mère, et y ajoutèrent encore divers biens et droits à Fos et sur son territoire. Les Bénédictins ont publié cette charte importante (Preuves de la Gallia christ., tome 1 , col. 66).

Ce fut le dernier acte public de la vie de Rostaing de Fos, qui mourut en cette même année 1085, après avoir encore donné quitte et franche de toute redevance, envers l'Église d'Aix à l'abbaye de Saint- Victor, l'église de Mazaugues, que Guillaume Plantin, seigneur de ce lieu , avait fait construire, et consacrer par lui, sous le vocablè de la sainte Vierge et de saint Christophe.

Pendant son épiscopat, Rostaing et Benoit, prévôt du chapitre, invitèrent, par une charte qui n'est point datée, les fidèles du diocèse à contribuer à l'achèvement de la nouvelle église de Saint-Sauveur à Aix. Ellies Dupin , rendant compte de cet acte , dans sa Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques , en nie l'authenticité, et semble alléguer que l'absence de toute date est

une preuve de sa fausseté. Il faut être tout à fait étranger à la diplomatique pour ignorer que beaucoup de chartes du X« et du XI« siècle ne sont point datées. Cette absence de date dans les actes de cette époque ou leur caractère incomplet n'impliquent en rien leur authenticité , s'il n'y a pas d'autres causes de réprobation. C'est un principe reconnu par tous les paléographes. Au IXe et au Xe siècle , bien qu'on multipliât déjà le nombre des dates dans les pièces qui concernaient les églises , leur omission totale n'est pas rare. On trouve même un certain nombre de diplômes royaux et impériaux , ainsi que des chartes privées , qui en sont totalement dépourvus, ou qui. n'en portent qu'une seule, ou qui n'en ont que d'incomplètes. Sans sortir de la province ecclésiastique d'Aix, vers 1056, Alphant, évêque d'Apt, donne une charte sans marquer l'année, disant seulement : Régnante Deo nostro in sxcula , Amen. Vers le môme temps , Bertrand, évêque de Fréjus, ne met point non plus de date à une charte en faveur de l'abbaye de Saint- Victor de Marseille. Isoard , évêque de Gap , à la fin du même siècle , dans une charte en faveur de l'Église d'Avignon, et dans une autre adressée à Hugues, abbé de Cluny, n'indique ni le jour ni l'année. On pourrait ains.i multiplier ces exemples, et cette prétendue marque de supposition est au contraire une particularité fort remarquable et tout à fait conforme au style de plusieurs diplômes de ce temps-là. Mais non-seulement la charte de Rostaing n'otTre rien qui en fasse suspecter l'authenticité ; elle est de plus revêtue de tous les caractères positifs que peut exiger la plus exacte critique. C'est ce qu'a prouvé victorieusement M. l'abbé Faillon , dans ses Monuments inédits sur V apostolat de sainte Marie- Madeleine y tome II, page 689 et suiv. L'autographe de cette charte de Rostaing était conservé dans les archives de l'archevêché d'Aix et placé dans Y armoire des bulles. On y voyait trois sceaux pendants, celui de l'archevêque, celui du prévôt et celui du chapitre (Biblioth. de Marseille, F. b. 4. Ms. de Haitze, t. VI. Biblioth. de Provence). Cette charte est indiquée dans la table chronologique des chartes concernant l'histoire de France, publiée par de Bréquigny (tome II, page 116).

Nous aurons l'occasion de reparler de cette construction de l'église de Saint-Sauveur.

Rostaing de Fos portait pour armoiries : d'azur, au château d'or, maçonné de sable, accompagné de trois besans d'argent, deux en cheft et un en pointe.

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