P1ERRK GAUFRDDI DE MARSEILLE
Le généalogiste ne saurait déterminer, d'une manière précise, l'origine des vicomtes de Marseille. Le premier que l'histoire nous fasse connaître sûrement se nommait Guillaume et vivait en 940. Lieutenants des comtes de Provence , ils se rendirent comme ces derniers, indépendants, et à leur exemple, ils transmirent héréditairement à leurs enfants la souveraineté d'une partie de la ville. Un siècle s'était à peine écoulé, que les descendants de Guillaume III , vicomte de Marseille, mort en 1031 , se partagèrent en deux branches. Le chef de la seconde fut Geoflfroi Ier, quatrième fils de Guillaume III et frère de Guillaume IV. Vicomte de Marseille et d'Arles après la mort de son neveu Pons et de ses enfants sans postérité , Geoffroi épousa Rixende, dont on ne connaît point la famille et qui lui donna sept fils et une fille. Pierre, que Ton nomme Gaufridi, c'està-dire Pierre, fils de Geoffroi, fut le quatrième, et eut pour frères et sœur, Geoffroi , mort sans enfants ; Aicard , archevêque d'Arles en 1064; Raimônd, qu'on a confondu mal a propos avec l'évêque de Marseille qui siégeait en 1073; Hugues- Geoffroi, vicomte de Marseille , qui continua la postérité ; Foulque , religieux de Saint- Victor; Adalaisie ou Adèle, qui est demeurée inconnue; et enfin Pons-Mainier, vicomte de Marseille et seigneur de Peinier, qui se maria deux fois, et forma une troisième branche dont la filiation est fort difficile à débrouiller, à cause des noms propres que prirent ses divers membres
Après avoir passé ses premières années dans l'abbaye de Saint- Victor avec son frère Foulque, Pierre fut tiré du cloître pour monter sur le siège d'Aix vers 1085. Il se rappela toujours cependant sa première profession et dans ses lettres, on le voit presque constamment se qualifier de moine. Lorsque les Sarrasins eurent été expulsés d'Aix, on reconstruisit la ville auprès de l'oratoire de Saint-Sauveur, par respect pour saint Maximin et sainte Madeleine qui avaient sanctifié ce monument de leur présence. Ce fait si intéressant pour l'histoire de la ville d'Aix est attesté par une charte de Pierre donnée vers 1092, et qui est signée par Raimond, évêque de Marseille; par Didier, évôque de Cavaillon; Pons de Fos, Geoffroi de Rians, Imbert de Trans et autres seigneurs de Provence. Cette charte , jusqu'alors
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itérée par tous les écrivains qui l'avaient publiée, a été donnée dans sa pureté primitive , par M. l'abbé Faillon , et il en résulte que c'est bien à tort que l'on a attribué la reconstruction de Foratoire de Saint-Sauveur au prévôt Benoît, quoique la charte n'en dise rien ou plutôt qu'elle donne une bien plus grande ancienneté à cet oratoire. L'importance historique de cette charte nous engage à en publier ici la traduction.
« Pierre, archevêque d'Aix, à tous les enfants de l'Église, salut dans le Seigneur. Nous voulons faire savoir à tous les fidèles que le siège d'Aix, consacré en l'honneur de sainte Marie, l'oratoire de Saint-Sauveur et le baptistère de Saint- Jean, sont demeurés déserts pendant un grand nombre d'années par suite de la destruction qu'en firent les payens avec la ville d'Aix. La miséricorde divine a permis que quelques religieux vinssent d'abord habiter ce lieu, à cause de l'affection et du respect pour . ce vénérable oratoire de notre Sauveur. Parmi eux s'est notamment distingué le prévôt Benoît, louable par sa prudence, remarquable par sa bonté, qui, par la protection de Dieu et aidé par le clergé qui y sert Dieu avec lui, a augmenté ce même lieu plus que personne par divers bâtiments et l'a enrichi autant qu'il a pu d'ornements et de biens. Celui-ci est venu auprès de nous et nous a prié d'accorder quelque bienfait à cette même église pour contribuer à sa restauration. Écoutant avec bienveillance sa demande , nous concédons à la susdite église et aux chanoines qui yserveut Dieu, l'église de Saint-André, située un peu au delà des murs de la même ville, vers le nord , auprès du même oratoire, avec toutes ses terres cultivées ou non, vignes, jardins et toutes ses dépendances. Nous concédons aussi au susdit Benoît prévôt , et aux chanoines qui y servent Dieu , tant présents qu'à venir, le bourg de Saint-Sauveur avec le môme tènement que nous y possédons, toutes les maisons bâties et à bâtir, ainsi que leurs dépendances et appartenances , dans l'aleu de Notre-Dame et de Saint-Sauveur, autour des mômes églises, à l'exception cependant de la tenance des trois frères fils de RiGhard , Isnard , Amelius et Pierre, qu'il nous a plu de retenir pour notre usage particulier. Nous confirmons également aux chanoines qui servent Dieu dans ce môme lieu de Saint- Sauveur, toutes les églises qu'ils possèdent dans la ville d'Aix , avec toutes leurs appartenances , c'est-à-dire , offrandes , prémices , sépultures et dîmes , à l'exception des deux églises de Saint-Sulpice et de Saint-Pierre du Puy. Nous confirmons toule-
fois aux mômes chanoines la moitié du cimetière de cette dernière église. Nous leur confirmons en outre les bâtiments des maisons de Richard Barnouin et du chanoine Eudes , son fils, construites autour du cloître de Notre-Dame de la Seds d'Aix , entre notre maison et l'église de Notre-Dame. L'archevêque Rostaing, qui gouvernait alors notre église cathédrale, attribua ces mêmes biens, à la susdite église et aux chanoines, qui , ainsi que nous l'avons dit, y demeurent et y servent Dieu, et ce , à la prière et à l'intercession de ce môme Richard et d'Eudes son fils, et en les leur attribuant, il leur en confirma la donation. Confirmant donc de la môme manière les choses déjà confirmées, nous confirmons la donation des maisons du prêtre Etienne, faite par le môme archevêque, à Yoratoire consacré au nom de notre Sauveur, de tout ce que les fidèles ont concédé au même oratoire du glorieux Sauveur et aux chanoines qui y servent Dieu , dans le comté d'Aix et de tout ce qu'ils pourront leur concéder à l'avenir dans les formes légales et suivant les règles de la justice. Nous concédons en outre à la môme église et aux frères ci-dessus dénommés, l'église paroissiale de Saint- Maurice du Puy-Sainte-Réparade, et l'église de Saint- André située auprès dudit château , vers l'ouest , les églises de Saint- Gannat, de Félines, de Trans, de Lezegoan, de Lambesc et d'Aurons , les églises du château de Malemort , Notre-Dame et Saint- Michel , l'église paroissiale de Rians, avec celle qui a été construite à peu de distance sous le vocable de saint Dalmace, l'église de Saint-Pierre de Beauvoir (Belveder), l'église paroissiale de Marignane , de Velaux , de Trébillanne , et de Lançon , l'église paroissiale de Saint-Jean de Beaumont, et celle de Notre-Dame qui en est voisine , l'église de Château-Renard , bâtie vers le midi en l'honneur de Notre-Dame , l'église paroissiale de Saint-Martin et l'église de Notre-Dame de Climans et celle de Saint-Martin de Peipin, 3ituée auprès de cette même église. Nous donnons et en les donnant , nous confirmons toutes ces églises, et la moitié des dîmes d'Eguilles , et les trois quarts des dîmes de Berbent pour la gloire de Dieu et la restauration de ce lieu , au prévôt Benoît, et à tous ceux qui y servent Dieu avec lui , et sur son instante prière, avec toutes les oblations, prémices, sépultures et dîmes appartenant à ces mêmes églises. Nous confirmons en outre aux frères et fils ci-dessus nommés , avec toutes les dépendances de ces églises , l'église paroissiale d'Istres , l'église de Saint-Sulpice , l'église de Notre-Dame de
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Lairac, et la moitié des dîmes de Pélissanne , l'église de Notre- Dame de Seuze, l'église de Saint-Etienne premier martyr, à Tense , l'église de Saint-Paul , et l'église paroissiale de Rognes , l'église de Notre-Dame de Luze, l'église de Notre-Dame de Golongues, l'église de Saint- Jacques de Lezegnan , l'église de Notre-Dame de Sutzchira et l'église de Saint-Etienne de Vauvenargues, et les églises de Notre-Dame et de Saint-Jean de Corbières, celle de Saint-Pierre de Collectorio, l'église de Saint- Vincent et l'église de Saint-Hilaire de Chanteperdrix , l'église de Saint-Etienne de Rians , de Saint-Dalmace de Ginasservis , l'église paroissiale d'Ansouis, et celle de Saint-Gilles au territoire de Reillane. Nous n'omettons aucunement l'église de Sainte-Réparade , et nous la conGrmons également aux chanoines. Nos prédécesseurs ont eu effet accordé toutes ces églises aux chanoines du très-glorieux Sauveur.
* Sauf en tout et pour tout l'obéissance, le respect et le serment qui sont dus à nous et à nos successeurs, nous concédons et nous confirmons toutes les choses ci-dessus dénommées et autres quelconques .accordées par nos prédécesseurs, ou par quelques chrétiens fidèles pour le salut de leurs âmes, au Seigneur Dieu notre Sauveur et à l'église qui lui est consacrée sous cette invocation et aux chanoines qui y servent Dieu, ou qui à l'avenir leur seront accordées par notre avis ou de l'avis de nos successeurs. Nous les concédons et confirmons aux chanoines du Sauveur tout-puissant et de Notre-Dame de la Seds d'Aix, pour qu'ils les gardent, tiennent et possèdent à perpétuité. Mais si quelqu'un de nos successeurs ou quelque autre personne essayait de rompre cette donation que nous faisons et confirmons pour l'honneur de Dieu et le rétablissement^ u siège d'Aix, qu'il sache bien qu'il supportera à bon droit le danger de son ordre, encourra la colère de Dieu, s'il ne vient à résipiscence, et encourra également à perpétuité l'anathème. »
Par acte du 5 juillet 1093, Pierre confirma et fit confirmer par divers membres de son clergé, à l'abbaye de Saint- Victor, la donation des églises de Saint-Maximin , de Sainte-Marie , de Saint- Jean et Saint-Mitre, situées au territoire de Rodon, dans la vallée de Saint-Maximin. Le 18 juillet 1098, il renouvela cette confirmation au même monastère de toutes les églises de son diocèse , qui en dépendaient par concession des archevêques ses prédécesseurs , ou que les abbés de Saint-Victor avaient déjà acquises. A ces diverses donations, il ajouta encore en 1093, les
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églises de Saint-Jacques d'Esparron, et de Sainte-Foy d'Artigues, et en 1099, l'église de Saint-Michel de Malemort.
Pierre Gaufridi , qui, suivant Baluze, avait assisté, le 25 mai 1085, à Salerne, à la mort de l'illustre pape Grégoire VII, se trouva, en mars 1095, au concile que le pape Urbain II réunit à Plaisance , et où Ton s'occupa du mariage incestueux de Philippe Ier, roi de France , avec Bertrade de Montfort , femme de Foulque , comte d'Anjou. Il y souscrivit au privilège d'exemption accordé par le souverain Pontife, à l'abbaye de Saint- Gilles. On le vit au mois de novembre de cette même année , prendre part aux délibérations du concile de Clermont où fut décidée la première croisade , et à son retour, il confirma l'ordonnance de Gérard de Cabrièrcs, évêque de Sisteron, qui, élevant l'église de Forcalquier au rang de con-calhédrale, séparait le corps capitulaire de cette église de celui de Sisteron , et en faisait un corps distinct, jouissant des mêmes prérogatives et des mômes privilèges que le chapitre cathédral. En 1102, il approuva avec 'le prévôt Foulque une donation que Bertrand , évéque de Sisteron, lit en présence d'Adélaïde, comtesse de Provence, aux chanoines et à l'église de Notre-Dame de Forcalquier.
L'archevêque d'Aix ne survécut pas longtemps à cet acte, et sa mort arriva en celte même année 1102. Les auteurs héraldiques prétendent généralement que les vicomtes de Marseille portaient pour armoiries , de gueules à la croix vidée , pommetée et alaisée d'or, soutenue d'une vergette d'argent , croix que l'on nomme crqix de Toulouse , mais Antoine de Rufii (Dissertations critiques et historiques sur l'origine des comtes de Provence, du Venaissin, de Forcalquier et des vicomtes de Marseille, Marseille, 1712 , in-4°), certifie avoir vu dans diverses archives un grand nombre de sceaux et armoiries de ces seigneurs, et que , au lieu de la croix, il n'y figurait qu'un val. Nous blasonnerons donc les armoiries de Pierre Gaufridi : de gueules, au pal d'or.