‹ La France pontificaleChapitre 46 sur 148 · PIERRE Y P'AURIOL (1381-13M · texte numérisé non relu

PIERRE Y P'AURIOL (1381-13M

On ne saurait croire combien d'opinions diverses ont été émises par les biographes sur ce personnage. Les plus anciens écrivains, ceux dont l'autorité a été toujours le moins contestée, sont d'accord pour faire Pierre d'Oriol ou d'Auriol, en latin Petrus Aureolus , natif de Verberie-sur-Qise , au diocèse actuel de Beauvais. La Biographie générale publiée par MM. Didot frères , sous la direction de M. le docteur F. Hœfer, a été d'un sentiment tout différent, et elle assigne Toulouse pour lieu de naissance à ce célèbre théologien. Ce renseignement lui a été communiqué par M. d'Auriol, bibliothécaire à Toulouse, qui parait descendre de cette famille. Nous ne saurions nous prononcer sur une question dans laquelle les documents essentiels feront toujours défaut, mais nous avons dû tenir compte de cette nouvelle assertion.

La plupart des auteurs affirment que Pierre d'Auriol entra de bonne heure dans l'Ordre des Franciscains; Feller, au contraire, le dit chanoine régulier du Val-^es-Écoliers à Royal-Lieu , dans la forêt de Guise, à trois lieues de Compiègne, et prieur de son Ordre à Troyes. Ge biographe assure que ceux qui le font cordelier, archevêque d'Aix et cardinal , sont dans l'erreur.

Certains historiens assurent que Pierre d'Auriol fut, en 1327 , honoré de la pourpre romaine; telle est l'opinion de saint Antonin, de Possevin, de Frizon, de Raphaël de Volterra, de Claude Robert (Gallia christiana), d'Hippolyte Maracci (Bibliothèq. Mariana), d'Artur du Monstier (Martyrol. Franciscanum), et de plusieurs autres. Luc Wadding (Annales Minorum), Félix Contelorio (Catalogus cardinalium) l'excluent positivement du nombre des cardinaux, tant parce que son nom ne se trouve dans aucun des registres du sacré collège, que parce qu'on ne le vit jamais à aucune époque de sa vie , prendre le titre de cardinal , et aussi parce que tous les écrivains qui ont dressé le catalogue des cardinaux tirés de l'Ordre des Frères-Mineurs, n'ont jamais fait mention de lui. Ciaconius et ses continuateurs le citent avec quelque hésitation, et les Bénédictins, auteurs de la dernière édition de la Gallia christiana\ se contentent de dire que ceux qui l'indiquent comme cardinal n'en apportent aucune preuve certaine.

Au milieu de tant de contradictions, nous ne dirons sur Pierre d'Auriol que ce qui nous paraîtra le plus probable, laissant à d'autres le soin de débrouiller ce dédale biographiqne.

Pierre d'Auriol naquit à Verberie ou à Toulouse, et après avoir suivi les leçons de Jean Scot, il lui succéda dans une des chaires de l'Université de Paris. Il appartenait à l'Ordre des Cordeliers , on ne saurait en douter, puisque nous avons une bulle du pape Jean XXII, datée d'Avignon le 30 juin 1318, 2e année de son pontificat, adressée au chancelier de l'Église et de l'Université de Paris, et commençant en ces termes : « Comme nous l'avons appris en partie par nous-môme et en partie par un rapport digne de foi , et comme nous pensons que vous connaissez personnellement combien notre cher fils Pierre d'Auriol, de V Ordre des Frères-Mineurs , a mis de zèle et d'ardeur, le jour et la nuit dans l'étude de la science théologique, et a tellement profilé des leçons qu'il a reçues , que nous le croyons pleinement digne d'enseigner à son tour, etc. » Le Pape invitait le chancelier à lui permettre sans' retard de faire à Paris des leçons publiques, et le chancelier donna à Pierre d'Auriol toutes les autorisations nécessaires. Lecteur du couvent de son Ordre à Paris, Pierre attira autour de sa chaire tout ce que cette ville possédait d'hommes illustres et savants, et son éloquence «t son érudition profonde le conduisirent aux premières dignités de l'Église.

Après avoir rempli les fonctions de ministre provincial en Guyenne pour succéder à Bertrand de la Tour, et que le Pape avait nommé, en 1319, archevêque de Salerne , il fut, par une bulle du 27 février 1321 , datée d'Avignon , appelé à remplacer, sur le siège d'Aix, Pierre des Prez, devenu deux mois auparavant cardinal et évôque de Frascati. Le pallium lui fut accordé le 20 juin suivant. Nous ne saurions dire si Pierre d'Auriol parut dans son Eglise, rien ne le constate , et tout, au contraire , nous porte à croire, que sans ôtre venu à Aix, il s'empressa de se démettre d'une dignité qui devait lui prendre un temps qu'il voulait consacrer tout entier à des études théologiques.

Pilton assure, d'après le Martyrologe franciscain, que Pierre d'Auriol mourut à Aix le 10 janvier 1322, mais cette date est inadmissible. Pierre, en effet, vécut au moins jusqu'en 4345, puisqu'il publia cette môme année son Brcviarium Bibliorurn. Il nous semblerait plus rationnel de fixer sa mort au 27 avril 1352, date mentionnée au livre des Anniversaires des Cordeliers d'Aix.

Les ouvrages que nous avons de lui sont les suivants : Brcviarium Bibliorurn, sive notât iones in universam Sacram Scripturam, Venise, 1507, 1571 ; Paris, 1565, 1581, 1585, 1610* et sous le titre de : Commentaria compendiosa in universam Sacram Scripturam , ex recensione Stcphani Novclletii , Rouen , 1639, Louvain , 1647, in-8°. — Compendium litteralis sensus totius divinœ Scripturx seu Biblix , Strasbourg , Geor. Husncr, vers 1473, in-folio de 147 ff. — Commentant in quatuor libros sententiarum Pétri Lombardi, Rome, 1595-1605, 2 vol. infolio. Nous ferons remarquer que cet ouvrage, imprimé au Vatican par les soins du cardinal Constance Sarnano, indique sur son titre Pierre d'Auriol, comme né à Verberie. En tôle de cette édition est une Vie de Pierre d'Auriol. — Pierre fut un zélé défenseur de l'Immaculée Conception de la Vierge et écrivit pour la soutenir, Tractatus de îmmaculata Conceptione Beats: Maria: Virginis , livre très-rare qu'on suppose avoir été imprimé à Toulouse en 1514, et dQnt un manuscrit existait dans la bibliothèque du collège de Foix , à Toulouse. — Parmi ses autres ouvrages demeurés manuscrits , on cite encore : Compendium iheo'ogiœ in oclo libros divisum. — Bosse distinctiones. — Scr~ wones de tempore. — Logica , dont le manuscrit est à la bibliothèque du Vatican. •»- Tractatus de paupertate et usu pauperc rerum. La plupart de ces manuscrits étaient, au dire de Wadding, conservés aussi dans le couvent des Franciscains de Séez, et .

sont souvent cités dans la Somme angélique. EnOn, la bibliothèque publique dè Toulouse possède un manuscrit du XIVè siècle (fonds du couvent des Cordeliers), qui renferme un Commentaire de Pierre d'Auriol , sur le troisième livre des sentences (Pétri Aureoli Comment, in tertium Ubram sententiarum).

Les armoiries de Pierre d'Auriol étaient : d'argent , au figuier de sinople, chargé d'un auriol d'or.

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