PIERRE IV, cardinal DES PREZ DE MONTPEZAT
Pierre des Prez, né vers 1280 au château de Montpezat, alors diocèse de Cahors, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de Tarn-et- Garonne., diocèse de Monlauban, était fils de Raimond des Prez, deuxième du nom, seigneur de Montpezat, et d'Alpaïde, dame de Montaigut. Sa maison a produit de grands hommes dans l'Église et dans l'Etat, nous citerons , entre autres , Jean des Prez , évêque de Castres, mort en 1353; Raimond des Prez, évêque de Clermont , mort en 1340; Jean des Prez, évêque de Montauban, mort en 1539; Jacques, évêque de la même ville, tué le 25 janvier 1589; Antoine des Prez de Montpezat,. mort maréchal de France le 26 juin 1544.
Destiné de bonne heure à l'Église, Pierre, après de solides études, prit le bonnet de docteur en droit civil et canonique, et ne tarda pas à s'acquérir l'estime et la confiance de Jean XXII, son compatriote , qui, en 1316, le chargea de seconder le cardinal Bérenger de Fredol dans la procédure intentée à Hugues Géraud, évêque de Cahors, dégradé publiquement et livré au dernier supplice pour avoir conspiré contre la vie de ce souverain Pontife. Après la translation de Gaillard de Saumate à l'évêché de Maguelqne, Pierre devint, en 1318, évêque de Riez; mais Simon Bartel ne le compte pas dans la série des prélats de cette Eglise. Il ne l'occupa, il est vrai, que quelques mois, mais on ne saurait l'éliminer des dyptiques de Riez, puisque les actes consistoriaux mentionnent son épiscopat, constaté d'ailleurs par le
ÀRCHIDIOCÈSE D'àIX.
testament même de Pierre , où se lit cet article : De même nous léguons à l'Église de Riez, où nous fûmes évéque, notre chapelle violette. On le voit aussi, en 1318, obliger les religieux Franciscains à lui demander la permission de faire porter la croix aux enterrements.
Bien qu'il résulte du livre des obligations du Vatican , que Pierre des Prez fut transféré , en septembre 1318, à l'archevêché d'Aix, il ne reçut le pallium qu'en 1320. Par une charte du 26 janvier 1319, datée d'Avignon, il promit de respecter l'exemption des Frères-Prêcheurs établis à Saint-Maximin. M. l'abbé Faillon a publié ce titre (Monum. inédits, t. II, p. 913), mais il l'attribue à tort a Pierre d'Auriol, qu'il appelle aussi Pierre du Plat, en faisant remarquer que c'est sans doute par inadvertance que Denys de Sainte -Marthe, dans la Gallia christiana , le nomme Pierre des Prez. Le vendredi, 19 décembre 1320, le pape Jean XXII le créa cardinal de la sainte Église romaine , dont il était déjà vice-chancelier. Gomme le constate la bulle qui lui nomme un successeur à Aix , Pierre eut d'abord le titre cardinalice presbytéral de Sainte-Pudentienne, mais fort peu de temps après, il le quitta en devenant ôvôque de Palestrine. Le souverain Pontife se plut à lui confier les affaires les plus importantes, persuadé qu'il s'en acquitterait toujours à la satisfaction de l'Église et du sacré collège. En 1332, Pierre, cardinal de Mortemart, et lui, furent chargés de prononcer sur le différend qui s'était élevé relativement à la ville de Crest, entre Aimar, évêque de Valence , et Aimar de Poitiers , comte de Valence. Clément VI l'envoya, en 1342, avec la qualité de légat, auprès de Philippe IV , roi de France , et d'Edouard, roi d'Angleterre , pour les exhorter à faire la paix entre eux. Le succès de sa négociation fut récompensé , car il reçut le doyenné de Villeneuve-lès- Avignon et l'archidiaconat d'York. Malheureusement l'armistice et la trêve de trois ans qu'il avait obtenus d'Edouard furent mal observés par ce prince. En 1346, il fut présent au serment que l'empereur Charles IV prêta , lors de son élection , de garder les droits de l'Église.
Les œuvres et les fondations pieuses du cardinal Pierre des Prez, ont fait passer son nom à la postérité. En 1351 ,. le pape Innocent VI lui permit d'ériger en église collégiale, à Avignon , . l'église dédiée à Saint-Pierre, qui, depuis quatre cents ans, tombait en ruines. Le cardinal fit démolir son palais qui y était attenant, ainsi que la vieille église, et, sur le même emplace-
ment, il éleva celle que Ton voit encore aujourd'hui et qui est la seconde paroisse du diocèse d'Avignon1. Il fit encore bâtir le cloître pour loger le chapitre qu'il fonda et à qui il donna des revenus considérables. Ce fut le 6 novembre 1358, que les chanoines furent installés dans la nouvelle église qui devint alors la seconde collégiale du diocèse. Le cardinal, qui laissa au souverain Pontife le patronage de cette église, en avait aussi obtenu la permission de fonder à Avignon un collège, mais il ne paraît pas qu'il ait réalisé son projet.
Le cardinal Pierre des Prez , voulut aussi doter d'une église collégiale, la ville où il avait pris naissance et où il avait été régénéré dans les eaux du baptême. Il obtint à cet effet une bulle du pape Benoît XII qui lui permit, en 1337 , d'ériger a Montpezat un chapitre composé dyun doyen et de quatorze chanoines. Il fit construire à ses frais l'église, la dota de revenus considérables et l'enrichit de précieuses reliques qu'il avait apportées de Rome. Vers 1343, il la consacra solennellement sous le vocable de saint Martin, et en attribua le patronage et le droit de nomination aux prébendes à Bertrand des Prez, son frère, et à ses successeurs dans la seigneurie de Montpezat. Ce. chapitre a subsisté jusqu'à l'époque de la révolution.
L'éveque de Palestrine était parvenu à une très- grande vieillesse quand il fit son testament à Avignon en 1360. Il y institue pour héritier son neveu, Raimond-Arnaud , seigneur des Prez, de Montpezat et du Puy la Roche, fils de Géraud des Prez et de Gaucerande de Mons. Il ordonne que ses funérailles soient célébrées sans faste et sans magnificence et fait des legs considérables aux églises, aux pauvres et aux hôpitaux. La cathédrale de Saint-Sauveur où il avait fondé une chapelle reçut un ornement complet en velours vert, et la paroisse de Grambois, alors d'Aix , aujourd'hui d'Avignon , reçut une somme de vingt florins pour les réparations de l'église de Saint-Léger. Le cardinal Pierre des Prez mourut à Villeneuve-lès-Avignon, le jeudi 13 mai 1361 , frappé de la peste qui désolait le Comtat. Ainsi qu'il Pavait ordonné par son testament , son corps fut porté à Montpezat, pour y être inhumé dans l'église collégiale, où sa famille lui fit élever
1 L'église de Saint-Pierre, à Avignon a été restaurée avec beaucoup de goût en 1862. Los boiseries, célébrées par Nicolas Saboly, magnifiques en elles-mêmes , mais en désaccord avec le style de l'édifice , ont disparu, et le monument est aujourd'hui rendu à sa première et noble simplicité.
ARCniDIOCÈSE D'àIX. 9t
un magnifique tombeau dont il reste encore d'assez beaux fragments.
Le cardinal Pierre des Prez est Fauteur d'un traité à la louange de la sainte Vierge , qui , de la bibliothèque de l'abbaye de Saint- Victor à Paris, a passé dans le département des manuscrits de la bibliothèque impériale. Ughelli (Italia sacra), et Luc Wadding, qui ont fait l'éloge de ce prélat, ont à tort prétendu qu'il appartenait à l'Ordre des Frères-Mineurs; ils l'ont, ainsi que Frizon (Gallia purpurata) confondu avec son successeur le cardinal Pierre d'Auriol. Les documents qu'ont donnés sur lui les frères de Sainte-Marthe leur avaient été transmis par Léon Godefroy, chanoine de la collégiale de Montpezat , fils du savant Théodore Godefroy, historiographe de France, membre des Conseils d'Etat et privé des rois Louis XIII et Louis XIV.
Les armoiries du cardinal Pierre des Prez de Montpezat étaient : d'or, à trois bandes de gueules, au chef d'azur, chargé de trois étoiles d'or.