‹ La France pontificaleChapitre 48 sur 148 · ARNAUD I" I>E NARGIS · texte numérisé non relu

ARNAUD I" I>E NARGIS

Arnaud , que Claude Robert appelle à tort Arnaud Bernard de Piret , qui ne siégea que vingt ans plus tard, était né à Nargis, petit village du canton actuel de Ferrières, au diocèse d'Orléans, et a été également confondu avec son successeur dont le nom latin se rapprochait du sien. Chanoine et prévôt d'Ingré dans l'Église de Chartres, il en devint abbé en 1328 , et était en même temps chapelain à la cour pontificale , sous le pape Jean XXII, et auditeur du sacré palais. Arnaud se montra un des plus ardents à soutenir en cour romaine les privilèges de son chapitre contre l'évôque Robert de Joigny car ils s'étaient mutuellement excommuniés.

En 1329, le Pape le nomma à l'archevêché d'Aix pour lequel il prêta serment de fidélité à Robert , comte de Provence, le 25

1 Le couvent des Dominicains à Cahors était situé sur les bords du Lot.

avril 1331, entre les mains de Philippe de Sanguinôde, sénéchal du comté. Jusqu'à lui, les archevêques d'Aix avaient eu leur demeure auprès de l'église de Notre-Dame de la Seds. Arnaud échangea sa maison avec celle que les prévôts de Saint-Sauveur possédaient non loin de cette église, et commença les constructions du palais archiépiscopal , que ses successeurs continuèrent et agrandirent. Comme ses deux prédécesseurs immédiats, il reconnut et confirma, par acte du 26 novembre 1334 , les privilèges accordés au couvent des Frères-Prêcheurs de Saint-Maximin et s'engagea à- les respecter.

Le cardinal Elie de Talleyrand-Périgord et l'archidiacre de Nîmes , le choisirent avec Guillaume de Béroard , évêque de Carpentras , l'official d'Apt et Jean de Cambrai , pour arbitre de quelques différends, et Arnaud concilia aussi le curé de Saint- Cannat avec les religieux Carmes d'Aix qui desservaient l'église de Noire- Dame de Lignagne.

Il mourut au château de Puy-Ricard le 8 mai 1336, et légua au chapitre de Chartres cent livres tournois. Ses obsèques eurent lieu dans l'église métropolitaine de Saint- Sauveur où on l'inhuma devant l'autel de Corpus Domini. Une charte nous en a conservé la relation, il nous semble intéressant d'en donner ici la traduction parce qu'elle renferme la description des rites suivis dans les funérailles des archevêques d'Aix.

«Lorsque l'archevêque d'Aix, y est-il dit, a passé de vie à trépas , a Aix ou auprès de celle ville , on lave le corps et on l'habille ensuite avec les vêtements dont il avait coutume de se servir pendant sa vie. On lui ôte ses souliers pour le chausser de sandales noires, puis on le revôtdu rochet, de l'amict, de l'aube, de l'étole, du manipule, de la ceinture, de la tunique, de la dalma tique, d'une chasuble noire, de gants, de l'anneau pontifical , du pallium attaché par-dessus avec trois agrafes d'argent, et on le coiffe d'une mître blanche. Ainsi paré et disposé, le corps est placé sur un lit funèbre couvert d'étoffes de soie précieuses. La tête est soutenue sur un coussin noir, ses mains tiennent la crosse. Dans la soirée du jour qui précède celui de l'inhumation, on l'expose dans la cour ou dans la chapelle de l'archevêché où doivent être dites les vigiles des morts. Pendant la nuit, on psalmodie sans interruption, suivant ce que le Seigneur inspirera à la dévotion de ceux qui veillent et sont présents. A la tôte du corps, seront placés la croix d'argent que te prélat était dans l'usage de faire porter devant lui, un aspersoir et de l'eau bénite.

ARCIIIDIOCÈSE D'AïX.

» Le lendemain, le corps, convenablement entouré de torches et de cierges, est processionneîlement apporté à la cathédrale, où la messe est célébrée. Le devoir de présider à l'inhumation incombe depuis les temps les plus anciens à l'évéque d'Apt qui doit avoir, dit-on , pour ce service le palefroi que le seigneur archevêque défunt montait de son vivant. Pendant tout le temps de la messe, deux ou quatre clercs encensent le corps, qui, descendu dans la fosse qui lui est destinée, n'est point couvert déterre revêtu de ses ornements précieux, mais d'un simple tapis, jusqu'à ce que les fidèles se soient retirés. Une fois l'église fermée, on le dépouille de ses ornements précieux pour le revêtir d'ornements d'une moindre valeur. On lui laisse cependant le pallium, sans lequel le prélat ne doit pas être enseveli. Après ■cela, on recouvre la fosse.

a Pendant neuf jours consécutifs, on célèbre dès le matin, à la cathédrale, une messe de Requiem , à laquelle assiste toute la maison du prélat défunt qui , dans cette neuvaine, est entretenue de vivres à l'archevêché. Après la messe, on fait l'absoute, et chaque jour, on place douze torches neuves, dont deux doivent brûler nuit et jour sur la tombe du prélat. Chaque jour aussi, on sonne solennellement les cloches, et le dernier jour te la neuvaine, le nombre des torches est doublé.

» Ainsi fut fait pour l'inhumation d'Arnaud, archevêque d'Aix, de bonne mémoire, qui reçut la sépulture dans sa cathédrale. Son corps fut apporté du château de Puy-Ricard où il était mort, jusqu'à la ville, par des ecclésiastiques qui s'offrirent volontairement pour cette mission ; Raimond de Baux, seigneur d'Eguilles, et les seigneurs de Puy-Ricard, accompagnaient le cortège. »

Arnaud portait pour armoiries : d'azur, à une bande d'or.

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