‹ La France pontificaleChapitre 49 sur 148 · ARMAND DE SAINT-URCISSE (1337-134S · texte numérisé non relu

ARMAND DE SAINT-URCISSE (1337-134S

Ce prélat, que les historiens fct appelé tantôt Armand de Barchesio , et tantôt Armand de Narcesio , par suite d'une lecture fautive des manuscrits auciens, se nommait Armand de Saint- Urcisse, et était (ils du seigneur du village de ce nom, situé à peu de distance de Montaigut, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de Tarn-ct-Garonne, et autrefois dans le diocèse de Cahors. Son nom latin de S» Ursicio^ l'a fait confondre même

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par les auteurs de la Gallia christiana, avec son prédécesseur. La méprise était d'autant plus facile à éviter, que les archives de l'Eglise de Chartres constatent clairement que c'est en 1329, et non pas en 4337 , que son doyen fut appelé à l'archevêché d'Aix.

Armand fut pourvu de l'archevêché le 8 avril 1337, par une bulle du pape Benoît XII, et le 3 septembre de cette année, assista à Avignon au concile tenu dans l'abbaye de Saint-Ruf, et où Ton publia un décret disciplinaire dont les articles sont la plupart extraits du concile tenu au môme lieu en 1326. Ce même souverain Pontife l'envoya, à titre de légat du Spint-Siége, auprès de Jacques, roi de Majorque, et de Pierre, roi d'Aragon, pouu négocier la paix entre les deux princes et les ramener, s'il était possible, à des sentiments de concorde. Grâce au zèle du prélat, Jacques consentit à s'en remettre à la décision du Pape, et donna dans ce sens une déclaration, le mercredi 24 juillet 1342. Clément VI le continua dans cette honorable mission, en 1344, ainsi que le constate une lettre insérée par Baluze , page 661, des Vies des Papes d'Avignon. On lit au chapitre 7e des Libertés de l'Eglise gallicane, une lettre du roi Pierre d'Aragon à ce souverain Pontife , et elle commence par ces mois : « Nous avons reçu çvec un filial respect, les lettres que Votre Sainteté nous a récemment adressées par le vénérable Armand , évôque d*Aix. » On ne saurait contester que le prélat mentionné ici par le roi d'Aragon soit l'archevêque d'Aix , puisqu'il n'y avait à Dax (Aquensis) aucun évêque de ce nom à cette époque.

Animé d'une dévotion sincère pour sainte Marie-Madeleine, Armand de Saint-Urcisse, dès les premiers jours de son épiscopat, avait fait de fréquents pèlerinages à la Sainte-Baume, et pris sous sa protection spéciale le couvent des Dominicains de Saint-Maximin. En retour, Milon, prieur de ce monastère, par acte du 21 novembre 1340, lui reconnut par acte public la faculté d'officier pontiGcalement dans l'église de Sainte-Madeleine, sans toutefois que cette faculté préjudiciât aux privilèges du monastère. Armand fit construire pour les pauvres, à Aix, un hôpital sous l'invocation de Saint-Mich# et y fonda une chapelle à laquelle il légua une somme de dix-huit cents florins d'or, en en laissant le patronage aux consuls d'Aix, chargés de l'administration de la maison. Lorsque plus tard, l'hôpital fut détruit, cette chapelle de Saint-Michel fut transférée dans la cathédrale.

Ce fut sous l'épiscopat d'Armand que Robert, roi de Sicile et comte de Provence, mourut à Naples le 19 janvier 1343 , lais-

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sant pour héritière Jeanne de Calabre , sa petite-fille , qui se fit aussitôt prêter serment de foi et hommage par les seigneurs provençaux. L'archevêque d'Aix rendit cet hommage pour le temporel de son Église. Jeanne, comme Py obligeait le testament du roi Robert, devait épouser son cousin André de Hongrie. Le mariage eut lieu en effet, mais Jeanne et André qui ne s'étaient jamais aimés , bien qu'ils eussent été fiancés dès leur enfance , se détestèrent quand ils furent assis sur le môme trône. Accoutumée à plaire, à commander, à être obéie, cette jeune reine de seize ans fut révoltée de l'extrême condescendance d'André son époux pour les sujets du roi Louis de Hongrie, son frère, qui affluaient à Naples, et de l'arrogance avec laquelle ces étrangers se mêlaient de toutes les choses relatives au gouvernement. André lui parut lâche et méprisable ; une conspiration se forma contre lui , et l'opinion la plus accréditée, c'est que Jeanne en fut l'âme. Le 18 septembre 1345 , le jeune roi de Naples fut saisi dans ses appartements, pendu aux barreaux d'une fenêtre , et le 20 août 1346, dans l'année de son veuvage, et avant d'avoir reçu les dispenses de la Cour pontificale, Jeanne contractait un second mariage avec un autre de ses parents, Louis de Tarente. Peu de temps après, Jeanne vint à Aix et y donna des exemples fréquents d'une prodigalité, qui devait faire naître de grandes craintes pour l'avenir, aussi les consuls, sur l'avis de l'archevêque Armand, afin de mettre des bornes à cette facilité de caractère, exigèrent de la reine, la promesse de ne jamais aliéner la ville d'Aix. C'était vers la fin de janvier 1348, et Jeanne quoique traitée avec beaucoup de respect , fut quelque temps gardée à vue à Château- Arnaud , forteresse de la ville, par plusieurs barons de Provence.

Sur ces entrefaites, éclata en Provence une peste des plus terribles et des plus universelles qui aient dévasté le monde. La mortalité fut telle que les champs restèrent en friche et que dans plusieurs bourgs et villages , il n'échappa pas un seul habitant. Dans les villes, le nombre des vivants suffisait à peine pour ensevelir les morts. Au milieu d'un si grand désastre, le clergé, animé par l'exemple de son chef, donna de généreux exemples de dévouement , et le Nécrologe de l'Eglise d'Aix fait surtout mention de Jean de Paranseny , prêtre bénéficier de Saint- Sauveur, originaire de Cordes , au diocèse d'Àlbi , qui se* consacra au service des pestiférés et mourut le 23 juillet 1348 de la contagion , en leur prodiguant ses soins.

Armand de Sain t-Urcisse tomba également victime de sa charité. Il mourut au château de Puy-Ricard en cette môme année, ordonnant par son testament fait devant Lucien Coms , notaire et prêtre , qu% son corps fut porté dans l'église de Sa^nt-Hilaire, à Montaigut, et inhumé dans une chapelle qu'il y avait fait bâtir en l'honneur de saint Louis , roi de France. Les ravages de la peste ne permirent point d'exécuter les dernières volontés du prélat qui reçut la sépulture dans la chapelle de Saint-Grégoire, en l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, chapelle que ses libéralités permirent d'achever, et à laquelle en mourant il légua cent charges de blé et toute son argenterie. La cathédrale reçut une partie de sa bibliothèque et divers joyaux de prix.

Les armoiries d'Armand de Saint-Urcisse étaient : d'azur à un ours passant d'or, surmonté d'un croissant d'argent. Sa famille est la même que celle qui a pris le nom de Sainlours.

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