PIERRE ou GEORGES OLIVIER DE PENNART
Bien que les auteurs de la Gallia christiana et son épitaphe indiquent ce prélat comme appartenant au diocèse du Mans, il nous semble présumable , d'après quelques expressions de son testament, qu'il était originaire du diocèse d'Angers, des environs de Graon , et de l'abbaye de la Roë , à laquelle il légua une somme de quarante écus. Il légua également à noble damoiselle Yvone de la Roé, fille de Jacques de la Roè, sa nièce, cent écus d'or pour sa dot. Pierre ou Georges Olivier de Pennart accompagna en Provence René d'Anjou , qui le fit pourvoir d'un canonicat dans l'église métropolitaine de Saint-Sauveur à Aix. Son camail blanc, que Ton conservait autrefois dans la sacristie de cette église, a fait soupçonner à quelques auteurs qu'il avait fait profession religieuse dans la chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon , ou qu'il avait été chanoine régulier à l'abbaye de Notre- Dame de la Roé.
Quoi qu'il en soit, Olivier de Pennart, confesseur de la reine Jeanne de Laval, deuxième femme du bon roi René, fut choisi pour coadjuteur en 1458 par Robert de Damian, à qui il ne tarda pas à succéder. Déjà ce prélat l'avait fait reconnaître comme chancelier de l'Université d'Aix. Lorsqu'il eut prit possession comme archevêque titulaire , le roi René et sa femme lui fireut présent de quelques reliques de saint André et de saint Ettenne. Gomme il restait encore diverses parties de la cathédrale à terminer, Olivier de Pennart contraignit en 1476 les chanoines et les bénôQciers de Saint-Sauveur à contribuer aux travaux. Le portail fut alors commencé , et orné de sculptures d'une grande délicatesse de travail et des statues de plusieurs personnages du temps, tels que saint Louis , évêque de Toulouse; Louis XI, roi de France, et Charles III, comte de Provence. Ces figures et ces
ornements furent en partie détruits pendant les orages révolutionnaires. Pour sa part, il fit exécuter la dernière voûte et la chapelle de Notre-Dame de Piété ou des Ames du Purgatoire.
Par amour du repos et de la paix, le roi René, dans les dernières années de sa vie, s'était volontairement défait d'une partie de ses États. Celte abnégation débonnaire ne trouva point grâce devant l'ombrageux Louis XI, roi de France. Louis tourmenta son oncle et envahit son duché d'Anjou. Le vénérable vieillard n'obtint de lui aucune trêve jusqu'à ce que René eût assujéti à l'ambition de Louis, même ses volontés d'outre-tombe. Lorsque ce monarque vint à Lyon, René envoya dans cette ville Olivier de Pennart accompagné d'Honoré de Berre, sieur d'En treven nés, et de Jean de Jarente, maître rational. L'archevêque agit avec tant de prudence pour les intérêts de René, que ce prince et le roi de France demeurèrent dans les meilleurs termes et Louis XI cessa toutes ses manœuvres dès qu'il fut assuré que Charles d'Anjou, autre neveu de René et son légataire pour le comté de Provence, • laisserait après lui cette contrée à la France.
Le roi René ne survécut pas longtemps au retour de ses ambassadeurs, il mourut à Aix le 10 juillet U80, et Olivier présida à ses obsèques dans l'église métropolitaine où son corps demeura en dépôt pendant près de deux années. Jeanne de Laval, sa veuve, désireuse d'exécuter ses dernières volontés, le fit enlever secrètement et apporter à Angers. Il y reçut la sépulture dans la cathédrale, et son cœur fut déposé dans la chapelle de l'église des Cordeliers dédiée à saint Bernardin , qu'il avait magnifiquement ornée. 11 y est resté jusqu'à la révolution de 1793 , époque à laquelle il a été indignement profané.
Olivier de Pennart se trouvant malade à Marseille, désira faire son testament dont l'original existe encore dans les archives du département des Bouches-du-Rhône. Voici la traduction de cet acte :
« L'an du Seigneur 1481 et le vendredi 21 septembre, moi Olivier de Pennart, par la grâce de Dieu, archevêque d'Aix, sain d'esprit, quoique malade de corps, contraint jusqu'à un certain point de garder le lit, voulant toutefois, pendant que cela m'est possible et que j'ai toute ma raison, disposer de mes biens de la manière suivante : J'élis d'abord ma sépulture dans l'église de Saint-Sauveur de ladite ville d'Aix et dans la chapelle que j'y ai fait construire et fondée sous l'invocation de Notre-Dame, et pour mes funérailles , je lègue mille florins d'or,
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qui seront distribués en la forme et la manière qu'il plaira à mes exécuteurs testamentaires ci-dessous nommés. Je veux aussi qu'une grand'messe chantée soit célébrée tous les jours dans celte chapelle, et que l'absoute des. morts y s'oit faite selon l'usage accoutumé. Je lègue d'abord pour cette fondation cent marcs d'argent à prendre sur ma vaisselle d'argent, à l'exception de mes six tasses à pied et de mes deux flacons d'argent, que je lègue ainsi qu'il est dit plus bas. Je lègue ensuite six cents saumades de blé que j'ai tant dans mes fermes que dans mes châteaux, et néanmoins les cinq cents écus d'or que me doit l'illustrissime reine Jeanne, et pour lesquels elle m'a donné en gage une bague d'or, nommée la Sairasine, placée dans mon coffre, en la sacristie de l'église d'Aix. La distribution s'en fera également entre tous ceux qui seront présents à cette même messe, déclarant cependant que si, pour cette fondation , ce que je viens de léguer n'est point suffisant, j'autorise mes exécuteurs testamentaires ci-dessous nommés de réduire ladite messe.
» Je lègue aussi à Guillaume de Puget toute la somme d'argent qu'il me doit , sous la réserve expresse de quarante écus qu'il donnera à l'abbaye de la Roë en Anjou , en fondant un anniversaire perpétuel dans l'église de cette abbaye.
» Je lègue encore à noble Guillaume de Pennart, mon frère aîné, mes six grandes tasses d'argent à pied, et mes deux flacons d'argent.
» Je lègue également à noble Yvone de la Roô, fille de Jacques de la Roô, ma nièce, cent écus d'or pour sa dot.
» Je lègue de même à Olive , fille de noble Pierre de Pennart, mon neveu , cent écus d'or pour contribuer à sa dot.
» J'institue pour mon héritier en tous mes biens et possessions, le chapitre ou l'Église de Saint-Sauveur d'Aix, stipulant toutefois qu'il devra consacrer le quart de ce qui m'est dû à l'œuvre du portail de la susdite église d'Aix.
» Je nomme pour mes exécuteurs testamentaires vénérables et illustres personnes, Guillaume de Puget, Honoré Flotte, précenteur d'Aix, et Jacques Duranti, prieur de Bezaudun.
» Fait à Marseille dans une chambre de la maison d'honorable homme, Louis Saure. Témoins, etc. Jean d'Oleniis, notaire public. »
Olivier de Pennart ne succomba pas à cette maladie; sa vie se prolongea jusqu'au mercredi 28 janvier 1484. On l'inhuma suivant ses volontés, dans l'église de Saint-Sauveur, en la
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chapelle qu'il avait érigée, et ou, de son vivant, il avait fondé trois messes par semaine, pour lesquelles il avait donné le prieuré de Confoux. Cette chapelle est aujourd'hui celle des âmes du purgatoire. On y lit encore cette épitaphe que les auteurs de la Gallia chrisliana ont tronquée en la publiant :
Hic quiescit memoria coled» dns Oliverio» db Penabt nacio*.
CENOMAN. ISTIUS METROPOLIS DIGNISSIM. ARCHIPRESUL , DOMOR. ARCHIE— PISCOPALIU. MiRIFI. CSTROTOr AC JUR1UM QUORUMCUMQ. AWPLIATOR ET DEFFENSOR, QUI HANC ECCLESIAM TANQUAM UNICAH EJUS SPONSAM AD DBI OMNIPOTENTIS LA U DEM ET VlRGIMS MARIE EJUS GEN1TR1GIS HONOREM , IIEREDEM INSTITUENDO , PCIOSIS JOCAL1BUS INSIGNIVIT , PRESENTEMQ. CAPELLAM SUO SUMPTU VITA S1BI COMITE EDIFFICATAM OPULENTI DIS- TRIBUTIONE DOTAVIT ET CONSECRAV1T DU IDLS NOVEMBRIS MlLLO.