ROBERT ROGIER DE DAMIAN
S'il faut en croire du Pourny qui aurait extrait ce renseignement d'un registre du Châtelet de Paris , année 1447 , Robert était né à Bourges et son nom de famille était Rogier. Nous ne contestons pas cette assertion , mais nous ne sommes pas éloignés de penser que la famille de ce prélat avait pris alliance en Provence avec la maison de Damian, originaire de Piémont, qui possédait à cette époque la seigneurie de Vernègue, au diocèse d'Arles. Quoi qu'il en soit, Robert avait fait profession dans le couvent des Frères-Mineurs , à Aix , et s'était acquis une assez grande réputation comme canoniste et jurisconsulte, lorsqu'il fut appelé à monter sur la chaire métropolitaine , en 1443.
Le 27 juin 1446, le pape Eugène IV lui écrivit pour qu'il privât de bénéfices, charges et dignités les schismatiques de son diocèse (c'est ainsi que le souverain Pontife désignait tous ceux qui adhéraient au concile de Baie). La suscription de ce bref porte : Au vénérable frère Robert , archevêque d'A ix, notre 'ambassadeur et nonce du Siège A postolique. Nicolas V, successeur d'Eugène, lui donna aussi l'ordre de décréter avec toule la sévérité des lois de l'Eglise contre l'antipape Amédée de Savoie et de promulguer de nouveau les sentences de condamnation prononcées contre lui et ses adhérents. Le bref de Nicolas est daté de Rome en 1447. Toutefois, comme on ne perdait pas alors l'espoir de voir Amédée renoncer au souverain PontiOcat et venir à résipiscence, le Pape disait à Robert d'absoudre Amédée de toutes censures si, par les conseils du roi de France, il abjurait le schisme, et aussi de lui promettre qu'en compensation, il serait revêtu de la pourpre, nommé légat perpétuel dans la haute Italie et enfin reconnu dans sa qualité d'évêque de Genève. Amédée ne renonça à ses prétentions qu'en avril 1449. .
Au mois de janvier 1448, l'archevêque d'Aix rendit hommage pour le temporel de son Eglise à René d'Anjou , roi de Sicile et comte de Provence. Ce prince, de joyeuse mémoire, et en qui la gaîtê était loin d'éteindre le sentiment religieux, après avoir cette année entendu à Aix un sermon sur les vertus des saintes Maries Jacobé et Salomê, en l'honneur desquelles un pèlerinage
fort célèbre est établi depuis un temps immémorial à Notre- Dame de la Mer, conçut le dessein de retirer de terre leurs précieuses reliques : il s'en ouvrit au P. Adhémar Comte, dominicain, son confesseur, qui lui montra un livre où il était dit que les deux saintes étaient inhumées dans File de Camargue en l'église de Notre-Dame de la Mer. René , résolu d'entreprendre des fouilles, vint sur les lieux, visita l'église , et après diverses informations , écrivit au pape Nicolas V , pour lui demander son agrément et le prier de déléguer un prélat qui ferait en son nom l'élévation solennelle des saintes reliques. Le Pape, par une bulle du 3 août 1448 , donna pouvoir à l'archevêque d'Aix et à Nicolas de Brancas, évêque de Marseille, de procéder à cette recherche.
Les fouilles furent dirigées par le chevalier Jean d'Arlatan en vertu d'un mandat de Robert, et eurent le résultat le plus heureux. Alors le roi résolut de donner à la cérémonie plus de solennité qu'il n'avait d'abord pensé : il écrivit de nouveau au Pape et le pria de déléguer le cardinal Pierre de Foix , évêque d'Albano, son vicaire général à Avignon et dans le comtat Venaissin , légat du Saint-Siège dans les provinces d'Arles , d'Aix , de Narbonne, de Toulouse et d'Auch. Nicolas V accéda aux désirs du roi , et par une bulle du 20 octobre , adressée au cardinal, à l'archevêque d'Aix et à l'évêque de Marseille , autorisa ces prélats à faire à Notre-Dame de la Mer, au diocèse d'Arles , l'élévation des corps des saintes Maries Jacobô et Salomé. L'évêque de Marseille se rendit à Arles, où le grand vicaire de l'archevêque, accompagné de plusieurs chanoines et des principaux habitants de celte ville, produisit en sa présence, le U novembre, . les livres liturgiques d'Arles touchant le culte rendu aux reliques des saintes, et un extrait du livre de Gervais de Tilbury, intitulé Otia impcrialia, livre II, dans lequel cet auteur, maréchal du royaume d'Arles, expliquait l'endroit précis où gisaient les reliques. Neuf témoins déposèrent en faveur de la publicité et de l'antiquité du culte des saintes Maries. L'évêque de Marseille se rendit le 19 novembre à Notre-Dame de la Mer, avec le chevalier d'Arlatan , reconnut les fouilles, et après avoir tout considéré en détail et s'être assuré que personne n'avait jamais été inhumé dans ce lieu à cause de la vénération qu'on portait aux saintes, il ordonna à tous ceux qui avaient été employés à faire les fouilles, de se présenter devant lui pour attester la vérité sous la foi du serment. Après avoir reçu leurs dépositions, de-
mandé juridiquement le motif des fouilles déjà faites dans l'église par ordre de l'archevêque d'Aix , reconnu les fragments d'un autel de terre et l'un des corps saints trouvés en creusant, il arriva à Avignon , ût dresser par un notaire public le procèsverbal de toute son enquête et remit au cardinal-légat tous les actes de ses procédures.
Le roi René avait convoqué dans cette ville plusieurs évêques et divers seigneurs de ses Etats. Le samedi 23 novembre 1448, il se rendit à la cathédrale accompagné du légat, de l'archevêque d'Aix, de Roger de Foix, évêque de Tarbcs; de Gaucher de Forcalquier, évôquede Gap; de Nicolas de Brancas, évêque de Marseille ; de Tristan d'Aure, évêque de Couserans; de Tannoguy du Chàtel, sénéchal; de Jean Martini, jurisconsulte et chancelier de Provence , et de plusieurs autres personnes distinguées. Le roi René se présenta devant le grand autel, où se trouvait assis le cardinal-légat et le pria, par l'organe de maître Adhémar Comte, son confesseur, de l'Ordre des Frères -Prêcheurs, de vouloir bien exécuter la commission que le Pape lui avait donnée par sa bulle du 20 octobre précédent , qu'il remit lui-même au légat. Le lendemain dimanche, on célébra dans la même église une messe solennelle du Saint-Esprit1, qui fut chantée par l'évêque de Couserans, et pendant laquelle maîlre Martial d'Auribeau , de l'Ordre des Frères-Prêcheurs, prononça un discours, où, après avoir loué le roi de ses pieux desseins, il annonça en son nom, que le lundi 2 décembre suivant, aurait lieu à Notre- Dame de la Mer l'élévation des saintes reliques.
Ce jour-là, le roi René et la reine Isabelle de Lorraine arrivèrent à Notre-Dame de la Mer, accompagnés d'une cour brillante et nombreuse, de Ferry de Lorraine, leur gendre; de Tanneguy du Châtel, sénéchal de Provence, et de plus de cent personnes de marque. De son côté , le cardinal avait convoqué plusieurs prélats voisins pour l'assister dans cette occasion solennelle et lui servir de conseil. Ce furent , outre ceux que nous avons déjà nommés, Antoine de Ferrier, évêque d'Orange ; Pierre Nasondi , évêque d'Api ; Jean de Coliargis, évêque de Troja au royaume de Naples ; Guillaume de Soybert, évêque de Carpentras ; Pierre Turelure ou Turturel, évêque de Digne; Palamôde deCarreto, évêque de Cavaillon; Guillaume Guezi, évêque de Grasse; Pierre de Marin, évêque de Glandôves, et Pons de Sade, évêque de Yaison. Là, se trouvaient aussi Pierre du Lac, abbé de Saint- Victor de Marseille ; Arnaud de Saint-Félix, abbé de Psalmodi;
ARCHIDIOCÈSE D'àIX.
Jean de Préverand , abbé de Saint-Gilles ; Jean d'Eustache , abbé de Notre-Dajne de Nizelle, au diocèse de Cambrai ; Adhémar- Fidèle Comte, prieur de Saint-Maximin , et Jean de Labadier, prieur de Bédouin , au diocèse de Carpentras , docteurs en théologie; Jean d'Arbalète, prévôt, vicaire général et olficial de l'Eglise d'Arles ; Louis de Fresscngeas, doyen de la collégiale Saint-Pierre à Avignon ; Jean de Payer, archidiacre de Carpentras; Arnaud Guillaume de Sansac, chanoine de l'Eglise d'Aire; professeur en droit ; Jacques Guillot, d'Orléans, professeur èslois; Guillaume d'Arancourt, Jean Huet et Marquet de Riceys, protonotaires du Saint Siège. Une foule innombrable était accourue de tous les points de la Provence.
Le roi alla descendre chez le bailli de la ville , et c'est la qu'il reçut le cardinal-légat. On avait construit pour la circonslance, dans cette maison , une grande salle où devaient avoir lieu les délibérations : une estrade élevée était destinée à servir de tribunal au légat. Ce fut là que le roi lui-même mit sous ses yeux le procès-verbal de l'enquête faite par l'évêque de Marseille, et un passage du Rational de Durand de Mende, relatif à la dédicace de l'autel. Il le supplia de prononcer sur les reliques, en fertu des pouvoirs qu'il avait reçus du souverain Pontife. Le légat, après avoir examiné toutes les pièces et délibéré avec son conseil , déclara par l'autorité du Saint-Siège , et de l'avis unanime de l'archevêque d'Aix, des évôques, abbés, docteurs en théologie et en droit, que les corps des saintes Maries Jacobé et Salomé, reposaient véritablement dans l'église de Notre-Dame de la Mer. Il ordonna qu'ils seraient levés de terre, et placés dans la même église pour y demeurer exposés à la vénération des fidèles. Le jour suivant fut fixé pour l'exécution de cette ordonnance.
Le lendemain 3 décembre -, le légat célébra pontiflcalement la messe, assisté de tous les autres prélats revêtus des marques de leurs dignités, en présence du roi et de la reine, de tous les personnages que nous avons déjà mentionnés, et aussi comme le constate'le procès-verbal de la cérémonie dressé par Humbert de la Roue, notaire public; de Elie, seigneur de Montfaucon; de Jean d'Arlatan, de Jean de Quiqueran, chevaliers; de Louis, seigneur de Clermont ; de Jean Cosse , seigneur de Grimaud , conseillers du roi; de Giraud de Montmarin, camérier du légat; de Garsias de la Motte , son trésorier, et de Romain Goy, son secrétaire ; de Jean de Maurose, doyen en titre, et de Jean de
Sevasse, ancien doyen, chanoines de l'Église d'Avignon; d- Arnaud de Baguet, archidiacre et chanoine d'Arles; de Jean, seigneur de Sas; de Jean de Chateauverdun; d'Élienne Gaufridi; d'Arnaud de Céreste; d'Arnauton deMontjoie; d'Antoinede Réal, dit Cabassole, écuyers, serviteurs du légat; de Pierre de Blégiers, et de Jean Rastezini, notaires publics, et d'un grand nombre d'autres. Après la messe, on distribua des flambeaux, et tout le clergé avec le roi alla processionnellement vénérer les saintes reliques étendues par terre devant le grand aulel. Ensuite le légat, assisté des évêques de Marseille et de Couserans, retira les saints ossements, en essuya la terre qui y était encore attachée, les lava dans le vin blanc, et les déposa dans une double chasse faite en bois de cyprès et garnie en dehors et à l'intérieur d'une riche étoffe de soie admirablement brodée d'or. On permit alors aux fidèles de venir un a un les vénérer, mais comme il n'était pas possible de satisfaire par ce moyen toute la multitude, l'après-diuer, le cardinal fit solennellement transporter les chasses au milieu de la place publique , où le P. Adhémar-Fidôle Comte prononça le panégyrique des saintes, et là, en présence du roi et de la reine, du légat, des évêques, du clergé, des seigneurs "et de tous les pieux pèlerins, les saintes reliques furent montrées avec tout le respect possible a la multitude qui en demeura pleine de consolation et de joie.
Le mercredi 4 décembre, le légat plaça dans une autre châsse en bois de noyer, arlistement travaillée par les soins du roi, et bénite par Pévêque de Glandèves, les quatre chefs trouvés séparément dans la chapelle des saintes, et déposa jusqu'à nouvel ordre cette châsse dans la sacristie : quant à celle qui renfermait les corps des saintes Maries, il ordonna de la mettre au-dessus de l'église dans une chapelle dédiée à saint Michel. Le légat remit deux des quatre clés de la chasse au roi René , et les deux autres à Jourdain de Gavarret, prieur claustral de Montmajour, de qui dépendait l'église de Notre-Dame de la Mer, avec défense de l'ouvrir sous peine d'excommunication encourue par ce seul fait, et de ne remettre jamais ces clés à personne sans l'agrément du souverain Pontife ou de son légat : ce que l'un et l'autre promirent d'observer ponctuellement. Le légat fit ensuite dresser ses lettres de cette élévation par Humbert de la Roue de Màcon, citoyen d'Avignon, secrétaire du roi de France, et ordonna qu'un exemplaire en fût remis au roi
ARCHIDIOCÈSE D'AIX.
René. Robert de Damian , Nicolas de Brancas et tous les autres évôques donnèrent à la suite leurs attestations et y apposèrent leurs sceaux en cire rouge. Celui de l'archevêque d'Aix a été enlevé à l'autographe conservé à l'hôtel-de-ville de Notre-Dame de la Mer. Une copie authentique de tous les actes de cette procédure était autrefois dans les Archives du Roi à Aix, elle existe aujourd'hui dans celles du département des Bouches-du- Rhône : Cour des comptes, armoire E, Arles, registre 12. M. l'abbé Faiilon Ta publiée in extenso dans ses Monuments inédits, tome II, p. 1223-1282.
Telle fut la cérémonie de l'élévation solennelle des précieuses reliques des saintes Maries, à laquelle prirent part presque tous les évôques de la Provence. L'archevêque d'Arles n'y parut point: mais ce prélat, qui était alors le bienheureux Louis Alleman, cardinal de la sainte Église Romaine, avait dû quitter cette année son diocèse pour aller dans la basse Allemagne rétablir, en qualité de légat du Saint-Siège, la discipline ecclésiastique.
Robert de Damian reçut le 26 novembre 1450 le serment des officiers de l'Université, professeurs en théologie et en droit. Les Turcs s'étaient, le 29 mai 1453, emparés de Constantinople, le pape Calixte III en montant, en avril 1455, sur la chaire de saint Pierre , conçut le dessein de venir au secours des chrétiens en faisant prêcher une croisade. Il adressa cette même année une bulle à Robert pour cet objet, et Pierre de Foix, cardinal archevêque d'Arles et légat d'Avignon , Je convoqua avec tous ses suffragants et les évèques provençaux à un concile qui s'ouvrit le 7 septembre U57, dans cette dernière ville. Quelques-uns des canons de cette assemblée ont été insérés dans les statuts capitulaires d'Aix. On y confirma notamment ce qui s'était fait en la 36° session du concile de Baie relativement à l'opinion de l'Immaculée-Conception de la Vierge ; on y défendit , sous peine d'excommunication, de prêcher le contraire; on ne permit pas même d'en disputer en public, et l'on enjoignit encore aux curés de publier dans leurs paroisses le décret qui contenait ces dispositions.
Parvenu alors à un âge fort avancé, et accablé d'infirmités qui ne lui permettaient pas de remplir avec tout le soin convenable les fonctions du ministère épiscopal , Robert de Damian obtint, a la fin de 1458, du pape Pie II, de prendre pour coa Ijuteur Pierre Olivier de Pennart, chanoine de Saint-Sauveur, et
Digiti
LA FRANCE FONTIFICALE.
mourut dans les premiers jours de 1460. On l'inhuma dans l'église des Frères-Mineurs d'Aix , qu'il institua pour héritiers.
C'est à ce prélat qu'on dut du moins en partie la reconstruction du palais archiépiscopal.
Il portait pour armoiries : de sable, au lion d'argent, armé , lampassé, couronné d'or, au chef d'argent, chargé de trois roses de gueules, boutonnées d'or,