‹ La France pontificaleChapitre 64 sur 148 · PIERRE VII LE FILLEUL (I · texte numérisé non relu

PIERRE VII LE FILLEUL (I

Né en 1438, à Gannat en Bourbonnais, Pierre le Filleul, que Pittou appelle Pierre Filholi , et assure originaire d'Aix était premier président en la chambre des comptes de Paris, lorsque, à la mort de Laurent Bureau, le roi Louis XII l'appela à succéder à ce prélat sur le siège de Sisteron.*Pierre avait déjà ce titre au mois de septembre 1504, époque où il se trouva comme délégué du pape Jules II, avec Charles de Carreto, marquis de Final, à la conférence qui se tint à Blois, entre Maximilien Ie', empereur d'Allemagne, et le roi Louis XII, et de laquelle résulta un traité qui, destiné à rester provisoirement secret, devait enlever à la république de Venise tous les territoires qu'elle avait arrachés a la Hongrie, à l'Autriche, au Milanais, au Saint-Siège et au

ARCIIIDIOCÈSÊ D'AIX. 131

royaume de Naples. Mais le roi Louis, dit François Beaucaire de Péguilhon {Hist. de France, liv. 10, n°» 13 et suiv.), « bien qu'il fut quelque peu fâché contre Jules, lui envoya l'évêque de Sisteron pour lui offrir en son nom son amitié et du secours contre les Vénitiens. » Et cet historien ajoute un peu plus bas : < L'évêque de Sisteron, pour prix de ses nombreuses courses de Jules à Louis et de Louis à Jules, fut gratifié de l'archevêché . oVAix. •

Le P. Jean Columbi, dans ses Nuits de Blanchelande , a prétendu que c'était Laurent Bureau , prédécesseur de Pierre en Févéché de Sisteron, qui assista à la conférence de Blois. Mais outre que Von sait positivement que Laurent Bureau mourut à Blois, le 5 juillet 1504, le P. Daniel, dans son Histoire de France, en parlant du traité conclu à Blois le 22 septembre 1504, dit sans aucune hésitation que l'évêque de Sisteron, qui y prit part, était Pierre le Filleul ou Filholi.

Nommé à l'archevêché d'Aix, le 9 mars 1506, Pierre retenu sans doute pour le service du roi , fut préconisé le 9 octobre suivant, mais ne put être installé sur son siège que le 8 octobre 1508. Deux ans après, l'université d'Aix le. choisit pour chancelier. Comme les affaires de l'État ne lui permettaient point de résider assidûment dans son diocèse, il en confia l'administration à divers vicaires généraux. On le voit, dès 1513, lieutenant de gouverneur en Provence , et , en 1515, titré conseiller d'honneur du parlement d'Aix. Fort peu de temps après avoir pris en main la lieutenance, il eut à réprimer les mouvements qui éclatèrent à Marseille, entre Fornin et Guiran, au sujet de l'administration de cette ville. Pierre le Filleul prit parti pour le premier et fit emprisonner Guiran.

L'archevêque d'Aix s'était trouvé, en 1510, au concile que le roi Louis XII réunit a Tours, et ou il proposa huit questions relatives à la guerre qu'il se disposait à déclarer au pape Jules II pour secourir Alphonse, duc de Ferrare, son allié. En quittant cette assemblée, Pierre le Filleul vint à Aix pour se préparer à se rendre à Pise, mais comme il traversait le Comtat, il fut arrêté par ordre du Pape et conduit à Avignon, où il fut détenu prisonnier. Sa détention ne fut pas bien longue , car Jules II étant mort dans la nuit du 20 février 1513, la paix se fit entre la cour de France et le Saint-Siège.

Pierre, rendu a la liberté, vint à Aix et donna des ordres pour l'embellissement de son église métropolitaine, dont il fit

fermer le chœur par une grille en fer ouvragé, et décorer la sainte chapelle de peintures. Par ses soins, on construisit le grand escalier du palais de l'archevêché et une magniGque tribune fut élevée dans l'église des Dominicains de Saint-Maximin. En 1518, il visita canoniquement son chapitre.

Après le désastre de Pavie et pendant la captivité du roi François Ier, en Espagne, on forma à Paris un conseil public où le clergé, la noblesse, le parlement, l'université et la bourgeoisie avaient des députés. C'était là qu'on traitait du bon ordre de la capitale. Pierre le Filleul, qui avait dès lors la qualité de lieutenant général du roi, dans l'Ile de France, fut appelé par ses fonctions à faire partie de ce conseil. Jean Morin, prévôt des marchands, représenta que l'archevêque d'Aix n'était point aussi propre qu'un militaire à réprimer les désordres, et l'on recommanda au comte de Saint-Paul , gouverneur de Paris, et à Anne de Montmorency, cette partie du gouvernement. Mais comme on s'aperçut que les plaintes du prévôt étaient plutôt dictées par le désir de supplanter [l'archevêque que par l'amour du bien public, la régente et le parlement soutinrent ce prélat, qui était en eflet un homme fort habile pour les affaires.

Contraint de résider à Paris, Pierre le Filleul pria en 1530 le roi François I«de lui accorder Antoine d'Imbert pour coadjuleur. Ce prince, qui avait pour lui la plus grande estime, se montra favorable à sa demande, et, depuis ce moment, l'archevêque d'Aix se.rctira à Paris, où il mourut à l'âge de 102 ans, jouissant encore de toutes ses facultés, le jeudi 22 janvier 1540 ou mieux, 1541 , selon notre manière actuelle de compter. On l'inhuma dans l'église des Franciscains, et sur son tombeau fut placée sa statue en pierre avec l'épi laphe suivante :

« Icy gist Révérendissime l'ère en Dieu, Messire Pierre Filloli, natif de ja ville de Gannat en Bourbonnois, archevesque d'Aix en Provence et lieutenant pour le Roi au gouvernement de Paris , et h le de France, lequel après avoir vescu VAÏans; mourut regretê de tout le peuple dans la ville de Paris le xxu janvier MDXL.

On lit au sujet de ce prélat dans le Nécrologe de Saint-Sauveur : « Mourut Révérend Père en Dieu, Pierre Filholi, archevêque de la sainte Église Notre-Dame d'Aix, premier président en la chambre des comptes de Paris. Il vécut dans l'archevêché 34 ans , 3 mois et 1 4 jours, et atteignit l'âge de 102 ans. Il dota et fonda pour le salut de son âme et de celle de ses parents, une

ARCII1DI0CÈSE D'AIX.

messe dite des enfants de chœur, un salut tous les jours, et le cïiant de compiles , chaque samedi dans l'église de Notre-Dame de Consolation, hors des murs. Il enrichit son Église ainsi qu'une épouse de nombreux joyaux pour la gloire et Vhonneur de /Heu, et lui laissa sa croix, sa crosse, sa mitre et dioers autres biens. On l'inhuma en 1540,<i Paris, dans l'église des Frères- Mineurs. »

Pierre le Filleul permit en 4515, aux religieux Serviles, dits de l'Annonciade, de construire au quartier de Saint-Jean , une maison de leur Ordre et une église qué bénit Antoine de Tende, évôque de Riez. Comme on fut obligé de la démolir pendant les guerres que Charles-Quint fit en Provence, on donna à ces religieux l'église de Saint-Antoine où ils demeurèrent jusqu'à la révolution. En 1518, le grand vicaire de Pierre autorisa rétablissement à Aix, de diverses compagnies de Pénitents.

Ce prélat portait pour armoiries : d'azur, à la bande d'or, accostée de deux glands de même.

Page 1