‹ La France pontificaleChapitre 71 sur 148 · PAUL HURAULT DE I/HOSPITAL (1595-W · texte numérisé non relu

PAUL HURAULT DE I/HOSPITAL (1595-W

Paul Hurauît de i'Hospilal était le troisième fils de Robert Hurault, seigneur de Bélébat, chancelier de Marguerite de France, duchesse de Savoie, et de Madeleine de l'Hospital, fille unique du célèbre chancelier de France de ce nom. Il avait été fait maître de requêtes le 7 juillet 1593, et conseiller d'État, lorsque Heuri IV l'envoya, en novembre 1595, a Aix, pour servir de conseil au duc de Guise nommé gouverneur de Provence, et lui donna en môme temps l'archevêché de celle ville. Le nouveau prélat ne prit cependant possession du siège que le 23 décembre 1599, longtemps après le décès de Gilbert Genebrard. Antoine de Cuppis, évôque de Sisteron, et Guillaume le Blanc, évêque de Grasse, l'accompagnèrent le jour de son entrée à Aix et assistèrent, avec un nombreux clergé, a la cérémonie de son installation. L'année précédente, on avait trouvé dans la chapelle de Saint-Maximin de nombreuses reliques de saints; bien que leurs noms ne parussent pas, cette découverte remplit la ville de joie et fut bien douce au cœur du pieux archevêque.

Le trouble succéda bientôt à l'allégresse. Le 13 avril 1601, Paul Hurault convoqua le plus grand nombre des prêtres ayant pouvoir de confesser, a Aix , et leur défendit d'accorder l'absolution aux présidents et aux conseillers du parlement, qui avaient condamné au dernier supplice un prêtre coupable , il est vrai, d'un très-grand crime; mais qui n'avait point été dégradé par l'autorité ecclésiastique, au jugement de laquelle on l'avait enlevé. Le parlement tout entier s'émut de cette

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défense et ordonna à son procureur général de poursuivre l'archevêque. Le prélat révoqua le lendemain les ordres qu'il avait donnés, il fut cependant obligé de donner toute satisfaction à la cour souveraine. Gilbert-Charles d'Esbiès, prévôt de Saint- Sauveur, fort attaché au vertueux archevêque, devint, en cette circonstance, la victime du ressentiment de quelques membres du parlement, à l'instigation desquels il fut assassiné le 16 du même mois, devant le portail de la cathédrale, en se rendant à matines. Quelques historiens attribuent ce crime à Bernardin Delphin-Gonzard, capiscol de Saint-Sauveur.

Ce n'était point du reste le premier démêlé qu'avait Paul Hurault avec le parlement. Ayant obtenu des lettres-patentes de conseiller-clerc, il prétendit, en sa qualité d'archevêque, avoir le droit de faire porter sa croix jusque dans la salle des audiences. Le procureur général prononça à ce sujet un réquisitoire, et la cour, sur ses conclusions, ordonna à ses huissiers de saisir la croix archiépiscopale et de la déposer dans la chapelle du palais, lorsque le prélat se présenterait. L'arrêt de la cour fut en effet exécuté ; mais défenseur énergique de ce qu'il considérait comme un droit de son Église, Paul Hurault porta plainte au roi, fll assigner au conseil le procureur général qui s'était opposé à sa prétention, et le parlement fit des remontrances a cet égard. Le premier président du parlement était alors le célèbre Guillaume du Vair, qui fut depuis garde des sceaux de France et évêque de Lisieux.

Les troubles de la Ligue avaient porté le désordre jusque dans les choses les plus saintes. Paul Hurault essaya d'y remédier, et afin de se rendre compte des abus qu'il fallait déraciner, il prit la résolution de visiter son diocèse. Il jugea à propos de commencer par faire la visite du chapitre de Saint-Sauveur. Les chanoines y formèrent opposition en arguant de leurs privilèges, mais l'archevêque ne se tint pas pour battu. Il eut recours au parlement, et la cour députa deux de ses membres Joseph d'Aymar, président, et Honoré de Saint-Marc, conseiller, pour assister l'archevêque en cette visite , en qualité de commissaires. Il fut moins heureux, lorsqu'il prétendit entrer dans les* assemblées du chapitre en se faisant précéder de la croix.

Henri IV qui, à cette époque , honora de ses bienfaits l'Université d'Aix, ordonna la réunion des États de la Provence dans cette ville, pour le 23 octobre 1603. Paul Hurault y assista, et trois ans après, en 1606, il se trouva également à l'assemblée du clergé de France, à Paris. L'archevêque d'Aix avait une faci~

lité d'élocution fort remarquable, et quoique ses discours fussent la plupart du temps improvisés, ils ne laissaient pas que de ravir l'auditoire. II en donna une preuve en 1614, lors des obsèques, dans l'église de Saint-Sauveur, d'Alexandre de Lorraine, chevalier de Guise, lieutenant de gouverneur de Provcuce, tué accidentellement au château de Baux. Le théologal, Mclchior Raphaélis, chargé de Poraison funèbre de ce seigneur, fut saisi le jour même d'un mal qui l'empêcha de monter en chaire. Paul Hurauil , averti au moment qu'il se rendait à l'église, célébra la messe, et montant ensuite en chaire, tint pendant une heure et demie sous le charme de sa parole éloquente , en retraçant à grands traits les mérites et Ks qualités civiles et militaires du défunt.

Les protestants de Lourmarin s'étaient, avec autant d'insolence que de témérilé, emparés de l'église paroissiale de ce lieu, et la coupant en deux, en y élevant une muraille à l'intérieur, ils avaient établi leur prêche dans une partie, tandis que de. l'autre, le curé célébrait la sainte* messe pour les catholiques. Paul Hurault se trouvait à Paris lorsque son vicaire général lui fit connaître cet attentat sacrilège. Le prélat ne perd point de temps, arrive en poste à Aix , traverse la Durance, et so rend sur-le-champ à Lourmarin. Par ses ordres et sous ses yeux , la muraille est abattue, et l'église tout entière est rendue à ses légitimes possesseurs.

L'archevêque d'Aix qui , par suite de ses difficultés avec le parlement et avec son chapitre, résidait ordinairement à Paris, profila de la circonstance qui l'avait amené dans son diocèse pour assembler ses suffragants, en concile provincial. Ce concile s'ouvrit sous sa présidence le 24 mai 1612. Les suffragants qui s'y trouvèrent furent Charles de Saint-Sixt, évêque de Riez; Toussaint de Glandôves de Cuges, évêque de Sisteron, et Barthelémi de Camelin , évêque de Fréjus. Charles Salomon du Serre, évêque de Gap, et Jean Pôlissier, évêque d'Apt, s'y firent représenter. On y condamna le livre d'Edmond Richer, docteur de Sorbonne, intitulé : De Potestate ecclesiasticâ , que cette même année avait condamné un concile provincial tenu à Sens.

Après celte assemblée, Paul Hurault retourna à Paris, et, en 1618, obtint pour coadjuleur son neveu, Gui Hurault de l'Hospital, qui fui sacré sous le titre d'évêque (VAugustopolis. L'année suivante, il prononça à Paris, dans la cathédrale de Notre-Dame, l'oraison funèbre de l'empereur Malhias, et mourut en septembre 4624, après un pontificat de 29 années. On l'inhuma

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dans un petit couvent du village de Fay en Gatinais, dont sa famille possédait la seigneurie.

Paul Hurault introduisit à Aix plusieurs congrégations religieuses d'hommes et de femmes. Les Oraloriens durent leur établissement au P. Jean-Baptiste Roumillon, chanoine de la collégiale de Plsle, où il était né en 4553, et où il mourut le 44 juillet 1662, supérieur général de toutes les maisons de la congrégation de la Doctrine chrétienne en Provence. C'était à lui qu'appartenait l'idée première de son institut, et il s'associa ensuite César de Bus, de Cavaillon , qui eu fut le principal fondateur. Comme ce fut l'archevêque Paul Hurault qui obtint du pape Paul V, le 3 novembre 1615, la bulle qui conGrmait l'établissement de celte congrégation, on peut dire que cet institut a véritablement commencé dans la ville d'Aix. Lorsque le cardinal Pierre de Bërulle eut établi à Paris la congrégation des prêtres de l'Oratoire , il l'unit à celle d'Aix , et Urbain VIII confirma celle union le 30 mai 1626.

* Le P. Roumillon avait fondé dans sa ville natale, vers 1590, une première communauté d'Ursulines, sur le modèle des Ursulines établies à Milan par saint Charles Borromée. Il -fonda la, seconde maison à Aix , grâce aux libéralités de Claire de Perussis, baronne de Lauris, femme de Jean de Forbin , baron de la Fare, qui donna aux religieuses une maison et une somme suffisante pour leur entretien.

Les B. P. Jôsuites, dont l'établissement à Aix avait éprouvé depuis 1593 divers obstacles, y furent déflnitivement appelés par les consuls en 1621, et ils prirent possession, le 1er juillet de cette année, de leur collège dont le P. Jean de SufTren fut le premier supérieur.

Les Bécollets , reçus a Aix en 1613, n'y eurent un établissement définitif qu'en 1621. Le roi Louis XIII s'élant déclaré, par lettres- patentes, fondateur de leur couvent, on les mit en possession de la chapelle de Saint- Jérôme , d'où ils sortirent, en 1623, pour venir s'établir dans l'endroit où le maréchal Nicolas de l'Hospilal de Vitry, maréchal de France et gouverneur de Provence, leiir fit b;Uir une église par les soins de Vincent-Anne Meynicr, président au parlement, et de quelques autres personnes pieuses.

Les Auguslins-Dôchaussôs, admis à Aix eh 1616, reçurent l'année suivante du chapitre la chapelle de Saint-Pierre, et les consuls posèrent, le 13 mars 1621 , la première pierre de leur église que consacra, le 20 octobre 1641, l'archevêque Louis-

Brelel. Quelque temps après, ils furent reçus dans l'intérieur de la ville, et on leur donna l'ancienne église de Saint- Laurent. C'étaient , du resle , les seuls religieux qui eussent à Aix deux maisons.

Les religieux Trinitaires s'établirent en 1621 a Aix par les soins de Paul Hurault. Ils habitèrent jusqu'au mois de novembre 4638 l'église de Saint-Laurent, qu'ils abandonnèrent alors pour une maison bâtie par eux près de la porte de Bellegarde. Ces religieux avaient d'autant plus tenu a avoir à Aix un couvent de leur Ordre , que saint Jean de Matha, leur fondateur, avait été élevé dans cette ville.

Enfin, le 2 août 1624, Perronc deChàtel, cinquième ûlle de l'Ordre de la Visitation, arriva à Aix avec quatre autres religieuses pour y fonder un nouveau couvent. La maison d'Aix prospéra bientôt tellement, qu'elle donna quelques années après naissance aux monastères d'Arles, de Draguignan, de Toulon, de Grasse, etc.

Paul Hurault de l'Hospital portait pour armoiries : Ecartelé, au 1er et au 4« cf or, à la croix d'azur, cantonnée de quatre ombres de soleil de gueules, qui est Hurault; au 2« et au 3* d'azur, à la tour d'argent sommant un rocher du même , au chef cousu de gueules, chaîné de trois étoiles pointées d'or, qui est l'Hospital.

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