‹ La France pontificaleChapitre 70 sur 148 · GILBERT GENEBRARD · texte numérisé non relu

GILBERT GENEBRARD

Né à Riora en Auvergne , vers 1 537, Gilbert Genebrard se fit un nom par sa rare érudition. Il entra de bonne heure dans l'Ordre de Saint-Benoit, et y fit profession en l'abbaye de Maussac, voisine de sa ville natale. Le peu de secours qu'il trouvait dans ce pays pour se pousser dans les sciences, décida ses supérieurs a l'envoyer à Paris où Claude du Prat, évéque de Glermont, ebarmé des dispositions qu'il annonçait, devint son bienfaiteur et l'aida de ses libéralités. Gilbert y prit des leçons des meilleurs maîtres, d'Adrien Turnèbe, pour la langue grecque, de Jacques Charpentier, pour la philosophie, et de Claude de Sainctes, pour la théologie. Avec de tels secours et une grande application , il fit des progrès rapides, se rendit trèshabile dans les langues savantes, et parvint surtout à posséder parfaitement l'hébreu.

Après avoir reçu , le 10 juin 1563, le bonnet de docteur en théologie de la maison de Navarre, il fut nommé professeur royal en langue hébraïque au collège de France, et pourvu du prieuré de Saint-Denys de la Chartreà Paris. Sa réputation ne tarda pas à s'étendre dans les pays étrangers, de sorte qu'ayant eu l'occasion de faire uu voyage à Ilome , sous le pontificat de Sixte-Quint, il fut reçu du pape et de tout le sacré collège avec des distinctions particulières. Heureux s'il se fût tenu dans les limites d'une carrière qu'il parcourait avec tant d'honneur !

Le célèbre Pierre Danès, qui l'estimait, voulant reconnaître son mérite, se démit en sa faveur de son évèchô de Lavaur, et présenta aux Ëtats de Blois une requête pour le faire agréer. Henri III, le clergé et la noblesse approuvaient ce choix , mais le président du Faur de Pibrac désirait cet évèchô pour son frère Claude du Faur, et fil si bien qu'il l'emporta. Soit dépit, comme quelques-uns l'ont prétendu, soit que Genebrard, catholique ardent, crut ne voir dans les chefs de la Ligue que les défenseurs du catholicisme à une époque où. le protestantisme menaçait la foi eu France, il se jeta dans ce parti avec un emportement qui tenait de la frénésie. La Ligue s'applaudit d'avoir un tel cham-

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pion. Leduc de Mayenne lui fit obtenir l'archevêché d'Aix pour lequel le pape Grégoire XIV le préconisa dans le consistoire du 10 mai 1591.

Gilbert Genebrard fut sacré le 10 avril 159?, à Paris, dans l'église de Sainte-Geneviève, par Jacques de Béton, archevêque de Glasgow, assisté d'Aimar Henncquin, évôque de Rennes, et de Guillaume Rose, évôque de Sentis. Mais avant de se rendre dans son diocèse, il songea à servir à Paris la Ligue par ses écrits et par ses discours. Il composa un livre où il déclara excommuniés tous ceux qui avaient communiqué avec Henri III, après le meurtre du cardinal de Guise. Il poursuivit Henri IV avec le môme acharnement, signa la requéle des Seize, prêcha, le 21 février 1593, dans l'église de Notre Dame, le sermon du Béarnais , tissu d'injures grossières ; réitéra le jour de la Pentecôte de la môme année, dans un autre sermon, les mômes invectives, déclama contre la paix désirée par tout* les gens sages et ne cessa d'entretenir le peuple dans la rébellion. Prêchant constamment contre Henri IV avec la dernière fureur, il t vomissait, dit le journal de l'Estoile, autant d'injures contre lui , qiïunc harengère en colère. »

Installé da:is son église métropolitaine , le 19 septembre 1593, Gilbert gouverna le diocèse d'Aix pendant cinq ans, toujours plein de son entêtement pour la Ligue , et de son aversion pour le roi , contre lequel il ne cessait de déclamer. Voyant cnDn que les affaires de ce parti allaient toujours de mal en pis, que toutes les provinces rentraient d'ans leur devoir, et que la ville d'Aix elle-même se déclarait pour Henri IV, il fut obligé de ste retirer à Avignon , où il composa son livre De sacrarum electionum jure. Le parlement de Provence procéda aussitôt contre lui par ordre du roi , et un arrêt du 26 janvier 1596, en condamnant ce livre au feu, déclara son auteur déchu de l'archevêché d'Aix, et le bannit à perpétuité du royaume, avec défense d'y mettre le pied sous peine de la vie. Le bon Henri IV adoucit celte sentence, et permit à Genebrard de se retirer dans le prieuré de Semur en Auxois, bénéfice assez considérable dont il était titulaire. C'est dans celte retraite qu'il mourut, le dimanche 16 février 1597, et non pas le 14 mars, comme le disent les Bénédictins en citant son épitaphe où ils ont oublié le mot de calendas ; et qui est ainsi conçue : Gilbertus Gencbrardus , archiepiscopus Aqucnsis , prior hujits cœnobii. Obiit anno 1597, 14 calendas martii. Il était âgé d'un peu plus de 60 ans. On l'inhuma dans l'église de Notre-Dame de Semur.

Genebrard a été sans contredit un homme de mérite et un des plus pavants hommes de son temps, mais il n'a pas été des plus judicieux dans le choix de ses opinions, non plus que dans celui du parti qu'il avait embrassé. Il fut môme un bon évéquc, episcopus meriiissiimts , dit la Cailla christiana , et était plus réglé dans sa vie particulière, que dans sa conduite à l'égard de son souverain , et dans ses écrits où il a fait paraître plus d'emportement et d'aigreur qu'il ne convient à un prélat, non-seulement contre les religionnaires, mais encore contre tous ceux qui étaient opposés il la Ligue. Il comptait pour amis des personnages de la meilleure réputation, parmi lesquels était saint François de Sales, qui se gloriûait d'être son disciple. Genebrard était lié avec tous les savants ses contemporains. Le président de Thou lui accorde môme des mœurs douces, mais auxquelles, dit-il , « sa manière d'écrire ne répondait pas. » Pierre de l'Estoile rapporte que « Henri IV dtnant à Saint-Denys , demanda qui était un nommé Genebrard, et que Deraery répondit, par l'organe de Perrin, lecteur du roi, qui élait derrière lui, que c'était un moine qui ne pouvait dire ni écrire un mot, qui ne fût une injure. » Sa mémoire néanmoins reçut encore d'honorables hommages. La Bibliothèque générale de l'Ordre de Saint- Benoit le qualilie (Vastre éclatant de l'Eglise et des lettres. Scévole de Sainte-Marthe, en rendant justice à sa profonde érudition, regrette qu'elle n'ait pas été accompagnée d'un jugement plus sain , et la courte épitaphe mise sur sa tombe en dit beaucoup plus qu'il n'en faut pour le faire encore assez avantageusement ju&er par la postérité. Cette épitaphe était ainsi conçue :

Unxacapit cineres , nomen non orbe tenetur.

Une urne a recueilli ses cendres, et le monde n'est point assez grand pour son nom.

Le nombre considérable d'ouvrages qu'il a composés, montre, combien il élait laborieux. Quant à sa manière d'écrire en latin, il y a plus de facilité que de goût. On reproche à son style d'être dur, et trop enflé d'épilhètes et de synonymes. On prétend que pendant treize ans, il ne manqua pas d'étudier quatorze heures par jour, et qu'il avait habitué un petit chien a le réveiller, quand il lui arrivait de s'endormir sur le travail. Voici la liste exacte de ses ouvrages :

Isagoge rabbinica ad legenda et intelligenda hebrxorum et orientalium sine punctis scripta, cum tabulis artium et scien-

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tiamm vocabula exhibentibus , Paris, 1563 et 1587, in-4°,et dans les Analccta rabbinica d'Adrien Reland , Utrecht , 170?, iû-8°. — De metris hebrsorum ex libro /?. David Jcchix, oui titutus; Leshon Lemudim, à la suite de l'ouvrage précédent. — Eldad Danius Hebrxus Mistoricus de Judœis clausis, eorumque in JEth'nopia beatissimo imperio, Paris, Fred. Morel, 1563,in-8<>, et à la suite de sa Ghronographie. — Joël propheta cum Chaldea paraphrasi, et commentants Salomonis Jarchii, Abrahami Aben-Esrxet Davidis Kimhi, latine, interprète G. Genebrardo, mm ejus enarratione , Paris, 1563, in-4». — Alphabelum Hebraïeum et indicata psalmorum primi et secundi lyrica , ad formam Pindari, Strophe, Antistrophe et Epodo, Paris, 1564, in-4°, réimprimé plusieurs fois depuis. — Tabella et summaria descriplio temporum, Paris, 1564, in-4°. — Scholia et tractatus quatuor ad Grammaticam Hebrœam Clenardi, Paris, 1564, in-4°. — Rabbi Josephi Albonis, Davidis Kimhi et anonymi Ju- <Lvi argumenta contra Chris tianos, ex hebrxo latine, interprète G. Genebrardo , cum ipsius refutatione, eorumdem argumentorum adversus recens Trinitariorum dogrna, Paris, 1566, in-8°. — De sanctissima Trinitate libri très contra hujns œvi Trinitarios, Antitrinitarios et AntUheanos, Paris, 1569 et 1585, in-8°. On voit à la tête de ce livre Summa sessionum synodiquam ministri Poloni cum Trinitariis Petricoviœ habuerunt anno 1565, et dans le 3* livre, Symbolum sancti Athanasii expositum et à contumeliis Valentini gentilis vindicatum. — Symbolum fidei Judœorum e liabi M ose Mgyptio. Precationcs eorumdem pro defunctiSy commemoratio divorum et ritus nuptiarum, è libro Mahzor, Paris, 1569, in-8°. — Chronologie sacrx liber, Louvain, 1570, in-12. Cologne, 1571, in-8°. — Trium Rabbinorum, Salomonis Jarkii, Abrahami Ben-Esrœ, etanonymicomr rnentaria in Canticum canticorum, in lalinam linguam cornversa, cum commentariis , Paris, 1570, in-4*. — Seder Otom Zutasive Hebrœorum brève Chronicon de mundi ordine et temporibus ab orbe condito usque ad annum Domini 1112. Capita R. Mose Ben-Maicmon.de rébus Christi régis. Collectanca Elim èevitœ, et H. Jacob Salomonis filii de eodem, quibus summatim explicatur quidquid Judœi de Christo sapiunt, Paris, 1573, in-8°; Celte chronique est superficielle et très- inexacte. — Claudii Aspenexi de Eucharistia ejusque adoralione llbri quinque , neenon Uactalus de utraque missa publica et privata, edente G. Gènebrardo. Paris, 1573, in- 8°. Genebrard publia cet ouvrage après

la mort de Claude d'Espence qui l'en avait prié. — Origcnis Âda~ niant ii opéra quœ quidem proferri potuerunt omnia, doctissimorum virorum studio jain olim translata et rccognita, nunc postrcmoà Gilberto Genebrardo partun cum grœca veritate collecta, partini libris recens versis, et è régla bibliolheca depromptis aucta, Paris, 1574, in-folio. — Opuscula è Grœcis conversa, nempè Liturgia mysteriorum ante consecratorum , è codicc cretensi; Liturgia pro Dormientibus, sice defunctis ; Officium de angelis et sanctis ; Canon sive bulla contra hœreses prœcipuos; Menologium sive calendarium totius anni; tituli capitum 122. Euchologii, Zacharias episcopus mytilcnensis contra scternilalem mundi constitutam , e bibliolheca regia; Basiliiet Gregorii Nazianzenibrevissimus dialogus de invisibili Dei essentia, Paris, 1575, in-folio. — Varia Opuscula e Rabbinis translata, Paris, 1575 et 158 i, in-folio. — Ad Jacobum Schegkium, Schorndorffenscm philosophum et médiat m asscrtionibus sacris de Dco sese temerc immiscentem , ac tribus ipsius de sanctissima Trinitate libris, modo pro Sabellianis, modo pro Ti initariis, inconstantissime obtrectantem responsio, Paris, 1570, in-8°. — Oraison funèbre sur le trépas de messire Pierre Danes , éveque de Lavaur, prononcée à Saint-Germaindes- Prés le samedi 21* jour d'avril 1577, Paris, 1577, in-4°. On y trouve à la suite quelques poésies lubriques, grecques, latines et françaises. — Ps i Imi Davidis vulgata editionc, calendario hebrsco , syro , grxco , latino, argumentis et commentariis genuinnm eorum sensum, hebraïsmosque loatplctius quam antea aperientibus , Paris, 1577, 1582 et 1587, in-8°, très souvent réimprimé in-4° et in-folio. Commentaire très-eslimé et le meilleur, dit dom Calmet, que Ton ait sur les psaumes. Geuebrard y défend la version grecque des Septante conlre le lexte hébreu. Il avait laissé sur tout l'Ancien Testament un Commentaire dont le manuscrit se trouvait dans la bibliothèque des Jé-uiles à Paris, et dont Edmond Nicher désirait vivement la publication. — Histoire de Flave Joseph , sacrificateur hébricu , mise en /rançois, revue sur le grec et illustrée de chronologie, figures, annotations et tables, Paris, 1578 et 1609, in-folio. — Orationcs tresè Lirincnsi bibliolheca in publicum productœ, videlicet una fanebris D. Hilarii Arelatensis de sancto /Jonorato; altéra D. Eucherii Lugdunensis de laudibus cremi; terlia Fuusli llegiensis de instructione monachorum, Paris, 1578, in-8°. — Chronographiœ libri quatuor, priores duo sunt de rébus veteris populi et

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prxcipuis quatuor millium annorum gcstis. Posterions , è D. Arnaldi Pontaci Vasatensis episcopi Chronographia aucti, récentes h istorias relirjuorum annorum complecluntur. Univers» historix spéculum , in Ecclesix prxsertim, sxculo à mendaciis, maculis, imposturis centuriatorum , aliorumque hxreticorum detersum. In reliquis contra Judxos, Paganos , Sarraccnos, Christianx religionis antiquam veritatem perennitatemque reprxsentans. Subjuncti sunt libri Hebrxorum chronotogici, eodem interprète, Paris, 1580 et 1585, in-folio; avec un appendice de P. V. Palma Cayet, qui va jusqu'en 1600, Paris, 1600, et Lyon, 1609, in-folio. Cette Chronologie est assez estimée, surtout pour les derniers lemps. — Ad Lambertum Danxum, Sabellianismo doctrinam de sanctissima Trinitate inscientem responsio, Paris, 1588, in-8°. — Notx chronicx sicc ad chronologiam et historiam universam methodus , Paris, 1581, in-8°. — Canticum canticorum versibus ïambicis et commentants explir catum adversus trochaïcam Theodori Bezx paraphrasim, Paris, 1585, in-8°. — De Clericis, prxsertim episcopis qui parliciparunt in divinis scienter et sponte cum Henrico Yalesio post cardinalicidium , T. P. (Theologi Parisien>is) assertio, ejusque illustratio, Paris, 1589, in-8°. Il y en eut celte môme année une seconde édition, et une traduction française sous ce litre : Excommunication des ecclésiastiques qui ont assisté au service divin avec Henri de Valois, après le massacre du cardinal de Guise, 1589, in-8°. Genebrard y déclare bien et dûment excommuniés les évéques, abbés et docteurs qui ont assisté au service divin. — De sacrarum electionum jure et necessitate ad Ecclesix gai licanx redintegrationem , Paris, 1593, in-12, Lyon, 1594; Liège, 1601, in-8°. C'est le meilleur ouvrage qui ait été fait contre le concordat de François Ier, et c'est celui que le Parlement de Provence condamna au feu ; Genebrard y soutient le droit des Églises pour l'élection des évéques. — Traité de la Liturgie ou sainte messe, selon l'usage et forme des Apôtres et de saint Denys, Lyon, 1597, et Paris, 160?, 2 tomes in-8*. — De Sybillis, inséré dans le livre de Joachim Perionius, De Vita sanctorum mulierum veteris testamenti , Paris, 1565, in-8°. — Epistola ad Bcned>ctum Ariam Montanum , de puritate fontis hebrxi. Cette lettre, datée de Paris le 25 novembre 1574, se Irouve à la suile des notes d'Antoïue Hulsius sur les Psaumes, Lcyde, 1650, in-12.

On peut consulter sur Genebrard les Éloges de Sainte-Marthe, livre 4; les Éloges du président de Thou avec les additions do-

Teissier; YApparatus sacer d'Antoine Possevin ; Y Histoire catholique du P. Hilarion de Coste , les Bibliothèques françaises de la Croix du Maine et de du Verdier.

Gilbert Gcnebrard avait pour armoiries, non pas comme l'ont dit jusqu'à ce jour tous les historiens : d'azur, à la flamme émargent de laquelle s'échappent six branches de laurier de même, surmontées en chef de 3 étoiles d'or, posées de fasce, mais bien, de sinople , à l'arbre d'or, au chef cousu de gueules, chargé de trois étoiles d'or. Ces armoiries se trouvent au bas d'un portrait sur émail de Genebrard, fait de son vivant, et aujourd'hui en la possession de M*r Chalaudon , archevêque d'Aix , qui a eu l'extrême obligeance de nous le communiquer.

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