ALPHONSE-LOUIS DU PLESSIS DE RICHELIEU
Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, que l'on appela le cardinal de Lyon, pour le distinguer du célèbre cardinal-ministre son frère, naquit'en 1582, et était fils de François du Plessis, seigneur de Richelieu, grand-prévôt de France, chevalier des ordres du roi , mort à Gonesse , le 10 juillet 1590, et de Suzanne de la Porte. Après la mort de François Yver que Henri IV avait nommé à l'évêché de Luçon , le 20 septembre . 1594, et qui, suivant quelques historiens, n'était qu'évôque confidentiaire, ou prête-nom des seigneurs de Richelieu, ce
prince nomma pour gouverner ce diocèse le jeune Alphonse- Louis, en mémoire des services qu'il avait reçus de son père. Celui-ci, avant d'être sacré, s'empressa de résigner, en 1605, cet évêché a Armand, son frère puîné, et entra dans l'Ordre des Chartreux, où il flt profession en 1606. Il y mena pendant 21 ans la vie la plus austère sans montrer le moindre désir de rentrer c|ans le monde.
Parvenu aux premières dignités de l'Ordre, il était prieur de Bompas, lorsque son frère, devenu tout-puissant, le lira malgré lui du cloître, et le fit, le 6 décembre 1625 , nommer à l'archevêché d'Aix, que laissait vacant la mort de Gui Hurault de l'Hospital , arrivée à Paris trois jours auparavant. Urbain VIII lui accorda des bulles datées de Sainte-Marie-Majeure , le 28 avril 4626, et dans lesquelles il se plaît à louer en lui son zèle pour la religion, sa science, la pureté de sa vie, la'sagesse de ses mœurs, sa prévoyance dans les choses temporelles et«sa réserve dans les choses spirituelles. Alphonse-Louis fut sacré le dimanche 21 juin de la même année, dans l'église des Chartreux, à Paris, par Guillaume d'Hugues, archevêque et prince d'Embrun, assisté de Claude de Rueil, évêque de Bayonne, et de Nicolas Sanguin , évêque de Senlis. Le lendemain, il reçut en personne des mains de Pierre de Gondi, archevêque de Paris, le pallium que , le 3 de ce mois, Maurice, cardinal de Savoie , avait remis à Rome à son procureur.
L'installation de l'archevêque se fit solennellement dans la cathédrale de Saint-Sauveur, le 6 décembre de la même année, et tout aussitôt il mit la dernière main à l'établissement des Chartreux que venait de fonder à Aix Jean-André d'Aymar, conseiller au parlement de Provence.
Alphonse-Louis fut transféré en septembre 1628, par le roi, à l'archevêché de Lyon, pour lequel Urbain VIII lui donna des bulles et dont il prit possession, par Antoine de Gilbertes, archidiacre de cette Église, son procureur, le 15 mars 1629. Il fit, le 10 juillet suivant, son entrée en personne dans son église métropolitaine, et le 21 août de cette année, le souverain Pontife, s'écarlant en cette circonstance du décret de Sixte-Quint, portant que deux frères ne pourraient en même temps faire partie du sacré collège, le créa cardinal-prêlre de la sainte Église . romaine. Urbain VIII , ainsi qu'il le dit, dans sa bulle de promotion, crut pouvoir déroger au décret de son prédécesseur en laveur de l'archevêque de Lyon que rendaient si recomman-
ARCHIDIOCÈSE D'AIX.
dable la grandeur de sa piété , la ferveur de son zèle pour le maintien de la discipline et la pureté de sa foi.
Le cardinal, qui prit alors le nom de cardinal de Lyon, prêta le 17 septembre suivant serment au roi pour le temporel de son Église, et ce prince après lavoir nommé, le 14 octobre 1631 , abbé commendataire de Saint-Paul de Cormery et abbé du Moutièr-Saint-Jean , au diocèse de Langres, le fit, le 24 mars 4632 , grand-aumônier de France, sur la démission du cardinal de la Rochefoucauld, et lui remit le cordon de commandeur de l'ordre du Saint-Esprit , le 14 mai 1633, au palais de Fontainebleau. Le 13 juillet 1632, le cardinal avait été élu doyen de Saint- Martin de Tours et le 12 novembre suivant, nommé abbé commendataire de Saint-Étienne de Caen.
Tant d'honneurs accumulés sur la tôle d'Alphonse, bien loin de l'enorgueillir, semblèrent au contraire être pour lui de nouveaux motifs de s'humilier devant le Seigneur, et de redoubler de ferveur et de zèle dans l'exercice du ministère épiscopal. Chargé en 1635 de se rendre à Rome pour terminer quelques différends entre la cour de France et le Saint-Siège, il s'acquitta avec succès de cette mission, et ce fut pendant son séjour auprès du souverain Pontife, qu'il reçut le chapeau et le titre de la Sainte-Trinité au mont Pincius. Apprenant, en 4638, qu'une affreuse épidémie faisait les plus grands ravages dans sa ville métropolitaine, il ne balança pas sur le parti à prendre dans cette circonstance, et s'empressa de terminer les affaires qui le retenaient dans la capitale du monde chrétien pour accourir au secours de son troupeau. On vit alors ce fidèle imitateur du bon Pasteur, non-seulement prodiguer ses biens pour ses brebis, mais encore, pour les sauver, sacrifier sa vie qu'il exposa sans ménagement, en allant visiter sans distinction de rang ou de condition, tous ceux des citoyens attaqués du fléau et qui avaient besoin de ses secours et de son ministère. « La résignation d'Alphonse-Louis aux décrets de la Providence fut éprouvée quelque temps après par la mort du cardinal-ministre, son frère, arrivée le 5 décembre 1642, et qu'il remplaça la même année en qualité de proviseur de Sorbonne. Le roi touis XIII suivit de près Richelieu dans la tombe (U mai 1643), et comme sa charge de grand -aumônier de France l'obligeait de se rendre à la cour pour y célébrer les funérailles de ce prince , le cardinal se détermina à quitter quelques jours après son troupeau, et se dirigea sur Paris. Toutefois, avant son dé-
part, il eut à s'occuper d'un fait intéressant pour l'Église de Lyon.
Le 18 mai 1643, en creusant une fosse pour une dame de Gra?si, dans l'église Saint-Laurent, qui communiquait avec L'église Saint-Paul, à Lyon, des ouvriers Orent tomber quelques pierres d'un mur dont l'ouverture donna entrée dans un caveau où l'on trouva un cercueil entouré de briques. Le bruit se répandit que l'on venait de découvrir le tombeau d'un saint, et que quelques miracles s'y étaient opérés. Le cardinal se rendit alors à l'église Saint -Laurent, descendit dans la cave et Gt ouvrir le cercueil , sur le couvercle duquel se lisait pour toute inscription : Joannes de Gerson, cancellarius Parisiensis. Le corps, vétu des habits sacerdotaux, était dans un excellent état de conservation ; un calice d'étain était posé sur sa poitrine. Après avoir pris quelques morceaux des vêtements, le cardioal ordonna que l'on refermât le caveau '.
Bien que ce fût toujours «1 regret que le cardinal s'éloignât de
• Le tombeau de Gerson , sur lequel on lisait ces mois : Sursum corda, pœnitemini et crédite Evangelio, était placé dans l'église Saint-Laurent, à droite de la chaire ; sur une plaque de cuivre attachée au mur étaient ses armes et celte épitaphe :
MAGNUM PAR VA TENRT VIRTUTIBUS URNA JOANNEM , PR&CELSUM MERITIS, GERSON, COGNOMINB D1CTUM,