‹ La France pontificaleChapitre 77 sur 148 · JÉRÔME, CARDINAL DE GR1MAUDI · texte numérisé non relu

JÉRÔME, CARDINAL DE GR1MAUDI

Jérôme de Grimaldi, né à Gènes le 20 août 1597, était flls de Jean-Jacques de Grimaldi , baron de Saint-Féli , au royaume de Naples , de la branche des Grimaldi-Cavalleroni , sénateur de Gènes , et de Hiéronima de Mari , dame aussi illustre par sa piété que par sa noblesse. Elle prit un grand soin de l'éducation de son fils , qu'elle envoya achever ses études à Rome. Il embrassa la carrière ecclésiastique, et son mérite, autant que sa naissance, l'éleva bientôt aux premiers emplois de la cour romaine.

Grégoire XV le fit, en 1621, référendaire de l'une et de l'autre signature, et Urbain VIII, son successeur, lui donna en 1625 la vice-légation de la Romagne. Jérôme fut fait, en 1628 , gouverneur de Rome, et en 1632, sacré archevêque de Séleucie; il fut alors envoyé en qualité de nonce extraordinaire auprès de l'empereur Ferdinand II. Après cette ambassade , il devint gouverneur de Pérouse et vice-légat du duché d'Urbin. En 1641 , il fut nommé nonce apostolique en France, et c'est pendant qu'il remplissait ces fonctions qu'Urbain VIII le décora de la pourpre romaine dans le consistoire du 13 juillet 1643. La baretle lui fut remise avant son départ pour Rome.

Innocent X ayant succédé à Urbain VIII le 15 septembre 1644, conçut une grande aversion pour la famille Barberini, et oubliant qu'Urbain VIII l'avait fait cardinal, et que le cardinal Barberini l'avait élevé sur la chaire de saint Pierre, il fit saisir tous les biens de ce cardinal et voulut absolument le perdre. Plus reconnaissant que le Pape, le cardinal de Grimaldi, qui avait alors le titre de Saint-Eusèbe , vint au secours de la famille persécutée , et sans s'embarrasser des ordres du souverain Pontife qui avait fait fermer les portes de Rome, en défendant expressément qu'on la laissât sortir, se rendit à deux heures de la nuit, a l'endroit où elle était cachée, fit monter dans son carrosse le cardinal François Barberini, le prince Thadée son frère , avec ses fils et une fille , les conduisit hors de Rome et les fit passer en France. Le Pape en sut très-mauvais gré au cardinal de Grimaldi , et lui en garda rancune.

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En effet, le cardinal Michel Mazarin, archevêque d'Aix, étant mort à Rome , Innocent X prétendit avoir droit de nommer à ce siège en vertu du concordat de 1515, qui laissait la nomination au Pape, lorsque le titulaire mourait à la cour pontiGcale, et nomma en conséquence l'abbé du Noizet, auditeur de rote français. La cour de France s'y opposa, soutint que le Pape était sans droit, puisque Michel Mazarin, cardinal de Sainte-Cécile, était mort à Rome, chargé d'affaires de France, et nomma le cardinal de Grimaldi par brevet du 20 septembre 1648. Innocent X s'obstina a lui refuser des bulles, bien que le cardinal eut pris en main l'administration des revenus de l'archevêché d'Aix. Ce siège resta donc vacant un peu plus de sept années.

A la mort d'Innocent X arrivée le 7 janvier 1655, le sacré collège élut pour lui succéder, le 7 avril suivant , le cardinal Fabio Chigi qui prit le nom d'Alexandre VII. Aussitôt après son exaltation, ce nouveau Pape ordonna l'expédition des bulles du cardinal de Grimaldi, elles lui furent accordées dans le consistoire du 30 août 1655. Le palliurn lui ayant été donné le 11 octobre suivant, le cardinal arriva à Aix le 25 novembre, et prit solennellement possession de son Église le 3 décembre de la même année. Il avait été reçu avec les démonstrations de la joie la plus vive. Le clergé et les ifidôles avaient conçu de lui une très-haute idée, et l'on ne se trompa point. Le cardinal se rendit à Paris, et prêta serment entre les mains du roi le 17 avril 1656, mai» immédiatement après , il revint dans son diocèse dont il commença la visite en se faisant précéder de quelques prêtres qui disposaient les peuples à s'approcher des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie , et à recevoir le sacrement de Confirmation.

La reine Christine de Suède arriva à Aix le 1« août de cette année. Logée au palais archiépiscopal, elle y demeura dix à douze jours et fut traitée aux frais du cardinal, avec une magnificence extraordinaire. Il s'occupa ensuite de l'instruction de son clergé et fit bâtir un séminaire qu'il dota généreusement et dont l'église fut ouverte le 4 novembre 1658. Il en confia la conduite à des ecclésiastiques de mérite, qui , jusqu'eh 1712 , dirigèrent ce séminaire avec le plus grand succès et à l'édification de tout le diocèse. On érigea dans l'égli3e de cette maison la confrérie de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, avec une procession tous les premiers jeudis de chaque mois , pour satisfaire à la dévotion des confrères.

Le cardinal de Grimaldi avait été nommé, en 1646, abbé cornmendataire de Blancbelande , au diocèse de Coutances , il donna la démission de ce bénéfice en 1648 , mais Louis XIV le fit, en 1654, abbé de Saint-Florent de Saumur, au diocèse d'Angers.

Les revenus de ces bénéfices étaient mis en dépôt entre les mains des pauvres : chaque jour, des aumônes considérables se distribuaient aux portes du palais archiépiscopal , ou. bien étaient portées en secret dans les familles honteuses*;: Ce que les pauvres n'absorbaient pas était employé à la construction des bâtiments ecclésiastiques , du séminaire , et à la construction d'une maison de campagne à Puy-Ricard. Malgré ces dépenses, les aumônes du cardinal montaient chaque année à 25 ou 30,000 écus. Il faisait donner dans les paroisses des missions fréquentes, soutenait de son autorité les bons prêtres, et n'épargnait pas ceux qui s'écartaient de leurs devoirs. Un ecclésiastique de Saint-Tropez, nommé J. Remonde, ayant publié un ouvrage intitulé : Remarques sur un livre intitulé : Théologie morale ou Résolution des cas de conscience, imprimée par ordre de M*1" l'évêque de Grenoble, Avignon, Duperrier9 1678, 2 vol. in-12, le cardinal de Grimaldi écrivit contre lui à Rome , fit condamner l'ouvrage, obligea l'auteur à se rétracter, et le fit chasser d'Avignon. Il accepta ensuite la dédicace des autres volumes de cette Théologie, et se déclara le protecteur de l'ouvrage et de l'auteur. Il fît recevoir par le clergé de France, les articles de saint Charles sur l'administration de la pénitence.

On avait pour le cardinal de Grimaldi un respect, une vénération étonnante. Une dispute ayant eu lieu en 1659, entre M. d'Estienne, ami du premier président Henri d'Oppède, et le jeune Baratte, ce dernier reçut, en se battant, une grave blessure. Cet accident, auquel M. d'Oppède n'avait eu aucune part, fut présenté comme un assassinat commis à son instigation. Il n'en fallut pas davantage pour faire naître un désordre dans la ville. Le peuple se porta chez le premier président, avec l'intention de lui faire un mauvais parti ; mais en homme que le danger n'effrayait pas, le chef du parlement traversa la foule dans son carrosse et inspira assez de respect pour arriver au palais sans être insulté. Il se plaça sur son siège , et fit assembler sa compagnie. La populace, dont l'exaltation allait toujours croissant, s'y rendit en proférant des menaces. Elle repoussa avec mépris une députation qui lui avait été envoyée et la poursuivit môme jusque dans la salle où les magistrats étaient assemblés. Leur

présence imposa tellement, que les factieux se retirèrent. Excités par le parti des mutins qui les attendait sur la place, ils rentrèrent bientôt en demandant qu'on mit à leur tète un des quatre consuls. Ceux-ci s'y refusèrent d'abord, Roquemartine , l'un d'eux y consentit ensuite, dans la vue d'empêcher de plus graves excès. Il sauva de cette manière la vie de M. d'Honorat qui se rendait au palais.

Guidés par l'espoir du pillage, les mutins se portèrent de nouveau chez le premier président. Les gens qui gardaient son hôtel firent bonne contenance. Ils tuèrent un artisan du nombre des émeutiers et en blessèrent plusieurs autres. La foule épouvantée se retira en désordre. Elle se rassura cependant et retourna au palais, en poussant des vociférations. Les rebelles forcèrent les portes et ayant pénétré dans la salle où la cour était assemblée, ils demandèrent à grands cris qu'on leur livrât le premier président. On négocia avec eux pour donner à celui-ci le temps de fuir par une porte dérobée ; mais sur la proposition qu'on lui en fit, ce magistrat, pénétré de toute l'étendue de ses devoirs, prononça, avec dignité, ces paroles mémorables : « A Dieu ne plaise que je fasse cet affront à la magistrature ; il n'y a pas d'asile plus sûr que celui où le roi m'a placé : si quelqu'un de vous ne se croit pas en sûreté, qu'il sorte. Pour moi, je ne dois rien craindre dans le sanctuaire où résident la justice et la majesté du souverain. »

Sur ces entrefaites, le cardinal de Grimaldi informé de ce qui se passait, et apprenant qu'on faisait sonner le tocsin pour grossir le nombre des séditieux, envoya devant lui deux chanoines et les suivit de près. Il se fit ouvrir la porte, entra dans le palais, prit le premier président, le conduisit jusqu'au bas de l'escalier à travers ces mutins armés, et le fit monter dans son carrosse en le couvrant de son manteau, et conduire à l'archevêché, sans que personne osât bouger. Ils étaient précédés de Thomassin Einac, parent du premier président, qui était armé de deux pistolets et d'un poignard. Le danger se renouvela à l'archevêché où la populace se porta : mais la ferme contenance du prélat arrêta les mutins. Le parlement députa au roi , qui était alors à Arles, pour l'instruire de ce qui se passait.

La cour s'avança vers Marseille , et Louis XIV fit son entrée à Àix le 17 janvier 1660, avec la reine-mère, son frère le duc d'Anjou , et Mademoiselle , fille aînée de Gaston , duc d'Orléans. Pendant ce temps, le cardinal Mazarin fit signifier au cardinal de

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Grimaldi un ordre de sortir d'Aix et de n'y point paraître, tant que le roi y serait , et cela , parce que l'archevêque était plus ancien cardinal que le ministre tout-puissant. M*r de Grimaldi obéit sur-le-champ et se retira à Villeneuve-lès-Avignon. Cet ordre lui fut très-pénible; il en porta vivement ses plaintes à Jean de Chazelles , prévôt de la métropole, et au P. Cabassut, confesseur du ministre , qui l'avaient accompagné. Il vit le roi à Avignon , à son retour; Louis XIV le reçut avec toutes sortes de distinctions, et le chargea môme d'affaires considérables a traiter à Rome , où il se rendit immédiatement. Il fit partie des conclaves où furent élus Innocent X, Alexandre VII, Clément IX et Innocent XI, et coulribua puissamment à l'élection de ce dernier, dont il admirait la vertu.

Se trouvant à Rome , le cardinal de Grimaldi se déclara le défenseur du livre d'Arnaud, la Fréquente Communion, et fut cause qu'il ne fut point condamné. Toutes les fois qu'il quittait son diocèse , il en laissait le soin à Antoine Godeau , évéque de Vence. Le cardinal alla avec ce dernier complimenter Louis XIV à Lyon. Godeau porta la parole et le fit d'une manière digne du grand roi auquel il parlait, et du grand cardinal au nom duquel il portait la parole. En avril 1667, Louis de Vendôme, duc de Mercœur, gouverneur de Provence , reçut des mains de l'archevêque d'Aix , la barrette de cardinal qui lui fut apportée par le chevalier de Crillon. La cérémonie se fit avec une grande magnificence dans l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, en présence du cardinal de Retz et de toutes les compagnies souveraines de la province.

En février 1683, le cardinal de Grimaldi devint, par la mort du cardinal César Facchinetti , doyen du sacré collège ; mais l'attachement qu'il portait à son Eglise l'empêcha d'aller à Rome jouir des honneurs attachés à cette dignité. Il était déjà accablé d'infirmités, et parvenu à l'âge de 88 ans, il mourut avec les plus grands sentiments de piété, à Aix, le dimanche 4 novembre 1685, fête de saint Charles Borromée qu'il avait pris constamment pour modèle. Sa mort jeta la consternation dans la ville d'Aix , jamais homme ne fut autant pleuré et regretté.

Le cardinal de Grimaldi eut pendant quelque temps à Aix, pour exercer les fonctions épiscopales, Jean de Malleveau, évéque d'Aulone, qui mourut à Aix le 4 mai 1683. Son épiscopat vit établir en 1658, à Aix, les religieux de la congrégation des Feuillants, de l'Ordre de Cîteaux. Par ordonnance du 29 octobre

de cette année , les religieuses de la Celle , tombées depuis quelques années dans un assez grand relâchement , furent transférées à Aix , et deux religieuses du Val-de-Grâce de Paris , commencèrent la réforme du monastère en juillet 1660. On édifia, en 1662, l'hôpital de la Charité, et en 1666, on admit à Aix les religieux du tiers-ordre de Saint-François, qui furent logés à Notre-Dame de Beauvezet. Cette môme année , un second monastère d'Ursuliaes fut établi à Aix.

Le cardinal de Grimaldi portait pour armoiries : Fuselé $ argent et de gueules, au chef d'argent chargé d'une aigle éployée de gueules.

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