VOS SCIENTIA ET DOCTRINA
Les œuvres de zèle pastoral unies à un noble caractère, à une affabilité qui savait se faire toute à tous, désignaient l'évèque de Belley à l'attention du gouvernement impérial pour une position plus haute. Et en effet, un décret du 4 février 1857, rappelait au sttge archiépiscopal d'Àix, vacant par la mort de M*r Darcimoles. Le souverain Pontife ratifiait cette nomination dans le consistoire du 19 mars, et le 26 avril suivant, le jour môme où il prélait serment entre les mains de l'Empereur, le nouvel archevêque recevait le pallium des mains de Son Eminence le cardinal Morlot, archevêque de Paris, de pieuse mémoire. Cette cérémonie eut lieu dans la chapelle des Lazaristes. Un lien de sainte paternité unissait M*r Ghalandon à cette famille religieuse. Le 29 septembre 1856, il avait présidé à Chàtillon-les-Dombes, l'inauguration de la statue élevée dans cette ville à saint Vincent-de-Paul, et le lendemain , il avait bénit les nouvelles constructions de l'église de l'Abergement , dépendant de la même ville , et recommandable par un pèlerinage assez fréquenté «n l'honneur de saint Lazare. Tout le monde le sait. De 1615 à 1621, saint Vincent-de-Paul, curé de Chàtillon, y avait donné carrière â son zèle apostolique et à son amour pour les pauvres ; c'est là que lui était venue la première idée de la création des Filles de la Charité ou des servantes des pauvres, comme il les appelle; il était naturel que sur le théâtre de ces grandes œuvres et 4e ces grandes pensées , s'en perpétuât, par un monument, la mémoire. C'est pour ainsi dire , à son ombre que M«f l'archevêque d'Aix, d'Arles et d'Embrun, voulut recevoir les insignes de aa nouvelle dignité et placer sous le patronage du saint qu'il s'était plu à honorer, les prémices de son archiépiscopal.
Aix , une fois connu de son archevêque , n'eut rien à envier À Belley. Divers événements avaient rendu ce |siége métropolitain
♦ Cette manière de souligner est de Mgr Ghalandon lui-même. Voyez fa Vii de l'abbè Gorini, par M. l'abbé Martin, ancien vicaire général d'Avignon, protonotaire apostolique.
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très-difficile à remplir, et personne n'était plus propre que Mfr Chalandon à concilier les esprits, à dissiper les préventions, à réparer les ruines. Dès son arrivée dans l'ancienne capitale de la Provence, à force de douceur, de droiture, de charité, il aplanit toutes les difficultés. Il rapprocha ceux que de vieilles habitudes tenaient éloignés les uns des autres, et apprit aux diverses classes de la société , à s'unir et à travailler, de concert au bien commun. Depuis que M** Chalandon est archevêque d'Aix, l'aristocratie qui se mêlait difficilement autrefois aux familles plébéiennes , s'est fusionnée dans ses salons à la bourgeoisie, et la magistrature ne s'est pas isolée du clergé. Le palais archiépiscopal est devenu pour tous comme une sorte de terrain neutre, offert à tous avec la môme bienveillance, accepté par tous avec le môme empressement.
Dans son zèle , pour exercer une influence salutaire sur les diverses classes de la société , M*r Chalandon n'a point oublié la société la plus naturelle d'un évêque, celle de ses prêtres. Il aime à se trouver au milieu d'eux , et prend volontiers avec eux le ton d'une paternelle familiarité pour les débarrasser de toute gêne et de toute contrainte. Chaque dimanche, pendant l'hiver, il fait asseoir à sa table quelques membres du clergé de sa ville archiépiscopale, et le plus humble vicaire y est appelé aussi bien que le plus vénérable curé. Du reste, les curés de village, que les intérêts de leur paroisse conduisent à Aix, n'ont pas besoin de chercher, dans la ville, une maison hospitalière; ils n'ont qu'à se présenter au palais archiépiscopal, sûrs d'être admis à la table de Monseigneur avec une franche et douce cor» dialité.
Quand le pasteur a quitté momentanément son troupeau, ce n'a été qu'appelé par des solennités mémorables.
Le 14 septembre 1859, il se trouvait dans son ancien diocèse, jaloux qu'il était de mêler ses larmes et ses prières aux prières et aux larmes répandues par tout un peuple sur le tombeau d'un humble prêtre. Toute la France, disons mieux, le monde car tholique tout entier connaît le vénérable curé d'Ars ; mais nul n'a pénétré plus avant dans les secrets de la vie intime de ce grand serviteur de Dieu que M* Chalandon, son évêque, pendant sept ans. Mieux que personne, il pouvait dire quels trésors se cachaient au fond de cette grande âme , si favorisée du ciel ; aussi M. Viannay trouva-t-il, en l'archevêque d'Aix, un panégyriste digne de lui.^Ces accents émus d'une voix autorisée, cette
connaissance profonde de l'homme que tous pleuraient, cette conviction , celte certitude de sa sainteté passe des lèvres du pontife et de son cœur dans le cœur de la foule, et le défunt est désormais, à ses yeux, un bienheureux qu'on invoque, mais qu'on ne pleure plus.
Un mois plus tard , l'image de Marie se dressait triomphante au sommet de la tour de Notre-Dame des Doms, a Avignon. M** d'Aix apportait, à la suite de beaucoup d'autres évêques, son tribut d'hommages aux pieds de la Vierge immaculée. L'année suivante, il devait ✓ personnellement lui en offrir un autre , en inaugurant de nouveau sa statue, disparue depuis les mauvais jours de 1793, au fronton de l'église paroissiale de Rognac. Le 20 mai 1860, il présidait a Saint-Maximin , à la translation solennelle du chef de sainte Marie- Madeleine, et, dans cette circonstance , NN. SS. de Mazenod , évôque de Marseille; Plantier, évéque de Nîmes; Depéry, évéque de Gap; Jordany, évéque de Fréjus, etJeancard, évéque de Cérame in partibus, auxiliaire de Marseille , lui faisaient un cortège digne de lui.
Il n'y a pas eu enûn , dans ces dernières années, en Provence, une grande cérémonie religieuse à laquelle l'archevêque d'Aix n'ait pris part, et si on l'a entendu prononcer les oraisons funèbres de M«r de Mazenod, évéque dé Marseille, et de M*r Depéry, évôque de Gap, c'est avec non moins d'éclat qu'on le voit, le 9 février 1859, reprendre, de concert avec M«r Jordany, évôque de Fréjus, possession , au nom de la religion, de l'antique monastère de Lérins , dont l'Église avait été dépouillée depuis près de soixante-dix ans. Il a assisté aux grandes fêtes qui ont réuni, à Rome, en 1862 et 1867, une grande partie de Pépiscopat catholique, et, dans ces deux voyages, le souverain Pontife Ta toujours accueilli avec la plus paternelle bienveillance et lui a donné des témoignages de son estime particulière en le créant comte romain et prélat assistant au trône pontifical. En octobre 1862, il publiait, dans la cathédrale de Nice, la bulle pontificale qui détachait le diocèse de Nice de la juridiction métropolitaine de Gênes, pour le rattacher à celle d'Aix.
Nous n'étonnerons enfin personne en constatant que , par l'aménité de son caractère et par la douceur qui préside a toutes ses relations, M*r Chalandon est vénéré et aimé par son clergé et par les fidèles, qui ne cessent de faire les vœux les p!us ardents pour que Dieu le conserve longtemps à son troupeau.
Nous avons été nous-mêmes témoins des regrets que sa perte eût causés à son diocèse, lorsqu'à la mort du vénérable cardinal Morlot , à la fin de 1862 , il fut , pendant quelques jours , question de sa nomination à l'archevêché de Paris.
Outre l'ouvrage dont nous avons parlé ci-dessus, on doit à M«r Chalandon : Souvenirs et exemples. Petites notices offertes aux jeunes chrétiennes, avec un règlement de vie, Metz, Pallez et Rousseau; Paris, Sagnier et Bray, 2e édition, 1846, in-12; 5e édition, 1855, in-12 ; Éloge funèbre de Madame Charlotte- Françoise- Victorine de Rouyn , comtesse de Salse-d'Apremont , prononcé le 20 février 1850, dans la chapelle de Saint- Joseph , devant les dames de l'Œuvre des Orphelines, Metz, 1850, in-8° de 60 pages ; Oraison funèbre de M*r Dévie , prononcée dans l'église de Notre-Dame de Bourg, le 26 août 1852, Bourg, 1852, in-8°; des Mandements et Lettres pastorales, soit à Belley, soit à Aix. Nous savons qu'en ce moment le vénérable et pieux prélat s'occupe d'écrire la Vie de M. Fissiaux, chanoine honoraire de Marseille, supérieur général de la Société de Saint-Pierre-ès- Liens, mort en décembre 1867.
Chevalier de la Légion d'honneur, par décret impérial du 16 août 1854, M«r Chalandon a été promu officier de cet ordre le 13 août 1862, et a été créé commandeur de l'ordre de Saint- Maurice et de Saint-Lazare de Sardaigne, par une décision royale du 21 décembre 1856.
Les armoiries de M*r Chalandon , sur un écu de forme ovale , sont : d'azur, à un Saint-Georges de carnation, vêtu et nimbé d'or, portant un bouclier d'argent à la croix d'azur, et monté sur un cheval de bataille effaré, bardé, haussé et caparaçonné d'or, foulant aux pieds un dragon ailé de sinople, et pour devise, en lettres gothiques : Georgi, noli timere, ecce ego tecum sum.