‹ La France pontificaleChapitre 91 sur 148 · GEORGES-CLAUDE-LOUIS-PIE CHALANDON · texte numérisé non relu

GEORGES-CLAUDE-LOUIS-PIE CHALANDON

,Fils d'Antoine Chalandon, négociant, adjoint au maire de Lyon, et de Jeanne Brossât, M*r Georges-Claude-Louis-Pie Chalandon est né à Lyon, le 15 février 1804. Ses parents, jouissant d'une fortune considérable, purent lui donner l'instruction la plus complète , sans l'éloigner de la maison paternelle pour le confier à un établissement universitaire. C'est à l'ombre du foyer domestique^ l'abri de toute contagion que se développèrent, sans obstacle, ses heureuses qualités, et ses progrès dans l'étude des lettres et des sciences ne furent surpassés que par ses progrès dans les vertus chrétiennes. Une piété précoce, un goût marqué pour les cérémonies religieuses firent bientôt pressentir sa future vocation. Arrivé à ce moment si grave dans la vie , oû le jeune homme doit prendre une décision de laquelle dépendra le bon ou le mauvais emploi de ses jours , il annonça son désir d'entrer

dans la carrière ecclésiastique. Nul ne fut étonné de sa résolutiou, et nul aussi n'en fut affligé. Les bénédictions de sa famille l'accompagnèrent au séminaire de Saint-Sulpice, où il vint faire toutes ses éludes théologiques.

C'est dans cette sainte et célèbre maison religieuse qu'il reçut tous les ordres. La tonsure lui fut donnée le 21 décembre 1822, par M*r de Quelen, archevêque de Paris, qui, le 21 décembre 1823, lui conféra les quatre ordres mineurs. Le jeune abbé se consacra sans retour à Dieu, le 28 mai 1825, en recevant le sousdiaconat, des mains de de Saint-Bauzille, évéque de Tempé, in partibus, chargé de suppléer M«r de Quelen , qu'appelaient à Reims les grandes cérémonies du sacre du roi Charles X. Ce dernier prélat enfin lui conféra le diaconat le 20 mai 1826, et l'éleva à la prêtrise le 31 mai 1828. Pendant le cours de ses études théologiques , son goût et son aptitude pour la prédication avaient commencé à se révéler, et, désigné pour faire le catéchisme aux enfants, il avait rempli cette mission difficile avec un rare succès et avec une onction et un zèle qui devaient plus tard caractériser sa prédication. Chargé le 6 janvier 1827, de la conduite du catéchisme de persévérance , à la place de M. Darcimoles , il s'efforça de maintenir les Associées dans l'observation du règlement. Jaloux de voir chacune d'elles remplir fidèlement l'étendue de leurs obligations, il conçut le projet d'un Manuel pour les Associées et les dignitaires, travail utile et qu'on aurait mis au jour dans des circonstances favorables , si la publication du Directoire n'eût atteint le même but. M. Chalandon compulsa la tradition des catéchismes de Saint-Sulpice, et contribua à la rédaction du Manuel des catéchistes, dont on se sert aujourd'hui.

Ce ne fut point à son diocèse natal que M. l'abbé Cbalandon consacra ses premiers travaux. Un appel pressant, qui fut pour lui comme la voix de la Providence , l'attira dans le diocèse de Metz. Sa famille, à Lyon, était comptée au nombre des plus honorables et des plus généreuses de la paroisse de Saint-Nizier. Le curé de cette paroisse, longtemps l'ami aussi bien que le guide vénéré de sa famille, était, depuis 1823, évêque de Metz. M*r Besson s'empressa d'appeler auprès de lui le jeune prêtre qu'il avait vu naître, grandir, aspirer au sacerdoce, se rendre digne de sa vocation , et dont les qualités précieuses n'avaient point échappé à son regard observateur.

Mer Besson le nomma d'abord vicaire à la paroisse de Saint-

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Martin , à Metz, et, pour te dédommager du sacriûce qu'il avait fait en renonçant à sa ville natale et en s'éloignant de sa famille, ne tarda pas à lui donner de nombreuses preuves de sou attachement paternel. Il lui donna la mosette de chanoine honoraire, et le nomma, le 4 8 février 1835, chanoine titulaire et théologal du chapitre. À ce dernier titre, le soin de la prédication lui revenait de droit , et Ton n'a point oublié, à Melz , de quel cachet de science, d'onction et de talent était marqué l'enseignement du jeune théologal. Cependant la réputation d'orateur de l'abbé Chalandon avait bientôt franchi les limites de sa seconde patrie, et un grand nombre de villes réclamèrent le bonheur de l'entendre. C'est que sa parole avait en effet, un empire puissant sur les masses , sur les hommes notamment. En maintes circonstances il remporta, auprès de ces derniers, de véritables triomphes.

Ainsi désigné pour des distinctions plus que méritées, il reçut bientôt de M*r l'évéque de Metz des lettres de vicaire général honoraire, ce qui ne l'empêcha pas de se livrer presque sans réserve au ministère de la prédication. Sans rechercher les ornements de l'éloquence humaine, et le luxe littéraire des ornements profanes, il s'efforçait, le plus souvent, d'imiter le ton simple et onctueux de l'Évangile : sa parole se trouvait toujours à la portée de tous les esprits, aussi, on accourait en foule pour l'entendre, soit qu'il exposât les vérités du dogme et de la morale , avec cette solennité dont la chaire française a gardé l'habitude depuis le XVIIe siècle , soit qu'il adressât aux habitants de la campagne ou à des congrégations pieuses de familières exhortations. Prenant au sérieux son titre de théologal , M. Chalandon se faisait un devoir de donner chaque année, à la cathédrale , une série d'instructions. Les stations de l'A vent et du Carême le trouvaient toujours prêt à monter en chaire, tantôt dans une riche paroisse, tantôt dans un humble village. C'étaient surtout les retraites qu'il prêchait volontiers.

La prédication n'absorbait pas cependant tout le temps de l'abbé Chalandon. Il en trouvait encore pour s'occuper d'une foule de bonnes œuvres. La Propagation de la foi, les Confé» rences de Saint- Vincent-de-Paul , l'œuvre de Saint-François- Xavier, lui durent de prompts développements. Il fit fleurir la réunion des Enfants de Marie, ouvrit un abri protecteur aux orphelins et aux orphelines, donna aux soldats un enseignement religieux proportionné à leur situation, et favorisa l'établissement

de l'Œuvre du patronage et de la société des Jeunes-Économes.

Sur la demande du vénérable Raimond Dévie, évéque de Belley , le prince Louis-Napoléon, président de la République, par arrêté du 31 mai 1850, appela l'abbé Ghalandon à la coadjutorerie de cette Église. Ce fut la première nomination faite par lui, et jamais cboix ne pouvait mieux être accueilli par le clergé de France. Préconisé dans le consistoire du 3 octobre suivant, sous le titre d'évêque de Thaumacum in partibus, coadjuteur avec future succession , il fut sacré dans la cathédrale de Belley, le 12 janvier 1851 par M. Dévie lui-môme, assisté de Pierre Chatrousse, évêque de Valence, et d'Hippolyte Guibert, évêque de Viviers.

Le nouveau pontife déploya dès lors tout le zèle dont le cœur de l'apôtre était embrasé. Dix-huit mois après son élévation à l'épiscopat , à l'époque où M*1" Dévie rendait son âme à Dieu, son coadjuteur avait visité tout le diocèse dont il allait seul dès lors avoir la sollicitude. La mort de l'évôque de Belley arriva le 25 juillet 1852; elle ne changea en rien la façon de vivre de son successeur, mais elle ouvrit à son ardeur un champ nouveau.

Simple prêtre , M*r Chalandon avait souvent prêché des retraites ecclésiastiques, et le clergé de Paris a gardé un souvenir précieux de celles qu'il prêcha en cette qualité pendant plusieurs années. La dignité dont il est revêtu désormais, en assurant plus d'autorité à sa parole, lui confère aussi une plus complète liberté de tout dire. Il le fera avec cette sage mesure qui est le signe distinctif de l'expérience, unie au talent. Grâce à Sibour, Paris eut le premier l'honneur d'entendre, en 1854, l'évôque de Belley dans la chaire du séminaire de Saint-Sulpice. Un grand nombre d'autres diocèses , Bordeaux notamment , furent non moins heureux , et l'illustre prédicateur eut la joie de retremper bien des âmes sacerdotales et d'y ranimer le feu sacré çà et lâ, languissant parfois, hélas! sous l'influence du monde auquel le prêtre se trouve forcément mêlé par son ministère même. Gomment n'eût-on pas senti le désir de devenir meilleur en entendant cette parole limpide et calme , qui disait si bien et qui frappait si juste, en même temps qu'elle demandait à la charité de Notre-Seigneur, le secret d'adoucir les blessures nécessaires qu'elle portait aux âmes? Les retraitants ne pouvaient se défendre d'un souvenir qui, tout naturellement, venait à l'esprit des auditeurs de M** Chalandon. Dans le successeur de Pami de cœur de saint François de Sales, ils voyaient revivre

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quelque chose de la grâce, de la simplicité , de la piété du bienheureux évéque de Genève, et c'était là pour son frère deBelley un gage assuré de succès.

Non moins favorisées que les ecclésiastiques, les communautés religieuses trouvèrent aussi dans M*r Ghalandon un guide aimable et sûr. Non content de leur offrir dans ses instructions la théorie du bien , il voulut leur laisser un exemplaire écrit de vertu , et dans ce but, il publia la Vie de Madame de Mejanès , fondatrice et première supérieure générale des Sœurs de Sainte-Chrétienne (Metz , 1846 , in-12). Si ce livre s'adresse surtout aux membres de cette dernière congrégation , honneur du diocèse de Metz, il donne aussi à toutes les religieuses vouées à l'œuvre importante de l'éducation, des leçons d'une incontestable utilité pratique. Grâces à lui, la voie est tracée, il ne s'agit plus que de marcher.

Les temples spirituels ainsi consolidés et embellis, il fallait songer aux temples matériels, qui, dans le diocèse de Belley comme ailleurs , portaient trop de traces des ravages exercés aux mauvais jours. Les uns reçurent une restauration intelligente; les autres, comme à Lagnieu, à Saint-Martin -du-Mont, à Villebois-sous-Belley , insuffisants ou trop ruinés, s'élevèrent à -nouveau et devinrent l'ornement de la contrée. Enfin les malades et les enfants connurent aussi, par des actes, que leur bon évéque pensait à eux et s'occupait d'assurer, à ceux-ci un asile et des secours, à ceux-là, le bienfait d'une instruction solide, parce qu'elle devait être chrétienne.

A Belley , W Chalandon continua les œuvres de ses prédécesseurs. Il créa la caisse des prêtres infirmes et fit, à l'occasion de - la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception, une visite pastorale d'un nouveau genre. Il parcourut les pieuses paroisses de son diocèse pour ériger deux à trois cents statues en l'honneur de la très-sainte Vierge. Il eut le plaisir d'associer au chapitre de Belley, en les nommant chanoines honoraires, un saint et un savant, le curé d'Ars et l'abbé Gorini. A cette occasion, il écrivit à ce dernier la lettre suivante , le 9 mai 4856 : * Pour honorer la piété, j'ai nommé M. le curé d'Ars, chanoine honoraire ; pour honorer la science ecclésiastique , je vous accorde la môme distinction. M«r Dévie , si bon appréciateur des études historiques, applaudit dans le ciel à cette nomination, et il me semble que, dans celte circonstance, je ne suis encore que son coadjuteur. Deux évêques vous donnent donc le camail. Sur la terre vos confrères , qui se font remarquer en si grand nombre

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parleur zèle pour la science sacerdotale, applaudiront aussi à uBe faveur, par laquelle, ne pouvant les honorer tous, je veux au moins récompenser celui d'entre eux qui se signale le plus par l'ardeur et le succès de son travail/ Heureux le diocèse â qui son évêque peut appliquer dans le secret de son cœur la parole du prophète : Dabo vobis pastores juœta cor meum et pascent

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