‹ La France protestante (volume 2)Chapitre 104 sur 252 · FARCY — FAREL · texte numérisé non relu

FARCY — FAREL

que l'occasion s'en présenterait. Une seconde tentative ayant été plus heureuse, il avait rejoint sa famille à Yverdun, où il fit son testament, le 8 février 1689. Après sa mort, sa veuve passa en Allemagne ; il parait qu'elle s'établit à Kôsteritz; c'est au moins dans cette ville qu'elle maria, en 1699, sa fille Sara avec Louis Tiolet, chirurgien de Lezan, également réfugié. Trente années d'exil n'ayant pu habituer Tiolet et sa femme à l'idée de mourir loin de leur patrie, ils s'adressèrent, en 1747, au cardinal de Noailles pour lui demander la permission de revenir en France, lui promettant de suivre la religion romaine, pourvu (ce qu'ils le suppliaient en grâce de leur octroyer) qu'on leur accordât la communion sous les deux espèces et qu'on ne leur défendit pas de lire la Bible. Nous ne connaissons pas la réponse ; mais si l'on répondit, ce fut certainement par un refus.

3. FARCY (Georges), « tinturier de la cité d'Arles en Provence, » reçu habitant de Genève, avril 155o; — (Jean), de Praroroan (Vaud) étudiant à Genève, 1606; — (Jean) né en 1636, fils d'Israël Farcy et de Elisabeth Périsse, ancien ministre de Mouchamp, marié à Gharenton, août 1676, avec Françoise Nouail, fille de Pierre, sieur de la Daudrairie et de Jeanne Christel. — (Jean) ministre à Houdan, 1665 ; à Herly, 1667; à La Norville, 1669. — (Jean de) pasteur de l'église de Nouvelle Patente à Londres, en 1689.

FARDEAU (François), martyrisé à Angers en 1547 avec : Simon Le Royer, Jean de La Vignole, Denis Savreau et Guillaume Rev. • L'Evangile ayant été receu en ce temps avec grande avidité à Angers, ville épiscopale avec université, et remplie de prestres et de moines autant ou plus que ville de France, pour sa grandeur et pour la fertilité du pays; quelques-uns favorisés mesmepar Tevesque, nommé Jean Olivier, frère du chancelier, homme de bon savoir et de gentil esprit, firent assemblées qui ayant été descouvertes, entre autres les cinq susnommés scellèrent la vérité de Dieu par une mort heureuse et de leur sang, comme d'une saincte semence procédèrent tost après plusieurs centaines de fidèles » (Crespin).

1 . FAREL (Guillaume), le plus fougueux et l'an de nos plus intrépides réformateurs [Haag, V 59-72J.

Il naquit en 1489, les uns disent à Gap, les autres au hameau des Fareaux près Gap, ce qui revient au même, car le hameau est tellement rapproché de la ville qu'ils font partie, depuis 1789, d'une même circonscription communale.

Etait il issu, comme on l'a dit souvent, d'une famille de bonne et haute noblesse du Dauphiné? Ou bien les noms indiquentils que le village des Fareaux était la demeure de Farel paysans cultivateurs, qui vivaient aux champs, sur leur bien, dans l'indivision, comme le faisaient d'autres vieilles familles dauphinoises (voy. t. II, col. 986)? L'une et l'autre allégation sont également inexactes. Les Farel étaient incontestablement nobles et se qualifient tels, mais de petite noblesse notariale. C'est ce que démontrent les renseignements certains que deux érudits de ce pays l ont puisés dans diverses archives et dont voici le résumé.

Aux archives du dép. des Bouche.s-du Rhône (Ord. de Malte, commanderie de Gap) existe un acte, en date du 25 fév. 1366, signé par noble Guillaume Farel li c notarius de Pelaportu. » Ce serait le premier ancêtre connu de notre Guillaume Farel. Ce lieu de Pelleport, d'après un compte de la châtellenie du Champsaur en date de 1406 (archiv. du dép. de l'Isère) était dans la paroisse « de Laya. » Le nom de Pelleport ne se retrouve plus aujourd'hui *, mais la commune de Laye où il s'est absorbé, est limitrophe de la ville de Gap et contigue* au hameau des Fareaux

1 1° Notre collaborateur M. Jos. Roman, de Piccomtal près Embrun, lequel a déjà communiqué ses renseignements a M. le pr. Arnaud pour son Hiêt. des ProUst. du Dauphiné (3 vol. in-89 1875 ; voy. le t. I, p. 527) et publié une notice sur La première guerre de religion à Gap (Gap, 1877, in-8°) où l'origine de la famille Farel est élucidée, et a bien voulu depuis continuer et compléter ses recherches pour la « France protestante ; » — 2° M. Cbarronnet , archiviste des Hautes- Alpes , dans son livre : Les guerres de religion et la Société protestante dans Us Hautes- Alpes; Gap. 1861, in-8°. Leurs renseignements proviennent principalement des registres de Mutonis et autres notaires, aux archives du chapitre de Gap. Les « Annales des capucins de Gap, » rédigées en 1658 ajoutent quelques détails, dont beaucoup très erronés.

* Comme beaucoup d'antres dans les Alpes, il a disparu avec la famille qui le portait. Celui des Fareaux l'a remplacé.

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qui môme en fait partie au point de vue ecclésiastique. Un noble François Farel, descendant suivant toute vraisemblance du précédent, puisqu'il était également notaire à Gap (en 1480, archiv. du chapitre de Gap), eut pour fils noble Antoine notaire à son tour, et Sébastien souche d'une branche qui persévéra dans le catholicisme. Antoine assista au mariage de Sébastien son frère (en 1505) et lui-même épousa Anastasie d'Orcières d'une noble et très ancienne famille de la vallée du Champsaur ; il mourut avant 1530 et sa femme en 1534 ou 35 *. De cette dernière union naquirent : 1° notre Guillaume ; 2° Daniel qui se retira en Suisse ; 3<> Claude (voy . plus loin col. 390, n. 2) marié à Louise de Beauvais; 4<> Jean-Gabriel, prêtre bénéficier de Gap *, mort avant 1546 ; 5° une fille mariée à Honorât Riquetti * ancêtre direct de Mirabeau ; 6<> Jean-Jacques, marchand à Gap, qui épousa en 1540, Jeanne de Montorcier, fille de Guillaume de Montorcier et de Marguerite Rambaud 4 , d'une noble famille du Champsaur, laquelle Jeanne vivait encore en 1584 et eut deux fils David et Jean; 7° Gautier ou Gaucher, grenier épiscopal de Gap en 1532, marié à Françoise de Beauvais sœur de Louise. Daniel, Claude, Gaucher et Jean-Jacques quittèrent Gap et se rendirent en Suisse pour participer à l'œuvre de leur frère aîné ; Gaucher fit un testament à Morges en 1570, entre les mains du notaire Crinsoz de Cottens ; il laissa trois fils, Jacques, Israël et Jean- Zacharie de Farel des Fareaux (ainsi qu'ils sont nommés dans les actes notariés) et deux d'entre eux reparurent à Gap, en 1571 à la recherche des débris de l'hoirie paternelle, tous ces fugitifs de Gap ayant eu leurs biens confisqués par sentence du parlement de Grenoble comme biens d'hérétiques. La descendance des frères de Farel subsista, en Suisse, au moins jusque dans le milieu du XVII1»* siècle 6. Ce

1 Herminjard, IV, 453, note 5.

* Notes de M. Romak.

8 Cbarronnet, p. 17.

4 Marguerite Rambaud était la tante do capitaine Furmcyer qui, en 1562 , s'empara de Gap, et fat le premier chef des protestants en Gapençais.

6 Noos trouvons chez les notaires de Genève : Noble Jacques Farel demeurant à Senarclens, en 1562, fondé de pouvoir de nob. Guill. Prévost seigF de S'- Germain (J. Ragueau not , V, 65) ; — Pierre, fils de feu Aymé Prévost, ministre de

tableau de famille nous a contraint d'anticiper sur l'histoire du réformateur.

Le notaire Antoine Farel, père de cette nombreuse lignée, fit donner à tous ses fils une éducation solide; mais les ressources littéraires de la province ne suffisaient pas à l'esprit curieux de Guillaume. U obtint, à grand' peine, la permission d'aller étudier à Paris. La, il fut un des disciples favoris de Lefèvre d'Elaplet, qui professait alors à l'Université de Paris les mathématiques et la philosophie (et aussi de Gérard Roussel ou Rujfi). Farel n'avait guère que 22 ans lorsque ce maître illustre luj disait en travaillant à son commentaire sur saint Paul (1512), cette parole prophétique : c Mon fils, Dieu r renouvellera le monde et tu en seras le témoin. »

A cette époque, la philosophie n'était encore que l'humble servante de la théologie, bien qu'elle tendit à s'affranchir, en sorte qu'il était presque impossible d'étudier Tune sans l'autre. A la lecture d'Aristote, Farel joignit celle de la Légende dorée et sa piété prit tous les caractères de la bigoterie, c Pour vray, écrivait-il « plus tard, la papauté n'estoit et n'est « tant papale que mon cœur l'a esté... S'il « y avoit personnage qui fût approuvé « selon le pape, il m'estoit comme Dieu. > Il raconte en tête de son vrai usage de la croix l'histoire d'un pèlerinage qu'il fit étant jeune à Sainte-Croix près de Tallard (Hautes- Alpes) et dans lequel il assista aux tromperies du gardien de la chapelle.

Dans l'ardeur de sa dévotion, il en vint à vouloir copier les austérités des cénobites ; il avait surtout une vénération profonde pour les Saints, c tellement, nous dit-il, « que je pouvoye bien estre tenu pour un « registre papal, pour martyrologe et tout • ce qu'il faut en toute idolâtrie et dia- « blerie papales, en laquelle n'ai cogneu

Bossy, terre de Gex, épousant en 1581 Jeanne, fille de nob. Jacques Farel (Mar. Dunant, 105 et 126) ; — nob. Jacques Farel, habitant 1584, S Valeiry (Blécheret XIV, 155). — Nobles Daniel et David Farel frères, demeurant en 1602 S Valeiry (Dagonneau, V. 257); — Nob. David Farel, seigr de Dupillon en Daupbiné, achetant un mon* lin en 1615 a Valeiry (Et. Bon, VL 549) ; — Mariage, en 1629, de Franc. Borsat (voy. ci-dessus t. II, col. 911), ministre de Saoonnay-le-grmnd avec Pernette, fille de Pierre Prévost ministre et de Jeanne Farel sœur de Joseph Farel, aussi ministre (La Corbière, Vin, 880).

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« aucun qui m'ait vaincu. > Son maître Le Fèvre d'Etaples n'était guère moins fervent adorateur de la Vierge et des Saints, dont il s'occupait alors à recueillir les légendes pour l'édification des fidèles. « Il faisoit, nous raconte Farel, les plus grandes révérences aux images qu'autre personnage que j'ai cogneu, et demeurant longuement à genoux, il prioit et disoit ses heures devant icelles, a quoy souvent je lui ay tenu compagnie, fort joyeux d'avoir accez à un tel homme. » Cependant le soin qu'il apportait à rassembler ces vies, pleines de fables ridicules et de grossiers mensonges, ne lui faisait pas négliger l'étude de la Bible, et ce furent ses conseils qui engagèrent Farel à lire le Livre saint. Quel étrange bouleversement dans ses idées ! Il cherche en vain, et il ne trouve mention dans l'Evangile ni de pape, ni de hiérarchie, ni d'indulgences, ni de purgatoire, ni d'œuvres surérogatoires, ni de messe, ni de célibat des prêtres, ni de tant d'autres inventions humaines, c II fut fort ébahi, dit-il, en voyant que sur la terre tout estoit autrement en vie et doctrine que ne porte la saincte Escripture. » Toutefois il ne se rendit pas sur-le-champ à l'évidence, il lui en coûtait de renoncer à des croyances et à des pratiques qui lui étaient chères ; < il c a fallu, ajoute- t-il, que petit à petit la « papauté soit tombée de mon cœur. » A la suite d'une lutte longue et pénible ' la vérité finit cependant par triompher, et dès cet instant, Farel prit avec lui-même l'engagement sacré de devenir acteur dans le drame religieux qui se jouait en Europe. Afin donc de se rendre digne de remplir la mission qu'il s'imposail,iI s'appliqua avec un redoublement de zèle à l'étude; il apprit le grec et l'hébreu pour se mettre en état de lire la Bible dans le texte original ; il dévora les écrits des Pères pour se fortifier dans ses nouvelles croyances, et il acquit assez de connaissances pour prendre le grade de maître -es- arts. Au mois de janvier 1517, il est inscrit sur le rôle des gradués ayant droit à un bénéfice ecclésiastique. Il parlait, dans son carnet, des progrès qu'il réalisa encore par ses études à Paris pen-

1 Elle dura trois ans. Voy. la Corresp. des rt/ n" 204 et 214, et la c Lettre a tons seigneurs, » ci-après col. 411, n° iv.

dant le cours des années 1519, à 1522 \ Le Fèvre qui avait conçu pour son disciple une grande amitié, lui procura par son crédit une place de professeur au collège du cardinal Le Moine, et peu de temps après, en 1521, il le mena à Meaux, où il était appelé lui-même par l'évéque Briçonnet, qui était revenu de son ambassade de Home tout pénétré de la nécessité d'une réforme.

Il parait que Farel ne fit pas un long séjour à Meaux. Brûlant du désir de faire partager ses convictions à ses concitoyens, il partit pour le Dauphiné, mais il y rencontra une violente opposition et rat chassé de Gap par les habitants qui trouvèrent c sa doctrine fort étrange. » L'insuccès ne refroidit pas son enthousiasme, en sorte qu'il finit par gagner à l'Evangile quelques personnes parmi lesquelles il compta avec bonheur quatre de ses frères *. Satisfait

1 Le pastear David Ancillon qui écrivit une vie de Farel aux environs de l'année 1680 (voy. t. I, col 217, n° V) avait en sa possession ce livre de raison on carnet snr lequel le réformateur inscrivait les événements et les dépenses de chaque jour, c Les mémoires de Farel..., le journal de Farel que j'ay entre mes mains, » dit-il a plusieurs reprises (L'idée du fidèle ministre ou Vie de Farel (voy. p. 65, 98, 202 etc.). Ce précieux livret s'est malheureusement égaré, en Prusse, mais nous avons peine a croire qu'il soit perdu.

* Daniel, réfugié en Suisse on il fut employé par MM. de Berne dans des affaires relatives aux églises; — Claude, fugitif de Gap vers 1582, réfugié aussi dans le canton de Berne, obtient en avril 1537 la régie des grnnds biens de l'abbaye et du château de Ripaille (Herminj. IV, 212 note) ; il y ajouta la commanderie de La Chaux prés la ville de Cossonay qu'il acheta avec Gaucher son jeune frère ; — Gaucher, d'abord greffier de l'évécbé de Gap, quitte ses fonctions peu après 1582 et devient, en 1535 et 1536, intendant ou secrétaire du comte Guillaume de Ftirstemberg, chef d'un corps de dix mille lansquenets qu'il avait levés en Allemagne par l'ordre du roi François I" et amenés dans les hautes Alpes ; sur la fin de 1536, Gauoher a l'honneur d'être associé à Calvin comme représentant les Français réfugiés en Suisse et ils agissent tous deux de concert pour obtenir des villes de Basle, Strasbourg et Berne l'envoi a François I" d'une ambassade qui implore sa bienveillance pour les fugitifs (Herminj. n9 577) ; vers la même époque il s'associe à son frère Claude pour ses exploitations rurales ; ils habitaient avec leurs femmes le château de Ripaille ; ils vendent La Chaux le 25 août 1540 (Herminj. VII, 162, note 26). Les Farel parvinrent a rentrer dans les biens qui leur

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d'avoir déposé dans son pays natal la semence de la Réforme et laissant à la Providence le soin de la faire fructifier, il retourna à Meaux, où déjà l'horizon assombri présageait la tempête qui ne tarda pas à fondre sur le petit troupeau réformé. Epouvanté par les attaques de la Sorbonne, Briçonnet trahit la cause qu'il avait embrassée, et les compagnons d'oeuvre qu'il avait appelés à son aide durent fuir. C'était en 1523. Après un court séjour à Paris et une pointe très rapide qu'il fit en Guyenne \ Farel partit pour Bâle. Ainsi commença-t-il « cette longue suite de voyages et de travaux apostoliques auxquels, sans mission, sans même avoir été jamais admis au saint ministère, mais guidé par une voix intérieure comme les prophètes de l'ancienne loi, il consacra sa vie entière » (Rochas, Biographie du Dauphiné).

Quelques jours après son arrivée à Bâle, il se présenta au conseil de la ville et lui demanda l'autorisation de soutenir publiquement des thèses, selon l'usage du temps. Elle lui fut accordée, malgré l'opposition du grand-vicaire et du recteur de l'Université, qui de leur côté défendirent, sous peine d'excommunication, à qui que ce fût d'accepter le défi. Le Conseil, qui depuis longtemps luttait contre les empiétements du clergé, vit dans cette défense un attentat contre son autorité, et par représailles, il ordonna à tous théologiens, curés et écoliers, d'assister à la dispute,

avaient été confisqués. Le 22 septetnb. 1544, c Gauthier et Claude Farel, habitants de Neufchastel en Suisse, vendent tant en leur nom propre que comme maris de Françoise et Louise de Beauvais, a Jean Sonchon marchand à Gap, une maison, pré, champ au hameau des Bassets, paroisse de La je au prix de 400 éous d'or » (Bibl. nat. mss. fr. 8495, p. 288). Le 15 août 1553, Gauthier et Claude sont mentionnés dans le testament de Guillaume comme ses seuls frères vivant encore. Enfin nous avons vu que Gaucher fit son testament en 1570. On ne sait presque pas autre chose sur Claude et Gaucher Farel, quoique M. Herminjard ait publié plusieurs lettres d'eux ou a eux adressées (n" 518, 519, 539, 864), et dans lesquelles Claude prend le pseudonyme de Dubéron, Gaucher celui de La OrosonUre, en môme temps qu'ils donnent à Guillaume ceux de Domeine Franc et de Charles d'Aspremont. — Le quatrième frère, Jean- Jacques, viendra tout à l'heure, col. 899.

1 Voyez Herminjard, Corr. des réf. 1. 1, p. 180, note 2, et p. 242, lig. 7.

menaçant les récalcitrants de leur interdire l'usage des moulins et des fours, et l'abord du marché public. La dispute eut donc lieu, le 23 fév. 1524. Les thèses de Farel, au nombre de treize, roulent sur la perfection des Ecritures, la liberté chrétienne, les devoirs des pasteurs, la justification par la foi, la prédication de l'Evangile, etc. ; elles sont écrites avec modération, comme il convenait à un étranger qui demandait non pas à enseigner, mais à s'instruire. Herminjard les donne, n° 91. Quoique la dispute se fit en latin, OEcolampade dut servir d'interprète, Farel n'étant pas bien compris à cause de sa prononciation française. Les actes ne s'en sont pas conservés, mais, au rapport d'un contemporain, la victoire de Farel fut incontestée, et se compléta par la conversion du franciscain Conrad Pellican.

Farel passa quelques mois à Bâle et en profita pour aller visiter Constance, Schaffhouse, Zurich, où il fut reçu cordialement par Grebel, Myconius, Zwingle, avec qui il noua des relations étroites. Mais sa brusque franchise ne sut pas ménager l'excessive susceptibilité du grand Erasme qu'il eut l'imprudence de comparer à Balaam.

Il se fit de lui un ennemi redoutable ' qui, unissant sa haine à celle du clergé et des ennemis de la Réforme, réussit à le faire expulser de Bâle, on 1524.

Forcé de chercher un autre asile, le réformateur se retira à Strasbourg où il vécut quelques mois daus l'intimité de Bucer et de Capiton. Le pasteur Choupard, dans sa Vie msc. de Farel, affirme qu'il alla, vers ce temps, visiter Luther à Witlemberg accompagné d'Anémond de Coct ; ce voyage est attesté par QEcolampade, qui les recommandait au célèbre moine saxon, dans une lettre où il écrivait en parlant de Farel : « On ne saurait voir homme plus franc et plus sincère. » Peut-être que cette visite à Luther eut lieu avant que Farel eût quitté Bâle, car c'est en 1523 que A. de Coct était à Wittemberg.

Farel avait atteint l'âge de 35 ans, et il n'avait point encore trouvé l'occasion de travailler, aussi activement qu'il le dési-

1 Voici comment Erasme peint Farel, dés 1524, dans une lettre à l'ofâcial de Besançon : « Nihil vidi unquam mendacius, virulent ina aut seditio-

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rait, à la propagation des doctrines évangéliques. Favorisées par le doc Ulric de Wurtemberg, ces doctrines comptaient déjà un certain nombre de sectateurs à Montbéliard, lorsqu'une lettre d'QEcolampade apprit à Farel que plusieurs habitants de cette ville désiraient son arrivée parmi eux. À cet appel, il partit sur-le-champ, accompagné de Jean Du Mesnil, de Paris, et de Guillaume Du Moulin; il arriva à Montbéliard au mois de juin 1524. 11 se mit à l'œuvre avec cette ardeur impétueuse qu'il apportait dans toutes ses actions, et la vive résistance qu'il rencontra dans le clergé romain surexcitant son zèle, il répondit aux grossières invectives des chanoines de Saint-Mai mbœuf et aux excommunications de l'archevêque de Besançon, par des actes d'une témérité qui lui attira de sévères réprimandes de la part do doux QEcolampade : « Coiidono» imô laudo zelum, lui écrivait son ami, modo ne desideretur mansuétude Da operam, mi f rater, ut spiritum meum exhilares etiam hoc nuncio : quôd in tempore suo, vinum et oleum infundas, quôd evangelistam, non tyrannicum legislatorem prestes. > Et dans une autre lettre, le sage réformateur de Baie lui disait : « Neque enim excidisse animo crediderim, quomodo inter nos convenerit : nempè ut quantô propensior es ad violentiam, tantô magis te ad lenitatem exerceas, leoninam que magna ni mi ta tem columbinâ modestiâ frangas. Duci, non trahi volunt homines.» Farel n'en continua pas moins ses rudes attaques contre les moines et les images, jusqu'à ce qu'une lettre de la diète de Lucerne, écrite au duc Ulric à la sollicitation c des commis et députés à la matière de la foi dans le comté de Bourgogne, » lettre appuyée, quelques semaines après, par les menaces des Cantons, forçât le duc à éloigner le fougueux réformateur (1525).

Mais ses travaux n'étaient point restés stériles ; il avait obtenu de nombreuses conversions dans le comté de Montbéliard, et ses succès n'avaient pas été moins éclatants dans la seigneurie de Bel fort, bien que le magistrat et le clergé lui eussent interdit l'entrée de cette ville sous peine de la bart. Il retourna donc à Strasbourg, en passant par Bâle et Metz, où il s'arrêta quelques jours.

À Strasbourg, Farel retrouva son ancien

maître, Le Fèvre d'Etaples, que la persécution avait forcé de fuir. On ne sait rien sur son second séjour dans cette ville hospitalière, qu'il quitta brusquement en 1526. Il traversa l'Alsace, visita les réformateurs de Mulhouse, rentra dans Bâle pour en sortir bientôt, fit une courte apparition à Montbéliard, gagna Neuchâtel, d'où il fut chassé, dès qu'il eut été reconnu sous le costume de prêtre qu'il avait pris dans l'espoir de se faire écouter plus facilement, et gagna Berne, d'où Haller l'envoya prêcher la Réforme à Aigle, le seul pays de la Suisse romande qui dépendit entièrement des Bernois.

Il se présenta dans cette ville comme instituteur et ouvrit une école, sous le nom de Guillaume Ursinus ; nom sous lequel il lui plut de se déguiser légèrement l pour mieux assurer le succès de son œuvre, mais qui n'était point un pseudonyme car il lui appartenait du chef de sa mère *. Il eut en effet à se débattre énergiquement à Aigle contre le clergé catholique, cependant le Sénat de Berne, par une patente en date du 8 mars 1528, lui accorda permission d'y exercer définitivement son ministère. Dès le mois d'août 1526, Bucer lui écrivait Ursino Mise 8 episcopo.

Cependant ce sénat qui, par politique autant au moins que par conviction religieuse, croyait nécessaire de propager la Réforme, mais qui ne voulait pas avoir l'air de l'imposer de force, annonça une dispute publique, et invita les évéques de Lausanne, de Sion, de Constance et de

1 Et pour peu de temps; on ne le voit en user que dans le cours de Tannée 1527.

* Un de ses anciens amis et compatriote, loi écrivait le 11 février 1527 : O. Farello alias Ursinus (Herminjard, n* 194); lui-môme signait Ouil. Farel Ursinus (Herminj. n° 204) ou bien, au bas d'une lettre adressée a des religieuses, Guil. Farel Ursin serviteur de Dieu (Herminj. n* 210; 14 déc. 1527); ce n'était donc pas pour cacher son vrai nom qu'il prenait celui de t Ursin,» puisqu'on écrivait les deux noms ensemble ; c'est évidemment parce qu'il se plaisait au nom de sa mère. M. J. Roman l'a trouvée dans ses documents dauphinois, appelée Anastasie d'Orsières, nom plus exactement écrit sous la forme d'Urstères, de Urseriis ou de Urserià ; de la naturellement Ursinus. Orsiôres est en effet le nom d'un lieu où il y a des ours.

8 Herminjard, tome I, p. 461. Au XVI"* siècle, Aigle se prononçait Aille; en latin JBUa; ses habitants, AÛienses.

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Bâle à y assister (1528). Celui de Lausanne seul y envoya une députation ; tontefois l'assemblée fut nombreuse. La dispute dura dix-neuf jours, mais les débats ayant eu lieu en allemand, Farel ne put y prendre une part active. De l'aveu de Jacques de Munster, qui a fait imprimer à Soleure une relation de ce colloque, le résultat fut favorable aux Réformés. Dès le 7 février 1528 avait paru le fameux édit qui proclama que le Canton de Berne embrassait la Réforme.

Peu de temps après, des députés bernois se transportèrent à Aigle où les adversaires non seulement de la Réforme, mais du gouvernement de Berne étaient toujours fort nombreux, malgré le succès des prédications de Farel. Ils convoquèrent lès quatre paroisses qui composaient le gouvernement de ce nom et les firent voter pour ou contre la Réforme. Aigle. Bex et Ollon s'étant prononcés pour la religion protestante, Farel fut confirmé dans sa place de ministre *, et quelques résistances partielles furent promptement brisées par les mesures de vigueur du gouvernement bernois.

Mais le repos était antipathique au caractère de Farel ; c'était un homme créé pour l'action, puissamment organisé pour la lutte. Moins d'un an après, laissant à la tête de l'église d'Aigle Guillaume Du Moulin qui avait été, avec Jean Du Mènil, son actif compagnon d'oeuvre dans leur périlleux apostolat, il entreprit une série de missions évangéliques, de l'aveu et sous la protection du sénat de Berne qui le recommanda à toutes les villes, communes et seigneuries qui lui étaient soumises, dans une lettre où il ordonnait qu'on lui donnât place et audience pour proclamer la parole de Dieu : Uss befel, dann wir im Brief und Sigel geben an aile die uns verwandt sind, das si im Gehor und Plaz gehen wellend das Wort Gottes zu verkUndigen.

La première station de l'infatigable missionnaire fut Morat, où il arriva au mois de juin 1529. Trois mois après, les sectateurs de la Réforme se crurent assez forts pour demander un vote général, conformément au traité récemment conclu entre les Cantons. Berne envoya, comme commissaire chargé de présider au vote, Jacques

1 Quoiqu'il n'eût jamais été consacré.

de Wattenwyl ; mais la majorité se prononça encore en faveur du catholicisme.

Cependant le triomphe des Réformés n'était différé que de quelques mois. Farel n'attendit pas leur victoire ; dès le mois d'octobre, il se rendit à Lausanne qui avait conclu avec Berne un traité de coinbourgeoisie en 1525 : mais l'opposition de l'évoque et du chapitre, plus forte que la recommandation des Bernois, fit deux fois de suite échouer ses tentatives. Loin de se laisser abattre par ce double échec, Farel voulut tenter une conquête encore plus difficile, puisqu'il devait avoir contre lui le clergé et le gouvernement. Après avoir prêché à Bienne, sur la demande du magistrat, puis à La Bonneville, d'où les Bernois le rappelèrent, à la prière de l'évéque de Bàle, suzerain du pays, il partit pour Neuchâtel, au mois d'octobre 1529 et commença d'annoncer la Bonne Nouvelle aux portes de la ville, dans les rues, les granges, les maisons, partout où il trouva une oreille attentive. Ses prédications gagnèrent quelques âmes; néanmoins il ne tarda pas à s'éloigner, rappelé peut-être à Aigle par les soins qu'il devait à son église. Lors de son passage à Morat, on essaya inutilement de le retenir. Les Bernois l'y renvoyèrent, sur les instances des habitants, dès que la Réforme y eut été définitivement établie à la pluralité des voix, le 7 janvier

Farel profita de son séjour à Morat pour évangéliser le pays du Vully, qui ne tarda pas à abolir la messe. A Tavannes, « pour mettre bas la papauté, dit M. Merle d'Aubigné, il lui fallut moins de temps que le prêtre n'en passait à l'autel. > Il visita de nouveau La Bonneville. puis il retourna à Neuchâtel, avec l'espoir d'achever ce qu'il avait heureusement commencé. Le gouverneur Georges de Rive ayant défendu, sous des peines sévères, de le laisser prêcher, il s'arrêta à Serrières dont le curé le reçut chez lui et mit à sa disposition le cimetière, n'osant lui offrir son église. Instruits de son arrivée, quelques soldats neuchâtelois, qui avaient combattu dans les rangs des Bernois et étaient rentrés dans leurs foyers, pénétrés des doctrines évangéliques, allèrent le prendre, le placèrent au milieu d'eux et le conduisirent dans la ville. Soutenu par un petit nombre de partisans, Farel recommença ses prédications

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dans les rues; puis bientôt ses pathétiques exhortations ayant augmenté le troupeau des fidèles, il quitta la borne pour la chapelle de l'hôpital. Sourd aux recommandations qui ne cessaient de l'exhorter à la modération, en lui représentant qu'il devait se borner à éclairer et à instruire, et laisser aux magistrats le soin du reste, Farel, par des discours d'une entraînante éloquence, ne cessait d'exciter le peuple à la destruction des objets les plus vénérés du culte catholique. Aussi les sectateurs de l'ancienne religion, justement indignés d'actes qu'ils regardaient comme des sacrilèges, lui firent-ils souvent courir de grands dangers. Jamais il ne déploya plus d'intrépidité que dans un village près de Valangin, où son compagnon, Antoine Froment, ayant poussé la témérité jusqu'à arracher des mains du prêtre l'hostie consacrée, peu s'en fallat qu'ils ne fussent massacrés. Quatre ans après on montrait encore sur un mûries traces de leur sang (ci-dessus II, col. 736). A peine guéri de ses blessures, Farel se remet à prêcher contre les images avec tant de force qu'un jour, dans un élan d'enthousiasme provoqué par sa chaleureuse parole, les bourgeois de Neuchâtel l'entraînent à l'église Collégiale, chassent les prêtres qui essaient d'en défendre l'entrée, installent le réformateur dans la chaire, brisent les images, mutilent les tableaux, maltraitent les chanoines, puis inscrivent sur les murs de l'église cette inscription qui s'y voit encore : < Le 23 octobre 1530 fust abattue et ostée l'idolâtrie de céans par les bourgeois. >

Dans l'impuissance de rétablir Tordre, le gouvernement neuchâtelois eut recours aux Bernois qui décidèrent qu'on ferait voter le peuple. La Réforme fut adoptée à la majorité de dix-huit voix. Le triomphe de l'Évangile assuré, Farci confia la nouvelle église au jeune Antoine Marcourt, réfugié du Dauphiné aussi zélé et non moins ardent que lui ; puis il partit pour Morat afin de continuer ses travaux apostoliques dans les lieux restés fidèles à l'ancien culte. Dès le mois de mars 1531, on le trouve préchant à Avenches, où il faillit être massacré. Il ne fut pas mieux accueilli à Orbe, châtellenie possédée en commun par Berne et Fribourg. Sa plus brillante conquête fut celle de Viret, alors âgé de vingt ans, qui sur ses in-

stances consentit à monter en chaire, le 6 mai 1531. Les habitants d'Orbe écoutèrent avec plus de faveur leur jeune compatriote; cependant les Réformés ne formaient encore qu'une très faible minorité, lorsque, comptant sans doute sur le tout-puissant appui de Berne, et cédant au vertige général, ils osèrent renverser le grand autel de la paroisse. Fribourg, qui était dès lors en Suisse la ville catholique par excellence, se plaignit; Berne répondit avec hauteur, et Fribourg céda.

Au commencement de 1532, Farel assista au synode de Berne et obtint la place du second pasteur de Neuchâtel pour Christophe Fabri. De retour dans son église de Morat, à laquelle il était toujours attaché, il adressa aux partisans de la Réforme cruellement persécutés en France une lettre pastorale pleine d'une sensibilité profonde et de la foi la plus vive, et vers le même temps il accepta la mission dangereuse de représenter les églises suisses au synode que les Vaudois du Piémont avaient indiqué à Champforan, dans la vallée d'Angrogne, pour le 12 sept.

1532. 11 s'y rendit accompagné d'Antoine Saunier, son compatriote. Ce voyage qui ramenait le réformateur dans son pays natal, lorsque sa mère vivait encore et que son père était mort depuis peu de temps, lui servit à entraîner définitivement ses frères à suivre son exemple et à se déclarer ouvertement partisans des idées nouvelles, ce qui leur valut immédiatement la prison, la confiscation de leurs biens, la dispersion et l'exil. On conserve, aux archives de Manosque en Provence, les pièces d'un procès pour crime d'hérésie intenté en 1532, à un notaire de cette ville, qui se tira d'affaire en faisant amende honorable, mais qui fournit par ses aveux les renseignements les plus intéressants sur les Farel. Il nous suffira de reproduire sur ce point le passage du livre de M. Charronnet à qui l'on est redevable d'avoir fait connaître ce document : c En 1532, dit M. Charronnet (Les guerres etc. page 9), un bourgeois de la ville de Manosque, le notaire Antoine Aloat, se rendit à Gap avec son clerc, pour visiter maître Gauthier Farel, son parent, grenier de la cour épiscopale de Gap. Le greffier avait l'intention de céder son office au notaire et nous ne savons pourquoi les négociations

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n'aboutirent pas. Tandis que le notaire et le clerc étaient chez Gauthier Farel, un frère de ce dernier, Jean -Jacques Farel, les abordant brusquement avec une Bible à la main, se met à dogmatiser avec eux et avec d'autres personnes par hasard rassemblés dans la maison du greffier. > Le < manuscrit de Manosque continue et nous nous empressons de recueillir son témoignage sur les doctrines répandues alors dans le Dauphiné et que propageaient lot barbas, comme il appelle les prêtres des Vaudois.

Jean-Jacques Farel disoit que J.-C. : ne descendent point entre les mains dels chappelants quand ils celebroient la messe, et que l'on devoit communier et prendre l'hostie en la mémoire de son corps et boire le vin en la mémoire de son sang. — Il disoit que dans la messe il n'y avoit de vrai que l'évangile et l'epitre, et qu'il n'y avoit que 400 ans que la messe etoit inventée et que jamais J.-C, ni S1 Pierre, ni aucun apôtre ne chantèrent messe, mais ce fut puis après que la messe fut inventée, attrobado, par d'autres gens. — Il disoit que quand une personne meurt, elle va in dormitori et qu'elle n'éprouve ni joie, ni tourment; qu'elle n'est point jugée, et que nous ne serons jugés en autre jour que celui ou J.-C. viendra juger vivants et morts ; et qu'on ne devoit point prier pour les morts ; que c'etoit peine et argent perdus. — Il disoit que l'eau bénite ne puririoit rien et que le pain bénit n'etoit pas plus bénit que l'autre; toutefois on pouvoit garder le pain bénit, mais le témoin qui dépose ne se rappelle plus par quelle raison Karel disoit qu'on pouvoit le garder. — Il disoit que le pape, les cardinaux, évéques et autres gens d'église n'ont puissance d'excommunier ou absoudre plus qu'un autre homme et que les pardons et indulgences concédés par le pape ne valent rien et que l'on poet ben garir V argent de la bourse non pas les peccats de la conscienço. — Il disoit qu'il ne faut point se confesser parce que les cappellans a qui on se confesse n'ont pas la puissance d'absoudre, et que la confession ne se doit faire à eux, mais tant seulement à Dieu. — Et parce que l'eau n'efface les péchés et ne renouvelle en rien, il n'est nécessaire de baptiser *. — Il disoit qu'autant valoit prier

1 Guillaume Farel, en 1539, préconisait les mêmes idées à Genève sans être entièrement approuvé par Calvin; voy. ci-dessus t. III, col. 525.

Dieu et faire ses prières à la maison ou antre part qu'à l'église, et à l'église comme à sa maison ou autre part. — Il disoit qu'il ne falloit pas faire de différence des vendredis, samedis, vigiles et quatre temps et de l'autre temps de chair, et que en carême on pouvoit manger de la viande comme en autre temps ; bien est vrai qu'il disoit qu'on devoit jeûner, non pour obéir à l'Eglise ni aucun autre, mais pour macérer le corps. — Il disoit qu'il ne falloit généralement chômer aucune fête de tout l'an, mais assister au sermon le dimanche, et que Dieu n'avoit commandé les fêtes, mais que les hommes les avoient inventées l. — On ne devoit point payer dîmes parce que Dieu ne l'avoit point commandé.

On peut douter si c'est ce fougueux dogmatiseur compromis par un tel procès, on son frère Claude alors au service de Berne dont le cardinal de Tournon écrivait au chancelier du Bourg : * Monseigneur, il est passé par ceste ville [Lyon] ung frère de Farellus, le plus grand mutin et le plus mauvais paillard qu'il est possible, luthérien et zuyvinglien jusques aulx dentz, et est de Gap en Dauphiné. Qui le pourroit faire prendre ce seroyt une belle aumosne. Toutesfoix pour ce que nous avons affaire pour ceste heure de ceulx de Berne qui prendraient cela à cueur, je le remeti à vostre bonne discrétion*... » Il était simple apothicaire à Gap et lors de ce procès s'enfuit à Genève où il fut admis à la bourgeoisie en même temps que ses frères, Guillaume et Claude, le 9 mars 1537. Il

1 Voy. note ci dessus, col. 399.

2 Archives nat. liasse de 57 lettres écrites en 1536 et 1537 par le cardinal de Tournon au chancelier du Bourg, Trésor des chartes, J 965. — La suite de la lettre est encore plus intéressante quoiqu'elle ne touche point les Farel : c Morts' je vous envoyé une lettre que Rabelezus escripvoyt à Rome par ou vous verrez de quelles nouvelles il advertissoit ung des pins manlvays paillardz qui soit à Rome. Je luy ay faict cornmendement qu'il n'eust a bouger de cette ville [de Lyon] jusques à ce que j'en scensse vostre voulonté ; et si il n'eust parlé de moy en lad. lettre et aussi qu'il s 'ad voue au Roy et Royne de Navarre, je l'eusse faict mectre en prison pour donner exemple a tous ces escripveurs de nouvelles. Vous m'en manderez ce qn'il vous plaira, remectant a vous d'en faire entendre au Roy ce que bon vous en semblera... De Lyon, ce x"° daoust ; Vostre bon fin et meilleur serviteur, Fr. cal de Toura. »

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se transporta depuis à Neochâtel où il parait se trouver en septemb. 1539 !.

Cependant Guillaume Farel et Ant. Saunier, en revenant du synode auquel ils avaient été prendre part dans le val d' Angrogne, passèrent par Genève (septemb.

1532) où des idées de liberté commençaient à secouer les esprits. Instruit par Robert Olivêtan des dispositions favorables d'une partie des habitants, Farel se mit à prêcher dans des assemblées secrètes, et en peu de temps, il compta un assez grand nombre de prosélytes. Inquiet du succès de sa propagande, le Conseil épiscopal lui fit proposer une conférence qu'il s'empressa d'accepter ; mais an lieu d'une dispute libre, il tomba dans un guet-apens. La sœur Jeanne de Jussie raconte que les chanoines adressèrent au réformateur de < grosses paroles ; > qu'ils le traitèrent de ministre et serviteur de tons les grands diables ; « que l'un d'eux « loi donna un grand conp de pied, et un antre de grands coups de poing sur la tête et au visage. > Sans l'intervention des syndics, Farel y aurait laissé la vie. Obligé de quitter secrètement la ville, il se retira à Granson avec Saunier. Ses pressantes sollicitations décidèrent Antoine Froment, qu'il y avait placé comme ministre, à le remplacer à Genève.

Renvoyé à Genève par les Bernois, au mois de mars 1533 (Archiv. de Genève, portef. hist. n° 1090), Farel se retrouva en face des mêmes oppositions; il dut fuir une seconde fois, mais pour revenir une troisième, muni de lettres de recommandation plus fortes encore (Ibid. n<> 1112). Le Conseil céda, bien qu'avec répugnance, et il annonça une dispute publique entre les docteurs des deux partis. Elle eut lieu le 27 janv. 1534. Viret, encore souffrant d'un coup d'épée reçu près de Payerne, vint prêter à Farel et à Froment le concours de ses talents et de sa suave éloquence. Les doctrines catholiques furent défendues par Furbity, homme d'un incontestable mérite, qui fit à Farel. sur l'autorité des conciles, des objections auxquelles le réformateur ne répondit qu'en les éludant; mais l'intervention des ambassadeurs de Berne le tira d'une position embarrassante. A la suite de cette dispute, le Conseil de Genève ordonna aux prêtres catho-

» Herminj. VI, 35 n. 13.

liques de prêcher purement l'Evangile, sans pourtant accorder aux apôtres de la Réforme la permission d'exposer publiquement leurs doctrines. Ils durent donc se contenter de tenir des assemblées particulières; mais l'impétueux Farel n'accepta pas longtemps cette demi -tolérance. Soutenu par le parti patriote, il s'installa d'autorité dans l'église du couvent de Rive, le 1 mars 1534. Dès lors les prédications s'y succédèrent sans interruption, et dès le mois de mai, Farel et Viret commencèrent à administrer publiquement les sacrements. De plus en plus effrayés, les prêtres eurent recours au poison pour se débarrasser de leurs odieux adversaires, mais Farel échappa heureusement au danger. Quelques jours après, à la demande de Jacques Bernard, religieux du couvent de Rive qui avait fini par embrasser les doctrines évangéliques, après les avoir énergiquement combattues, le Conseil autorisa une nouvelle dispute publique qui eut lieu le 30 mai. Les débats durèrent près d'un mois ; ils roulèrent sur la rédemption, la justification par la foi, le culte des saints, l'adoration des images, l'autorité des papes et des conciles, la messe, les prières pour les morts. Farel y joua un des principaux rôles du côté des Réformés. Le catholicisme eut pour champions Caroli, partisan inconscient de la Réforme, qui naturellement ne tarda pas à s'avouer vaincu, et Chappuis, prieur du couvent du Palais, qui abandonna bientôt la lice, en sorte que la victoire demeura incontestée aux protestants. Le Conseil toutefois n'osa se décider à proclamer le triomphe de la Réforme, mais ni Farel ni ses partisans n'étaient d'humeur à supporter plus longtemps des hésitations que la crainte seule de perdre l'alliance de Fribourg justifiait. Dès le 25 juillet, le réformateur se mit à prêcher dans l'église de la Madelaine ; le 28, s' inquiétant peu des défenses réitérées du Conseil, il prêcha à Saint-Gervais ; le 8 août, il s'empara de l'église cathédrale de SL Pierre, où le peuple, enflammé par sa prédication, se porta à toutes sortes d'excès contre les objets du culte catholique. Le Conseil le réprimanda, mais Farel répondit en protestant que sa conscience ne lui permettait pas de refuser la vocation à laquelle il était appelé, et en exhortant pathétiquement les magistrats à faire triom-

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pher la vérité de l'erreur et du mensonge. Il fallut céder au torrent. Le conseil des Deux-Cents fut donc convoqué (le 10 août). Après un discours de Farel, plein de cette brûlante éloquence qui lui gagnait la faveur de la multitude, et une magnifique prière qui émut tous les assistants, le Grand-Conseil ordonna l'abolition de la messe; toutefois, comme s'il n'eût cédé qu'à regret à la pression de l'opinion publique, il décréta une nouvelle conférence publique où les prêtres catholiques pourraient combattre les réformateurs. Aucun ne se présenta pour soutenir une cause évidemment perdue, et le 27 août 1535, parut le fameux édit de Réformation, qui fut suivi, le 21 mai 1536, à la demande de Farel, d'une ordonnance prescrivant l'établissement d'une école pour l'instruction de la jeunesse. Dans l'intervalle, au mois d'avril, l'infatigable missionnaire était allé à Thonon, à la demande de l'abbé du lieu, pour y prêcher l'Evangile; mais il n'y avait passé que quelques jours au milieu des dangers.

Le rôle de Farel était terminé à Genève. Il ne s'agissait plus, en effet, de détruire, mais d'édifier, et il n'était plus l'homme qui convenait à la situation. Cette tâche importante était réservée à Calvin, devant qui il s'effaça dès lors, si ce n'est à la dispute de Lausanne, à laquelle ils assistèrent tous deux et où Farel supporta, pour ainsi dire seul avec Viret, le poids de la discussion, Caroli n'ayant joué qu'un rôle tout à fait secondaire, Calvin n'ayant pris la parole que deux fois, Marcourt qu'une seule, et Jean Le Comte ne s'étant pas même mêlé à la dispute. C'est Farel qui composa dix thèses sur la justification par la foi en Jésus, chef unique de l'Eglise, sur la messe, l'Eglise, les sacrements, le culte religieux, le célibat des prêtres, les jeûnes, l'obéissance due aux magistrats, etc., matières proposées pour la dispute; c'est lui qui ouvrit les conférences par un discours destiné à en faire connaître l'objet et le but; c'est lui encore qui soutint la première thèse, le dimanche 1 octobre 1536. Les Thèses de Farel et les Actes fort étendus de ce colloque ont été publiés dans le T. IV de la nouvelle édit. de l'Histoire de la Ré formation par Ruchal, édit. de Vulliemin.

Le colloque terminé, Farel retourna à

Genève où, dès le 9 mars, il avait été reçu bourgeois gratis avec deux de ses frères ; mais il se trouva bientôt en butte, ainsi que ses deux collègues, aux violentes attaques du parti dit des Libertins (ci-dessus III 524). Le refus des trois ministres de se soumettre aux décisions du synode de Lausanne, auquel Farel et Calvin avaient été députés, mais aux délibérations duquel ils n'avaient point pris part parce qu'on , leur avait refusé voix délibérative, fournit enfin à leurs ennemis un prétexte spécieux pour les faire bannir. Farel accompagna Calvin à Berne, à Zurich, puis à Bile. De là, il fut appelé, au mois de juillet 1538, à Neuchâtel , où l'attendaient les mêmes alternatives de faveur et d'opposition.

L'église de Neuchâtel offrait alors un spectacle aussi peu satisfaisant que celle de Genève. Les Constitutions synodales, publiées en 1535, avaient, il est vrai, établi une certaine discipline et fondé la Classe des pasteurs, chargée de l'administration de l'Eglise. Elles avaient aussi tracé quelques règles pour l'admission à la sainte table et la punition des fautes scandaleuses, mais ces règlements étaient restés lettre morte ou à peu près, en sorte que tout était encore à faire. Comme Calvin à Genève, comme Viret à Lausanne, Farel s'appliqua donc, dès son retour, à resserrer les liens de la discipline ecclésiastique; mais, comme ses collègues aussi, il rencontra une opposition si vive, il souleva un mécontentement si général que, sans l'intervention des Bernois, il aurait été chassé. Tout à coup, par un de ces brusques revirements auxquels ne sont que trop sujettes les masses populaires, ces mêmes Neuchâtelois qui avaient décidé, à une faible majorité, il est vrai, que Farel quitterait la ville dans deux mois, -non seulement le confirmèrent dans ses fonctions, mais adoptèrent sans résistance , le 1 fév. 1542, les Ordonnances ecclésiastiques qu'il soumit à leur sanction.

Quelques mois après, Farel, pour qui le mouvement était la vie, voulut visiter Metz où il avait appris que la Réforme comptait déjà un certain nombre de sectateurs. Il y arriva le 3 sept. 1542 et logea chez Gaspard Gamant. Dès le lendemain il prêcha dans le cimetière des Dominicains, en présence d'un nombreux auditoire, malgré le bruit assourdissant des

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cloches que les moines sonnaient à toute volée pour couvrir sa voix. Voilà tout ce que les enfants de Dominique surent opposer à l'éloquence foudroyante de Farel. Heureusement pour eux, les magistrats leur vinrent en aide. Le conseil des Treize lui ayant défendu toute prédication publique on particulière, il se retira à Montigny, et de là, sur les pressantes instances de ses amis, il gagna Gorze et se mit sous la protection de Guillaume de Fûrttemberg.

Plusieurs fois, pendant son apostolat dans la Suisse romande, il avait rencontré dans les femmes de terribles ennemies ; celles de Gorze ne se montrèrent pas moins hostiles, et peu s'en fallut qu'elles ne l'étranglassent un jour, parce qu'il avait nié la virginité perpétuelle de Marie. Ce ne fut pas cependant le plus grand danger qu'il courut. Le jour de Pâques, 25 mars 1543, il prêchait dans l'église de l'abbaye remplie jusqu'aux combles, lorsque Claude de Guise fondit sur l'assemblée à la tête d'une bande de soldats. Beaucoup furent tués, entre autres Adam Le Drapier, quelquesuns noyés en se sauvant ; un plus grand nombre, les femmes surtout, subirent les plus cruels traitements. Farel blessé parvint à s'échapper dans un char plein de lépreux et gagna Pont-à-Mousson, d'où Fûrttemberg le conduisit à Strasbourg.

Il passa quelques mois dans cette ville, où Calvin se rendit aussi, au mois de mn, dans le but de répondre aux provocations de Caroli (Voy. III, col. 774) ; puis il retourna à Neuchâtel. Dès lors, sauf de courts voyages à Genève, où il arriva notamment au mois de nov. 1543 avec < de si méchans habits, » que le Conseil lui en fit faire de neufs, Farel ne quitta plus son église jusqu'en 1549, année où il accompagna Calvin à Zurich pour la négociation du Consensus Tigurinus. En 1553, à peine relevé d'une grave maladie qui le conduisit aux portes du tombeau, il se rendit, au mois de juin, à Genève où, par hasard, dit-on, il se trouvait encore le 23 octobre, lorsqu'on conduisit au bûcher le malheureux Michel Serve t, qu'il exhorta inutilement à reconnaître ses erreurs. Peu de jours après cette exécution odieuse, le mercredi 1 nov., il monta en chaire et censura fortement la jeunesse < libertine > de Genève (trop amie de la liberté) à qui il n'épargna pas les épithètes les plus flé-

trissantes. A peine fut-il parti pour retourner dans son église, que les Libertins irri tés et se sentant sontenus par le premier syndic Perrin, lui intentèrent un procès criminel et obtinrent du Conseil une lettre à la Régence de Neuchâtel pour obliger Farel à venir rendre raison de son sermon. Le réformateur s'empressa d'obéir, et comparut devant ses juges escorté des ministres, d'un grand nombre de « jeunes gens craignant Dieu, » et d'une foule si compacte de citoyens , que le Conseil, intimidé , écouta à peine la justification du < père de l'église genevoise, » et se hâta d'ordonner « que chacun lui touchât la main et qu'il se fît un repas de réconciliation. »

La même année, le 15 mai, Farel avait assemblé à Neuchâtel un synode qui revisa les Constitutions et ordonnances ecclésiastiques et qui rendit la discipline aussi sévère qu'à Genève. Quelques mois plus tard appelé à Porrentruy par une partie des bourgeois, il y courut plein d'espoir ; mais il échoua dans deux tentatives qu'il fit pour gagner cette petite ville à la Réforme. En 1557, il fut député en Allemagne avec Th. de Bèze *; il nous suffira de rappeler ici que cette mission fut pour son collègue et pour lui la source de graves désagréments. A son retour, il recommença ses courses apostoliques dans le Jura et pénétra jusqu'à Dole, accueilli partout avec tant d'empressement que le parlement de Bourgogne porta des plaintes au sénat de Berne. C'est probablement en revenant de cette tournée qu'il conçut le singulier projet d'épouser Marie Torel, de Rouen, réfugiée avec sa mère à Neuchâtel. Cette résolution qui causa une stupéfaction générale fut réalisée au mois de décembre 1558. « Je suis muet d'étonnement, écrivait Calvin. Il y a demy an que le povre frère eust prononcé hardiment qu'il eust fallu attacher comme un homme radoteur celluy qui en si grande vieillesse eust prétendu d'avoir une si jeune fille. »

M. Kirchhofer a raison lorsqu'il dit que Marie Torel n'était plus jeune; mais il se trompe, comme on le voit, quand il affirme que Calvin approuva cette union. Au reste, le mariage de Farel n'affaiblit en rien ni son activité ni son dévouement. Sur

1 t De M. Farel qu'il a donné an retour de son voiayge d'Allemaigne, 25 florins.» (Bonne franc, de Genève, juin 1 557).

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la prière de l'église de Metz, il se joignit à une députation qu'elle envoya aux princes allemands, pour réclamer leur intervention auprès du roi de France, et il profita de son séjour en Allemagne pour visiter, en 1559, les églises réformées du duché de Nassau -Saarbruck, où s'était établi un nombre considérable de réfugiés, à qui il donna pour pasteur Jean Roquet. En 1561, il partit pour le Dauphiné, désirant sans doute dire un dernier adieu à la ville où il était né. À son passage à Genève, au mois de mai, le Conseil eut un instant l'intention de l'y retenir et de lui donner une pension, afin de < ne pas être accusé d'ingratitude; » mais soit que les ministres qu'on consulta s'y fussent opposés, soit que Farel n'eût pas voulu accepter , on le laissa partir après l'avoir c régalé et défrayé. » Arrivé à Grenoble, il usa de toute l'autorité que lui donnaient son âge et ses services pour décider les protestants de cette ville à se constituer en église, et il leur laissa pour ministre Aynard Pichon qui l'accompagnait. Cette église naissante s'assembla d'abord dans la maison de Pierre dit Girard Cordery. Poursuivant sa route , il fit un coude par le Languedoc et atteignit Gap où il entra le 15 novembre 1561. Dès le lendemain, qui était un dimanche, il décida ses coreligionnaires à célébrer leur culte en public et il obtint à cet effet les clefs de la chapelle de Sainte- Colombe, située près la porte de Gap portant le même nom et appartenant à l'évéque, Gabriel de Glermont-Tallard. Là il prêcha le dimanche , le lundi et le mardi devant une foule (pie la chapelle ne suffisait pas à contenir et il y baptisa un enfant le jeudi. Un écrivain catholique Th. Gautier (Lettres sur THist. de Gap, 1841, in-8o), raconte sur la foi de ces Annales de capucins que nous avons signalées (col . 386 note) qu'arrêté par ordre de La Motte-Gondrin , gouverneur de la province, le 24 nov. 1561, Farel fut tiré de prison par ses partisans qui le descendirent dans une corbeille du haut des remparts, qu'alors il se ren.lit à Die où il prêcha, et ne rentra à Gap que lorsque les protestants s'y furent rendus les maîtres, le 1er mai 1562. Ce récit est un roman. La mort du jeune roi François II (5 déc. 1560) et l'incertitude momentanée qui en résulta obligeait partout les autorités locales à modérer la rigueur des édits rendus contre les

réformés. Farel trouva donc dans les magistrats de Gap une bienveillance inaccoutumée. Le vibailli, Benoit Olier de Montjeu, le fit poliment inviter par le premier consul et le procureur du roi à se présenter chez lui et le pria de s'abstenir de démonstrations extérieures de ses opinions religieuses '. Farel fit la sourde oreille et organisa tranquillement l'église réformée de Gap.

c La chapelle de Ste-Colombe étant devenue trop étroite, dit M. Roman (La première guerre, p. 12), Claude et Gautier Farel firent don à leurs coreligionnaires d'une maison joignant la porte Sainte-Colombe et qui leur venait de François de Beauvais, leur beau- père. On organisa un consistoire: Pierre Reynaud rat nommé catéchiste, on choisit douze anciens et l'église de Gap reçut une existence régulière. Farel resta à Gap jusqu'au mois de mars 1562. Il n'y était plus « au mois de mai quand éclatèrent les premiers troubles religieux. ^

Le succès du réformateur fut couronné par l'attitude de son évéque. Ce prélat avait déjà manifesté son penchant pour la Réforme en ouvrant à la prédication sa chapelle de Ste-Colombe. Nous ne savons s'il abjura ouvertement et s'il se maria, comme on l'a écrit, mais il quitta Gap, se retira dans son château de Selles en Rerry, continua de gérer et d'exploiter son temporel par les mains de son secrétaire et notaire Bernard Mutonis (ou Mouton) devenu huguenot, lui aussi, du moins pendant un temps, et finit par vendre purement et simplement son titre épiscopal à Paparin de Chaumont, évéque nommé pour lui succéder. Jacques Rambaud, prévôt du chapitre, frère du capitaine Furmeyer, entra dans le même parti, mais s'y comporta plus vaillamment (voy. ce nom).

Pendant près de deux ans, l'infatigable Farel sembla sommeiller ; mais, en 1564, après une courte et dernière visite faite à Calvin mourant, le champion de la Réforme, malgré son grand Age, sentit se réveiller son ardeur. Sans vouloir écouter les prudents conseils de ses amis, il accepta avec joie l'invitation des réformés de Metz, qui lui firent exprimer le désir qu'il vint contempler les fruits de la se-

1 M. Gautier allègue il est vrai nn ordre donné par le gouverneur, La Motte-Gondrin, pour arrêter Farel et lui faire son procès ; mais cet ordre, s'il fat donné, resta lettre morte.

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mence déposée par lui dans leurs cœurs plus de vingt ans auparavant. Il partit donc avec le pasteur Jonas Favargier, et arriva à Metz dans les premiers jours de mai 1565. Il y fut reçu avec des démonstrations incroyables de joie et de respect ; cependant il n'y passa que peu de jours, et se remit en route pour Neuchâtel. Les fatigues du voyage aggravèrent ses infirmités au point qu'il mourut après avoir langui quelques semaines, le 13 septembre 1565. H avait 76 ans, et laissait un fils, nommé Jkan, qui ne lui survécut que trois années. Tonte sa succession se monta à 120 livres, preuve de son entier désintéressement.

Homme d'action, Farel se préoccupa peu du dogme; pour lui l'essentiel était la réforme des mœurs. « Il ne travaillait, nous dit-il lui-même, qu'à planter une foi qui fat opérante par la charité. > Il ne traitait donc la dogmatique qu'au point de vue de la morale. Aussi sa théologie fut-elle d'abord des plus simples. Dans sa première Confession de foi, il établit, par exemple, l'existence d'un seul Dieu et la corruption de la nature humaine; mais il ne songe à définir ni la Trinité ni la prédestination. Les disputes sur la présence réelle, qui divisaient les théologiens de la Suisse et de l'Allemagne n'étaient, à son sens, « que de vaines controverses de l'eau et du pain, > comme il l'écrivait, en 1531, a André, dit Fortunat, ministre réfugié à Strasbourg. Plus tard, il est vrai, le génie de Calvin le marqua de son empreinte ; toutefois Farel n'eut jamais de goût pour des querelles dogmatiques, que peut-être même il ne comprenait pas, et il se montra presque toujours tolérant envers ceux de ses collègues qui ne pensaient pas comme lui sur ces matières obscures. Eu 1545 encore, Calvin fut obligé de le gounnander vivement et à plusieurs reprises pour Famener à faire censurer par la Classe de Neuchâtel le ministre Chapponneaulx, celui-là même qui avait prêché la Réforme à Bourges, parce qu'il avait osé nier cette assertion de l'Institution chrétienne, que le Fils est Dieu vrai, coéternel et coessentiel au Père, en faisant observer qu'en sa qualité de Fils, il devait avoir sa substance personnelle du Père. Farel finit par céder aux exigences de son impérieux ami, et Chapponneaulx fut censuré, en quelque sorte sur son lit de mort.

Cependant par la nature même de l'œuvre que Farel avait entreprise, sa prédication devait prendre un caractère dogmatique ; ne s'agissait- il pas de renverser les abus de la religion romaine, et pour les renverser, ne fallait-il pas les combattre ? Mais qu'attaqua- t-il dans l'église catholique ? L'adoration des images et des saints, le purgatoire, les prétendus miracles des reliques, c'est-à-dire celles des croyances de cette église qui ont l'influence la plus directe sur la conduite de la vie. On remarque la même tendance dans ses écrits qui n'ont pas d'ailleurs une grande importance littéraire. Dans tous on retrouve un petit nombre d'idées, jetées au hasard, sans plan, dans un désordre étrange, développées surabondamment, tournées et retournées en tous sens, et présentées dans un style diffus et embrouillé. Ce n'est donc pas sur les classes instruites que Farel dut exercer de l'influence, mais sur le peuple qu'il dominait, qu'il entraînait, en effet, parce qu'il possédait toutes les qualités nécessaires à l'orateur populaire : élo quence vive et animée, images pittoresques et expressives, gestes pathétiques, voix tonnante qui, dit Bèze, faisait trembler ses auditeurs. Aussi tous ses contemporains parlent-ils avec admiration des divins discours de Farel, de ses belles remontrances, de ses prières si ferventes qu'on ne pouvait les entendre sans en être ravi. Malheureusement il ne nous reste rien de ses sermons, qu'il improvisait, l'improvisation convenant mieux qu'un lent travail à son ardeur impétueuse. Ses autres écrits sotit en assez grand nombre. En voici la liste :

I. Traité sur l'oraison dominicale ;Basle (août 1524). — Ouvrage qu'on n'a plus, mais dont la préface a été insérée à peu près textuellement dans la Brefve admonition de la manière de prier : selon la doctrine de Jésus-Christ ; Paris (1524 ou 25), et reproduite à la p. 59 du n° XXI ci-après. Voy. aussi n« XIII.

II. Themata quœdam latine et germanicè proposita Basiûse et Berna, 1528. — Les Thèses soutenues à Bâle par Farel ont été publiées en latin par Gerdesius et Melchior Adam ; en français, beaucoup plus développées, par Ruchat ; en allemand, par Kir chhofer. Le placard original de 1524, a été reproduit parHerminj. Corr. 1, 193,n°91.

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III. Sommaire : c'est une briève déclara' tion d'aulcuns lieux fort nécessaires à un chacun chrestien pour mettre sa confiance en Dieu et à ayder son prochain. On ne connaît pas la date de la lre édit. de cet ouvrage anonyme, réimp. en 1537 on 38 et en 1542; puis [Gen.] Jean Gérard, 1552, petit in-8<>, avec des additions. — Farel laissant de côté la théologie spéculative, s'attache à développer ses idées favorites : devoirs envers Dieu ou la foi, devoirs envers le prochain ou la charité.

IV. Epistre à tous seigneurs et peuples et pasteurs à qui le Seigneur m'a donné occez, qui m'ont aidé et assisté en V oeuvre de N. S. Jésus, et envers lesquels Dieu s'est servy de moy en la prédication de son sainct Evangile, grâce, paix, salut et vie vous soit donné ; Morat, 1530, msc. de la Biblioth. de Genève, n° 147 ; imp. par M. Vulliemin dans l'Appendice du T. II de la nouvelle édit. de Ruchat et p. 162-187 du n<> XXI ci-après. — Farel y raconte sa propre conversion.

V. A tous mes très-cher s frères en Notre Seigneur, tous les amateurs de la sainte Parole ; Morat, 1532, imp. dans le T. III de Ruchat.

VI. Lettres certaines d'aulcuns grands troubles et tumultes advenus à Genève, avec la disputation faicte Van 1534 ; G*?n., 1534, in-8° ; trad. en latin par François Manget, Gen., 1644. — Réimp., en latin et en franc., sous ce titre : Dispute tenue à Genève Van 1534, les entre-parleurs estant le dominicain Guy Furbiti et un prescheur du S. Evangile; Gen., 1634, in-8°.

VII. Le recueil et conclusion faicte sur les articles disputez en la disputation publique faicte à Genève, commenceant le 30e jour de may 1535 et finissant le 24e juing ou dict an; 24 pag. in-8». — Résumé des procès-verbaux officiels de la dispute solennelle qui eut lieu par ordre du -Conseil de Genève entre les docteurs catholiques et les réformateurs dont le principal était Farel. Le résultat du débat fut l'abolition du catholicisme, décrétée le 10 août 1535. Les procès-verbaux originaux se sont perdus, précisément par ce que le Conseil en fit rédiger ce Sommaire dont le rédacteur fut Farel lui-môme. Ce dernier point parait démontré par M. T. -A. Dufour qui a trouvé le document dans un volume des Archives de Genève et l'a pu-

blié dans les Mém. de la Soc. d'bist. et d'archéologie de cette ville (2*» série, t. II ; 1886, où voyez les pages 205 et 206).

VIII. Confession de la foy, laquelle tous bourgeois et habitans de Genève et subjetx du pays doibvent jurer de garder et de tenir; Gen., 1537, in-24; réimp. souvent depuis.

IX. Epistre envoyée au duc de Lorraine par Guill. Farel, prescheur du S.

Evangile; Gen., J. Girard, 1543, in-12; 1545, in-8°, selon la Bibl. Telleriana; réimp. dans les Actes des martyrs pur Crespin. — À la page 43 de l'édit. origiginale, on lit ce passage où l'auteur fût allusion à une conversation qu'il eut avec on cruel persécuteur des Vaudois :

... Et non seulement le Pape ose ainsi parler et faire [exercer l'autorité absolue temporelle et spirituelle], maiejeTay ouy d'un Jacobin nommé Jean de Roma : au quel quand propos estoit tenu de l'Evangile, et ce quand premièrement le N. T. fat imprimé en françoys où M. Fabry [Lefevre d'Etaples] avoit besogné, et estoit dit que l'Evangile auroit lieu au royaume de France et qu'on ne prescheroit plus les songes des hommes, de Roma respondit : « Moy et autres comme moy, lèverons une Croisade de gens et ferons chasser le Roy de son royaume par ses propres subjects, s'il permet que l'Evangile soit presché. » Mais ce moyne ne s'en alla sans responce telle que doit donner un qui craint Dieu et qui est bon et loyal et ayme son Prince...

X. Une Epistre de maistre Pierre Caroly, docteur de la Sorbonne de Paris, faicte en forme de deffiance et envolée à maistre G. Farel, serviteur de J.-Ch. et de son église, avec la Response ; Gen., J. Girard, 1543, in-8°. L'ouvrage commence par cet avis de Calvin et de Viret :

Pour ce que plusieurs pourroient doubter en lisant ces épistres que ce ne fust une chose controuvée, comme aujourdhuy on imprime beaucoup de fables à la voilée, il nous a semblé ad vis bon d'acertaiuer les lecteurs de ce qui en est, voire ceux qui vouldront adjouster foy à nostre tesmoignage comme espérons que feront tous ceux qui nous cognoissent...

L'épitre est datée par Farel : de Strasbourg, 21 mai 1543.

Farel parait avoir aussi rendu compte

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par l'impression du Colloque amiable qu'il avait eu avec Caroli à La Bonneville, le 29 janv. 1540.

XI. La seconde épistre envoyée au docteur P. Caroly par G. Farel, prescheur de l'Evangile, Gen., J. Girard, 1543, in-8<>.

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