FROTTÉ
saune fille de Jean de Refuge, baron de Gallardon et de Coesmes, et de Glanda de Montgommery. Ses enfants forent, sans parler de quatre filles, Claudine, Suzanne, Madeleine et Judith, dont la destinée est inconnue : 1° Gabriel, qui suit ; 2° Charles-Benjamin, sieur de Vieuxpont qui eut un fils et une fille l de ses deux mariages avec Catherine de Lourmeau et avec Suaanne de Mayerne ; 3<> Daniel, sieur de Préaux, père de deux enfants, qui professaient encore la religion réformée en 1685 (Tr 270).
Gabriel, sieur de Couterne, anciennement Cotherne, nom que cette branche de la famille Frotté prit dès le XVI"» siècle ', naquit en 1602 et servit comme capitaine dans le régiment de Montgommery. Il épousa, en 1635, étant en garnison à Verdun, Catherine de Rivetart, et resté veuf, en 1630, avec plusieurs enfants, il se remaria avec Susanne de BaiUehache. Il mourut en 1681. Des neuf enfants qu'il avait eus de son premier mariage, six l'avaient précédé dans la tombe. Le second, nommé Gabriel, capitaine au régiment de la reine, mourut à Nancy en 1675, et le huitième, Benjamin, en 1673. Comme on ignore la postérité de Charles, nous n'avons à nous occuper que des descendants de l'alné, du nom de Daniel. Ce dernier avait épousé, en 1663, Madeleine de Calwunil, qui lui donna trois enfants : Gabriel, Charles et Madblaine. Nous le trouvons encore porté sur une liste des protestants de l'élection d'Alençon dressée en 1685 (Tt 270) ; mais il parait qu'il abjura peu de temps après.
Branche de LaRitnblière. Jean de Frotté épousa Ësther Trouuard, dont il eut Josias, sieur de L'Etang. Du mariage de ce fils avec Ambroise Le Prévôt naquit Jean, qui prit pour femme Marthe du Perche et en eut Samuel, marié à Susanne de Clairay, laquelle lui donna trois fils : Samuel, Pierrk-Jean et Jacques.
1 Cette demoiselle fat enfermée dans on courent A la Révocation (E 8372).
1 Dans les comptes de la reine Marguerite pour 1648, on trouve inscrite parmi ses demoiselles d'honneur : M11* de Cotherne fille de J. Frotté. Y figure aussi : Nicolas Frotté dit Bellefontaine, inscrit anx gages de eent liv. comme étant l'on des quatre huissiers de la chambre de la reine et de plus : Capitaine des château et ville de Creil.
Nous ne savons comment rattacher à cette famille Louise de Frotté, dame de Windsor, dont Grégoire Léti fait un brillant éloge dans son « Italia régnante.» On a imp. dans le T. VI de la Biblioth. raisonnée la Lettre qu'elle écrivit à Bayle, au mois de mai 1684, à l'occasion de la mort de son frère.
2. FROTTÉ (Pierre), chanoine de S**- Geneviève, prieur-curé de la paroisse de Sonilly dans le diocèse de Meaux [Haag, Y 181], embrassa la religion protestante en 1689, et se retira à Londres d'où il adressa à Bossuet, en date du 1" février 1690, une Lettre, qui parut à Rotterdam, en réponse à la fameuse Lettre pastorale où le célèbre évoque de Meaux se glorifie d'avoir réuni à l'Eglise romaine tous les prétendus Réformés de son diocèse, sans avoir fait souffrir à aucun d'eux la moindre violence. Cette lettre ne nous est connue que par la trad. anglaise qui en a été publiée à Londres, 1691, in-4°. On nous saura gré d'en citer quelques fragments : « Appellerons-nous douceur, demande Frotte, ce que vous avez fait à Glaye ? quand, de votre part, on y défendit à Benjamin Gode, chirurgien, d'exercer sa profession ; quand on ôta à la veuve Te$- $ard l'aîné de ses deux enfants ; quand on enleva par votre ordre la femme Boiueleau, pour cette seule raison qu'elle savait parfaitement son catéchisme et qu'elle encourageait merveilleusement ses compagnes à tenir bon contre vos tentations? Est-ce encore une grande modération à vous d'avoir fait enfermer dans un couvent le sieur Monceau [Maximilien de Monceaux ou Dumonceaùx] , médecin de La Ferté-sous-Jouarre, âgé de 80 ans, avec des circonstances tout à fait cruelles ? d'avoir envoyé huit ou dix dragons chez le sieur Laviron, marchand de bois du même lieu ? d'en avoir mis trente dans le château de M. de La Sarmoiee, gentilhomme de Brie ? d'avoir fait transporter dans un couvent de Meaux Mm« sa femme et M"* sa fille ? etc. » — - Cependant, ajoute Frotté, l'évoque de Meaux ne déploya jamais plus de fureur que contre Isaac Cochard de Claye, qui, ayant refusé de se convertir sur son lit de mort, fut jeté à la voirie par ses ordres.
A ces exemples rapportés par l'ancien curé de Souilly, il nous serait très facile
FROUMENTEAU
d'en ajouter d'antres : comme celai de deux petites orphelines, Marie et Madelaine Mirai, filles orphelines de Pierre Mirât et de Charlotte Brouard, âgées l'une de onie ans, l'autre de huit, qui forent, en 1683, enlevées à leur tuteur protestant pour être mises entre les mains de parents catholiliques (M 671 ; voy. Bull. IX, 65) ; on bien celni de Fouin de Meaux, qui rat jeté à la Bastille, en 1699, tandis que sa fille était enfermée anx Nouvelles-Catholiques de Paris (M 678). Mais à quoi bon accumuler ici les preuves que le grand Bossnet a trempé, aussi bien que ses collègues, dans les persécutions exercées contre les protestante ? Voy. Bull. IX, 350.
FROUMENTEAU (N.), nom qui se lit, comme étant celni de l'auteur, en tête et dans le cours (quelquefois Fromenteau) d'un pamphlet célèbre contenant la critique amère de l'administration des finances publiques en France depuis Tannée 1549 jusqu'à l'an 1581. Aucun des économistes, des historiens, des biographes [Haag, V 181] qui s'en sont occupés n'a pu admettre que ce fût un vrai nom, parce qu'il n'est aucunement connu d'ailleurs et parce que l'auteur d'un tel livre, surtout un huguenot, qu'il était certainement, aurait couru les plus grands dangers en ne se cachant point1. Mais venons-en à l'ouvrage en question. Il y en a deux éditions: la première a pour titre :
Le skchet des thrésors de France, descouvert et départi en deux livres, par N. Froumenteau, et maintenant publié pour ouvrir les moyens légitimes et nécessaires de payer les dettes du Roy, descharger ses sujets des subsides imposez depuis 34 ans et recouvrer tous les deniers prins à Sa Majesté. Premier livre, contenant tous les deniers que leurs Majestez ont levé et despendu, depuis trente un ans, finis le dernier jour de déc. 1580, avec le Bon d' estât que le Roy a ou doit avoir en ses coffres. MDLXXXI (sans lieu), suit une
1 Ce nom cependant n'est pas de pore invention. Il y avait des Fromenteau a la Cour même des Valois. On connaît un c François de Fermenc tean sieur de La Grange, l'un des cent gentilsc hommes de la maison du roi sous la charge de « M. le comte de Sancerre, » en 1564, et une famille Fromenteau du Betoulaz de Caussade qui se fit remarquer au siècle suivant. (Comptes de la Maison du Roi et dossiers bleus du Cabinet des titres n<> 7482).
seconde partie, intitulée : Le second livre du secret des tkresors die Frmme*, Représentant par le menu Testât de tous les deniers tirez des archevesohez, diocèses, sénéchaucées, bailliages, élections, prevostez et chastellenies du Roy»« de France, — Plus il monstre le nombre des archeveschez, eveschés, parroisses, maisons, fiefs et arrière fieiz; le roolle des ecclésiastiques, nobles, roturiers, soldats fraoçob et estrangers, massacres et occis durant les troubles, le nombre des femmes et filles violées, des villages et des maisons brnslées et destruites, — Sembkblement il représente Testât des deniers qui y ont esté levez du temps du roy Loys XII, ensemble le revenu du temporel que les ecclésiastiques y possèdent. MDLXXXI. Petit in-8° (grandeur d'un in-iô) de 230 pag. pour la 4r« partie et 194 pour la seconde. La question des finances de l'État agitait alors tous les esprits. La misère du roi qui devait cent millions et se trouvait sur le point de n'avoir plus de quoi entretenir sa maison, avait amené la convocation des États généraux qui se réunirent à Blois aux mois de décembre 1576 et janv. 1577 * pour porter remède à la situation. L'exposé des affaires qui fût fait au sein de cette assemblée et les débats orageux qui s'ensuivirent mirent le comble aux frayeurs publiques et le seul bien qu'elle produisit fut l'espérance de réformes administratives que devait opérer une nouvelle ordonnance, l'excellente ordonnance de Blois (en 303 articles) signée au mois de mai 1579 et promulguée le 25 janv. 1580. Le petit livre de Froumenteau parut donc an moment le plus opportun et la 2m« partie n'était pas encore venue au jour que l'imprimeur travaillait à une seconde édition 1 intitulée :
Le SECRET DES FINANCES DE FRANCE deS-
couvert en ses coffres. MDLXXXI.
[Suit :] Le second livre des finances de
France, représentant par le menu que
les ecclésiastiques y possèdent. MDLXXXI. In-8° ordinaire de 152 pages pour la 1" partie et 472 pour la seconde. — Cette in
1 Commençant par ces mots : Amy lecteur, ce labeur a esté fait et imprimé par manière de dire en poste, tant a esté grande Vimportanité de plusieurs gens de bien qui b rus loi en t après, jusques à oster la feuille de dessus la presse À mesure qu'on l'y mettoit.
FROUMENTEAU
partie est une exacte reproduction de l'édition première ; la 2m« partie est complètement refondue et d'une étendue pour le moins triplée. Dans les deux éditions, cette !■* partie expose les faits en les divisant par diocèses; seulement dans l'édition première le premier diocèse cité est celui de Rheims dont l'état financier est décrit en détail comme servant de modèle pour l'appréciation des autres diocèses dont l'état n'est exposé que très succinctement ; tandis que dans la 2m« édition, le diocèse de Rheims est remis à sa place géographique entre Amiens et Chàlons et l'état de tous les diocèses est exposé avec un luxe de détails égal pour tous. Et de plus, dans cette *»• édition, rénumération des diocèses ayant pris sans doute une dimension inattendue, l'imprimeur l'a coupée, entre les diocèses de Sentis et de Bordeaux, par un titre portant : Le troisiesmb livre du saxawr etc... MDLXXI. (439 p.) — D existe une troisième édition, toujours de la même année, que nous n'avons pas vue, mais que De Bure cite, dans sa Biographie instructive, en ces termes : Le Thrésor des Thrésors de France ou Préparatif propre et nécessaire pour payer les dettes du Roy, descharger ses sujets et recouvrer Us deniers qui ont été dérobés à Sa Majesté; 1384, 3 tom. en 1 vol. in-8<>.
La préface est adressée au roi.
Au Roy de France et de Pologne, Henry troisième de ce Nom, son prince et souverain Seigneur, N. Froumenteau, paix et salut. — Le Royaume qui tousjours, a eu réputation d'estre l'un des plus beau, plus riche et plus opulent du monde, c'est celuy, Sire, duquel vous portez la Couronne : sa beauté très exquise gist en ce qu'il est orné d'une parfaite abondance, variété et beauté de toutes choses, ne plus ne moins qu'un grand palais magnifique, bien et richement paré de tout ce qui luy est requis. Car toutes ses Provinces sont si bien et proprement marquées de villes et citez, si bien traversées de fleuves et rivières qu'outre la douce et plaisante navigation d'icelles, le seul regard contente l'homme : arrousant d'autre costé les prez et héritages qui produisent en leur saison fertilité de firuicts, si grande et si heureuse qu'il y a bien peu de pays estrangers, prochains et lointains, qui ne participent de son abondance.
On voit que le livre est de bon style et
part d'un esprit élevé. Il poursuit en disant au roi, respectueusement, que cette richesse du pays procure à son gouvernement des revenus d'une extrême abondance, mais que par malheur les ménagement et dispensation de ses finances ont marché d'un piteux train, parce qu'elles ont glissé par des mains trop gluantes et faute d'avoir été fermées sous une bonne clef à l'abri des serruriers et crocheteurs, en sorte qu'il se trouve endetté de trente millions d'écus lorsqu'il en devrait avoir 200 millions en ses coffres. Il ajoute :
Le remède est bien tout trouvé qui voudra : car s'il vous plaist de voir d'un bon œil le présent estât, je vous en dresseray un autre par le moyen duquel aurez la porte ouverte pour trouver le nid de ceux qui tiennent aujourdhuy en propriété le bon de cet Estât; c'est-à-dire qu'on particulisera dans une belle liste les noms et surnoms de ceux qui ont touché les £00 millions d'escus... Ou bien, pour ne remuer tant de choses, je suis bien d'advis, sous vostre bon plaisir toutes fois, qu'il vous plaise vous contenter de cent millions de livres que vous pouvez devoir. En quoy faisant on spécifiera seulement 274 familles, les unes riches de cent mille liv. de rente, autres de quatre vingts etc. des quelles, la plus opulente n'estoit riche auparavant de neuf ou dix et telle a esté qui n'en avoit deux ou trois cens et si se trouvera dans leurs coffres 30, 40, 50, 60, et cent mille esens en deniers contans, bagues et joyaux. Dans cette mesme liste on n'y mettra que 338 thrésoriers qui s'aideront très volontiers à y contribuer... pour une tant juste et équitable cause. Et j'ay la liste de 36 grandes dames qui d'une bien bonne volonté y contribueront, et si d'aventure les héritiers d'aucunes font des rétifs, on produira papiers et acquits, extraits du registre des parties casuelles et chambre des comptas, pour monstrer et faire apparoir qu'elles ont touché de ce fonds assez pour payer la vingtiesme partie de toutes vos dettes. Mais, Sire, pour ne leur donner l'alarme si chaude il me semble que d'eux-mesmes ils feroyent très bien de se cotiser, jusques à la concurrence de 100 millions de livres; cela ne diminuera de beaucoup leur revenu. Je m'offre à faire le département et de les égaler, s'ils veulent et vous me le commandiez, si justement que pas un d'eux n'aura occasion de se plaindre. Ils clorront par ce moyen la bouche à Messieurs des Estats.
FROUMENTKAU
Et il termine son ôpttre par cette salutation :
Sire, je supplie le Créateur vous donner en parfaite santé très longue et très heureuse vie. A Paris ce premier jour de janvier, 1581.
L'auteur entre ensuite au cœur de son travail en présentant V Estât au vray des deniers ordinaires et extraordinaires, levez tant du domaine du Roy que sur ses sujets et gens des trois estais de son royaume, ensemble des charges et despenses sur ce faites, depuis iadvénement à la Couronne du feu Henri deuxième, jusques au dernier de décembre 1581. Pendant cette période de trente et un ans (s' arrêtant donc à 1579), les recettes se seraient élevées, au compte de Fauteur, à la somme de 1,453 millions de livres, et les dépenses n'auraient pas dépassé 927 millions 206 milles livres. D'où résulterait un excédent d'un peu plus de 526 millions. Et cependant, dit-il, les caisses sont't vuides et épuisées. » Nous ne saurions le suivre dans les détails infinis de son exposé; mais il termine par un Estât final, ou résumé, dont voici la substance : c Nombre des occis, meurtris, massacrez et assassinez durant les troubles : Ecclésiastiques, tant évesques, abbez, prieurs, chanoines, prestres, moynes jacopins, carmes, corde li ers : 8,760. Noblesse françoise : Gentilshommes, tant de l'une que de l'autre religion : 32,950. Massacrez, non compris ceux du Comtat de Venisse et principauté d'Orange : 36,300. Femmes et filles massacrées, estrangiées et noyées : 1,235. Soldats et autres, tous naturels françois, occis et tuez durant le temps du présent estât : 656,000. Italiens, Espagnols, Anglois etc., occis : 32,600. Pour tout le nombre des occis : 765,200. Femmes et filles violées [dans la plupart des diocèses, cet état qui n'avait pas encore été dressé, est resté en blanc] : 12,300. Villes bruslées et rasées : 9. Villages b rusiez : 252. Maisons bruslées : 4,256. Maisons destruites : 124,000. « Cet estât final, s'écriet-il, est une litière sur laquelle sont étendus et morts plus de braves et excellens hommes, que ne perdirent oneques ses prédécesseurs [de Henri III] : avec la quarte partie d'iceux il pouvoit conquérir tout le reste de l'Europe. Sur cette litière, la fleur de la noblesse gist renversée... Mais ce
qui rend la litière fort triste et déplorable, c'est qu'elle est regardée et contemplée de trois millions et tant de personnes, tous appauvris, ruinez et détruits ; ce sont ceux auxquels on a fait payer cette somme immense de 4 milliards 750 millionsde livres; ce sont ceux qui sont journellement travaillez de tailles, subsides et iinposts ; ce sont ceux qui sont oppressez et tyrannisez, tant de noblesse qu'autres gens de guerre; ce sont ceux qui portent et souffrent les concussions et pilleries des ministres de justice ; bref, ce sont ceux qui n'en peu* vent plus, sinon de tendre les mains au Ciel et requérir ce bon Dieu d'y pourvoir, puisque ainsi est qu'ils sont si inhumainement abandonnez. •
Nous devons revenir sur l'explication que l'auteur donne, en commençant, de l'origine de son travail. La guerre qui éclata bientôt après la tenue des Etats de Blois, la guerre dite des Amoureux, n'avait pas permis de donner suite au redressement des abus réclamé par les divers ordres. Mais une fois cette guerre terminée par le traité de Fleix, 26 nov. 1580, il se fora» des conciliabules où l'on s'occupa des moyens propres à obtenir l'allégement des charges publiques. Sur la question d'argent, au moins, les trois ordres étaient d'accord. Dans une assemblée, tenue à Paris en 1580, il aurait été résolu qu'avant tout on dresserait un état de la situation des finances du royaume, c Cette résolution prise, Tyvère [un des délégués] mit en avant que, pour bien et fidèlement dresser un tel estât, falloit y employer le sieur Fromenteau [député de Guyenne], personnage assez expérimenté au faict des finances, s'asseurant que s'il en estoit requis, qu'il accepteroi t volontiers ceste charge ; mais ceux du Clergé n'y voulurent consentir, alléguant qu'il estoit de la religion, et comme tel n'avoit que faire qu'il descouvrist rien des affaires du Clergé. Par quoy ayant appelé plusieurs excellents financiers pour mettre la main à si bonne œuvre, tous les renvoyèrent à Fromenteau; car, outre ce (disoyent-ils) qu'il n'oubliera rien, il le rendra faict et parfaict dans tel temps que vous voudrez. Cela fit changer d'opinion à ceux du Clergé, qui envoyèrent instamment prier Fromenteau d'accepter cette commission; mais ayant descouvert la deffiance que le Clergé avoit de lui, se fit bien tirer
FBOUMENTEAU
l'oreille avant que de trancher le mot qu'ils désiroyent. Finalement, il offrit de dresser Testai, à la charge toutefois qu'antre que lut ne pourroit le présenter au Roy, non pour gloire et récompense qu'il en puisse espérer, ains seulement afin que si le Roy, Messieurs de son conseil privé, ou bien Intendans des finances y trouvoyent quelque difficulté, Fromenteau puisse estre appelé pour en rendre raison, comme il appartiendrait ; car, dit-il, si j'y mets la main, je veux respondre en mon propre et privé nom qu'il n'y aura partie, soit en recepte, soit en despense, sinon couchée et employée comme il fout. Offre et submission qui donna bien grand contentement à ceux du Clergé, et plus encore à ceux de la Noblesse et du Tiers Estât, enire les mains desquels Fromenteau toucha la main, avec promesse que Testât serait fatet et parfaict dans trois mois, pour la vérification duquel, et aussi pour le présenter au Roy, arrêtèrent que la compagnie se représenterait en ce temps-là à Paris, au cloistre Nostre-Damé, en la maison du seigneur Tyvère. » Froumenteau tint parole, dit-il, et il ajoute que trois ■sois s'étaient à peine écoulés, que son état fut dressé, accepté des Etats malgré les objections et les difficultés soulevées par le seigneur de Béranque < courtisan tout outré, > enfin présenté au roi, < lequel y prit un très singulier plaisir. »
Tel est le cadre léger que s'est tracé l'auteur pour se mouvoir à l'aise au milieu de ces innombrables chiffres, t L'ignorance de son nom ôte malheureusement du prix aux renseignements contenus dans le livre, dit l'économiste Jos. Garnier (Dictionn. de l'économie polit., 1852) ; on se demande si ces renseignements sont bien exacts et bien authentiques, s'ils ont été recueillis à des sources sûres. Toutefois il est à remarquer que ces relevés sont donnés avec des détails très précis, avec une apparence d'exactitude bien difficile à imiter ; et il règne dans l'ouvrage entier une allure vigoureuse, qui semble inspirée par la vérité desservie par une grande intelligence et une haute raison. » Ajoutons qu'un travail si spécial et si complet a été certainement rédigé par un homme du métier, par un clerc ou un conseiller des finances, et qu'il a dû sagement dissimuler son nom, puisqu'il attaquait 274 personnages, 338
trésoriers et 36 très grandes dames ; il était assez notoirement un défenseur du bien public et de l'immense majorité du peuple pour ne pas craindre de laisser se soulever un peu le voile dont il se couvrait. Or, on vient de le voir mettre en scène, dans son exposé des faits, deux personnages qu'il affuble de noms déformés ; celui qui joue le principal rôle au nom du roi dans les Etats, Béranque, et celui que la foule entoure de plus de considération, Tyvère.
Qu'est-ce que ces deux appellatifr bizarres? Le dernier désigne vraisemblablement quelque jurisconsulte hautement honoré qu'on pouvait comparer au magistrat romain Tubero, l'ami de Gicéron, et pour l'autre, MM: Haag ont déjà fait la remarque ingénieuse que le seigneur de Béranque est probablement René de Birague, créature de Catherine de Médicis et chancelier de France de 1572 à 1577. Serait-il trop téméraire de proposer, sous toutes réserves, cette hypothèse que Fromenteau pourrait bien être quelque proche parent de ce Jean Frotté, dont nous avons parlé plus haut (col. 743), sinon ce Frotté lui-même, qui était en 1548 le chef d'une famille très protestante et le secrétaire des finances de la reine Marguerite, la protectrice des huguenots?
Nous avons parlé (t. I col. 851) d'un autre ouvrage que l'on hésite à attribuer soit au prétendu Froumenteau soit à Nie. Barnaud : Le cabinet du roy de France dam lequel il y a trois perles précieuses. Ce deuxième pamphlet est exactement disposé comme le premier : Même division en trois livres, mêmes longs titres en tête de chacun d'eux, même accumulation de renseignements et de comptes, même commencement par une épitre dédicatoire au Roi ; seulement cette épitre est signée des initiales N. D. C. et terminée par la date :
Sire je supplie le Créateur vous donner, en parfaite santé, très longue et très heureuse vie. Ce premier Novembre 1581.
C'est dans les initiales N. D. C. que le critique Le Duchat et d'autres ont vu Nicolas (Barnaud) du Crest. C'est aussi une supposition des plus hasardées. Ce qui semble certain, c'est que malgré une certaine similitude d'aspect, les deux livres diffèrent essentiellement par le fonds. Autant le Secret des trésors de France est un mémoire sérieux et d'allure réservée, au-
FRUGÈRE — FUMÉE
tant le Cabinet du roy est un véritable pamphlet et une satyre violente, dirigée surtout contre le clergé catholique \ Elle n'a pas eu grand résultat, taudis que l'ouvrage de Froumenteau, en mettant devant tous les yeux un bilan sincère et effrayant de la dilapidation des finances, a beau* coup fait pour préparer les esprits à la bonne et sage administration de Henri IV.
FRUGÈRE (Jonas dk), capitaine, assistant aux funérailles du margrave de Brandebourg, 1688. Pascal de Frugère, gentilhomme languedocien, remarqué pour la culture du mûrier et du ver à soie en Allemagne (Erman). — Caleb Frumerie descendant de Josua Frumerie, français réfugié en Suède pour la religion. Caleb; né en 1670 en Ostrogothie, prit part aux campagnes du roi Charles XII, assista aux célèbres batailles de Holofzin, Pultawa et Bender, fut anobli en 1718, et mourut en 1736, colonel du régiment de Calmar ; mort sans postérité. — Olivier Fruchard, réfugié du Poitou, 1681. — James Fruschard, membre du comité de Londres chargé de la distribution des secours aux réfugiés, de 1704 à 1710. — Jean-Michel Fuchs, de Strasbourg, étudiant à Genève (J.-M. Fuchs argentinensis), déc. 1601. — Pierre FuêiUer, natif de Faverolles en Valois, reçu habitant de Genève, juin 1558. — Jacques Fuemouze, étudiant à l'université de Leyde, 1694. — Fulgon, ministre à Montélimart, 1561 (Bull., VIII, 74). — Fully, ministre à S*- Jean en bas Languedoc, 1603. — Wilhelm- Richard de Fumai, officier dans l'armée hollandaise, 1738-1746; Jacob, id., 1750; Pierre-Richard, id. 1750-52. — Jacques Fumas, du Vivarais, assisté à Genève,
FUMÉE (Antoine), seigneur de Blandé [Haag, V 186], né en 1511, aux Roches- Saint-Quentin, était le troisième fils d'Adam Fumée et le cousin d'un autre Antoine Fumée, avec qui on l'a souvent confondu. Reçu conseiller au parlement de Paris, 15 déc. 1536, Antoine Fumée acquit « la réputation de bon juge, haïssant les vices, résistant souvent aux grands, > ce qui, liton dans les Mémoires de Condé, lui avait
1 C'est peut-être cet ouvrage, très hostile aux Couvents, qu'on a appelé un traité de polygamie sacrée, et qu'on a vainement cherché sous ce dernier titre. Voy. Weiss dans la Biogr. univ. de Michaud, art. Froumenteau.
attiré beaucoup d'ennemis. Nous avons parlé ailleurs de la noble indépendance avec laquelle il manifesta son opinion sur la nécessité d'une réforme dans l'Eglise (t. V, col. 571) ; mais lorsqu'il se vit en face des juges qui avaient condamné Anne Du Bourg, sa fermeté l'abandonna. Aux questions qui lui furent adressées : S'il avait mangé de la chair les jours défendus; s'il n'avait pas marié à un prêtre la chambrière de sa femme ; s'il n'avait pas donné asile chez lui à une femme bannie pour cause de religion ; s'il n'avait pas assisté aux assemblées des hérétiques, il opposa des dénégations formelles, et comme le veut de la Cour soufflait d'un antre côté, la reine-mère, sur les instances de Soubm, ayant daigné écrire elle-même en sa feveur aux juges, le parlement qui, dans d'antres circonstances, n'aurait pas hésité à le faire brûler, l'acquitta honorablement et le rétablit dans ses honneurs et ses dignités.
Selon les uns, il fut un des commissaires chargés d'informer sur le tumulte de Saint- Médard, et il essaya vainement d'éveiller la voix de la justice dans le cœur de ses collègues, en leur démontrant que les premiers torts n'étaient pas du coté des huguenots. Selon les autres, il accompagna Antoine de Cruuol en Provence. Ge qui est certain, c'est que Fumée, après la condamnation d'Anne Du Bourg, s'enfuit de Paris et reçut l'hospitalité au Parc - Soubise. Resté suspect, quoique rentré dans ses charges et président de la Chambre aux enquêtes, il fut de nouveau obligé de sortir de la capitale, en 1562, avec son fils (t. IV, col. 563, note). Il se retira à Orléans, à ce que nous apprend une lettre de condoléance qu'il écrivit à Jeanne d'Albret au sujet de la mort d'Antoine de Bourbon. Après la conclusion de la paix, en 1563, il fut nommé conseiller au parlement de Bretagne • ; mais en 1569, il fut chassé de Rennes et dut chercher un asile à Blain. Cependant il fut rétabli plus tard, et il devint môme, en 1572, premier président, honneur qu'il n'aurait apparemment pas obtenu s'il n'avait pas donné des gages de son orthodoxie.
Antoine Fumée était fort instruit et passait pour un bon poète. Draudius attribue à
1 Ce parlement comptait d'autres protestants parmi ses membres : Du Hàrdaz, François Loi* sel, et Jean de Martigné, tous trois conseillers.