I. Opuscules poétiques; Genève, Jacq. Stoer, 1572, in
II. Tableaux de la vie et delà mort, par maistre Pierre Énoc, G[enevois].
III. La Céocyre, contenant 151 sonnets, odes, chansons, élégies, bergeries ; imp. à Lyon, par Barthél. Honnorat, 1578. — c U était jeune quand il fit sa Céocyre, nom ridiculement composé de Kai* et de x£p, comme qui dirait Brûle-cœur. » Dans ce poème, c il a chanté son amour malheureux pour une demoiselle qui ne l'aima point et à laquelle, bien conseillé, il renonça; mais ne voulant pas perdre en entier le fruit de ses soupirs et de ses peines, il fit imprimer ses vers avec cinq odes, dont l'une a pour objet la mort d'Adonis, une élégie, quatre églogues et quelques autres petites pièces de vers toutes très médiocres » (Notes de La Monnoye).
IV. Sonnets du seigneur Pierre de La Meschinière, mis en musique nouvellement par Jean Castro, le tout à trois parties ; Douai, J. Bogarst, 1611, in-4<>, 27 feuillets (n° 1455 du catalog. des livres de J. Taschereau, 1875).
ENTERIEU (Jean), cardeur de laine, du lieu d' Au las, âgé de 21 ans, pendu sur la place publique du Vigan pour avoir assisté à une assemblée de culte surprise par
les dragons à Lacan, parr. de Roquedur, le 6 oct. 1686 (Tbissier).
1. ENTRAGUES. Nous avons parlé d'une dame de ce nom (t. I, col. 292), qu'on écrit aussi d* Antr aiguës y comme d'une protectrice des premiers confesseurs de la foi, en 1525. Le ministre Pierre Toussain ayant été accueilli par elle, dans son château du Bois-Malesherbes (près Pithiviers) écrivait, de cette retraite (en octob. 1526) an ministre baslois, QEcolampade, qu'il se trouvait pour le moment à l'abri, in hoc arce generosissima mulieris domina d'Entraigues, exulum Christi susceptricis. (Henni nj. Corresp. des Réf., I, 445). —Elle se nommait Anne Malet de Gravide, femme de Pierre de Balzac, baron d'Entragues, seig' des Dunes et avait vécu, nous dit M. Herminjard, dans l'entourage de la reine Claude, première femme de François 1er (morte en 1524) ; ajoutons : et de sa sœur, la duchesse Renée de Ferrare. On a quelques lettres de François de Balzac *, fils de Guillaume et probablement neveu de cette dame, qui montrent que toute la famille rat d'abord cliente de Renée dont elle était vassale par ses principaux domaines (Marcoussis, Bois- Malesherbes, Entragues, Clermont, etc.), mais qu'elle passa par la suite au service plus lucratif du roi et des Guises. François, devenu gouverneur d'Orléans, écrivait à la duchesse, 4 juin 1568 : c Madame, Je n'ay point oublyé les honneurs et faveurs que ma feu mère et tous les miens ont receu de vous, qui me donne assez d'ocasion pour l'espérance que j'ay que vous les continuerez en mon endroict, de réemployer pour tous ceulx que vous aimez. A quoy, Madame, je ne feray jamais faulte... * ; » et quelques mois après il lui adressait cette lettre embarrassée 8 en réponse à la demande qu'elle lui avait faite, de laisser évader d'Orléans quelques protestants qui n'étaient pas en sûreté dans cette ville :
1 Voy. Bibl. nat., coll. Béthone, n" 3199, P46; 3218, f» 49; 3226, P 50; 3227, P 43; 3229, P 22 ; 3364, f* 99 ; 3372, Mil ; 3378 (6 lettres an roi, de l'année 1587); 3379; 3407, P 99; 3411, f* 15 ; 3422 et 3616, P 96; tontes oes lettres originales, de 1668 A 1589, sont adressées A Renée de Ferrare, pais au roi, enfin an dne de Nevers.
* Beth. 3199.
» Beth. 3225.
ENTRAGOES
Madame, Dieu scayt le desplaisir que j*ay de ne pouvoir satisfaire a la lettre qu'il vous a pieu m'escripre ; et quand je l'eusse entrepris j'eusse mis les pauvres dames que vous me demandez en péril par ce que sur les champs le peuple est tellement desbordé qu'a mesure qu'il recongnoist ceulx de la religion, il s'en dispense desmesuréement. Je sçay bien les peines que j'en ay eues et que j'en ay tous les jours pour contenir ung chacun en son debvoir ; Dieu et les gens de bien m'en sont tesmoings. Et pour mieulx me faire obéir on m'avoit laissé sans forces étrangères > avecq la brutalité de ce peuple ; chacun scayt le desastre que j'en ay pensé recepvoir. Et aussy, madame, je ne vous veulx pas celler que j'ai commandement exprès de sa majesté de ne laisser sortir aulcungs de ceste ville, comme je vous ay faict autreffoys entendre. Je ne m'en oseroys dispenser sans une lettre de sa majesté que je ne feisse crier jusques au ciel ce populace. Je croy que ce soyt pour plusieurs consideracions réservées à sa dite majesté, vous suppliant très humblement, Madame, voulloir croyre que tout ce qui sera en ma puissance sans interest du service du Roy et de ma réputation, je l'employeray pour vous faire très aggréable service. Madame, je prie à Dieu qu'il vous donne, en la meilleure et plus parfaicte santé, très heureuse et très longue vie. D'Orléans le pénultième jour d'octobre 1568. Vostre très humble et très obéissant serviteur Entraiques.
Ce François de Balzac d'Entragues avait épousé Marie Touchet l'amie en titre de Charles IX, et la belle Henriette d'Entragues, marquise de Verneuil, qui devint en 1599 l'amie en titre de Henri IV était leur fille.
2. ENTRAGUES (César de Guilleranb seigneur d') ou d'Entrages, capitaine huguenot [Haag, V 390], connu par sa belle défense de Maçon contre le maréchal de Tavannes. Les protestants s'étant rendus maîtres de cette ville, en 1562, leurs frères de Lyon s'empressèrent d'y envoyer les capitaines Moreau et Vertis, chargés de diriger la défense de la place contre l'attaque qu'on prévoyait. Tavannes, trop faible pour rien tenter de décisif contre une population qui semblait bien résolue, s'éloigna en attendant les renforts qu'il avait mandés de toutes les parties de la
1 SoÎMaf, retires ou italiens.
Bourgogne. Dès qu'il eut rassemblé ses troupes, malgré les ordres formels du roi, apportés par le sieur de Pise que les habitants avaient député en Cour avec des lettres où ils exposaient leurs griefs et justifiaient leur conduite, il alla mettre le siège devant Mâcon. Dans ce pressant danger, les Lyonnais sentant qu'il était d'une grande importance que cette ville restât au pouvoir des protestants, y envoyèrent le capitaine Entragues, qui jouissait d'une grande réputation d'habileté et de valeur. Selon l'abbé Agut, ce fut le 5 mai 1562 que César de Guillerane entra dans Mâcon, accompagné des capitaines Du Tronche, Dudeau, Tilheau, Correllier, Gris, Daniel de La Place, Crevaison, Montrenon, Ravel, Meyserien, Grandjacques et des deux frères Soulier. Il prit aussitôt le commandement, mais ses fréquentes sorties n'arrêtant pas les travaux de l'ennemi, il rat forcé de demander des renforts à Lyon, d'où il reçut cent arquebusiers sous les ordres du capitaine Saint- Louis y et quelques pièces d'artillerie. La tranchée achevée, le feu s'ouvrit, le 4 juillet, habilement dirigé par un canonnier que Tavannes avait fait venir exprès de Paris, tant il jugeait, lui aussi, la possession de Mâcon importante. En moins de deux heures, toutes les défenses de la ville furent renversées. Sommé de se rendre, Entragues refusa fièrement d'écouter aucune proposition, et il fit travailler avec activité à la réparation des brèches, sous le feu même de l'ennemi qui lui tua beaucoup de monde, entre autres son lieutenant La Flèche. Étonné d'une résistance aussi opiniâtre et désespérant d'entrer dans Mâcon par la force, Tavannes recourut à la ruse. Il essaya d'attirer les assiégés dans une embuscade ; mais aussi prudent que brave, Entragues déjoua son projet, et le chef catholique se vit réduit à lever le siège.
Sachant que l'avantage resta dans cette circonstance aux huguenots, il sera plus intéressant encore de voir de près l'insolence de Tavannes dans ses rapports avec le brave capitaine de Mâcon. Voici une correspondance qu'ils échangèrent pendant le siège l :
> Mss. Bibl. nat., coll. Fontette, 9484», f" 214 ftsaiv.
ENTRAGUE8
Monsieur, Monsieur de Tavanes. Mon tieur, je croy qu'estes de ceste heure bien adverty de la défaicte que les miens feirent hier de quelques ungs des vostres au village de Varennes, et d'autant que j'en tien huict de prisonniers et qu'ili se disent gentilshommes, je vous l'ay bien voulu faire entendre à ce que si vous voulez qu'ilz aient bon et honneste traitement vous aiez l'œil et teniez main que les miens que vous tenez soient traictez de mesmes. On a semé bruit de deçà que vouliez faire mourir des nostres ; si L'avez faict ou le vueillez faire, je détermine exterminer les vostres. Je suplie le le créateur vous donner, Monsieur, en santé heureuse vie. A Mascon, ce dernr aoust (juillet f ) 1562. Vostre entièrement bien prest a vous obéir, César d'Antraqes.
Coppie des lettres escriptes au cappitaine Antrague. Cappitaine Entrages, jay receu voz lettres par ou me mandez que voz gens ont prins quelques ungs des miens lesquelz vous traicterez ainsi que je traicteray les vostres. Je vous veulx bien adverty que quant j'en ay prins des vostres, je les ay tousjours renvoyés et ne m'a soulcié guièrea du traictement que vous ferez a ceulx que vous tenés pour avoir esté prins en dormant. Lesquelz je m'attens de fort bien chastier silz reviennent en mes mains. Il fut prins ces jours passez ung nommé Bonnet premier eschevin de Mascon et ung cordonnier et quelques aultres habitans de la dite ville que je fais délivrer à la court de parlement par le commandemant de la Royne et Roy de Navarre pour leur faire leur procès comme rebelles a sa majesté et larrons qui emportoient les trésors du dit Mascon et quant ilz n'eussent esté remis a la dite court si les eussé-je faict chastier comme subjectz de mon gouvernement. Au demeurant vous scavés bien qu'il y a longtemps que je scay quelle guerre il fault faire a ceulx qui sont enrôliez et marchent soubz les enseignes, et que je ne suis carnassier ni bourreau de soldatz qui m'ont eslevé ainsi que je suis, et seroys bien marry d'en ressembler beaucoup d'aultres encores que Ton m'en donne occasion, qui est l'endroit ou je prie Dieu, cappitaine Entragues, qui vous veulle garder. De Chalon, ce ij daoust 1562.
A MonseigT mgr de Tavanes, chevalier de V Ordre et lieutenant pour le Roy au pays de Bourgongne. A Chalon. Monseigneur, j'ay receu a ce matin un paquet lequel je vous envoyé pource que c'est pour le service du Roy, et d'autant qu'il ne se
trouve point de poste pour le vous envoyer j'ay esté contraint le vous envoyer par un mien soldat auq. je vous prie ne permettre qu'il luy soit fait aucun desplaisir. Je vous prie de permettre que les postes retournent chascun en son lieu, a celle fin que le service du Roy se puisse plus promptement exécuter. Faisant fin a la présente je prieray le Seigneur, Monsieur, qu'il vous tienne sous sa sainte protection à jamais et vous maintienne en bonne prospérité. De Sence, ce xiiij* aoust 1562. Vostre très humble et obéissant serviteur César d'Antraqes.
(Autographe).
Capitaine Entraigue, j'ay receuz ung paquet que vous mavez envoyé par ung soudart que jay fait retegnir prisonnier, d'aultant qu'il n'a point de sauf conduyt, qu'il n'est herault, trompette ny taborin qui sont les mesagiers de guerre que Ton a accoustumez d'envoier et poursce que je trove ceulx de Lion qui premièrement sont vegnuz sce asné (cette année f ) de ceste ville, despuys de Mascon, pour ennemyz capitals de la france, comme aussy foys-je tous ceulx qui sont enttrez en sce gouvernemant auveque armes sans mon commandemant atandu que de troys roys esjà je y suys establi pour lieutenant parquoy dissy en avant lessex aller les postes qui sont retegnu au lieu oux je leur ay commande sce trover par le commandemant de la roigne et vous mesler de faire la guerre puisque nous en sommes la, car sce n'est vostre estât de chevaulcheur d'escurie, et a Dieu qui vous veille guarder. De Chalon ce xv« aoust 1562. (Minute très raturée).
A monseigT mgr de Tavanes etc. a Mascon. Monseigneur ayant esté adverty de vostre venue a Mascon, je suys esté fort joyeulx espérant que par icelle pourray recouvrer ma femme laquelle fut prinse a la prinse de Mascon, vous supliant, Monseigneur, me faire tant de bien de commander qu'elle me soit rendue et obligerez ung pauvre gentilhomme a vous faire très humble service qui sera la fin, monseigneur, où vous presenteray mes humbles recommandations, priant le seigneur vous maintenir en sa grâce. De Mascon le xxiij* d'aoust 1562. Vostre très humble et très obéissant serviteur. César d'antraoes.
Cappitaine Entrages, j'ay receu voz lettres suyvant lesquelles j'ay commandé que vostre femme vous fust renvoyée, Laquelle de sa bonne fortune et la vostre est tumbée entre les mains de gentilhomme© gens de
ENTRAGUE8
bien, qu'ilx sçavent commant de tout temps j'ay accoustumé de respecter l'honneur des femmes. Et encoirea que la guerre qui se faict de vostre cousté soit indigne de cette honnesteté, je ne veulx laisser de user en cela et en toute chose comme j'ay faict de tout temps. Qui est endroyt où je prie à nostre seigneur qui tous veulle conserver. De Masco n ce xxv* aoust 1562 (Minute).
Aussitôt l'ennemi retiré, Entragnes s'était occupé du soin pressant de rétablir parmi les habitants et les gens de guerre Tordre d'autant plus compromis que les principaux citoyens, comme l'échevin Brutwl, donnaient l'exemple d'une cupidité insatiable. Sa juste sévérité mécontenta les soldats qui, des murmures, passèrent bientôt à la révolte. Le capitaine se tira de cette position dangereuse par un véritable tour de vieux routier. Il annonça une revue hors de la ville, fit défiler d'abord les compagnies de Luquot (qui fut tué peu de jours après) et de Villet, qui s'étaient signalées par leur mutinerie, et leur ferma les portes. Il est à croire que sa conduite fut présentée sous un taux jour à Soubise, qui commandait à Lyon; autrement on aurait de la peine à s'expliquer qu'un homme qui avait déployé tant de vigueur et rendu d'aussi éminents services, qui venait tout récemment encore de s'emparer du château de Pierrecloux, eût été en quelque sorte destitué. Entra gués ne témoigna d'ailleurs aucun mécontentement de cette injustice, il continua à servir avec autant de* dévouement qu'auparavant; seulement lorsqu'il vit son successeur Potuenat, vaillant soldat, mais malheureux capitaine, perdre par son imprudence la ville de Maçon, il manifesta son indignation avec une violence qu'excusait sans doute l'importance de la perte. Décidé à recouvrer cette place à tout prix, il partit de Tournus, dont Ponsenat venait de s'emparer, se porta par une marche rapide sur Mâcon dans l'espoir de l'enlever par escalade, et pour encourager ses soldats, il planta luimême les échelles contre les murailles, « à quoy étant mal suivy, raconte Ta vannes, la peur augmentée, il se retira en faite avec les Suisses mal contens. > Il parait qu'Entragues se rendit à Lyon où nous le trouvons combattant aux côtés de Blacons lors de la surprise tentée par les catholiques. — Nous n'oserions affirmer,
vu le grand nombre de lieux qui portent le nom d'Entragues, que le capitaine dont nous venons de parler soit le même que le sieur d'Entraigues dontThéod. de Bèze nous dit (Hist. eccl.) qu'il embrassa ouvertement le protestantisme après le pillage de son château par les catholiques en
3. Un vicomte d'Entragues avait recueilli dans son château, en 4684, l'église de Vais en Vivarais et la représenta, cette année, au synode tenu à Vallon (Tr 289). C'est probablement sa femme qu'on trouve dans les papiers du séquestre sous le nom de t comtesse d'Entraigues, du diocèse de Viviers, » reléguée à Vienne en 4687 ; elle avait obtenu permission d'aller faire ses couches chez elle et était restée protestante (Tt 322). c M. d'Entragues, nouveau converti, > obtient en 1688 une pension de mille livres (Tt 252). — Un abbé d'Entragues est le sujet de l'anecdote suivante racontée dans les Mémoires de la régence &. En 4720, la religion réformée fit l'acquisition d'un prosélyte d'une naissance distinguée et d'un ordre qui devait rendre sa conversion remarquable. C'était l'abbé d'Entragues âgé d'environ 65 ans. Il fit hautement profession à Paris de ses nouveaux sentiments, le jour de Noël, après quoi il disposa de ses biens et se prépara à passer dans les pays étrangers. Mais il fat arrêté à Lille et transféré à Charenton dans la maison des fous. Court nous apprend (Mu. de Court, N° 39) que cet abbé avait été amené au protestantisme par Barbe, chapelain de l'ambassade de Hollande (Icol. 779). L'abjuration eut lieu dans la chapelle de l'ambassade. Le régent s'en montra si fort scandalisé qu'il fit renouveler les défenses d'assister au service divin chez les ambassadeurs des puissances protestantes, et qu'il donna ses ordres pour enfermer d'Entragues à la Bastille. Cependant, grâce à de hautes protections, l'abbé obtint la permission de sortir de France ; mais le parlement n'en tint compte ; il se mit en devoir de lui faire son procès, et à son passage à Lille, d'Entragues hit encore arrêté et renvoyé à Paris. Selon Dangeau, c'était une espèce de fou qui voulait se singulariser; mais l'apostat Dangeau n'était-il
1 Et dans la Oorresp. de U docb. d'Orléans, trad. par Gust. Bnraet; Paria, 1855, t. U, p. 209-
ENTBEMONT — ÉPINAC
pas guidé par le désir de justifier la mesure dont le pauvre abbé fut victime ?
Entrbmont (Jacqueline, comtesse df).
||me d' Entremont, deuxième épouse de l'amiral Coligny, voy. t. IV col. îlî. — Hyacinthe comte d'Envie, colonel au service de Hollande, 1748-58. — Albert de L'espêe, lieutenant -colonel, id., 1680; (Charles-Joseph), colonel, id., 1754-58.
EPICIME. On a un petit volume intitulé :
Traictè de la cène et de la messe. Contenant vingt-quatre argument, assavoir douze soustenans la Messe estre la Cène de J.-C, avec douze Responses à la fin d'un chacun d'iceux prouvant le contraire. Et douze autres Argument prins de la saincte Escriture, monstrans clairement que la Messe n'est la Cène de J.-C. ; par André Epicime « Hebr. X : Par une seule oblation le Fils de Dieu a rendu parfaits pour tout jamais ceux qui sont sanctifies. » Lyon, 4564, in-16, 64 pages ; autre édit. ou tirage, Lyon, chez Claude Ravot, in-8<> 1564. Autre, citée par MM. Haag, 1563.
Un vieil érudit saxon, Melchior Adam, mort en 1622, nous dispense des recherches et des suppositions que pourrait nous occasionner ce nom hellénique : Epicime. U nous apprend dans ses Vit» theologoram german., que ce fut le pseudonyme pris par Hartmann Beyer, étudiant de Wittemberg et disciple de Luther, né à Francfort-sur-le-Mein en 1516, puis ministre dans cette ville, pour publier en réponse à diverses apologies de la messe un pamphlet qu'il intitula : Pro (ictitio missœ tacrificio Argumenta erronea sophistarum von tifieiorum cum refutationibus (Andréas Epicimus edidit); Magdebourg, 1551 in- 8». Quel rapport avait-il pu trouver entre Beyer et Epicimus? Aucun ; mais comme le remarque avec justesse l'académicien La Monnoye. (Notes sur la Croix du Maine et du Verdi er), Epicime parait être la traduction de l'adjectif grec *E-rrÎTipx;, homme dont l'honneur est hors d'atteinte.
Le ministre luthérien ( lutheranismi doctrinâ et ritibus ardentissimus propugnator, dit-on dans l'Encyclop. de Hertzog) s'était proposé de terrasser trois théologiens catholiques de son temps et de son pays, Jean Cochlœus de Nuremberg (mort en 1552) auteur d'un Spéculum antique devotionis erga missam, Wickel de Fuida
(1501-1573) et surtout Michel Holding, évéque de Meersbourg, qu'on appelait Micha'él Sidonius depuis qu'il avait précédemment reçu le titre d' évéque, in partibus, de Sidon, auteur d'une Canonis missœ paraphrastica explicatio (Augsbourg, 1548, in-4<>). En effet il ne les ménage pas, car voici sa conclusion telle que la donne la traduction lyonnaise :
J'ay récité les argumens contre la Messe, laquelle nous reprouvons. A cause de quoy nous sommes estimez très meschans et pernicieux. Sur cela les adversaires songent, machinent, traictent, vomissent des feux, espées, massues, broches, grils, cordes, sacs et quoy non ? Ils nous rendent suspects et odieux aux grans, et les irritent contre nous à fin qu'ils nous meurtrissent. De nostre part nous recommandons nostre cause a Dieu, qui contregardera son Eglise contre ces assaux et rages de Satan et du monde, maugré les portes d'enfer, et deussent crever de despit Cochleus grosse et lourde beste ; Sidonius fier, arrogant et cauteleux; Vicelius malicieux apostat, avec tous les yvrongnes et vilains moynes et toute l'eslite de Satan. Le Dieu Eternel, Père de notre Seigneur J.-C. nous veuille conserver en la confession constante de sa vérité, nous consoler et fortifier par son Esprit, afin que nous ne craignions les hommes et fureurs de Satan. Louange à Dieu. Prov. 21 : Il n'y a sagesse, il n'y a prudence, il n'y a conseil contre le Seigneur. Fin.
Comment et par quel huguenot français ce livret publié à Magdebourg en 1551 fut-il traduit et imprimé à Lyon en 156*3 ? On l'ignore. Cependant les pasteurs Jean de Lespine et Pierre Viret ayant fait imprimer sur le même sujet, la même année, chez le même imprimeur de Lyon de petits traités dont nous donnerons les titres lorsque nous parlerons de ces théologiens, il se pourrait que l'un d'eux fut le traducteur de Beyer.
EPINAC (Pierre d'), archevêque de Lyon, né en 1540, mort en 1599 [Haag, IV 539]. Notre intention n'est point de réclamer pour la France protestante ce fameux ligueur, ni, par conséquent, de lui donner un article étendu dans notre ouvrage; nous voulons seulement rappeler ici qu'il fut un instant avec les huguenots. Grâce à la protection de son oncle l'archevêque de Lyon, d'Epinac faisait déjà par-
ÉPtNAC — EWEU
tie du chapitre de cette ville, où il avait été admis dès l'âge de dix ans, lorsqu'il alla étudier le droit à Toulouse. Ce fut pendant son séjour dans cette ville qu'il s'unit aux assemblées religieuses des protestants, mais aussitôt qu'il s'aperçut que sa religion serait un obstacle à sa fortune, il l'abandonna et devint le plus ardent adversaire des huguenots. C'était un homme habile et éloquent, mais en même temps, un intrigant sans foi, sans loi et sans mœurs, qui sacrifia tout à son ambition. Gallican ou ultramontain , partisan de Henri III ou ligueur forcené, il n'eut en vue, dans ses continuelles variations, qu'un seul objet, le chapeau de cardinal, mais il ne put y atteindre et il eut la douleur de mourir simple archevêque de Lyon. — Epine, religionnaire de Sedan, 1719. — Geneviève Epinel, enfermée au couvent de N.-Dame-de-Saintes, 4740. — Pierre Erant, pasteur de M arc il lac, 4603. — Pierre Erault, sr de La Prée Goisy, lieutenant au régiment de Champagne, protestant de l'île de Rhé ; Jacques Erault major général de la milice de l'!le, 4677 (Tt 258).
ERB (Matthias), né à Etlingen en 4494 [Haag, IV 539], reçut son éducation en Suisse. Il fît comme aumônier dans les troupes bernoises, en 4534, une campagne contre les cantons catholiques. En 4536. on l'appela comme pasteur à Baden, mais il y garda peu de temps cette place et après avoir dirigé pendant deux ans l'école de Gegenbuch, il fut enfin placé à la tête de l'église de Riquewihr, et nommé par le comte de Montbéliard surintendant de toutes les églises de ses possessions d'Alsace. Pendant vingt-quatre ans, Erb s'acquitta de ces fonctions avec autant de prudence que de zèle. C'est par ses soins que la Réforme s'introduisit à Mittelwihr, Hunawhir, Ostheim, Andolsheim, Baldenheim, Sundhofen, etc. Il eut aussi plus d'une fois l'honneur de prêcher l'Evangile dans la chapelle du château de Ribeaupierre, en présence du comte qui faisait le plus grand cas de lui. Ami de Bucer, de Capiton, de Zell, dont il partageait les sentiments, uni aux théologiens suisses dans leurs opinions sur la Cène, Erb fut victime de la réaction luthérienne qui suivit la mort du comte Georges de Montbéliard. Il fut mis à la retraite en 4560 et se retira
à Ribeauvilliers où il mourut, le 43 mars
Lipenius lui attribue Christlicher Berich vom Tro$t und Unterhaltung derer die umb Christ i, seines Worls und Evangelii Willen Verfolgung und Schmach leiden mûssen, NUrnb., 4569, in-8°. La même année, il publia Vom Sauffen und Fressen, den ztceyen sctuendlichen Lastern, MUlhausen, 4569, in-8<>, trad. allemande du traité de Chrysostôme : Quod nemo lcditur quàm à se ipso. On possède à la Biblioth. de Genève (MSS. N° 497", Carton 4) une lettre d'Erb, datée du 23 mai 4562, par laquelle il demande aux pasteurs genevois un ministre pour l'église de Ribeaupierre, lettre importante en ce qu'elle prouve que, dès lors, le protestantisme était professé dans cette ancienne seigneurie, et de plus, qu'Erb prêchait encore à cette époque le calvinisme qui ne devait pas tarder à être proscrit du comté de Montbéliard. On a d'autres lettres de lui à la Biblioth. de Bâle, et à celle de Colmar quatre vol. mss. de sermons et pièces diverses, parmi lesquelles figure sous la date de 4563 un traité contre les Ubiquitaires intitulé Narraiio de sacra Cœnâ, ad Elisabetham de RapoUtein.
ERBAUD, en Dauphiné. Pierre Erbaud réclame contre la régie des biens de Daniel et Moïse Erbaud, ses parents, fugitifs ou condamnés; 4749 (Tt Tourlet). — Marguerite d'Erby, veuve, 60 ans, assistée à Londres, 4702. — Veuve Erconteau, de la Saintonge, 50 ans, id.t 4706. — Milon Erdier, de Chalon-sur-Saône, marchand, reçu habitant de Genève, 23 oc t. 4572.
ERIEU (d') ou Eyrieu, d'Herrieu, d'Errieu, famille de pasteurs dauphinois. Un membre de cette famille assiste au synode de Dauphiné, tenu à Gap en 4597. — (Isaac) figure comme pasteur de Monestier, de Clairmont et de Vif et assiste en cette qualité à plusieurs synodes, de 4605 à 4607 ; il devient ensuite pasteur de Pontde-Royans église dans laquelle il remplit les fonctions pastorales de 4607 à 4642; les colloques de Serres et de Nyons, du mois d'août de cette dernière année le déclarèrent excusé t à cause de ses indispositions et de sa grande vieillesse. » — On trouve aussi : Denis d'Erieu, pasteur de Monestier en 4600-4609 ; Daniel, son fils, étudiant en théologie en 4600; Jean Erieu,
ËBIEU
ERMAN
pasteur à Pont-en-Roy ans, en 4614. — Jacques Erieu, du Vivarais ; Pierre Erieu ou Erioud, de Villeneuve-de-Borg, sa femme et deux enfants, et la veuve de François Erieu ou Eriou, du Dauphiné, assistés à Genève de 4697 à 1703. — Jean Erignet ■ praticien de Lyon » reçu habitant de Genève, 2 oc t. 4572.
ERMAN (Jean-Pierre), l'auteur, avec Reclam, des précieux Mémoires sur l'histoire du refuge en Prusse. Il était né à Rerlin, en 4735, d'une famille originaire de Mulhouse, qui s'était établie à Genève avant de se transporter à Berlin. Dans cette dernière ville il étudia au collège français sous Pierre Naudé et Formey. Il fut élu pasteur de l'église du Werder en 4757 et donné pour collègue à Achard et PeUoutier. Outre ces fonctions pastorales qu'il garda jusqu'à sa mort, et celles de Principal du Collège français, il fut encore professeur au séminaire de théologie et membre du Consistoire supérieur. Il était aussi de l'acad. de Berlin aux séances de laquelle il donna lecture de 44 mémoires qu'elle a imprimés ; enfin il reçut le titre d'historiographe de Brandebourg. Le grand Frédéric lui fit l'honneur en 4776 de le remercier, par lettre, d'un sermon qu'il avait prononcé sur « L'amour de la patrie. • Il mourut le 44 août 4844. Lorsqu'il eut achevé la 50m« année de son ministère, l'église du Werder lui décerna une médaille d'or frappée à cette occasion. On a de lui :
I. Mémoire historique sur la fondation de l'église françoise de Berlin, publié à F occasion du jubilé qui sera célébré le 10 juin 4772, Berlin, 4772, in-8°.
II. Geographix antiquse elementa, in usum scholarum, Berlin, 4777, in-8°.