‹ La France protestante (volume 4)Chapitre 124 sur 189 · V. Branche deCourcelles-le-Roi · texte numérisé non relu

V. Branche deCourcelles-le-Roi

Jean Du Faur, seigneur de Courcellesle-Roi, fut poun-u, en 4 572, de la charge de gentilhomme ordinaire du duc d'Anjou et de gentilhomme de la chambre du roi. On peut supposer qu'il professait alors, au moins en apparence, le catholicisme; mais plus tard, il rejeta ce masque hypocrite et se rangea ouvertement du côté des Protestants. Dès 4 588, il accompagna le roi de Navarre à l'Assemblée politique de La Rochelle, et il continua à rendre à ce prince des services en récompense desquels il lui donna une compagnie de 50 hommes d'armes, le créa maréchal de camp et lui confia, en 4 597, le gouvernement de Gergeau, auquel il joignit la maîtrise particulière des eaux et forêts du bailliage d'Orléans. Les Actes des assemblées politiques nous apprennent qu'il assista aux deux qui se tinrent à Chàtellerault en 4 597 et en 4605. Bien qu'il oQt déjà atteint un âge avancé et qu'il fût même malade, lorsque l'Orléanais le choisit pour son représentant à la dernière, il ne voulut pas refuser l'honneur qui lui était déféré ; mais son état ayant empiré, il dut demander son congé avant la clôture de l'assemblée. Il mourut peu de temps

DUF

DUF

après, laissant de Catherine Ménager, dame deMarcaut, près de Gien, qu'il avait épousée en 1 575, cinq fils, dont trois, Fbançois, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, Louis et Henri, moururent sans hoirs. Les deux aînés, GuT et Jean-Pierre continuèrent la descendance.

Guy Du Faur, seigneur de Courcelles, capitaine d'une compagnie de gens de pied, épousa, en 4 598, Marie ou Marguerite de Saint -Nectaire ou Senneterre^ fille de Jacques, baron de La Grolière, gentilhomme de la chambre du roi, et de Marguerite d'Etampes. Il en eut : r Jean-Jacques, qui suit ; — 2* Gut et 3* Gabriel, morts au service ; — 4* Daniel et 5" Michel, qui se convertirent et entrèrent, le premier dans l'ordre de Malte, en 1 631, le second dans les ordres ; — 6' Paul ou Pierre, sieur de La Sablonuière , dont le fils est porté sur une liste, dressée en 1685 par ordre du gouvernement, « des gens de province faisant encore profession de la R. P. R, » accompagné de cette note , que sa femme s'était réfugiée en Hollande ; — 7* et 8* Marie et Jeanne-Marie.

Jean-Jacques Du Faur, seigneur de Courcelles et baron dePierrefitte , testa en 4 655. H avait été marié deux fois , la première avec Marie de Chandieu de Lurhigny, la seconde, avec Eléonore Du Faur de Cormont. Du premier lit naquirent deux filles mariées dans la maison de Jaucourt, et du second, un fils qui reçut le nom de Jean. Ce dernier épousa Anne de Gueribalde^ dame de Bondaroy, dont il eut un fils» Jean-Louis Du Faur de Courcelles, que la persécution convertit après la révocation de l'édit de Nantes et qui vivait encore en 4709 {Archiv. E.

3392 et 3395), et plusieurs filles qui étaient élevées, en 4688, par leur grand-mère. M"* de Bondaroy, Comme cette dame était fort mauvaise catholique, on l'enferma aux Filles de l'Union chrétienne, et ses petites-filles furent mises aux Nouvelles Catholiques {Archiv. B. 3374),

Le second fils de Jean Du Faur, Jean-Pierre, seigneur de Langesse, mourut en 4652. Il avait épousé ï Civray en Poitou, le 49 juillet 4605, Marguerite de Goulart , fille de René deGoulart, sieur du Breiiil, etdelfffrguerite Poussard de Fors. De ses trois fils, les deux aines, Jean et Pierre, suivirent la carrière des armes et moururent sans alliance; leur frère Henri, seigneur de Marcaut, continua la descendance. D'un premier mariage qu'il contracta avec Marie Stample naquit un fils qui se réfugia dans le Brandebourg à la révocation de redit de Nantes. Resté veuf^ le sieur de Marcaut épousa, en secondes noces, Marie de Gervy, dont il eut encore quatre enfants : Jean-Pierre, sieur de La Motte-Saint-Firmin ; François, sieur de Cormont, Gut, sieur du Verger, et Eléonoee.

DU F£BKI£R (À.RNAUD, et non Renault, comme l'appelle La Croix du Maine), excellent jurisconsulte, ambassadeur au concile de Trente et chancelier de Navarre, né à Toulouse vers 4 508, mort au mois d'octobre 4585.

Après avoir terminé ses premières études, Du Ferrier partit pour l'Italie dans l'intention d'y suivre les cours des principales universités. A l'&ge de t% ans, il fut reçu docteur en droit à Padoue, et à son retour dans sa ville natale, il fut nommé, malgré sa jeunesse, professeur de droit. Sa réputation s'étendit bientôt dans toute la France, et le cardinal de Tournon, qui se piquait de protéger les gens de mérite, lui obtint, vers 4 543, une charge de conseiller au parlement. Quelques années après, Henri II l'appela à Paris et le fit recevoir conseiller au parlement de Paris, le 4 4 fév. 4554. Quatre ans plus tard, le 4 S fév. 4555, Du Ferrier fut nommé président en la chambre des enquêtes.

A la fameuse mercuriale du 26 avril 4559, à l'issue de laquelle le célèbre Anne Du Bourg (Voy. ce nom) fut arrêté. Du Ferrier, bien que d^ suspect dliéréâe, ue oaignii pu #«i|ri-

DUF

DUF

mer son sentiment avec une entière franchise. Il se prononça pour la modération des peines contre les hérétiques jusqu'à la tenue d'un concile général qui réformerait TËglise. Sa modération n'aurait pas manqué de lui être fatale, si un de ses amis ne l'avait tenu caché pendant quelque temps, et ne lui avait procuré les moyens de fuir.

Après la mort de François II, alors que Catherine de Médicis semblait sur le point de céder au torrent et de se déclarer pour les Protestants, Du Ferrier recouvra toute la faveur dont il avait joui. Ce fut môme sur lui que s'arrêta le choix de la reine-mère quand elle se décida à envoyer des ambassadeurs au concile de Trente, et certes ce choix était significatif. Aussi le parti ultramontain s'en montra-t-il fort mécontent, et ce fut bien pis, après la harangue célèbre qu'en sa qualité de représentapt du roi de France, Du Ferrier prononça devant les Pères assemblés.

li y attaqua les prétentions de Rome avec tant de vigueur, il y soutint les principes de l'Eglise gallicane et les intérêts de la France avec tant de fermeté, que les prélats italiens en furent consternés. Pour calmer leur ressentiment, la reine-mère envoya Du Ferrier à Venise avec le litre d'ambassadeur, poste qu'il occupa jusqu'en 4582, quoique, pour soutenir sa dignité, il fût obligé d'aliéner une partie de sa fortune, son traitement ne lui étant pas payé. A son retour en France, il croisa à Arlenay Du PlessiS'Mornay à qui il avait plusieurs fois promis, et de bouchç et par écrit, de faire profession publique de la religion réformée, de la vérité de laquelle il était convaincu depuis longtemps. Du Plessis le pressa de sortir enfin d'un état d'hypocrisie indigne de lui» et pour le dédommager de la perte plus que probable de la place de maître des requêtes, qu'il avait obtenue en 1 568, et de la charge de président dans laquelle il avait été rétabli par brevet du 6 déc. \ 569 {Collect. Dupuy, N« 24 5), sans parler des 4 4,000 écus qu'il avait dépensés dans son ambassade, il pria

le roi de Navarre de disposer en faveur de Du Ferrier de la place de chancelier de Navarre qui lui était destinée k lui-môme.

Du Plessis aurait voulu donner à cette abjuration la plus grande publicité possible; mais son opinion ne prévalut pas. On la tint, au contraire, si secrète que Davila, qui écrivait sous Henri IV son llistoire des guerres civiles, n'en a eu aucune connaissance. 11 raconte, en effet, que dans le conseil qui se tint, en 4 585, au sujet de la mission du duc d'Epernon, Du Ferrier, « quoique catholique, embrassa le sentiment de Philippe de Mornay, sieur Du Plessis, de à*Aubigné, confident intime du roi de Navarre, et des autres Huguenots qui, opiniâtrement attachés à leur religion, s'efforçoient de persuader à ce prince, que les biens temporels ne doivent être d'aucune considération, lorsqu'il s'agissoit de la perte ou du salut de l'âme. » Davila se trompe en le qualifiant de catholique, mais il a raison en disant qu'il s'opposa à la conversion du roi de Navarre, et la principale rai^ son qu'il fit valoir, c'est que son changement de religion ne servirait en rien au rétablissement de la tranquillité publique. Au reste, la mort de Du Ferrier ne permit pas à Henri de profiter longtemps des conseils du « second Caton de Franco » , comme l'appellent les Mémoires de la Ligue. Il mourut, diton, de douleur de voir la guerre se rallumer.

Selon les Mémoires de Condé , Da Ferrier était « homme docte au droit civil, de grande réputation, comme étant de bon jugement et droit. » De Thou le qualifie « d'homme respectable par sa probité et par la gravité de ses mœurs» et de si grand jurisconsulte que JaC" gués CujaSy l'ornement de son siècle»

reconnoissoit ne devoir qu'à lui tout ce qu'il savoit. » Malgré son profond savoir, Du Ferrier conserva jusque dans sa vieillesse le goût de l'étude. A l'âge de plus de 60 ans, il se mit à apprendre l'hébreu afin de pouvoir lire TAncien-Testament dans la langne ohgi-

DUF

DUF

nale. Il h laissé des Mémoires de son ambassade qui forment 3 toI. in-fol. et se conservent mss. à la Bibl. nationale. Arnaud Du Ferrier avait un frère {\ ), nommé Barthélémy, sieur du Villa, lequel, ayant voulu, sur la foi de Tédit de pacification, retourner dans sa maison de Garcassonne, fut pris et décapité sans autre forme de procès, en 4568.

Il est vrai que le parlement de Toulouse l'avait condamné à mort par contumace, en 1 567, avec Saint-Couat et de Cussac, à l'occasion d'une entreprise sur Garcassonne; mais la sentence avait été abolie par l'art. IVde Tédit de paix (Voy. Pièces justif., N» XXX).

Arnaud Du Ferrier ne laissa pas d'enfant; mais Barthélémy eut, de son mariage avec Philippe de Sainte-Coîombe, Abnadd Du Ferrier, seigneur Du Villa, qui fut élevé par son oncle. Dès qu'il eut atteint l'âge de porter les armes, il jura de venger son père sur les habitants de Garcassonne, et jamais serment ne fut tenu plus fidèlement.

Gommandant dans Aleth en 1 575, Du Villa enleva Guilla ou Quilla sur la frontière d'Espagne. En 1 584, le roi de Navarre le nomma gentilhomme de sa chambre, et, en 1 587, il fut appelé à remplacer le capitaine Fournier comme gouverneur de Brugairolles. L'heure de la vengeance avait enûn sonné. Du Villa se ligua avec de Rodes, Cas- Ulrens, La Bastide, Comeles, Saint- Couat, Darmissa, Malves et d'autres chefs huguenots qui nourrissaient contre Garcassonne une haine aussi vigoureuse que la sienne, et il fit tant de mal aux habitants de cette ville, qu'à tout prix ils voulurent se débarrasser d'un voisinage aussi dangereux. Ils allèrent donc attaquer Brugairolles, mais tous leurs efforts échouèrent contre cette place que Fournier avait rendae inexpugnable, en sorte que, reconnaissant l'impossibilité de s'en rendre mat- Ci) Il ne serait pas impossible qu'Antoine ZH» Ferrier, expalsë do parlement de Toulouse, en 1561, comme suspect d'hérésie, eût été aussi atuclié an chancelier de Navarre par lei liens di saïf .

très de vive force, ils convertirent \t siège en blocus, en élevant autour de la ville sept forts qui la serraient de tous côtés. Du Villa comprit qu'il unirait nécessairement par succomber s'il n'était pas secouru. Goofiant donc le commandement au capitaine Fort^ appelé Fosse par Gâches, il alla demander du secours au duc de Montmorency, qui chSiTgeAMontgommerifeid^A%don, gouverneur du pays de Foix, de ravitailler la place, tandis que lui-même, avec les corps de Tanus, gouverneur de l'Albigeois, àeDeynu et d'Andelot, opérerait une diversion en attaquant les châteaux tenus dans les environs par l'ennemi. Du Villa rentra dans Brugairolles avec le secours, en forçant les lignes de circonvallation tracées par l'ennemi, et bravement secondé par les capitaines Portai et Mareket, il opposa une résistance opiniâtre de sept mois, jusqu'à ce que, le roi de Navarre semblant l'oublier, il se vit forcé, par le manque d'eau , de se rendre au Grand-Prieur, le t\ janv. 4588. La garnison sortit avec tous les honneurs de la guerre; mais, malgré la capitulation, qui avait été négociée par Gwdlawme de Rozet, sieur de Gausse, la ville fut livrée aux flammes. Avide de prendre sa revanche. Du Villa battit, peu de temps après, la garnison deVillemur, à la tête d'une compagnie de gendarmes, commandée par Lopor/^, et des gardes de Turenne, sous les ordres du capitaine Tenot; puis il conçut l'audacieux projet d'enlever Garcassonne aux Ligueurs. 11 communiqua sou dessein à La Nogarède etàHbii^lédier qui lui promirent leur concours, et tous trois, à la tête de quelques hommes, allèrent attaquer une des portes de cette ville. Mais l'éveil fut donné, la garnison courut aux armes, le tocsin rassembla les habitants des campagnes; il fallut songer aune prompte retraite.

A Alzonne, Du Villa rencontra un corps de troupes qui marchait au secours de Garcassonne ; il le culbuta, et gagna les bois qui séparent le Lauraguais du territoire carcassonnais. A peiae s'j

DUF

DUF

eUit-il mis à Fabri, qu'il découvrit la cavalerie ennemie qui le poursuivait.

Le capitaine Tenot se jeta avec les arquebusiers sur la lisière du bois ; un feu bien nourri renversa les premiers rangs des Ligueurs, et une charge brillante mit en fuite les autres. Du Villa rentra heureusement à Revel avec un grand nombre de prisonniers.

Depuis cet exploit, il n'est plus fait mention de lui dans l'histoire. Son fils, Olivier, sieur Du Villa, testa en 1644. Il avait épousé, en 4630, Juliette de Fontaines, qui le rendit père de Marc-ântoine, marié, en 1665, avec Anne-Dorothée d'Albi,

I>U F08 (David), avocat de La Rochelle. Du Fos fut député, en 1618, avec Gendrault, à l'assemblée tenue k Orthez au sujet des affaires du Béarn. Dix ans plus tard, c'est-à-dire, pendant le siège célèbre que sa ville natale soutint contre Louis XIII, il fut membre du conseil municipal au sein duquel il exerça une très- grande influence. Il a publié La relation de ce gui s'est passé à Ventrée de la reine dans la ville de La hochelle au mois de novembre 1632 (La Rochelle, 1 633, in- 4*), ouvrage dont le caractère le plus saillant est un style ridiculement recherché.

DU FOU (François), baron Du Vi- GEÀN, d'une des plus anciennes familles du Poitou, et un des chefs les plus influents du parti huguenot. Au premier appel de Condé, Du Vigean prit les armes et rejoignit à Oriéans le prince qui lui témoigna en toutes circonstances beaucoup de confiance et d'estime.

Homme de conseil plutôt que d'action, peut-être à cause de son âge déjà avancé, il ne se signala par aucun exploit militaire ; néanmoins il jouissait d'une haute considération, magnà prudentiâ et aquitatis laude inter suas cla- TUS, dit deThou. En 4572, Charles IX voulut se servir de son influence pour décider les Rochellois à se soumettre.

Du Vigean, qui partageait le sentiment de La Noue sur l'inutilité d'une résistance désespérée, se prêta aux vues

du roi et se présenta , comme négociateur, devant les portes de La Rochelle où l'on refusa de le recevoir. Il se retira donc à Sigogne. Malgré le saufconduit qu'il avait obtenu des Rochellois, il y fut attaqué, blessé et dépouillé par Criemm^re, lieutenant de Satn(- Etienne. Sur les plaintes de Languilier , son proche parent , Guimenière fut mis en prison; toutefois les menaces de Saint-Etienne le firent bientôt relâcher , et tous deux „ bien que trèsattachés à la religion protestante, sortirent de La Rochelle et se retirèrent dans le camp de Biron. En 1 577 , Du Vigean , que la guerre avait forcé de chercher un asile à La Rochelle, fut chargé de conduire du secours à La Vigf^y gentilhomme breton, qui avait surpris Le Gonquet; mais, malgré toute sa diligence, il arriva trop tard. Il mourut peu de temps après , au commencement de septembre, « d'autant plus regretté par les Protestans et Rochellois , dit La Popelinière , qu'il n'avoit oncques espargné sa peyne et ses moTens pour maintenir la seureté de son party. »

François Du Fou ne laissa de son mariage' avec Louise Robertet (1)que trois filles : Madelaine, femme, eu secondes noces, de François de Pons ; Lou isE, mariée avec Joachim de Saint- Georges ; Marie , épouse de Charles Eschalard^ seigneur de La Boulaye.

DU FOUR (Philippe-Sylvestre), né à Manosque vers 1 622 , mort à Vevay en 1 685.

Du Four s'appliqua d'abord à l'étude des belles -lettres; mais plus tard, il s'adonna au commerce, sans rien perdre de son goût pour la littérature. S'étant fixé à Lyon, il s'y fit marchand-droguiste , profession qui lui fournit l'occasion d'établir avec le Levant des relations dont il profita pour se former un cabinet de médailles , d'antiques et

(1 ) La sœar de cette Louise Robertet, nommée MariCt avait éyoasé le sienr de L*lsle, conseiller au conseil privé. En 1569, Charles IX fit restituer à son mari» qui était ct« tbolique, ses biens qv'on avait saisis (Co/Zee/. mpuy, N« 428).

DUF

DUF

de productions rares de la Dature. Il est vrai que toutes les curiosités quUl rassemblait à grands frais n'avaient guère d'autre prix à ses yeux que leur valeur vénale, et qu'il n'hésitait pas à les vendre aux amateurs; mais ce trafic eut au moins pour lui l'avantage de le mettre en rapport avec tous les médaillistes et les antiquaires célèbres de son temps. Quelque temps avant la révocation de redit de Nantes , Du Four prit avec son ami Jacques Spon , dont il soulageait la misère en profitant de ses talents , les mesures nécessaires pour aller rejoindre sa fille mariée à Genève. Ils partirent ensemble vers le mois de sept. 1685, et se rendirent à Vevay dans l'intention de s'y fixer; mais à peine anivé, Du Fo\ir mourut âgé d'environ 63 ans. « C'étoit, dit Nicérou, un homme d'esprit et de mérite, d'une humeur fort douce , et qui usant bien de ses grandes richesses, les répandoit avec beaucoup de libéralité sur ceux qui se trouvoient dans le besoin, et principalement sur les Calvinistes de Lyon. » On a de lui :

I. De V usage du caphéy du thé et du chocolat j Lyon, 4671 , in-12. — Trad. d'un ouvrage latin anonyme et peu exact.

II. Instruction d*un pire à son fils qui part pour un long voyage^ Lyon, 4677, in-12. — Adressé par Du Four à son fils qui partait pour le Levant où il mourut, ce livre eut un succès extraordinaire. Non- seulement il fut réimp. plusieurs fois en France et en Hollande, mais il fut trad. en latin, en allemand et en flamand.

III. Traitez nouveaux et curieuit du ca/fé, du thé et du chocolat^ Lyon, 4684, in-12; La Haye, 1685. in-12; trad. en latin par Spon, et en allem., Budissin, 4686. —- L'édit. de La Haye est bien préférable à celle de Lyon; outre des augmentations considérables, on y a joint la trad. du Dialogue de Marradon contre l'usage du chocolat.

Au jugement de Nicéron , ces traités épuisent la matière, quoiqu'il y ait plusieurs méprises.

En tête du Sphinx mystagogne du P.

Kircher (Amst. 1676, in -fol.), se trouve une Lettre de Du Four, datée de Lyon , 1 6 juin 1 673 , dans laquelle il consulte le savant jésuite sur les hiéroglyphes des bandelettes d'une momie qu'il venait de recevoir.

D'autres Du Four s'étaient déjà, dans le xvi» siècle, réfugiés à Genève, comme Michel Du Four, avocat de Blois, et Jean Du Four de l'Orléanais, et y avaient obtenu le droit de bourgeoisie. D'autres cherchèrent un asile en Angleterre. Nous citerons seulement parmi leurs descendants Pfl«/D« Four, un des direcleurs de l'hôpital français en 1718, nommé trésorier de cet hôpital en 1719, eu remplacement de Louis Des Cluseaux^ et Louis Du Fowr, lieutenant dans la compagnie du capitaine Rxberas, qui épousa, en 1748, dans l'église française de Stonehouse , Jeanne^Marie-Anne Maillard, fille du ministre Jean Maillard^ récemment appelé de Darmouth pour desservir cette église avec le pasteur Fauriel. On trouve même des réfugiés de ce nom jusque dans le Nouveau- Monde, où Marc Du Four était, ea 1646, pasteur d'une église française fondée à Ville-Maurice en Guiane.*

DU PRESIDE (Samuel), ministre prolestant, natif de la Normandie. Du Fresne n'était qu'étudiant, lorsque le synode de la Normandie le suspendit de la Cène, en 1616. Quel était son crime? Ses mœurs étaient pures, sa doctrine orthodoxe ; ainsi l'attestèrent au Synode national de Vitré le consistoire et l'académie de Saumur ; il ne 8*écartait des opinions reçues que sur un seul dogme, celui du jugement dernier; mais cela suffit pour attirer sur lui les rigueurs du synode de sa province.

Du Fresne en appela au Synode de Vitré qui leva la censure, non pas toutefois sans l'avoir forcé à rétracter son erreur ; ce ne fut cependant qu'au bout de trois ans que celui d'Alais permit de l'appeler à desservir une église. Il fut placé à Vianne. Aujourd'hui que l'on se fait une idée plus juste du principe

OUG

OUG

fondamental de la Réforme, nne sévérité si grande paraîtra excessive.

En 4637, c'est-à-dire après 47 ans de ministère, Du Fresne, déposé par le synode du Haut-Languedoc, dut s'a* dresser de nouveau à un synode national. Il avsHt, lit-on dans les Actes du Synode d'Aiençon, scandalisé TËglise par sa chute. On doit regretter, dans ce cas encore, que les procès-verbaux soient trop laconiques. Tout ce qu'ils nous apprennent, c'est que le synode « considérant que le 58* art. de la Discipline défendait de rétablir ceux qui étaient tombés dans un semblable crime (quel crime?), lui conseilla de suivre quelque autre profession, en l'exhortant à persévérer dans la repentance et la pratique de la piété. » La conduite exemplaire de Du Fresne lui mérita ta réhabilitation au Synode de Charenton qui le donna, en 4645, à l'église si cruellement éprouvée dlssoire, d'oîi nous soupçonnons que sa famille était originaire. Nous trouvons, en effet, parmi les Français réfugiés à Genève, un Bernard Du Fresne ^ d'Issoire, qui fut reçu bourgeois, le 3 oct. 4582.

DU GU A (Ptirbe) , ou Du Gcast , seigneur de Mons en Saintonge, fondateur d'Annapolis ou Port-Royal dans la Nouvelle-Ecosse, sous le règne de Henri IV, et gouverneur de Pons pour le parti protestant.

La Chesnaye Des Bois, qui a publié, dans son Dictionnaire de la Noblesse, la généalogie d'une famille Des Mons, originaire du Dauphiné, mais établie dans le Languedoc, prétend que Pierre Du Guast était le second fils de Jean- Balthasar Des Mons, seigneur de La Murcellière, et de Delphine de Latenay . En ce cas, de Sacy aurait commis une erreur dans son ouvrage intitulé L'Honneur français, en affirmant « que le marquis dé Monts (c'est ainsi qu'il appelle Pierre Du Gua) avait sucé avec le lait le venin de l'hérésie » , car rien ne fait même soupçonner que la famille Des Mons ait fait profession de la religion réformée. On lit, il est vrai, dans rUist dtt Languedoc^ que Joyeuse,

après la prise de Montastruc, vaillamment défendue par le capitaine Tniet ou Taulat, en 4 590 , fit tuer k coups de pertuisanes et de hallebardes les capitaines Mom et Marguerites j à qui il avait promis la vie; mais, en ad^^ mettant même que ce capitaine Mons soit Balthasar Des Mons, oncle de notre Du Gua, selon le Dict. de la Noblesse, on ne pourrait pas conclure absolument de cet assassinat qu'il était protestant, puisque les Catholiques politiques faisaient alors cause commune avec les Huguenots, et que la haine des Ligueurs était aussi violente contre les uns que contre les autres. D'un autre côté, dom Vaissette nous apprend que Louis Des Mons, frère de Jean- Balthasar, prit une grande part au massacre des Protestants de Gaillac, en 1571, et le Dict. de la Noblesse luimême, qu'un quatrième frère, Aphrodite , servit dans le corps de Strozzi. Enfin, selon la même généalogie, Pierre Du Gua aurait eu, dès 4 591, un frère chevalier de Malte. Nous nous croyons autorisés à conclure de tout cela, que La Chesnaye Des Bois a confondu la famille catholique des Des Mons du Languedoc avec la famille protestante des Du Gua de la Saintonge.

Ce qui nous confirme dans notre opinion , c'est que Champlain, l'ami de Du Gua et le compagnon de ses voyages, le qualifie toujours de gentilhomme de la Saintonge , et que dans le registre des baptêmes célébrés à Pons entre 4640 et 4630, on trouve, à côté du nom de Pierre Du Gua, celui de François Du Gua^ seigneur de La Rochebreuillet, dont un descendant est cité par Benoit dans ses listes de persécutés. (4)

Pierre Du Gua avait rendu des services importants à Henri IV qui l'avait nommé gentilhomme ordinaire de sa chambre, et son zèle pour sa religion

(1) Ce dernier était de Mornac. Deox de ses fllles forent enfermées dans le eoutent de Notre-Dame de Saintes. Pour lui, il parvint k sortir de France avec sa femme et trois antres enfants, ainsi qoe Pierre Du Gua, siear Oi Bois {Ardi, Tt. MS).

Page 1