Traité dn lapeste, Sedan
in-12; Paris, 1596, in-8*.— L'auteur combat l'opinion des médecins qui croyaient ne pouvoir guérir la peste que par la saiçnée; il distingue cette terrible maladie eu deux espèces qu'il caractérise, indique les moyens de la prévenir et de la combattre, et passe ensuite aux fièvres pestilentielles, au charbon, au pourpre.
David- Corneille de Courcelles, anatomisle habile, qui fleurit en Hollande à la fin du siècle passé, descendait assurément de la même famille, de même que Samuel de Courcelles, réfugié en Angleterre et membre de l'église française de Thorpe. David-Corneille est connu par deux traités de myologie ou plutôt par deux fragments d*un traité de myologie qui font regretter qu'il n'ait pas achevé son travail. En voici les titres f
l. Icônes musculorum plantée pe^ dis eorumque descriptio , Lugd. Bat., 4739, in-4'; 4766, in-4% avec fi gg.
n. Icônes musculornm capiiis, Lugd., Bat., 4743, in-4»; 4786, in-4% avec figg.
COLRClLLO^r (Louis de), seigneur de Dangeau , fils de Jacques de Courcillon et d'Anne Le Tavasseur, capitaine huguenot dans l'armée du roi de Navarre. Les renseignements que le Dict. de Moréri nous fournit sur la généalogie de cette famille, qui n'était pas une des moins considérables de ]k Beaucc, laissent beaucoup à désirer
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Une généalogie rase, qui se trouve dans le 23« vol. de la Golleclion Du Chesne, nous servira & combler quelques lacunes, sans nous mettre en état cependant de résoudre une difficulté qui se présente tout d'abord. Nous soupçonnons, en effet, les historiens d^avoir commis une confusion entre le père et le fils, en «appelant Louis le seigneur de Dangeau qui reprit, en 4 589, llliers sur les Ligueurs, et Jacques celui qui combattit h Coutras à la tête d'un régiment d'infanterie , se signala au siège de Sarlat, en 4587, par son imprudente valeur (I), et fut envoyé en ambassade en Anglelcrre après la bataille d'Arqués avec Age sila^Du Plessis, seigneur de La Perrine. Faute d'un prénom, il nous est également impossible de décider duquel des deux il est fait mention dans les actes de l'Assemblée de Mantes {Fonds de Brienne, N* 220), où nous lisons que Dangeau fut de la députation envoyée au devant de Henri IV pour le complimentera son arrivée; nous penchons cependant à croire qu'il s'agit du fils. La date do la mort de Louis de Courcillon est inconnue. De son mariage avec Jaguelvie de Sintrei ou Saintray naquirent 1" Jacques, qui suit; — V Anne, qui épousa, en 4575, Àg/silaUs Du Plessis ; — 3* Renée , femme de Philippe Canaye ; — 4* Marie, épouse de Joachim deFromen^ itères, sieur de Montigny.
Jacques de Courcillon, baron de Dangeau , capitaine de 50 hommes d'armes, rendit d'importants services à Henri IV. Selon Du Chesne, il mourot avant 4620, laissant plusieurs enfants de sa femme Susanne de Baudrah. L'alné, Louis, continua la descendance. Judith devint la femme de Jacoh Thuillùrs (alihs TuilUère), scigheilr de Vallainville. Elisabeth, dame de La MiHhe-Courcillon , épousa Emmanuel Le Comte -Nonant, seigneur de Haucourt, à qui elle donna un fils, JosiAS, sieur d'Aspremont, ca-
(1) De Tboiqvtliflf celat-ci û'adoiticsnt ttrenuus.
pitainc de cavalerie, et deux filles : Sc- 8ANNE, hmmt ée Henri Morin, etN., mariée à un Civile, seigneur de Villeray. Une troisième fille, dont le nom a échappée nos recherches, fut mariée au sieur de Voisin, Du Chesne hésitait à ranger parmi les enfants de Jacques de Courcillon, Josias, baron de Bretigny, Alexandre , sieur de La Mothe, et Benjamin, ne pouvant baser son opinion que sur une seule pièce où ils étaient appelés cousins-germains de/?«w V Du Plessis, fille d'Anne de Courcillon. A cette preuve, nous en ajouterons une seconde qui doit dissiper toute espèce de doute. Nous voulons parler d'une copie du testament de Josias de Bretigny, qui se conserve à la Bibl. nationale {Fonds deBrienne, N* 213). Le 47 janv. 4 628, c'est -à-dire deux jours avant de partir de Sauve, pour prendre part à la malheureuse entreprise de Rohan sur la citadelle de Montpellier, entreprise où il perdit la vie avec un de ses frères, que d'Âigrefeuiile appelle Coursilles, le baron de Bretigny, qui servait dans l'armée protestante aTec le grade de maréchal de camp, fit un testament par lequel il disposa du peu qui lui appartenait , sauf l'approbation de sa mère qui vivait encore. Parmi ses legs, il y en avait un de cent livres de rente pour le pasteur de Dangeau , et d'autres moins considérables pour les pauvres deNismes, les fortiCcations de Florac^ les sieurs de Hopeville, La Bergerie, La Roqve.U léguait sa terre de Bretigny à ses neveux Josias de Nouant et Gaspard de VoiMn ; mille éciis à Alexandre de Tuillière, fils puiné de sa sœur ainée, et pareille somme à chacune do ses trois nièces Susanne de Nonant, Loui$e et Susanne de Voisin,
Louis de Courcillon, ancien de l'église de Dangeau, prit part, en 1614, aux travaux du synode provincial tenu à Chàtilion-sur-Loing, et fut député par l'Orléanais au Synode national de Tonneins. En 464 9, il assista à l'Assemblée de Loudun avec Denonville , Imbift Durant, ministre d'Orléans, de
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Chasseray, procureur da roi à Gien, et Du Plessis, élu de Pithiviers. L'année suivante, les Protestants de TOrléanais le choisirent encore, avec GuMn et Bouïlereau, pour les représenter à celle de La Rochelle; mais une mala« die rayant empêché de se rendre ï ce poste dangereux, il fut remplacé par Jaucourt, En 1626, il se plaignit au Synode national de Castres de ce que le pasteur de Dangeau ne le nommait ni lui ni sa femme dans les prières publiques. Injonction fut faite à Thuysari de donner cette satisfaction à son amour-propre. Il avait épousé S%Lsan^ ne Des Souhes, petite-fille de Du Piessis-Mornay, qui lui donna deux fils et plusieurs filles. Philippe , marquis de Dangeau, Tatné de ses enfants, naquit le 21 sept. 1638. Il suivit la carrière des armes et combattit en Flandres sous Turenne, puis en Espagne, où il se distingua par sa valeur et ses talents militaires. De retour en France, il gagna la faveur des reines par l'amsbilité de son esprit, et celle de Louis XIV par une discrétion impénétrable, jointe à une complaisance que rien ne rebutait. On raconte qu'il était spécialement chargé par le jeune roi de répondre aux lettres de La Vallière, et qu'il servait, en même temp5, de secrétaire à sa maîtresse, faisantalnsi à la fois les lettres et les réponses, sans que les deux amants se doutassent du double emploi qu'il remplissait. Dangeau possédait encore d'autres qualités qui devaient le rendre cher à son maître.
C'éUiit un cœur sec et aride, un homme froid et égoïste, chez qui l'ambition et l'intérêt faisaient taire toute autre considération. Du reste , courtisan p:<rfait. Une seule chose aurait pu lui nuire dans l'esprit du monarque bigot, c'était sa religion ; mais aussitôt qu'il s'aperçut qu'elle serait un obstacle h sa fortune, il l'abjura. Dès lors il vit pleuvoir sur lui les honneurs. En 1665, il fut fait colonel du régiment du roi. En 4666, il fut créé gouverneur de la Touraine. En 1 668 , il fut reçu de l'Académie fran«;ai'C en place
de Scudéri , bien qu'il n'eût aucun titre littéraire. Après la campagne de 1672, qu'il fit en qualité d'aide de camp de Louis XIV, il fut nommé envoyé extraordinaire auprès de Télec^ teur de Trêves et de l'électeur palatin. En 1675, il joignit à son gouvernement de Touraine celui de l'Anjou. En 1680, il fut nommé menin du Dauphin; en 1685, chevalier d'honneur de la dauphine ; en 1 688 , chevalier de l'or dre du Saint-Esprit ; en 1 693, grand maître de l'ordre de Notre-Darae-du- Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem; en 1696, conseiller d'épée.U mourut à Paris, le 13 mai 1720. On a de lui des Mémoires où l'on trouve une foule de minutieux détails sur la vie du roi, les nouvelles de la cour, les querelles d'étiquette , mais où l'on chercherait vainement un seul mot de commisération sur le sort déplorable de ses anciens corcligionnaires,victimes d'une odieuse persécution qui n'épargna pas sa propre famille.
Son frère Locis, né en janvier 1643, professait encore le protestantisme, en 1667, lorsqu'il alla en Pologne en qualité d'envoyé extraordinaire ; mais il abjura peu de temps après et entra dans les ordres. En 1671 , il acheta la charge de lecteur du roi. En 1680, Louis XIV lui donna l'abbave de Fontaine-Daniel , à laquelle il en ajouta plus tard trois autres. En 1682, il fut appelé au fauteuil laissé vacant à l'Académie française par Cotin, et en 1 698, il fut agrégé à l'Académie des Ricovrati de Padoue. C'était un savant polyglotte et un grammairien passionné.
Peu d'hommes ont aimé les lettres plus que lui, aucun ne s'est donné plus de peine pour en rendre l'étude facile et agréable. Il passa sa vie à imaginer de nouvelles méthodes de mnémonique ; aussi n'a-t-il publié que quelques essiiis sur la géogrraphie , l'histoire, la généalogie et le blason.
Les filles de Louis de Courcillon ne suivirent pas l'exemple de leurs frères. On lit dans Benoit : « Le 1 5 de février 1683,rcxercicc fut interdit à Dangeau,
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où, depuis le changement du marquis de ce nom, le zèle de sas sœurs, filles d'un rare mérite et d'une vertu éminenle , l'avait toujours maintenu. »
Moréri garde un silence complet sur les sœurs de Dangeau. Dans son Histoire de la ville de Chartres, Doyen en mentionne quatre , qu'il nomme Elisabeth , Catherine , Charlotte et FRAxçoisE-HiLÈNE ; mais il ne nous fournit aucune particularité sur leur vie. La dernière fut enfermée au Calvaire à la révocation de l'édit de Nantes ; toutefois elle recouvra la liberté et se retira à La Haye où elle fonda deux pensionnats pour les jeunes personnes de qualité qui appartenaient auBefuge.
Elle était, selon l'expression de M"* Du Noyer, une seconde Dorcas. Elisabeth, mariée à Frédéric Suzannet de La Forestj fut jetée dans un couvent de Poitiers, et finit par se convertir en 1686. Charlotte, appelée par d'autres Snsanne, épouse de son cousin Louis Du Plessis, marquis de La Perrine, était morte, à ce qu'il parait, avant la révocation; mais sa fille, &gée de 1 1 ans, fut enfermée aux Nouvelles- Catholiques. Enfin Catherine, quatrième femme de Jean Guichard ^ marquis de Péray, était encore, au mois de juillet 1 687 , prisonnière dans le couvent des Hospitalières Saint- Gervais, et montrait une constance inébranlable, tandis que son Gis, enfermé à la Bastille, et sa fille, détenue aux Nouvelles-Catholiques avec M"*' deL'£5pinay et de Sainte-Hermine , après avoir résisté quelque temps, avaient abjuré, dès l'année précédente, et étaient «.les meilleurs catholiques du monde. »
COt'iVOIL, ministre de Pinperdu en Anjou, nous est dépeint par Benoît comme un fripon débauché, sans honneur et sans modestie. Le Mercure galant, au contraire, nous vante sa piété, son zèle et sa science. Ces contradictions disent assez cljîircment qu'il abjura. Ce fut, en 4681, qu'il vendit sa conscience au prix d'une pension de 400 livres. Le clergé catholique, qui
pensa sans doute que c'était la payer au-delà de sa valeur , voulut se servir de l'apostat pour un coup de maître.
Le synode provincial s'étant assemblé sur ces entrefaites, Courdil osa s'y
Présenter pour rendre compte , disait- , des motifs de sa conversion, et il y lut un écrit violent contre les Réformés et les réformateurs où il posait en principe, que l'Eglise romaine, fdt-elle pleine d'erreurs et d'idolâtries, il n^èst jamais permis de s'en séparer. Le synode, ne répondît à cette diatribe que par un silence méprisant, et il évita ainsi par sii sagesse le scandale sur lequel comptait le commissaire catholique d'Autichamp. Quatre jours après, Courdil, alors âgé de 45 ans, amura publiquement entre les mains de Tévêque d'Angers, avec Gilly, ministre de Baugé, Clément, ancien de Serges, de BeaulieUj médecin et beau -frère de Gilly, et leurs familles. La fille de Courdil, nommée Françoise, qui n'avait que six ans, fut mise à l'Union chrétienne de Tours.
COURLICU (Girard de), originaire d'Angoulôme, où il avait contri> buu ï répandre les doctrines évangé liques, avait été appelé comme ministre à Troyes. En 1 559, il fut découvert et arrêté au mois de décembre. Durant tout son procès, il montra une inébranlable fermeté, en sorte que son courage intéressa en sa faveur plusieurs de ses juges. Condamné à être brûlé, conformément aux édits du roi , il en appela au parlement de Paris et fut en- Toyé dans cette ville; mais en route, il fîit délivré par une troupe d'hommes masqués, sans que ses gardes opposassent la moindre résistance. Pour ne ;iS laisser son église sans pasteur, il t nommer à sa place Pommier, né dans le Béarn, qui ne tarda pas à être incarcéré \ son tour, et tiré de sa prison par les Protestants, la veille même du jour où il allait être condamné à mort. Cette délivrance s'exécuta d'une manière si secrète et si habile que les Catholiques restèrent convaincus que Paumicr avait été sauvé par le diable.
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Il fnt remplacé par Jean GTaf>$ll9^ &à
C)OURKOi>0!^CLC (N. de), g«ntilhomme des environs de Troyes en ChampigDe^ avait rejoint Conié à Orléans ; mais la guerre tratnaDt en longueur etses ressources s^étant épuisées, il avait, comme tant d'autres, pris le parti de retourner chez lui, au mois de septembre 4562. En approdiant deisa demeure, il rencontra une bande oensidérable de piedi^nudi qui venaient de saccager le village de Diarre, à quatre lieues de Troyes. D'borriblefe excès y avaient été commis sur les Protestants. Matsteantt avait été étendu sur les dents d'un séran , la tête étreinte d'une corde, et laissé pour mort sur la place. Le sieur de Viçny avait été égorgé avec toute sa famille, excepté deux jeunes filles, et sa maison pillée, comme celle du contrôleur i.afidrf. Quoiqu'il n'eût qu'une escorte de huit chevaux , Courmononcle n'hésita pas à fondre sur cette troupe de bri- Ipands qai, aussi lâches que cruels, prirent la fuite en abandonnant leur sanglant butin.
Instruit qu'un attroupement de plus de dii mille paysans menaçaient la petite ville de Géant-en-Othe, dont la plupart des habitants professaient la religion réformée, il vola à son secours au mois d'avril suivant, et la défendit yaillamment, secondé par le sieur de SaifU'-Mars, Cependant les pillards trouvèrent le moyen de s'iilroduire dans la vilèe , la nuit du ti aott. ils y exercèrent les plus grandes cruautés. Claude Chauvet fut brûlé dans sa maison avec un enfant de cinq ans.
Adam Perekeron, percé de coups , ttX couvert de paille et brûlé vif. Le 4 5 ect*, les assassins rentrèrent dans <;0tte malheureuse p^ite ville et tuèrent Jam dfvcAar^^tieiuteuantau bailliage, eiJeat^Butm. Une troisième invasion eut lieu le 31 janvier. Elle coûta la vie à CPt^pin Déon^ à qui on trandia la tête iiff un billot avec une liache; ^ Léonard Frençuillety qui fut attaché au poteau de la justice et arquebuse ;
à Antoine Boulet , vieillard septuagénaire, qui fut égorgé comme un mouton, ainsi qu'à un grand nombre d'autres Protestants parmi lesquels on cite le jeune Verdier^ Jean Veau, Jacauet Chofuet, Philippe Roulet, Aimé Le" hrwn, François Laine y Jean Binst, Jean Barbey, André Foucamt, Clamiê Champagne^ Jean Maillet, Aftm Galu9, Christophe Hariveaiu, — Quant au seigneur de Courmononcle, il n'est plus fait mention de lui depuis cette époque dans les annales de rlglise protestante.
€OiJU»Alx (Louis de), de Casteljaloux. Coursan avait cinq enfants dont l'atné ne comptait pas treize années.
Le 4)lus jeune, gagné par les moyens habituels, quitta la maison paternelle et se retira dans un couvent où on lui fit faire abjuration. Alléchés par cette glorieuse conquête sur l'hérésie, les Capucins déclarèrent, en 4684 , qu'Ë était è leur connaissance que l'aîné désirai! aussi embrasser la religion romaine, et sur-ce, le juge ordonna quHl swaitremis entre les mains d'un bon catholique pour qu'il pût librement déclarer sa volonté. Sur l'appel du père, le parlement de Bordeaux, un des plus fanatiques du royaume, confirma la sentence. Exposé sans défense à tout ce qu'un faux xèle peut inspirer de ruses et de méchancetés, le pauvre enfant résista longtemps aux promesses, aux caresses, aux menaces. Pour vaincre sa persévérance, les Capucins eurent recours h la terreur. Bruits nocturnes, apparitions, voix formidables, tout fut mis par eux en usage au risque de le rendre fou. Le père porta plainte au parlement qui refusa d'informer. Il adressa une supplique au roi qui ne daigna pas y répondre. La constance de l'enfont finit par succomber.
COURT (Aktowb), né à LaTourd' Aiguës ou à Villeneuve-de-Berg en Vivarais, en 4 696, mort à Lausanne en 4760. M. €h. Coquerel trace ce portrait d'Antoine Court : « A. Court était doué d'un sens droit et ferme, d'un courage intrépide joint à une prudence cou-
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ommée ; il avait une vigueur surprenante qui lui donnait la force de supporter les plus grandes fatigues sans eu Otre abattu : chez lui, Tâme participait de la vigueur du corps ; il s'exprimait par écrit ou par la parole avec une extrême facilité; cette force d'entendement n'excluait pas une agréable aménité de commerce; iljoignait à beaucoup de tact et de connaissance des affaires une persévérance, une pureté de vues et une intégrité de mœurs, qui le faisaient apprécier et chérir : qu'on ajoute à ces qualités un dévouement inébranlable aux intérêtsde la foi et à ceux de ses frères, et on pourra se faire une idée d'un caractère que la série nombreuse de ses lettres familières et intimes nous a révélé dans tout son éclat, et qui rendit les plus éminents services
aux églises désolées de sa patrie
Un assez grand nombre des manuscrits de ses étiuies, de fragmens de controverse, de notes de critique Sacrée et d'histoire, de morceaux d'une véritable éloquence, nous ont prouvé qu'il avait su réparer par son travail le manque d'une éducation classique dont le désordre des temps et l'absence de toute ressource académique l'avaient privé. »
. Court n'avait que 17 ans lorsqu'il conçut le grand dessein qui lui a mérité le surnom de Restaurateur du protestantisme en France. Depuis la révocation de l'édit de Nantes, l'Eglise réformée n'avait plus d'organisation régulière. Aux pasteurs exilés avaient succédé quelques prédicateurs isolés, comme Broutson, Cotin^ Maison^ Broeat, Malzac^ Giraud, Gardren, Gillet, Givry, Du Noyer, Dcbruc, Cardel^ Mathurin Salve ^ Guyon^ qui presque tous avaient péri dans les supplices ou dans les cachots des prisons d'état {MSS. de Court, N« 28); puis, à mesure que le zèle s'était affaibli parmi les ministres réfugiés, les prédicateurs avaient fait place aux prophètes; et depuis que l'extase, fille de l'enthousiasme religieux, avait disparu cvec les derniers chefs camisards, la direction spirituelle des population»
protestantes du Languedoc était aban donnée à des espèces d'inspirés que leur ferveur môme devait entraîner dans des écarts et précipiter promptement dans le ridicule. Court fut frappé de ce danger dans les réunions nocturnes du Vivarais où il remplissait lui-même les fonctions de lecteur et de prédicateur.
Appelé, en ni 5, à desservir l'église de Nismes, il y trouva des abus d'un autre genre, et peut-être encore plus pernicieux. « La persécution d'un côté, l'ignorance et le fanatisme de l'autre, dit-il, avaient entièrement ou anéanti ou défiguré la religion. Le plus grand nombre de ceux qui conservaient dans leur cœur le plus d'attachement pour elle, démentaient et déshonoraient cet attachement par leur conduite extérieure. Ils tenaient, pour ainsi dire, d'une main l'Evangile, et de l'autre l'idole. Pendant la nuit, ils rendaient à Dieu dans leurs maisons un culte secret, et pendant le jour, ils allaient publique.nenl k la messe. » 11 se convainquit ainsi de plus en plus qu'il était urgent de tirer l'Eglise protestante de cet état déplorable, si on voulait la sauver de sa ruine.
Trois moyens s'offrirent à son esprit : tenir de fréquentes assemblées religieuses pour ramener à des idées plut saines ceux qui cédaient aux entraînements du fanatisme; rétablir .l'antique discipline, réorganiser les consistoires, les colloques et les synodes; ibrmer de jeones prédicateurs, et en attendant qu'ils fussent mûrs pour le martyre, appeler des ministres des pays étrangers.
Ce plan conçu, il le mit sur-lechamp à exécution. Ses premiers efforts furent consacrés au Vivarais. Les assemblées qu'il y convoqua , d'abord peu nombreuses, augmentèrent rapidement, et bientôt le fanatisme n'osaplus se produire. Jug:eant le moment venu de rétablir l'Eglise sur ses anciennes bases, il assembla en synode, le 24 août 4745, tous les prédicateurs des Cevennes et du Bas- Languedoc avec quelques laïques éclairés. Ce fut le
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firemier synode provincial tenu depuis a révocalion; et qu*on remarque bien la date. Le vainqueur deVhéréiie n'était pas encore allé rendre compte au Juge suprême de tout le sangque ion bigotisme avait fuit verser, et tandis ouMl agonisait dans sou palais de Versailles, en proie aux remords de sa conscience, TEglise qu'il avait voulu anéantir se relevait triomphante sur les lieux mêmes où elle avait eu le plus à souffrir ! Qui ne verrait là le doigt de Dieu ?
Court remplit dans le synode les doubles fonctions de président et de secrétaire. Lacbarge d'anciens fut conférée aux laïques qui y assistaient. Ils devaient veiller sur les troupeaux en l'absence des pasteurs et sur la conduite des pasteurs eux-mêmes; choisir les lieux favorables pour la convocation des assemblées et les convoquer avec tout le secret possible; faire des collectes pour les pauvres et pour les prisonniers; procurer des retraites sûres et des guides fidèles aux prédicateurs.
Deux décrets, spécialement dirigés contre les inspirés, furent adoptés à la pluralité des voix : l'un défendant aux femmes de prêcher, l'autre ordonnant de s'en tenir à TEcriture comme à la seule règle de la foi.
Deux assemblées eurent lieu dans le même but par les soins du jeune Court, l'une enDauphiné, le 21 août 4716, l'autre en Languedoc, le t mars 1717.
Court remplit les fonctions de secrétaire dans la première à laquelle assistèrent P. Durand, J, Crotte, Jean Hue, Jean Ve$son et Etienne Ar^ ntmd. De ces cinq compagnons d'œuvre du restaurateur des églises, le premier et le dernier périrent sur Téchafaud et firent la mort la plus édifiante. Jean Hue, tombé entre les mains de Bornage, se convertit dans l'espoir de sauver sa vie; mais son abjuration ne l'empêcha pas d'être pendu avec Jean Vesion,\e 2î avril 1723. Le synode du Dauphiné rendit quelques décrets pour raffermissement de la discipline et la régularisation du culte domestique comme du culte publie. Le plus remar-
quable est celui qui défend d'accorder aucun secours à ceux qui se jetteraient aveuglément dans le danger.
Les travaux d'Antoine Court répandirent bientôt son nom parmi les Protestants réfugiés à l'étranger. Nous avons vu que le duc d'Orléans s'étant adressé à Basnaçe au milieu des inonlétudts que lui causaient les intrigues d'Albéroni pour soulever les Réformés du Midi, le célèbre pasteur de La Haye mit le cabinet du Palais-Royal en rapport avec Antoine Court à qui le régent envoya Génae de BeamUen, gentilhomme protestant du Dauphiné, en même temps qu'il faisait partir pour le Poitou La Bouchetière, colonel de cavalerie au service de la Grande-Bretagne. Court déclara à l'émissaire du duc d'Orléans qu'un soulèvement n'était pas à craindre et que la persécution seule pourrait provoquer une révolte.
Satisfait de cette assurance, le gouvernement fit, dit-on, offrir à Court une pension qu'il refusa, parce qu'il aurait dû, en Tacceptant, s'engager à sortir de France.
Jusqu'à cette époque. Court n'avait d'autre titre à l'exercice du ministère que celui qui lui avait été conféré, ainsi qu'à Durand et à Crotte, par le synode de 1717. Comme il n*avait pas reçu l'ordination, il n'avait, d'après la discipline même qu'il sVflbrçait do remettre en vigueur, le pouvoir ni d'administrer les sacrements ni de bénir les mariages. Afin derereédier à ce fâcheux état de choses, il décida Corteie à se rendre à Zurich pour y recevoir l'im position des mains. A son retour, Cortels consacra Court dans un synode, tenu en 4718, qui ne. compta pas moins de 45 membres présents. Cette assemblée jugea nécessaire de confirmer les ministres en exercice; mais elle arr^tu qu'à l'avenir, nul ne serait reçu pasteur s'il ne possédait les lumières et les connaissances requises et s'il ne s'en montrait diffne par la pureté de sa doctrine et l'intégrité de ses mcBvrs.
Quelques mois après, Court se retira en Suisse ; cependaat sur les in-
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stances pressantes des églises, U rentra en France, à la fin de \ 7S2, et il reprit avec une nouvelle ardeur ses périlleuses fonctions. Longtemps il échappa heureusement à toutes les poursuites ; mais le 47 janvier 4725, il faillit être pris à Alais. De vingt personnes assemblées chtz JcUabert, il s'échappa, lui deuxième. Quatre des prisonniers, David Carrière, Hussein, Gervais et Ponces y furent condamnés aux galères perpétuelles; les douze autres, fontanieu, Martin^ Pages, la veuve Jalahert, Barafort d'Alatç, Rilot née Gaidan, Boucairan^ Barafort de Genève, Trelis, Fabn, Servin^i Salle, furent remis en liberté, faute de pieuves. Sur Tappel des condamnés, le parlement de Toulouse cassa la sentence et acquitta les prévenus. Gervais se retira à Genève; ses trois compagnons, moins prudents, restèrent en France et ils ne tardèrent pas être arrêtés de nou veau. Cette fois, ils ne recouvrèrent la liberté qu'au prix d'une somme de six mille livres.
Au reste, malgré la persécution , l'œuvre de Court avançait merveilleusement. L'Eglise renaissait de ses cendres; il ne lui manquait plus que des pasteurs donl la science réuondit an zèle. Aucun des ministres élablis à l'étranger n'ayant voulu consentir à échanger la sécurité dont il jouissait contre les dangers d'un apostolat nomade au bout duquel se dressait l'échafaud»
Court sentit qu'il était plus que temps de songer à mettre à exécution la dernière partie de son plan. Il fit donc un voyage en Suisse, où sa femme l'avait devancé en 1729, et choisit Lausanne comme le lieu le pins convenable pour la fondation d'un séminaire. 11 eut de grands obstacles à vaincre, mais il en triompha heureusement avec l'appui du gouvernement de Berne et le concours de William Wake, archevêque de Cantorbéry. Le séminaire fut ouvert en 4 7 29,*^ et Court, qui en devint le directeur sous la surveillance d'un comité résidant à Genève, se fixa dès lors à Lausanne.
En 4730, Court fit un voyagea Berne poulr remercier les protecteurs de son œuvre. Dans un sermon qu'il prêcha surPs.LXXXlV, 5, dans l'église française de cette ville, opposant le bonheur d'un peuple libre aux misères d'un peuple opprimé, il traça un tableau si touchant des persécutions exercées contre les Protestants de France, qu'il arracha des larmes à tout l'auditoire.
Le sénat lui accorda une pension. La même année, il fyt nommé député général des églises, fonctions que Benjamin Du Plan avait remplies avant lui avec beaucoup d'activité et de zèle.
Dès lors il ne cessa de rendre d'importants services aux églises du désert, soit en leur envoyant des pasteurs formés sous ses yeux, soit en relevant leur courage par ses exhortations et ses conseils^ soit en réclamant en leur faveur les secours de leurs sœurs des autres pays, soit enfin en apaisant les différends qui s'élevaient quelquefois entre elles. A l'exception de quelques voyages qu'il fit à de longs intervalles dans le Languedoc, où, dès 4729, sa tête avait été mise au prix de 1 0, 000 livres. Court ne quitta plus Lausanne ; il y mourut en 4760. On a de lui :
L Relation historique des horribles cruautés qu*on a exercées envers quelques protesians en France, pour avoir assisté à une asser,iblée tenue dans le désert près de Sismes en Languedoc, On y a (ajouté un Ahrégé d'histoire apologétiçw ou Défense des Réformés de France, qui sert d6 réponse à V Instruction pastorale sur la persévérance enlafoy et la fidélité pour le souverain, de M' Basnage, datée du \ 9 avril 4749, sans nom de lieu ni millésime, in- \ 2. n. Le Patriote françois et impartial ou Réponse à la lettre de M. Vévique d'Agen à M. le contrOleur-géné rai contre la tolérance des Huguenots, Villefr. [Gen.], Pierre Chrétien, 4754 et 4753, i vol. in-l 2. — Plaidoyer en faveur delà tolérance, où l'on remarque surtout un Mémoire kisiotique de u qui $'eât passé de jdu$
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remair^uahU au sujet de la religion réformée in plnsieun provinces de France depuis 4744 juequ^aux années 4754 et 4753.
iU. Lettre d^un patriote sur la tolérance ciùle des Protestants de France, s. l., 4756, iD-8-.
rv. Histoire des troubles des Cevenues ou de la guerre des Camisare sous le règne de Louis-le-Grand^ Villcfr. [Gen.], Pierre Chritien, 4760, 3 Tol. iO'4 2 ; nouv. édit.. Mais, 1 84 j^. — L'histoire la plus exacte et la plus impartiale, quoi qu'en disent les annotateurs du P. Lelong, de cet épisode remarquable de nos troubles religieux.
On conserve à la Bibliothèque de Genève, sous le nom de Collection Courte cent seize volumes manuscrits et quelques liasses de papiers provenant de la succession d'Antoine Court et de son fils. Sans parler d'un trèsgrand nombre de piipiers de famille, d'extraits, de brouillons, de mélangeSt cette volumineuse collection contient une Histoire des églises réformes en X vol. in-4*, faisant suite à l'ouvrage de Benoit^ mais n'embrassant qu'environ cinq années; la copie de VHiS" toire des Camisards avec les mémoires sur lesquels Court a travaillé ; une traduction des Mémoires de Cavalier:
le Journal de Calvisson\ les Mémoires de Boyer^ et la relation du Voyage fait par Courte au sujet de ce pasteur, en 4744.; une Histoire des martyrs; une Histoire des ministres de FraU" ce; des Listes des galériens protestants ; des Mémoires sur les démêlés de deux ministres du Poitou avec quelques séminaristes; une Morale en latin et en français; Pralectiones de auctoribus latinis; un Traité sur les assemblées^ en réponse à un écrit de Perret, ministre de Yevey, qui contestait la nécessité du culte public; des Sermons t des Commentaires^ un Cours de théologie, des Contro^ verses, des Traductions, enfin une partie de la vaste correspondance qae CSonrt entretint, jusque vers l'époqae de la iBort, surtout avec les pasteurs
du désert. M. Dumont, bibliothécaire à Lausanne, possède, en un vol. in-fol., le résumé fait par Court lui-même de cette volumineuse correspondance pendant les années 4720-32.
Antoine Court ne laissa de son mariage avec Etiennette Vagis, que deux enfants, sa fille ainée étant morte en 4734, à Tàge de 7 ans. La cadette, nommée Pauline, née en 47^7, eat pour parrain Pictet et épousa Etienne Solier, Son fils unique s'est rendu célèbre, dans la seconde moitié du siècle passé, sous le nom de Court de Gibelin,
Dans sa Lettre sur la vie et les écrite de Court de Gébelin (Paris, 4784, in- 4*), Rabaut-Saint' Etienne assigne à la naissance du fils d'Aritoiue Court la date de 4 725. C'est sans doute une faute ty pographique ; d'après la correspondance de Court, il convient de lu reporter è l'année 4728. L'auteur de l'Histoire des réfugiés protestants do France a commis une autre erreur en faisant naître Court de Gébelin à Lausanne; il naquit à Nismes. Enfin nous ferons observer que le nom de Gébelin n'est pas, comme on l'a cru, un nom de fantaisie, mais qu'il appartenait à la mère d'Antoine Court.
Destiné à la carrière ecclésiastique, le jeune Court fit ses études au séminaire de Lausanne et fut reçu ministre; mais après la mortde son père, en 4 763, il vint se fixer i Paris où, renonçant à la théologie, il se livra 4 la littérature et aux sciences, sans négliger toutefois aucune occasion de se rendre utile aux églises. Les démarches qu'il fit dans leur intérêt, les mémoires qu'il rédigea, les grâces qu'il obtint, comme chef d'un bureau d'agence et de correspondance qu'il avait organisé à Paris, formeraient une série immense. Dans l'élan de leur reconnaissance, les églises l'élurent leur député et lui accordèrent un traitement annuel de 450 livres, qui ne lui iut jamais payé intégralement, soit mauvaise volonté, soit impuissance. Malgré les contrariétés de toute espèce qu'il eut è essuyer de la pari d'ane foule
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d*intrigaDts ou de jaloux qui cherchèrent ï le supplanter en le calomniant, il parvint, dès 4766, grâce au concours actif du pasteur de La Braue et de deux gentilshommes de Normandie et de Saintonge , nommés de Beaumont et de Homme fort, à établir des rapports assez suivis avec le comte de Saint- Florentin, qui était plus spécialement chargé des affaires des religionnaires.
Ga que ses envieux lui reprochaient surtout, c'étaient ses liaisons avec des catholiques. 11 est certain que Court de Gébelin professait les principes d'une large tolérance: «Quiconque, écrivaitil, protégera la vertu dans quelque communion que ce soit, qui portera les hommes de toute secte à s'aimer, qui fournira à chacun les moyens de remplir ses devoirs à sa façon, cet être, fût-il mahométan ou chinois , sera à mes yeux un être admirable et de l'amitié duquel je serai jaloux. » Sans se laisser effrayer par les clameurs d'un stupide bigotisrae , il continua à rechercher l'amitié des hommes influents de tous les partis, et c'est précisément parce qu'il noua des relations intimes avec des catholiques haut placés, soit dans l'administration et le clergé, soit dans l'opinion publique, qu'il put rendre des services réels , notamment dans la révision des procès de Calas eiàe Sirven.
Longtemps cependant Court de Gébelin ne jouadans la société parisienne d'autre rôle que celui d'un homme instruit etaimable. Ce fut le bruit causé par l'annonce de son grand ouvrage qui le mit en évidence. L'Académie française le couronna deux fois; celle des Inscriptions et Belles-Lettres lui donna « des marques d'approbation infiniment flatteuses ;» le gouvernement le nomma censeur royal malgré sa religion; les gens de lettres le choisirent pour président du musée qu'ils fondèrent à cette époque. La gloire n'est pas le bonheur; Court de Gébelin l'éprouva. L'amourpropre des auteurs lui causa des désagréments dans sa présidence ; des chagrins domestiques augmentèrent ses peines; dea embarras financiers trou*
blèrent ses jours ; cependant ce qui lui fut le plus sensible, c'est l'ingratitude de quelques églises qui, comme il nous l'apprend lui-même dans une lettre aux pasteurs et anciens du Bas-Languedoc, lui reprochaient « de ne rendre que des services obscur^ » au moment même où il leur faisait «le sacrifice de la fortune, du crédit, de la gloire, des établissements qui font l'espoir et l'ambition des gens de letlreç les plus distingués et des seigneurs eux-mêmes jaloux de quelque savoir.» Sa santé s'altéra. Il crut trouver dans le magnétisme un relonède à ses maux; mais il parvint tout au plus à y trouver une distraction. Il mourut le 40 mai MSi. Le comte d'Albon le fit inhumer dans sa terre de Franconville, au milieu de la vallée de Montmorency.
« Sa vie fut laborieuse et modeste, son caractère doux, expansif, sa conduite respectable , son esprit hardi et sa plume féconde. Il était doué de la mémoire la plus heureuse, d'une imagination vive , qu'il ne savait pas toujours captiver, d'un style facile , brillant et animé, quoique diffus. Souvent la modicité de sa fortune l'obligea de travailler avec trop de rapidité, le priva du loisir nécessaire pour mettre la dernière main à ses ouvrages. La justesse de sa critique ne répondait pas à l'étendue de ses connaissances, et cellesci avaient encore plus de superficie que de profondeur. Comme historien et comme philosophe, il n'a jamais perdu de vue le bien-être des hommes. Comme grammairien et comme interprète de l'antiquité, il a eu des vues heureuses, mais on regrette qu'il se montre si fréquemment ami du paradoxe. » Tels sont les traits principaux du portrait que le comte de Lanjuinais a tracé de Court de Gébelin. Il nous reste à donner la liste de ses ouvrages.
I. Les Toulousaines ou lettres historiques et apologétiques en faveur de la religion réformée et de divers protestans condamnés dans ces dèr* niers temps par le parlement de Toulouse ou dans le Haut-Languedoc;
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Edifflb. [Lausanne], 4763, in-12. — Ces lettres, an nombre de 30, contiennent beanconp de détails sur le procès de Calas et sur celui de Rochette, recneilHs pendant nn voyage que Court fit dans le Ifidi avant de s'établir à Paris. Les églises protestantes les accueillirent avec peu de faveur.
n. Plam général et raisonné des divers objets des découvertes çtti composent le Monde primitif ^ Paris, 4T7Î, in-4«.— Prospectus détaillé de son grand ouvrage, conçu sur un plan si vaste que d'Alembert demandait si Court de Gébelin s'était assuré le concours de quarante collaborateurs.
in. Mondeprimitif analysé et comparé avec le monde moderne considéré dans V histoire civile ^ religieuse et allégorique du calendrier ou Almanaeh, Paris, 1773-84, 9 vol. in-4*.
— Cet ouvrage qui a rencontré, de son temps même, des critiques sévères et des admirateurs enthousiastes, n'a pas survécu aux progrès de la science.
Court de Gébelin admettait l'existence d'une langue unique, fondée sur des principes immuables découlant de l'organisation même de l'homme, et dont les divers dialectes n'étaient que des modifications accidentelles. Il espérait donc retrouver les éléments de cette langue-fflère en remontant d'idiome en idiome. Dans cette langue primitive, selon lui, les voyelles représentaient les sensations, les consonnes les idées, et l'écriture en fut d*abord purement hiéroglyphique. Une fois en possession de la clef de ces hiéroglyphes, il croyait arriver facilement à dévoiler les mystères de l'ancien monde, à le faire connaître dans sa mythologie, son calendrier, son culte, son histoire. Le V volume, outre le Plan général de l'ouvrage, comprend \^% Allégories orientales ou le fragment de Sanchoniaton qui contient l'histoire de Saturne suivie de celles de Mercure et d^ Hercule et de ses douze travaux avec leur application, ainsi qu'une dissertation sur le Génie allégorique et sgmhoUfUê des emdens. Le V renferme
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la Grammaire universelle , et le 3* VHistoire naturelle de la parole ou origine du langage et de récriture.
On trouve dans le 4* VHistoire du calendrier civil, religieux et allégorique.
Un Dictionnaire étymologique de la langue française , précédé d'un discours plein de savantes recherches sur l'histoire de cette langue, forme le 5*. Les deux vol. suivants comprennent un Dictionnaire étymologique de la langue latine dans lequel, dominé par son idée d'une langue primitive, il propose souvent les étymologies les plus arbitraires. Le 8*, intitulé Monde primitif considéré dans divers objets, est un recueil de douze dissertations sorties de sa plume, et de trois autres qui ne lui appartiennent pas. Dans les deux premières pièces, il jette un coup d'c^il sur le chemin qu'il a déjà parcouru et sur celui qui lui reste à parcourir. La 3* est un Essai d'histoire orientale pour les VII* et y m* siècles av, J. Ch, On loue son histoire de Nabuchodonosor. La 4* traite des Symboles, des armoiries et du blason des anciens; la 5* àes'Noms de famille. La 6* est une savante dissert, sur le Bouclier d'Achille, dont on a donné unetrad. anglaise, Lond., 4784, 4786, in-4*. La 7* comprend une histoire du Jeu des tarots, dont Court explique les allégories. La 8* a pour titre : Des sept rois administrateurs. Empire des modes.
Dans la 9*, l'auteur expose quelques Vues sur la langue suédoise. La 4 0* contient un Essai sur les rapports des mots entre les langues du Nouveau Monde et celles de V Ancien; la 4 4*, des Observations sur un monument américain, et la 4 2*, une Analyse d'un ouvrage intitulé les Devoirs, te dernier des neuf volumes du Monde primitif est formé par un Dictionnaire étymologique de la langue grecque, où, pour la première fois, les mots forent expliqués en français.
Afin de mettre son ouvrage à la portée d'un plus grand nombre de lecteurs, Gébelin fit lui-même un résumé des T. II et m sous le titre: Histoire
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mtMr$lle di la parole o^j^réçU 4e la lan§p€ et de la grammaire nniverw/ii«, Paris, m6,iD-8*; nouv. édit.
par Lanjuinais, Paris, 4846, ia-8*; et UQ autre abrégé des T. VI et VII, intitulé: Dictioniiaire étymologique et rgàtonnê des racines latines, Paris, 4780, iD-8*. Le pfpmier do ces abrège passe pour soQ.meilleiir ouvrage.
IV. Affaires de i* Angleterre et de r Amérique, Paris, 4776 et suiv., 45 vol. in-8V — ^Ecrit périodique que Gébelin rédigea eu société avec Fraocklin et d'autres.
V. Lettre sur le magnétisme animal, Paris, 4784, iu-4\ — Docte apologie du mesmérisme.
Gébelia, dit un de ses biographes, avait une facilité étonnante pour écrire, et il écrivait tout. Le nombre des mss. qif il laissa était donc fort considérable; mais beaucoup se sont perdus. La Bi- . bliothèque de Genève a récemment acquis un carton provenant apparemment de sa succession et contenant des Ebauches d'un cours de religion, V Esquisse d'un plan d^éducationjiublique, un Plan raisonné d'ordonnances ecclésiastiques, un Traité du mariage, des Dissertations sur Nemrod, les Géants, etc., et une partie des matériaux qu'il avait recueillis pour son Monde primitif. Avant do mourir, il avait chargé le ministre Moulinié d^achever ce grand ouvrage dont il restail à publier de cinq k sept volumes ; mais ce projet n'eut pas de suite.
GOUIITEIHAY (François de), seigneur de Bontin, de Beaulieu, de La Cattinière, etc., d'une famille célèbre qui avait donné des empereurs à Con- .stantinople, embrassa le protestautis- ^me et mourut en 4578. Il avait épousé Louise de Jaucourt, fille de Jean de Jaucourt et de Françoise de Bar, qui lui avait donné deux filles, Françoise, femme de Gug de Bétkune, et Anne, mariée, en 4 583, ï Mawimilien de Bétkune,
CO(JRTO\]:^E (Pierre-Jacques) , Dasteur d'Amsterdam, descendait d'une umil^opblede la Picardie réfugiée en
Hollande. Il a publié des Semons sur divers teû^ief de l'Ecriture sainte, Rott., 4777, in-8*. — Une autre branche de cette famille, établie en Normandie, abjura à la révocation; mais elle ne donnait aucune marque d'une conversion sincère {Arch, gén, M. 668).
COUSIN (Claude) , habitant d'Ay en Champagne, étant alléà Ëpernay où l'appelaient ses affaires, le 22 juillet 4 563, fut reconnu , poursuivi à coups de pierres et de bâtons, tiré d'une maison du faubourg où il avait cherché un refuge, attaché demi -mort à la queue d'un cheval et traîné jusque sur les bords de la Marne où il fut jeté. Flottant sur l'eau, il arriva en un endroit moins profond, et réussit après de longs efforts à prendre terre ; puis il se jeta à genoux et se mit à implorer la miséricorde de Dieu. Il savait que sa dernière heure était venue, car il se voyait poursuivi par deux nacelles dans l'une des- ?[uelles se tenait un prêtre, et il était érmement résolu à ne pas renier sa foi. Il fut bientôt atteint et noyé au plus profond de la rivière. Quelques témoins de ce spectacle lamentable ne purent retenir leurs larmes ; mais ces signes de commisération faillirent leur ccûter cher. Ils furent accablés de (ttups, plusieurs blessés et quelquesruns laissés pour morts sur la place. — Nous avons raconté ailleurs (Koy. II. p. 4), le martyre de l'orfèvre Jean Cousin, qui subit le même genre de mort.
COUSIiH (Gilbert), né à Nozeroy, le 24 janv. 4 506, et mort dans les prisons de D61e, en 4 567.
Cousin étudia d'abord la iurisprudence, mais il ne tarda pas a l'abandonner pour la théologie. Après avoir rempU pendant quelques années l'emploi de secrétaire auprès d'Erasme, ayant obtenu un canonicat à Nozeroy, il retourna dans sa ville natale, où il fonda un pensionnat qui acquit en peu de temps une grande réputation, en sorte que Gesner a pu dire avec vérité qu'il fut le premier qui fit fleurir les belles-lettres dans la Franche-Comté.
En 4558, il accompagna à Padoue
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Claude de La Baume, archevêque de Besançon, qui allait suivre les cours de Tuniversité de cette ville, en attendant que son âge lui permit de remplir les fonctions episcopales. De retour dans son pays n^tal, il s'établit à Besançon et publia divers ouvrages remarquables par une érudition profonde et, en mûme temps, par un penchant pour la Réforme qui devait le perdre. Dénoncé au pape par Tarchevêquo lui-même, en 4567, il fut jelé en prison, et le parlement de Dûle, sur Tordre de Pie V, instruisait avec activité son procès, lorsque la mort Tenleva au bûcher qui rattendait.
Cousin, qui prend dans ses ouvrages les noms de Gilhcrlus Cognatus et de Nucillauui, av^iil publié à Bàle, en 4562, un n^cueil de la plus grande partie de ses écrits en 3 tomes in-foL, réunis en un épais volume. Presque toutes les pièces qu'on y trouve avaient déjà vu le jour, et la plupart ne comprennent qu'un petit uombre de pages.
Quelques-unes même ne sont pas sorties de sa plume. Ce recueil étant devenu très-rare, on nous saura peut-être gré de donner lo îilrc exact des opuscules qu'il reii ferme.
Le tome 1"' contionl :
I. Basiiii Magnl de Grammaticâ exercUatione, gicTc. et lat., déjàimp.
àBâle, 1733, in-8'.
n. ApoUinarii interpretatio psalmi L veriihus heroïcis , et quelques autres petites pièces trad. du grec en latin, comme Decem prœcepta ex Nicepkoro Xantopulo .
m. ZeiirOdati Proverhia, graîc. et lat., publié d'alwrd en 1560.
rV.napo'.jAiwv ci\jilv^ quas Evosmus non retùlît, \ , Syniaxeos tahulœ {B'às\\.y\^ii), "VL In eloqt^ntissimorum hominum L, Crassi et M. Antonii dialoçvm M, r. Ciceronis ad (?. fratrem Prafatio, de causa paucUati$ eloqn^ntium oratorum (Basil. , 4544).
VIL EpyaTou fTjTopo;, sive Partium oraiorie facuîtatis disiributiones (B^iL, 45H).
Vin. De imitatione sententia (Basil. etLugd., 4548, in-46).
IX. OtxEtn;, sive de officio famu- /orwm(Paris., 4537, in-8«; trad. en anglais, Lond., 4ft43, in-8% et en franc, par l'auteur, Lyon 4564, in-8»).
X. Œconomica Aristotelis (1 539 ; trad. en franc, par l'autenr, Lyon, 4564, in-8-).
XL Oratio in concordia commendationem et discordiœ detestatio^ nem (4547; trad. en franc, par l'auteur, Lyon, 4 561, in-8«). '