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petits prophètes — c^est ainsi qu'on appela les élèves de Du Serre, — par des convulsions soudaines, un gonflement de la gorge et de la poitrine, des soupirs, des sanglots, des gémissements, quelquefois des ruisseaux de larmes, phénomènes au milieu desquels la parole s'échappait haletante; par un hérissement du poiL, un regard flamboyant et Tassoupissement. Qui ne reconnaîtra dans ces symptômes Tétat de la sibylle de Cumes à l'approche du dieu,
sabitb non vulius, non
[rolor nnasy IHoD comptae mansére corne; sed peaas anbe-
[lua Et rabie fera corda tument, majorque viderii IHec mortale sonans.
Cette singulière maladie se produisait rarement chez les hommes ; le plus souvent chez les femmes et chez les adolescents dont les nerfs sont plus délicats. Il y avait quatre degrés dans Fextase : Tavertissement, le souffle, la prophétie et le don. Au nombre de ces dons, aucun ne fut assurément plus extraordinaire que celui de la prédication que quelques-uns de ces jeunes gens incultes et grossiers possédèrent à un haut degré , selon le témoignage de personnes fort éclairées et très-instruites. Un fait non moins curieux, c'est que toute prophétie, annoncée par cette formule invariable : Je te dis, mon enfant ! Je f assure, mon enfant ! était toujours rendue en français, bien que la crise passée, le prophète ne fit usage que du patois cévenol.
Le bruit de ces prodiges se répandit avec la rapidité de l'éclair dans les montagnes du Dauphiné et du Languedoc. Le peuple enthousiasmé voulut entendre ces nouveaux prophètes, et son imagination exaltée ne tarda pas à leur attribuer des miracles. Les assemblées se multiplièrent partout. Les routes étaient couvertes d'hommes et de femmes, de vieillards et d'enfants avides d'écouter leurs paroles. La nuit, des étoiles, disait-on, servaient de guide à ces pieux pèlerins, d'ineffables
mélodies abrégeaient pour eux les fa tigues du voyage, et de plusieurs lieues à la ronde, les populations protestantes accouraient au rendez-vous habituellement fixé sur une haute montagne.
Pendant les prières, des sentinelles avancées surveillaient les mouvements des troupes et devaient avertir de l'approche du danger.
Parmi les disciples de Du Serre, trois jeunes bergers, Bompart, Maiet et Pascalin, se distinguèrent d'abord. Ils présidaient les assemblées, citaient les apostats k leur tribunal, prèchaicnti baptisaient, mariaient. Incarcérés, ils furent promptement remplacés par d'autres entre lesquels brillèrent surtout Isabeau Vincent et Gabriel Astier (Voy. I, p. 4 44). Après la mort de ce dernier, l'extase, un instant éteinte, se ralluma tout-à-coup avec une nouvelle énergie pendant l'hiver de 4700, Le nombre des prophètes s'accrut si rapidement que, dès la première année, on en compta huit mille dans le Languedoc. Les prêtres catholiques crurent à une ruse de Satan, Basville à un commencement de sédition, et le terrible intendant menaça de mort les enfants inspirés, rendant leurs parents responsables de leurs extases. Ses ordonnances et quelques « saignées » , comme dit Brueys, ne firent qu'irriter le mal. La maladie se montra rebelle et commença même à attaquer des enfants catholiques. Basville fit alors saisir tous les prophètes qu'il put atteindre, et enferma les garçons dans des forteresses, les filles dans des couvents.
La Faculté de Montpellier se transports! par ses ordres à Uzès qui, dans ses seules prisons, renfermait trois cents enfants. Après mûr examen, elle décida qu'ils étaient des fanatiques! Sur cette assurance, Basville relâcha les plus jeunes, incorpora les plus robustes dans l'armée ou les envoya aux galères. Deux cents partirent enchaînés de la seule bourgade du Pompidou.
DUSERT (Daniel), religieux franciscain, se convertit au protestantisme, et publia les motifs de son abjuration
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sous ce litre : Déclaration de maistre Daniel Dusert, natif de Cinte Gavelle, près Thaulause, cy-devant religieux de la réforme selon la reigle de S. Françoys, contenant V abjuration de la doctrine de V Eglise ro" maine et la protestation de vivre et mourir en celle de V Eglise réformée, qu'il a faite publiquement en V église de Melle, le % déc. 4602, LaRoch., P.
Prunier, 4603, in-12.
DU 80L»:r, famille très-nombreuse, originaire de Rome et répandue en France, en Italie et en Espagne.
Une de ses branches, celle duVivarais, a professé la religion réformée.
Antoine Du Solier, membre du conseil donné à6^rwwo/(Voy.IV,p.429), épousa Jeanne d'Allard, en 4 56SI, et en eut trois fils qu'il fit élever dans la religion réformée. Les deux aînés, Pierre et Jean, moururent sans laisser de postérité; David continua la descendance. Il prit pour femme, en 4647, Sara Du Laurens, et, lorsque la guerre civile se ralluma, il se jeta avec ardeur dans le parti du duc de Rokan, en raison de quoi ses biens furent confisqués. Uatné de ses fils, nommé Daniel, ne laissa que des filles, dontTalnée épousa Jacques d'Audibert de Lussan de La Roche-Massilhan, selon le Dict. de la Noblesse. Le second, appelé Etienne, se maria, en 4 649, avec Marie de Ser» res, et abandonna plus tard la religion dans laquelle il était né.
L'orthographe du nom de cette famille varie ; on le trouve écrit Du Solier, de Solier et de Soliers. Cette dernière forme paraît avoir été adoptée par une branche établie dans la Provence, et faisant profession du protestantisme, dès 4 530, à ce qu'affirme M. "Weiss dans la Biogr. universelle, en parlant de la naissance de Jules-Raimond de Soliers, dont les parents, dit-il, étaient protestants. Ce jurisconsulle éminent, que ses talents placèrent jeune encore à la tête du barreau d'Aix, consacra ses loisirs à composer, en latin, une Histoire de Provence^ que les malheurs du temps ne lui per-
mirent pas de faire imprimer, mais dont le msc. se conserve à Aix. « C'est, dit le savant biographe déjà cité, l'ouvrage le plus consulté par tous ceux qui ont écrit sur les antiquités et l'histoire naturelle de la Provence. » La persécution ayant forcé de Soliers à quitter Aix et à se retirer au Pertuis, sa ville natale, il profita de cette retraite involontaire pour refondre son ouvrage, dont il offrit la dédicace à Henri III, par une épltre datée de 4 577. De nouveaux troubles l'ayant contraint à accepter un asile dans le chMeau du seigneur de Montfuron, il y mourut de chagrin, en 4 595, à l'âge d'environ 65 ans. On ne connaît qu'un de ses enfants, Hector, qui a signé la dédicace des Antiquités de la ville de Marseille (Marseille, 4645, in-8*), extrait de l'ouvrage de son père fait par le jurisconsulte Fabrot.
DU SOUL (Moïse) ou Du Sou, réfugié en Angleterre, s'est fait connaître avantageusement comme traducteur et philologue. En collaboration avec Brutel de La Rivière, il a trad. VBistoire des Juifs et des peuples voisins, par Prideaux (Amst. 4722, 5 vol. in- 42). Après la mort de Bryan, auteur d'une édit. grecque et latine des Via de Plutarque, qu'il avait poussée jusqu'au commencement du 3* vol., les libraires eurent recours à Du Sou, qui se chargea de l'achever. Elle parut à Lond., 4729, 5 vol. in-4*. Le Journal des savans, dans son numéro de déc.
4734, en donne une longue analyse et en fait un éloge mérité. Du Sou avait entrepris aussi une édition de Lucien; mais il parait n'en avoir publié que le plan, où il annonçait de nombreuses corrections dans le texte, beaucoup de notes critiques et une traduction presque entièrement nouvelle.
Moïse Du Soûl descendait probablement de Paul Du Soûl, de Tours, professeur en théologie, élu, à deux reprises, recteur de l'académie de Saumur, en 4657 et en 4664.
Vers la même époque, vivait, dans les environs de Chinon, un autre Du
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Sou), du nom de Claude. Sa femme s'étanl convertie, pour soustraire sa fille ANNE aux impressions que sa mère pouvait lui donner, il la mit en pension à Loudun, en 1676. La mère la réclama et le lieutenant-criminel la lui remit, bien qu'elle n'eût pas neuf ans, âge au-dessous duquel, selon les déclarations, les pères étaient les maîtres de la religion de leurs enfants. Mais, dès cette époque, les Protestants étaient hors de la loi commune. La môme année, Louis Thibaud, de Loudun, Pierre Chesneau, Jacques Poisson, Daniel Georges et Pasquereau^ d'Angers, la veuve Rerchereau, de Tours, se virent enlever leurs fllles par des religieuses, et ils invoquèrent en vain les droits les plus sacrés de la nature. DU TEMPS (Jean), ou Du Tems, en latin Temporarius , né vers \ 500 à Blois, selon les uns, à Mer, selon les autres. Dans son enfance. Du Temps était si délicat, si débile, que son père, craignant de le perdre, se décida à le mettre en pension chez un curé de campagne. L'exercice et le grand air fortifièrent sa santé, en sorte qu'il put entrer au coUégo de Blois. Destiné à la carrière du barreau, il suivit ensuite, pendant quelque temps, les cours de l'université d'Orléans, et alla termioer ses études à Paris. « Il devint sçavant et éloquent, dit dom Liron, il s'appliqua beaucoup à la jurisprudence, et il fit dans la suite son principal exercice de la plaidoirie, dans laquelle il acquit une grande réputation. » Il était d'ailleurs bon poëte, bon musicien et trèsversé dans l'histoire et dans la critique; malheureusement, ajoute le bénédictin, il suivit le libertinage des prétendus réformateurs. Du Temps est auteur d'un traité inédit : De veterum ponderibuset mensuris disquisitio.
Après avoir été successivement en la possession A'Abel Brunyer, médecin du duc d'Orléans, et de Samuel Bocharte ce volume est passé dans la Bibl. Sainle-Gencvièvc, où il porte aujourd'hui le N" l6o2, t T., in-i% de 34 f. d'une belle écriture. C'est une ex-
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position claire, concise, méthodique du résultat de ses recherches, présenté en tableaux avec des notes explicatives.
L'ouvrage est divisé en dix chap., dont voici les titres : Denarius romanus; — Pes romanus, gallicus, graîcus, sextarius, amphora; — Mensurarumvasa ponderumque moles; — Pondéra Hebraeorum; — Mensurœ Hebrxorum ; — Pondéra Graîcorum ; — Mensurae Graecorum; — Pondéra Ro manorum; — Mensurœ Romanorum; — Romanis adjungimus Arabum medicorum pondéra et mensuras; — Pondéra gallica, mensuraB blesenses, parisienses. Du Temps a laissé, en outre, une Chronologie estimée, qui fut imp. à La Rochelle, en 1 600, par les soins de ses deux fils.
Ces deux fils, nommés Jean et Adam, naquirent à Blois. L'alné exerça, pendant plus de 50 ans, la profession d'avocat dans sa ville natale. En qualité d'ancien de l'église, il assista à plusieurs synodes provinciaux; on le trouve encore mentionné parmi les députés dans les actes de celui qui se tint à Blois. le M juillet 1618 {St-Gemu fra7iç., N" 91 4. 16). Il est probable qu'il mourut vers cette époque. Son frère passa pour un des plus habiles ingénieurs militaires de son temps. En 1582, le roi de Navarre le chargea de réparer les fortifications de Fontenay.
Plus tard, il travailla à celles de La Fère, et, en 1616, à celles de La Rochelle. 11 avait un fils qui fut tué au siège de Damvillers.
Dom Liron nous apprend que la famille Du Temps quitta Blois pour aller s'établira Angers {\), C'était un ministre de ce nom qui exerçait dans cette
(1) Une branche se fixa h Gien. Eo 1689, Claude Du Tempn, notaire de cette ville, fut condamné aux galères pour crime d'assemblée; mais la peine fut commuée en un bannissement pour six ans.Nousdevons faire remarquer cependant que Daniel Du TenSf qui soutint a Saumur une thèse ins. dans les Thèses stim. sous le titre De von.siliis evangelkix sire perfectioniif était de Itlois. Les deux autres parties de cette thèse furent soutenues par C7aude Aruaudel du Poitou et Pierre Aigoin des Geveuucs.
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dcrniôrc ville les foncliortî* pnslorales, lorsque le temple proleslant y f\it détruit, en 1G8i. Accusés, lui el son collègue Lombard, celui-là niOmo qui, quelques mois ;iuparavnnt, arnit été chargé, en qualité de président du consistoire, de répondre à la signillcation de rAvertisscmcnt pastoral, accusés, disons-nous, de s\Hro déguisés en évô* ques et en prêtres, pour tourner en dérision les cérémonies du culte romain, el d'avoir joint h des actes scandaleux des discours injurieux aux mystères catholiques {Ârck. gén. Tt. S55), ils furent jetés tous deux en prison et traités avec la dernière rigueur. Condamnés en première instance, ils furent, sur leur appel, amenés h Paris enchaînés comme des brigands. Ils étaient connus pour des hommes d'un caractère fiùhle et irrésolu, et il serait possible que Ton eût espéré vaincre leur constance par ces mauvais traitements; mais le résultat fut tout autre. La persécution ne servit qu'à les affermir dans leur foi. Au reste, le parlement de Paris ne tarda pas à juger leur appel. L'arrêt ordonna, selon l'usage, la démolition du temple d'Angers; mais il remit les deux pasteurs en liberté en les condamnant h Tinterdiclion de leur ministère et à VyO livres d'amende, preuve évidente qu'on doit tenir pour calomnieuses les accusations ridicules portées contre eux par une jeune fille catholique qui avait abjuré, à l'instigation de ses oncles , et qui espérait apparemment d'échapper aux peines portées par l'éditdejuin 4683, en contribuant à la ruine de l'Eglise pro lestante. A !a révocation de l'édit de Nantes, Du Temps se retira en Hollande.
DL' TKMS (Louis), ou Du Tens, associé libre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, de la Société royale de Londres, historiographe du roi d'Angleterre, né à Tours, le 15 janv. 1730, mort à Londres, le 23 mai
Du Tens lit ses éludes au collège de sa ville natale. Ses humanités achevées, il vint à Paris, à i'i^gc de 18 ans.
dans l'espoir d'y tronter «n emploi^ et vraisemblablement aussi d*y faire recevoir une tragédie de sa façon sur 1g Retour d'Ulystt à Ithaque. La pièce fut refusée; mais Du Tens ne se tint pas pour battu, et avec toute la confiance de son Age, il fit jouer sa tragédie à Orléans où elle eut , dit - on » un très grand succès. Lés applattdissem«!nts dont son œuvre fut couverte ne l'a touglèrent pas toutefois, et de son propre mouvement il renonça à un genre pour lequel il n'était pas fait, sans néanmoins abandonner entièrement le culte des muses. Ce fut sar ces entrefaites que l'archevêque de Tours, M. de Rastignac, dont on loue les mœurs douces, la générosité, la bienfaisance, la droiture, les lumières, voire mCrne l'esprit juste et conciliant, mais qui ne possédait pas assurément parmi tant de vertus celle de la toléraoce , fit enlever du sein de sa famille la jenne sœnr de Du Tens, âgée de 1 2 ans, pour l'enfermer dans un monastère » Cet acte de violence décida Du Tens à s'éloigner d'un pays où les droits les plus sacrés étaient audacieusement foulés aui pieds par une bigoterie hypocrite; il passa en Angleterre où un de ses oncles s'était établi ( 1 ) ; mais n'ayant pas trouvé d'emploi à Londres, il ne tarda pas à revenir dans sa famille. Son oncle cependant le rappela bientôt et le fit entrer comme instituteur dans une famille anglaise. En 4758, sur la recommandation d'L'pton , depuis lord Templeton, Du Tens fut nommé secrétaire de Mackensie, ministre d'Angleterre auprès de la cour de Sardaigne, et Mackensie ayant été rappelé pour prendre le portefeuille de secrétaire d'état pour les affaires d'Ecosse, il resta à Turin, en qualité de chargé d'affaires, jusqu'en 1764, c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée du nouvel envoyé extraordinaire, William Pitt. Il retourna alors en Angleterre et fut gratifié par lord Bute, en 1763, d'une pension de 6,000 livers.
(1) Pentôtre Pierre hK Trxf, direetcorilf l'kôpitM fraaçais ea1749.
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Pitt ayant quille Turin, Du Tons y fut renvoyé avec le titre de chargé d'affaires, à la demande de Pitt luimême ; mais il n'occupa pas longtemps ce poste important. Le duc de Nor- Ihumberland, qui lui avait donné le rectorat d'Ëlsdon, le pria d'aceompaper son fils, lord Algermon, sur le continent. DuTens visita Paris en 4774, et fut nommé. Tannée suivante, associé libre de l'Académie des inscriptions. De retour en Angleterre, en 4776, il fut invité par lord Mackensie, qui avait conçu pour lui beaucoup d'estime et d'amitié, à l'accompagner en Italie. Fatigué de la vie errante qu'il menait. Du Tens, au retour de ce voyage, était bien résolu à vivre désormais tranquille à la campagne; mais sa résolution ne tint pas contre les instances de lord Mounlstuart, fils atné de lord Bute, qui, ayant été nommé ambassadeur à Turin, le pressa de l'y suivre. Quelques désagréments l'ayant engagé à s'éloigner, il visita Florence et Rome, revint à Paris, en 4783, et retourna, l'année suivante, à Londres où il mena une vie retirée jusqu'à sa mort. On a de lui :