‹ La France protestante (volume 4)Chapitre 30 sur 189 · CRI · texte numérisé non relu

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nnt de Mdgalas, de Lespignan et de tous les forts du littoral jusqu'à Narbonue. Instruit que Joyeuse menaçait Pézenas, et sentant la nécessité de s'opposer à ses progrès, il résolut de marcher à sa rencontre avec le plus de troupes qu'il pourrait réunir. Après aVoir fait prêter à ses officiers et à ses foldats le serment de mourir dans l'obéissance du roi et de se soumettre aux ordres du prince de Condé, après avoir juré loi-même de soutenir les Réformés entoatetpartoutjusqu'à ce qu'ils fussent rétablis dans une liberté entière, il partît de Beziers, le 1 i juillet, et rencontra Tannée catholique dans la plaine de Pézenas. Bejetant l'avis de ses capitaines les plus expérimentés qui lui conseillaient d'attendre un renfort de 200 chevaux amené par Bouillargues et le baron diAigremont^ et cédant aux sugl^stioDS perfides de son maîlre-decamp qui avait été gagné par Joyeuse, il attaqua les Catholiques malgré son infériorité en cavalerie et en artillerie.

CôlambierSj qui portait su cornette, repoussa, d'abord l'avant-garde ennemie; mais l'artillerie catholique jeta le désordre parmi ses nouvelles levées, et les prodigieux efforts de Servas et de Grémian pour s'en emparer étant restés inutiles, l'armée bu guenoUe fut mise dans une déroute complète. L'bistonen du Languedoc évalue à près de 500 hommes la perte des Protestants ; selon de Thou, il n'y eut pas cent hommes tués de part et d'autre, et cependant Beaodiné, qui avait donné dans le combat des preuves d'une brillante valeur, fut tellement abattu par ce revers Îa'il ne songea plus qu'à négocier.

rois jours après, il conclut avec Joyeuse , par l'intermédiaire de SainUMartiHj un accord qui livrait aux Catholiques Pézenas et Beziers à condition que le culte réformé y serait maintenu et que les Protestants seraient traités aussi favorablement que les Catholiques. En vertu de cette convention, Pézenas fut remis entre les mains de Joyeuse qui, violant ses promesses, noa-seulement y abolit la religion ré-

formée, mais y commit de grande excès. Les habitants de Beziers, peu disposé» à s'exposer à ses vengeances, refusèrent de lui ouvrir leurs portes, lorsqu'il les Gt sommer de le recevoir par le capitaine Colombiers, qui avait été fait prisonnier avec d'Or^^s au combat de Pézenas, et se mettant sous les ordres des capitaines La Laignade et Tourrie, ils se préparèrent ï se bien défendre. Irrité de cette résistance, Joyeuse, de son côté, refusa de remettre en liberté ses deux prisonniers et les fit enfermer étroitement dans le château de Narbonne.

Après avoir laissé à Agde une bonne garnison sous le commandement de CodrouhaCj Beaudinéserendit à Montpellier où il trouva Grille, Bouillar^ guet, Marchastely Montvaillant, Grémian, le baron de Grammont, avec un corps de troupes aguerries. Décidé à ne pas tenir un accord que Joyeuse avait violé le premier, il assembla, le 48 août, un conseil de guerre où fut résolue une entreprise sur Frontignan qui venait d'abandonner le parti protestant. Il y rencontra une résistance si vigoureuse, qu'après avoir perdu deux de ses plus braves lieutenants, La Castelle et Costier, il dut battre en retraite, tratnaut à sa suite un grand nombre de blessés , parmi lesquels on cite La Valette, lieutenant du capitaine Bombas. A peine rentré dans Montpellier, il vit paraître l'ennemi sous ses murs. Avec une diligence singulière, il fit raser les faubourgs, abattre tous les arbres à portée du canon , et prendre les dispositions nécessaires à une longue défense. Joyeuse, qui entretenait des intelligences avec les Catholiques de la ville, espérait n'avoir qu'à paraître pour en recevoir les clefs ; mais il fut déçu dans son attente. Le feu des rempaiîs l'obligea à s'éloigner promptement.

Beaudiné avait sous ses ordres huit compagnies d'arquebusiers à cheval * commandées par d'intrépides guerriers.

Grille, Bouillargues, Du Bar, tierhaut QMÀrhaut, gentilhomme d'Arles, Grémian ^ Gresmont, La Grange^

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Pagh ou Paige ; quatorze enseignes d'infanterie sous les capitaines Daiste, Sérignan, Le Roux, Le Long, le jeune Grémian, Rapin, Senglar, Saint'Véran, Argenture ou L'Argentier, Rascalon, Thoras ou Marchastel; une compagnie de Suisses et deux de milices bourgeoises. Il sut disposer habilement de ces forces considérables, non-seulement pour mettre Montpellier à l'abri de toute attaque sérieuse, mais pour enfermer Joyeuse au milieu des marais et le tenir comme assiégé dans son camp de Lates. A Tciception de l'assaut qui fut livré aux retranchements des Catholiques par Des Adrets (Voy. ce nom), il n'y eut enlre les deux armées que quelques escarmouches dans l'une desquelles les Protestants perdirent Grcmian et le jeune Maillane, officiers de grande espérance. Joyeuse ne pouvant rien entreprendre, se décida enfin à se retirer, le 4 octobre 4 562.

Après avoir envoyé Senglar à Agde que les Catholiques menaçaient, et chargé Baisse et Grille d'assiéger Aigues-Mortes, Beaudiié, laissant Rapin pour gou verneur k Montpellier, se rendit à Nismes , entra dans le Vivarais et marcha contre Le Pouzin. A son approche, le gouverneur catholique, sentant l'impossibilité de lui résister, conçut l'horrible projet de massacrer les habitants qui appartenaient presque tous à l'Eglise protestante; mais ceux-ci, prévenus à temps, s'échappèrent secrètement pendant la nuit et se sauvèrent dans le camp de Beaudiné qui entra le lendemain dans la ville. Ayant appris que le baron de Peyre était assez fort pour tenir tOte aux Catholiques dans le Gévaudan, le chef huguenot marcha au secours d'Aubenas dont le siège fut précipitamment levé à son approche. Le gouverneur de la ville, La Roquette, tomba sur l'arrière-garde des assiégeants et leur enleva une grande partie de leurs bagages. QuantàBeaudiné, il se rabattit sur le Bourg- Saint- Andéol, pour tirer une éclatante vengeance des meurtres qui y avaient été commis.

Des Adrets avait laissé dans cette pe* tite ville quelques soldats sous les ordres d'un commissaire, Victor de Comban, baron de Saint-Rémèse. Peu de jours après sondé part, les Catholiques s'étaient soulevés et avaient égorgé en une seule nuit le gouverneur, son fils et toute la garnison. Le lendemain, Sauzet, de Nismes, qu'il ne faut pas c'en* fondre avec le capitaine provençal de môme nom, qui, en 1 579, àlalête'd'une troupe de paysans, défit complètement à Cuers la noblesse catholique des environs, avait été arrêté comme.il allait joindre Des Adrets dans le Dauphiné, et massacré également. Résolu d'infliger à ces assassins un châtiment exemplaire, Beaudiné mit le siège devant la ville, l'emporta d'assaut et fit passer aa fil de l'épée une partie de ses défenseurs ; les autres se sauvèrent en traversant le Rhône. De là il marcha contre Aramon ; mais instruit des efforts que Joyeuse faisait pour s'emparer d'Agde, il se h&ta de retourner à Montpellier, d'où il vola au secours du brave Cayla à la tête de 200 chevaux et de 900 arquebusiers. Joyeuse ne l'attendit pas; il leva le siège le 4 nov. La fatigue de ses troupes empêcha Beaudiné de le' poursuivre ; cependant il chargea Rouillargues d'inquiéter sa retraite. Ce vaillant capitaine atteignit Tarrière-garde catholique à Saint-Pargoire et lui tua beaucoup de monde.

Ce fut à son retour à Montpellier que Beaudiné fut informé de l'élection de son frère Antoine par une députationde l'assemblée de Nismes. Loin de se montrer jaloux de la préférence accordée au comte , il protesta qu'il s'estimerait heureux de servir sous ses ordres et promit de lui obéir en tout. Nommé lieutenant- général et gouverneur de Nismes, il fit son entrée solennelle dans cette ville, le 23 déc. Peu de temps après, il fut chargé de faire lever le siège de Florac. Le baron de Portes, Aissan, R eau fort. Saint -Jean, Thoras, Gahriac, Lours le jeune, Roure, Chadanac et d'autres gentilshommes protestants des Cevennes se hâtèrent

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de le rejoindre ; mais ils n^eurent pas l'occasion d'exercer leur valeur. Apchier et La Fare renoncèrent à leur odieuse entreprise.

Lorsque Condé reprit les armes en 1567, Jacques de Crussol, qui venait de quitter le nom de Beaudiné pour prendre celui de d'AciER, fut chargé du commandement en chef des Protestants du Midi, ir traversa le Bourbonnais, l'Auvergne, leVivarais pour communiquer les ordres du prince aux églises de ces provinces, et il arriva à Uzès, le Îl7 septembre. Quelques jours après, le 7 cet., il se rendit à Montpellier dont les Huguenots s'étaient rendus maîtres, à l'exception de la citadelle, après avoir chassé Joyeuse. Uo secours considérable que Montbrun lui amena du Dauphiné, le 6 nov., le mit en état de repousser toutes les tentatives du général catholique pour ravitailler le fort Saint-Pierre (ainsi se nommait la citadelle). Le 16 nov. arrivèrent à leur tour les capitaines provençaux, i)î*//ar, Sénat, Mouvans, Ce r este , Solier, sous les ordres de Cipières, qui avait aidé les Nismois à s'emparer du château de Nismes, en sorte que la garnison catholique, vivement pressée et n'espérant plus de secours d'aucun côté, dut se rendre par capitulation , le 28 nov. 1567. Ce siège avait coûté la vie à en- Tiron 200 Protestants dont les plus connus sentie seigneur deSai»Muban et le capitaine Ullostelle d'Alais.

Maîtres du fort, les habitants de Montpellier le démantelèrent, sans se laisser effrayer par les arrêts du parlement de Toulouse qui, à celte occasion, condamna ik mort par contumace un trèsgrand nombre de Protestants {Voy. I, p. 18).

Confiant a Auhaïs le gouvernement de Montpellier, d'Acier, accompagné de Civières, alla faire lever le siège du Pont-Saint-Esprit, tandis que les Huguenots du Languedoc s'assemblaient par ses ordres de tous côtés pour marcher au secours du prince de Condé.

Le renfort que lui amenèrent à Alais les Vicomtes du Quercy portèrent ses

forces à quatorze mille hommes environ , h la tôle desquels il prit le chemin de la vallée du Rhône. Il força le Pont-Saint-Esprit que les Avignonnais avaient surpris, emporta d'assaut Saint- Marcel-d'Ardèche, dégagea Saint-Marcellin assiégé par Cordes, s'empara de la Côte-Saint-André et du château de Saint-Quentin, et, repassant le Rhône, il retourna dans le Languedoc avec une partie de ses troupes, tandis que les Vicomtes conduisaient le reste à Coudé. Secondé i^orCipières et Montbrun , il força les Catholiques k lever le siège du Ponl-Saint-Esprit. Se portant ensuite contre Tarmée de Joyeuse campée à Roquemaure , il essaya, mais inutilement, de l'attirer au combat.

Malgré la rapidité avec laquelle il vola à son secours, il ne put pas non plus sauver Aramon. 11 n'avait pris avec lui que trois cents chevaux et quatorze enseignes d'infanterie. Attaqué par des forces supérieures dans la plaine de Montfrin, il fut complètement battu.

D'Acier était à Nismes lorsque l'envoyé du prince de Condé, à* Entreehaux^ apporta la nouvelle de la paix signée sous les murs de Chartres. 11 se hûta de la faire publier et se retira dans ses terres, prévoyant peut-ôtre que sa présence serait, avant peu, nécessaire dans le Languedoc. Dès que Vérac lui eut appris la fuite de Condé à La Rochelle , il se mit en devoir d'assembler des troupes. Non moins prompts à reprendre les armes, les Protestants du Dauphiné formèrent neuf régiments sous les ordres de Monthrun, Ancone, Saint-Romain, Virieu» Btacons, Mirahel , Du Ckailard, auxquels se joignirent bientôt quatre compagnies levées par Orose en Provence, le régiment provençal de Mouvant et les deux cornettes de cavalerie de Valavoire et de Pasquier. Ils franchirent le Rhône sur trois points, au fort de Mouvans , à Pérault, dont Changy s'était rendu maître, et à Bais-sur-Bais , dont les portes leur furent ouvertes ^ax Du Pont et De$ Ollilret; puis, enlevant au passage Annonay, ils arrivèrent ^

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Àlais, lieu fixé pour le rendez-vous général. D'Acier y avuit déjà réuni les quatre régiments languedociens de Beaudiné, Ambres, La Mausson et Bouillargues, deux cornettes de ca- Talerie, la sienne et celle de Spondilrîan, un régiment du Yivarais commandé par Pierre-Gourde, un du Rouergue sous les ordres de Panât et une compagnie de cavalerie légère commandée par Tkoras, son beaufrère. La cornette de d'Acier était verte et portait une hydre à têtes de cardinaux et de moines qu'Hercule abattait à coup de massue, avec cette devise :

Qui casso crudeîes, anagramme de son nom Jacques de Crussoi.

A la tête de cette armée, forte de vingt-deux mille hommes, d'Acier entra dans le Gévaudan et arriva à Milhau dont les habitants, gagnés par Grémian, le reçurent avec joie. Il y fut rejoint par Arpajon , Montaigu et les autres Vicomtes ; mais, dans un conseil de guerre, il fut résolu que ces derniers demeureraient pour défendre le pays , tandis que d'Acier s'enfoncerait dans l'intérieur de la France. Comme un torrent dévastateur, l'armée huguenotte se précipita des montagnes du Gévaudan, força Marsillac à se rendre, prit la tour de Saint-Christophe, passa le Lot à Cadenac, franchit la Dordogne à Souillac, le 1 i oct., sans que Montluc, instruit de la force de ses bataillons par le maréchal de camp Pierre Moreau, son prisonnier, osât lui disputer le passage, et pénétra sans résistance dans le Périgord. Attaqué à Saint- Astier par Montpcnsier, Jacques de Crussoi le repoussa avec vigueur et gagna Riberac où il apprit la mort de Mouvans et de Pierre- Gourde. Il se hâta d'arriver à Aubeterre et opéra heureusement sa jonction avec Condé dans les derniers jours d'octobre.

D'Acier suivit Condé dans toutes ses entreprises jusqu'au combat de Jascneuil, après lequel il fut détaché avec un régiment d'infanterie et quelque cavalerie pour occuper Loudun. Lors-

que le duc d'Anjou se présenta devant cette ville et le somma de se rendre, il lui répondit ûèrcmeot que la place lui avait été confiée par le prince de Navarre et qu'il saurait la défendre. Au bout de quatre jours , le duc d'Anjou jugea à propos de se retirer.

Au moment où la bataille de Jarnac s'engagea, d'Acier se trouvait à Cognac avec six mille arquebusiers dont la présence aurait pu changer le sort de la journée. Il partit en toute hâte, mais il avait cinq grandes lieues à parcourir et il apprit en route la délaite des Protestants. Il se retira en bon ordre sans se laisser entamer, et regagna Cognac où arrivèrent successivement les régiments da Beaudiné, de Blthcons , de Du Chailard et de Mirahel.

Coligny lui confia la défense de cette place importante. Bientôt l'armée catholique parut sous ses murs ; mais les Huguenots, raconte Davila, « firent dd vigoureuses sorties qui ressemblaient à des batailles.» Le duc d'Anjou, rebuté par cette valeureuse résistance, leva le siège pour chercher une proie plus facile ^ saisir. Ce fut vraisemblablement pour récompenser d'Acier du etr* vice qu'il avait rendu à la Cause en arrêtant l'armée catholique victorieuse, qu'on lui donna, peu de temps après.

Il charge de colonel- général de l'infanterie hissée vacante par la mort ^Anielot.

D'Acier assista au combat de La Roche-Abeille et accompagna Colignfi au siège de Poitiers. Atteint par les fièvres qui décimaient l'armée protestante, il dut se retirer à Niort et deÛi \ Saint- Maixent. Relevé de maladie, il se rendit auprès de l'amiral avec les princes, et combattit vaillamment à Moncontour, où il fut fait prisonnier. Santa- Fiore lui sauva généreusement la vie malgré les ordres formels qu'il avait reçus de Pie V de n'épargner aucun huguenot, et son humanité lui attira une disgrâce. Catena prétend que le pape rendit à d'Acier la liberté sans rançon; mais les historiens français affirment, au contraire, que sa déÙvrance coûta

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aadoc d'Uzès une somme de 10,000 écus. Epargné à la Saint-Barthélémy à la considération du duc, son frère, Jacques de Crussol s'attacha dès-lors au parti de la Cour, sans changer toutefois de religion. En 1573, il servit sous le duc dTAnjou au siège de La Rochelle. Ennemi deDamville, d'Acier, devenu duc d'Uzès, accepta en 4574, le titre de lieutenant-général dans le Languedoc, avec la mission d'y combattre les Protestants unis alors aux Catholiques politiques. On vit donc, chose hizarre qui prouve hien Tindifférence religieuse des chefs des deux partis ! un protestant à k tête des Camoliques et un catholique k la tête des Protestants. Le duc d'Uzès prit d'ailleurs à cœur de justifier la confiance de Henri III ; il fit tout le mal qu'il put à ses coreligionnaires, massacrant les habitants des villes qu'il soumettait, hrûlant les récoltes aux alentours do celles qni lai résistaient , et commettant partout d'affreux ravages. Ses exploits militaires se réduisirent à peu de chose.

Au reste , il finit par renoncer même à la profession extérieure de la religion protestante, sacrifice qui, ^ans doute, toûta peu à sa conscience, et, en 1 578, il fut créé chevalier de l'ordre du Saint-Esprit. Il avait épousé, en 4 568, Traneoise de CUrmont, fille du ficomte de Tallard, et mourut en

Le cinquième fils de Charles de Crussol, qui portait le même nom que 80B père, était abbé de Feuillans lorsqu'il se convertit au protestantisme.

Sfessé mortellement et fait prisonnier & la défaite des troupes que Fabrice envoyait au secours de Sérignan, il fht conduit à Orange et y mourut, le 19 mars 1563. Le P. Anselme se trompe lorsqu'il dit qu'il fut tué, en 456J, au siège d'Orange. Comme on Pavait enterré dans un coin du cimetière des Cordeliers , un carme en prit occasion pour déclamer en chaire contre une profanation aussi monstrueuse, et il fit si bien que le peuple furieux déterra le cadavre, lui attacha une

corde aux pieds et le traîna dans les rues. Quelques-uns plus prudents recueillirent ces restes défigurés et les remirent en terre.

Le sixième et dernier des fils de Charles de Crussol , Galiot , seigneur de Beacdiné et de La C6te-Saint- André par transaction faite avec son frère Jacques en 1566, servit, en 1567, dans l'armée protestante avec le grade de colonel d'un régiment d'infanterie^ et fut spécialement chargé do diriger le siège du fort Saint-Pierre. Nous l'avons vu figurer parmi les principaux chefs des troupes que d'Acier conduisit au secours de Condé. A TafTaire de Saint-Astier, il fut blessé au bras d'un coup d'arquebuse. Au combat de La Roche-Abeille, il se signala ï Favantgarde. A Moncontour, il donna de nouvelles preuves de sa valeur. La bataille perdue, il se retira ï Saintes et gagna ensuite La Rochelle d'où il mena à Coîigny, tlorsdans le Languedoc, un corps de cavalerie qui futd'un grand secours au général des Huguenots.

Quoiqu'il ne soit plus fait mention de lui pendant cette brillante campagne, il est vraisemblable qu*il ne quitta pas Famiral. Nous ne le retrouvons plus au^à Paris, à Fépoque de la Saint-Barthélémy dont il fut une des victimes. Il n^ laissa que des filles mortes sans alliance. Sa veuve, Franço%$$ d^O^riy se remaria avec Jean-François Faudoas de Sérillac, seigneur de Belin, qui fut gouverneur de Henri d$ Condé, premier prince du sang.

CL'CUi:!. (Samuel), pasteur àMontbéiiard de 1575 à 16S2, asslsU ï la conférence qui eut lieu dans cette tille, en 1586, entre Andréa; et BHc, et en traduisit les actes en français; seulement on ne nous apprend pas si c'est d'après la relation du théologien de Tubingue ou d'après celle de l'ami de Calvin. Selon le Précis historique de la réformalion dans le comté de Montbéliard, cette traduction fut imprimée en 1587 par Foylet, réfugié de Tarare, et de son cOlé, Sénebier indiqifè une trad. de U relation de Bèze imy. û^

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la même ville en i 588 ; ne s'agirait-il pas du même ouvrage ?

L'Annuaire du Doubs, année i 827, dans Ta très-courte notice qu'il a consacrée à notre pasteur, dit qu'il publia différents ouvrages de piété. Nous connaissons les litres de quatre.

I. Thrésor de consolations pour la malades et tnourans , Montb., Jacq. Foillet, 1600, in-8'; nouv. édit.

ibid., 1602.

IL Thrésor de consolations , vistructions et prières pour ceux qui sont en adversité, Montb., Jacq. Foillet, 1602, in-8'.

III . Thrésor rempli de richesses spirituelles, c'est à sçavoir des consolations, instructions et prières tirées de laSaincte Escriturepour tous fidèles estans en adversité et spécialement pour les malades et mourans, Jacq. Foillet, 1606, in-16. — Ce n'est peut-être qu'une réimp., ainsi que le suivant.

lY. Thrésor spirituel qui contient des consolations de la Savicte Escriture contre plusieurs tentations, doutes et pensées faschemes desquelles les affligés sont souvent troublés, etc., Montb., 1607, in-16.

La famille Cucuel a fourni jusqu'à nos jours des pasteurs au pays deMontbéliard.

CUJAS (Jacques), en latin Cujadus, le premier des interprètes du droit romain, né à Toulouse en 1522, et mort à Bourges, le 4 oct. 1590.

Cujas étudia la jurisprudence à Toulouse sous Arnaud Du Ferrier, Dévoré, dès l'enfance, d'un ardent désir de s'instruire, il ne passait aucun jour sans étudier, et il apprit, dit-on, sans maître, le grec, l'bistoire, la rhétorique, la poétique, la grammaire, la philosophie, la morale, en sorte qu'il dut moins à l'enseignement des autres qu'à lui-même cette étendue , cette variété de connaissances , cette profondeur de savoir, qui le placèrent au-dessus de tous les légistes de son siècle, si l'on en excepte peut-être Charles Du Moulin. A Tâge de vingt-cinq ans,

se sentant en état de professer, il ouvrit sur les Institutes un cours qui attira un très-jjrand nombre d'auditeurs.

En 1554, une chaire de droit étant venue à vaquer à l'université de Toulouse, il la postula; mais son mérite incontestable ne put l'emporter sur l'inimitié de Jean Bodin qui intrigua si bien qu'elle lui fut refusée. La ville de Cahors le consola de cet échec, en l'appelant à une chaire qu'il alla occuper au mois de nov. 1554 , entraînant à sa suite la plupart de ses élèves. Au bout de quelques mois, en juillet 1555, Marguerite de France, sur la recommandation de L'Hôpital, lui accorda la place laissée vacante par le départ de Fro»çois Baudouin (Voy. II, p. 29).

Cujas arriva à Bourges le 30 sepL 1555, mais il trouva presque- bute l'université dans les dispositions les plus hostiles à son égard, à cause de la préférence qui lui avait été donnée sur Hugues Doneau, le protégé de Duaren. Mécontent de ce qu'il regardait comme un passe-droit, Doneau se plaignit à U Hôpital, en lui demandant qu'au moins son traitement fût porté à la même somme que celui du nouveau venu. Ses plaintes ne furent pas écoutées , et pour se venger, il suscita à Cujas des difficultés sans nombre. A ces motifs d'intérêt particulier se joignait, comme l'a fort bien fait observer M. Raynal, dans son Histoire du Berry, une rivalité de système qui rendit la lutte plus opiniâtre. Tout le collège des docteurs y intervint; les étoliers se divisèrent; il se forma d'ardentes cabales qui menacèrent plus d'une fois d'ensanglanter les rues de la ville ; enfin Cujas, ne pouvant vaincre tant d'ennemis, malgréla protection soutenue de la princesse, et épuisé par des agressions incessantes, se décida ï abandonner son poste. Il quitta Bourges vers le mois de mai 1557, selon M. Raynal, à la fin du mois d'août, selon Bériat-Saint-Prii, auteur d'une excellente Hist. de Cujas que nous prendrons principalement pour guide, et se retira à Paris où, quelques mois après,

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des députés de runWersité de Valence Tinrent lui offrir une chaire ayec 600 liTres d'appointements.

Cujas ne trouva pas à Valence des rivaux aussi redoutables que Duaren et Doneau ; sa réputation s'était d'ailleurs singulièrement répandue pendant son séjour i Bourges par la publication de quelques-uns de ses savants ouvrages ; aussi ses nouveaux collègues lui cédèrent-ils sans résistance le premier rang. Cependant il ne passa guère k Valence que deux années. La mort de Dnaren ayant porté un coup fatal à Tuniversitéde Bourges, à laquelle sa propre retraite avait déjà été funeste, et Marguerite de France, devenue duchesse de Savoie, voulant rendre son * Instre ^ cette école jusque-là célèbre, eUe lui fit offrir la chaire laissée vacante par son antagoniste. Cujas accepta, et pendant ce second professorat de Bourges, sa renommée grandit epicore, moins par son enseignement ^r il n'était doué, ni de cette facilité o'élocution et d'exposition, ni de cette rapidité de conception qui font le talent du professeur) que par ses admirables écrits.

Dès cette époque, Cujas était regardé comme le premier parmi les interprètes du droit romain. La duchesse de Savoie désira Pattirer dans ses états et lui offrit à l'université de Turin, en 4566, une chaire qu'il n'osa refuser, craignant d'être taxé d'ingratitude en- Ters sa zélée protectrice; mais ne pouvant vaincre sa répugnance pour les mœurs et les usages italiens, il demanda bientôt et obtint la permission de rentrer en France. Dès la fin d'août 1567, il reparut dans son ancienne chaire à Valence. Dans l'espoir de l'attacher définitivement à leur université, les Valcntinois lui en laissèrent la direction arbitraire et lui accordèrent les plus grands avantages pécuniaires.

Les troubles qui éclatèrent peu de temps après ayant interrompu le ser- Tice de l'université, et le tumulte des armes l'empêchant de jouir de la tranquillité nécessaire à ses études, Cujas se

retira au château de Charmes en Vivarais, qui appartenait à Antoine de CrussoL La paix de Longjumeau lui ayant permis de reprendre son enseignement, il le continua avec éclat jusqu'en 1 570, qu'à l'approche de l'armée de Coligny, il partit pour Lyon avec sa famille ; mais il retourna à son poste même avant la conclusion de la paix.

A la Saint-Barthélémy, qui eut aussi ses victimes à Valence, il sauva la vie à Bonne foi et à Scaliger (Voy. II, p. 386), conduite généreuse qui ne lui nuisit point toutefois, puisqu'au mois de mai 1573, Charles IX lui accorda le brevet de conseiller honoraire au parlement de Grenoble.

La création de cette charge nouvelle, excita des murmures. Cujas éprouva des difficultés à se faire recevoir ; mais sa persistance triompha enfin des obstacles apportés à sa réception, en sorte qu'eu 1574, il fut pourvu de l'emploi qu'il ambitionnait dans l'unique espoir, nous dit-il, de le transmettre à son fils. Ce jeune homme, en effet, étant mort avant qu'il eût pu l'en mettre en possession, il s'empressa de se démettre de sa charge en faveur d'un de ses élèves. Peu de temps après, Henri III lui donna un nouveau témoignage d'estime, en le nommant commissaire avec l'évêque Montluc pour la vérification des comptes des proposés au service des vivres en Daupbiné.

Cujas venait, le 23 mars 1 574, de renouveler son traité avec les Valentinois et de s'engager par serment à « lire » à Valence pendant cinq années à dater du 1" oct., lorsque, tout-à-coup, au commencement de l'été de 1 575, cédant aux instances des Berruyers qui lui firent faire des propositions par Jean Jaupitre (1), enquêteur pour le roi en Berry et scribe de l'université, il partit précipitamment pour Bourges, après

(1) Nous ifooroni si ce Jaupitre professa la religion protesUDie. Noos savons seulemeat qae des m<^mbre8 de eeiu famille appartieo* neut à l'Église réformée , comme Marguerite Jaupitre, femme du ministre apostat Am0iMii^ qui se sanva k Genètt (ArtMv, gén. B. 3373), après râbjuntion de mb aiari^

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avoir signé, le 28 mai 4 575, un autre traité, qui, on doit le dire, ne lui offrait presque aucun avantnjro sous le rapport pécuniaire. Quelle put donc être la cause de cette détermination subite?

Ne devrait-on pas la chercher peut-être dans les intrigues amoureuses de sa femme qui, au rapport de Doneau, mena une vie peu régulière?

A peine arrivé à Bourges, notre célèbre professeur se vit exposé à de nouvelles tribulations. Par la trêve qui précéda la Paix de Monsieur, cette ville fut cédée comme place de sûreté au duc d^Alençon; mais les habitants refusèrent de lui ouvrir leurs portes. Redoutant les suites de cette désobéissance, Cujas se retira à Paris où, par une honorable exception, on lui permit d'^enseigner le droit civil dont une loi canonique défendait renseignement à l'université de cette ville. A la conclusion de la paix, il retourna à Bourges pour ne plus le quitter, sauf quelques voyages de courte durée à Paris. Ce fut en vain que plusieurs universités lui firent les offres les plus brillantes ; il résista à leurs sollicitations, et il ne céda pas môme à celles du pape Grégoire XIII, qui essaya de l'attirer à Bologne. 11 continua donc à remplir avec zèle les devoirs du professorat à Tuuiversité de Bourges jusqu'en 4 588, qu'affaibli par l'âge, moins encore que par ses travaux excessifs et par la douleur que lui causa la perte de son fils unique , il demanda sa retraite sans pouvoir l'obtenir de Henri III. Ce roi, qui eut au moins le mérite de protéger les savants, ne cessa de témoigner une grande estime à l'illustre jurisconsulte. La mort du duc d'Alenron ayant fait perdre à Cujas une charge de matlre des requêtes que le prince lui avait accordée avec une pension, Henri III lui avait conféré le titre de conseiller au présidial de Bourges ; mais il s'en était défait presque aussitôt. La faveur royale fut toutefois impuissante à garantir Cu^s contre les violences des Ligueurs de Bourges. Ni les certificats de catholicité qu'il s'était fait délivrer pour être

admis à la charge de conseiller au parlement de Grenoble, ni l'exactitude qu'il apportait à suivre tous les exercices du culte catholique, ni le soin avec lequel il évitait d'aborder les questions religieuses et politiques qui ensanglantaient la France, se contentant de répondre à ceux qui l'interrogeaient sur ces matières délicates : Nihil hoc ad edictum praetoris, rien n'avait pu dissiper les soupçons d'hérésie qui planaient depuis longtemps sur lui, en sorte qu'il avait déjà failli, en 4587, être compris dans des poursuites criminelles exercées contre les partisans du roi de Navarre. Ce fut peut-être pour le mettre en demeure de se prononcer ouvertement entre le parti des Guise, champions du catholicisme, et celui de Henri lY, qui passait encore pour le chef des Huguenots, que les Ligueurs le sollicitèrent, après l'assassinat de Henri III, d'écrire en faveur de leur roi; mais Cujas, cette fois, se montra inaccessible à la peur, il résista courageusement et aux promesses et aux menaces. Il eût bien désiré sans doute fuir un pays livré au fanatisme; mais sa maison était comme assiégée et on le surveillait de près. Rien né rébranla dans son refus, pas même une émeute où peu s'en fallut qu'il ne perdît la vie. Ce fut au milieu de ces chr constances terribles qu'il mourut. Malgré sa recommandation de l'enterrer avec la plus grande simplicité, on lui fi t des obsèques magnifiques . Ses restes mortels furent déposés dans le caveau de la chapelle Saint-Denys , qui s'appeUe encore aujourd'hui la chapelle de Cujas. ir avait épousé, en 4557, Madelainê Du lioure^ qui lui donna un fils, nommé Jacques. Ce jeune homme, sur qui reposaient toute son afifection et toutes ses espérances, ayant suivi de près sa mère dans la tombe, en 4584, Cujas, qui désirait vivement un héritier, se remaria, en 4586, avec Gahrieîîe Hervé ; mais il n'eu eut qu'une fille, la fameuse Susiyif c , qui passa sa Tie dans d'étranges désordres et la finit dans la misère.

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Nous Tavons déj^ dit, Cujas est le premier interprète du droit romain; les témoignages à cet égard sont unanimes. La postérité n'a fait que confirmer les éloges de ses contemporains. Le hollandais Paul Montanus le proclamait le prince des jurisconsultes.

L'italien Gravina l'appelait le père de hTraie jurisprudence. L'anglais Arthur Duck affirmait que jamais on ne verrait un jurisconsulte plus illustre et plus saTant, un homme rempli de plus de

Ïrobité et de bonne foi. L'espagnol [exia le qualifiait d'astre le plus éclatant du droit et de la France. Enfin, au jugement de l'allemand Bach, il n'y aralt jamais eu, et il n 'y aurait jamais personne capable, non pas de surpasser, mais même d'égaler sa doctrine et ion mérite. Ces louanges semblent hyperboliques ; elles n'ont pourtant rien d'exagéré. « Rien n'était comparable, dît M. Raynal, à la lucidité de son enseignement, à la profondeur de son exégèse, à la sûreté de ses décisions.

8a mission scientifique fut d'accomplir Finterprétation du droit romain, ébau- Âée par Âlciat, continuée par Baron et Dua/ren à l'université de Bourges. Il comprit de bonne heure que pour consommer une œuvre si difficile, il devait s*en tenir i une sévère et patiente analyse des éléments dont se composaient les grands recueils de Justinien, en corriger scrupuleusement les textes, et les éclairer, non-seulement par la méditation, mais encore par une connaissance approfondie de l'histoire et de la littérature romaine ; que le temps de la synthèse n'était pas encore venu; qu'avant d'arriver aux théories abstraites et systématiques, il fallait épuiser les études de détail, et conualtre à fond toutes les parties , avant d'essayer de reconstruire l'ensemble.

« Duaren, son collègue et son rival à l'université de Bourges, fut plus audacieux : génie synthétique et génénlisateur, il voulut de prime abord tenter la théorie de toutes les matières de droit... Mais, ajoute M. Raynal, il Oit permis de le croire, la méthode et

les trayaux de Cujas firent faire à la science un progrès plus sensible et plus réel. Il rendit vulgaire ou du moins accessible à tous la sagesse profonde do ces jurisconsultes de Rome qui avaient porté dans l'étude du droit les inspirations de la philosophie stoïcienne et les principes de l'équité la plus pure. Ses explications passèrent dans les éditions usuelles du Corpus juris, et quand le jurisconsulte qui a préparé la rédaction de nos Codes, Pothier, voulut chbisir ses guides, il adopta Cujas pour le droit romain, comme il avait adopté Du Moulin pour le droit national; il s'inspira de son esprit, il emprunta ses décisions ; aussi on a pu dire avec raison que pour toutes les dispositions d'origine romaine, Cujas a dirigé à leur insu les auteurs de la législation nouvelle. »

Ce n'est pas une petite gloire pour l'Eglise protestante que d'avoir compté parmi les sectateurs de ses doctrines, non-seulement Cujas et Du Moulin, ces deux flambeaux de la législation française, mais Coras, Duaren, Doneau, Baudouin, Hotman et tant d'autres dont les savants travaux n'ont pas médiocrement contribué non plus ^ tirer la science du droit du chaos où l'avait plongée le moyen-âge. Tous ces illustres professeurs, tous ces profonds jurisconsultes étaient protestants, tous se séparèrent plus ou moins ouvertement de l'Eglise romaine. Nous n'ignorons pas que Bériat-Saint-Prix écrivait, en 1 8314 : « La religion de Cujas est encore un problème que nous ne nous flattons pas de résoudre. • Pour nous, le problème est tout résolu; aussi n'avons-nous pas hésité à donner à Cujas une place dans notre ouvrage.

En 1561, le 27 déc, Cujas, alors à Bourges, écrivait à Antoine Dorsannc ou Dorsaine^ lieutenant-général à Issoudun et un des premiers partisans de la Réforme dans cette ville {Voy. I., p. 436), qu'il regrettait vivement de ne pouvoir se rendre à Issoudun pour entendre prêcher /oCj^v^iSjpt/ame, « os

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iliud probum pietalis plenissimum , de M. de Passy, qui nunc solus tolâGalliâ celebralnr, cui si nunc parera, vel adsimilem Me haberemus, meliùs nobiscum agerelur. » N'esl-il pas évident qu'un protestant seul pouvait former un pareil vœu?

Dans une autre lettre, datée du 45 mai 1 562, Cujas se plaint que les canons de Zonare, moine grec du xii* siècle, aussi crédule qu'ignorant, ne servent qu'à favoriser l'ambition de PEglise et n'aient rien de la pure et vraie religion chrétienne. Ce n'est point un ennemi de la Réforme qui aurait parlé de la sorte.

Quelque temps après, la guerre ayant fermé les portes de l'université, Cujas va demander une retraite , non pas à un seigneur ou i une ville catholique , et cependant Lyon ou Grenoble lui offrait un refuge assuré, s'il eût professé la religion romaine, mais à Antoine de Crussol, au frère de ce i^ Acier, qui se faisait remarquer parmi tous les chefs huguenots par la fougue impétueuse de son zèle, sinon, comme on l'en a accusé, par ses cruautés envers les prêtres. Cette préférence est, à notre avis, un indice qui, corroboré par une requête des habitants de Grenoble où il est signalé, vers la mOme époque, avec son collègue Bonne foi, comme étant > de prétendue religion, »

ne peut guère laisser de doute sur les véritables sentiments religieux de Cujas, en 4563.

Il est vrai qu'à dater de la Saint- Barthélémy, nous le voyons se faire délivrer des certificats de catholicité par les autorités civiles et ecclésiastiques de Valence ; nous le voyons, en 4 575, prendre la défense de Montluc qui avait sinon justifié, au moins excusé la Saint-Barthélémy; nous le voyons encore, en 4 576 et en 4 587, prononcer deux harangues , l'une sur la confession, l'autre sur la pénitence ; nous le voyons enfin, remplir jusqu'à sa mort, au rapport de Du Verdier, les pratiques de la religion romaine. Mais tout ce qu^on est en droit de conclure

de là, c'est que Cujas, comme beaucoup d'autres, se convertit à l'époque de la Sainl-Barthélemy (4) ; encore pourrait-on faire observer que s'il prit des certificats de catholicité, c'est que de pareils certificats lui étaient indispensables pour être reçu conseiller au parlement de Grenoble ; que s'il défendit Montluc, ce fut en reconnaissance des nombreuses obligations qu'il lui avait, et que d'ailleurs, dans sa réponse à Doneau, il se garda d'attaquer les doctrines de la Réforme, tout en blâmant la conduite des Réformés ; que ses harangues sur la confession et la pénitence furent prononcées comme un devoir imposé, ainsi qu'il a soin de nous l'apprendre lui-même. Reste le témoignage de du Verdier, auquel nous opposerons le testament que Cujas fit à Bourges le jour même de sa mort, et, comme l'a fort bien dit M. Raynal, ce testament tranche toute controverse.

Après avoir recommandé « de l'inhumer sans que l'on fasse ny qu'il y ait aucun convoy, » après avoir défendu de vendre « nul de ses livres à Jésuites, » s'adressant à sa femme et à sa fille : « Fuyez, leur dit-il, l'Antéchrist et les inventions et suppôts d'iceluy qui, sous le nom d'Eglise, gourmaudent, brigandent, corrompent et persécutent la vraye Eglise, de laquelle la pierre fondamentale est J.-Ch. seul, nôtre Sauveur et Seigneur Dieu, et suivez sa sainte parole de point en point, sans y rien ajouter ny diminuer. Dieu soit avec vous et vous conduise aprez cette vie temporelle à l'éternelle par sa seule grâce, comme je le supplie, au nom de Jésus nôtre Sauveur, bientôt me faire jouir d'icelle, prenant

(1) Notre opinion, a ce sujet, est pleinement confirmée par ce passage d*ane leUre de J. G. de Bontieim, publiée dans l'Apparatus lillorariusde Freytag fLeipz., 1752) , sur lequel M. le professeur WaddingtoH a appelé notre attention depuis rimpresslon de cette notice. Le voici: Intcr reliqua verô, qnc [Ramus] habuit, etiam Cujacii scripta re|»erta sunt, qnibus totum se cvangeliciim decla* rat ; iu ut et de vitâ Cujacii sit perieainm.— De Bonheim se trouvait en France à répoqao de la Saiot-Baribélemy.

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gl^e à ses miséricordes et non à mes mérites. » Cal vin lui-même aurait signé ce testament.

II est donc, pour nous, de la deroîère évidence queCujas consenra jusqu'à sa mort des sentiments protestants, mais qu'il les déguisa, depuis 4572, pour ne pas perdre ses emplois, sa fortune, la vie peut-être. Sans doute, comme le fait observer Bériat-Saint- Prix, « une aussi longue dissimulation, fondée sur de tels motifs, est assez peu honorable; » mais Tbistoire n'a pas pour mission de faire des panégyriques. Nous n'avons donc pas besoin « de preuves plus fortes que celles dont on vient de parler, » pour reconnaître que , si l'impétueux Hotman est allé trop loin, en jetant à la face de Cujas répitbète flétrissante de Trilapostata.

Doneau qui te pouvait lire dans le cœur de son adversaire, ne l'a pas calomnié, en affirmant qu'il avait abandonné la religion qu'il professait lors de son premier professorat à Valence, et que Scipion Gentilis, dans son Oraison funèbre de Doneau, lui a reproché avec plus de justice encore d'avoir dissimulé sa religion.

A part cette condamnable hypocrisie et un penchant un peu trop prononcé pour les plaisirs de la table, Cujas était un parfait honnête homme. Ses ennemis les plus acharnés ont seuls pu l'accuser d'avoir enrichi sa bibliothèque par le vol et d'avoir tenté le rapt d'une religieuse. Plein d'affabilité et de bonhomie, il était surtout un véritable père pour ses élèves, à qui il rendait tous les services possibles, leur communiquant libéralement les livres de sa belle bibliothèque, les attirant chez lui, leur prêtant même de l'argent, et restant leur ami sincère lorsqu'ils quittaient Funiversité. Le nombre de ses écrits est très-considérable. Tous se distinguent par la force du raisonnement, la sagacité de la critique, la profondeur de l'érudition ; le style en est clair et élégant, mais quelquefois il s'affranchit des règles de la modération et de la décence. C'était le défaut du temps.

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IfOTIGC BIBLIOGtAPHIQUI.

I. Ulpiani fragmenta cum notis, Tolos., 4554; Paris., 4555, in-8»; 4585, in-4»; Venet., 4584, in-4*; Colon., 4 592, in-S*; Lugd., 4593 et 4640, in-4v— Publié, à l'insu de Cujas, par son disciple Jean Amariton dans le but de faire honte aux Toulousains de leur injustice envers leur compatriote.

II. Nota ad libros IV Institut, Justiniani, Paris., 4556. Ce sont les Notas prières, publ. sans texte et réimp. à Cologne, 4556, in-8*. Les Notas posteriores parurent à Paris, 4585, in-8*.

Les Scholiae furent publiées pour la première fois dans l'édit. des Opéra Cujacii, donnée par Fabrot à Paris,

m. Observationum et emendationum lihri XXVIII, 4556-4595.— Cet ouvrage, que de Thou qualifie de divinum opus^ est le meilleur de tous ceux de Cujas ; il n'a pas encore été surpassé. Les livres I-II furent imp. à Paris, 1556; liv. III, 4 557; liv. iV, Lyon, 4 559; liv.V, 4562; liv.VI-VIII, 4564; liv. IX-XI, 4 570; liv.XII-XIV, 4573; liv. XV-XVII, Paris, 4577; liv. XVIII-XX, 4579; liv. XXI-XXIV.

4585. Les quatre derniers livres furent publiés par PithoUy à qui Cujas avait confié ce soin par son testament. Ueineccius a réimp. cet ouvrage (Halle, 4737, in-4') , en y joignant une Préface.

IV. Inierpretationes in JuL Pauli receptamm sententiarum libros V, Paris., 4 558, in-4°; Colon.,4578,8».

Y. Commentariain quosdam Pandectarum titulos. — Les travaux de Cujas sur les Pandectes comprennent :

Ex libro XLI Digestorum, Lugd. , 4559. — In titxdum ùigestorum de verborum obligationibus et de diversis temporum prascriptionibiis, Lugd., 4562. — In titulos de excusatio7iibuSj etc., Lugd., 4 564. — In titulum de origine juris ^ Paris., 4585. Ces quatre commentaires ont seuls été publiés du vivant de l'auteur.

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Les suivants Tont été d'après les cahiers de ses élèves : PrœUctiones in titulwH de diversis regulis juris antiqui, Basil., 4594. — Comment, ad Ut, de verborum signification^ ^5, Francof., 4595. — Becitationes in tit, 'de adqvirendâ vel amittendâ possesHone^ Spir., 4595. — Récit, in tit. de jnstitiâ et jure, Spir., 4 595. — Récit, in vârios Digestorum tituïos : de juridictione , etc., Francof., 4596. — Récit, in tit. de sponsalibus, etc., Francof., 4598. — Récit, in tit, de appeîlationibus, Francof., 4 600. — Récit, in tit. de in jus vocando, etc., imp. pour la V* fois dans l'édition des ŒnTres de Cujas donnée à Paris en 4658.

VI. De diversis temporum pra-* scriptionibus et terminis Tcpayfwcfela, Lugd., 4562,in-foi. avecles deux suivants :

VI!. Liber Eustathii Antecessoris de temporalibus intervallis à momento usque ad centum annis grœcl et latin}, interprète Joanne Leujielavio,

VIII. Commeniarii ad très postremos libros Coiicw; réimp. à' Cologne. 459î,in-8*.

IX. De Feudis libri V et in eos commeniarii, Lugd., 4 566, in-fol.

ou in-8» ; Col., 4 592, in-8V — Le 4 •' livre comprend Touvrage de Gérard us Niger; le V et le 3% celui d'Oberlus ab Orto; le 4% les Capitula extraordinaria recueillis par d'Ardizo et Alviirotus; le 5*, les Constitutions impériales.

X. Codicis Theodosiani libri XVI cum tariis Notellis Cujacii et aliorum, Lugd., 4 566; Col., 4570, in-8»; Paris., 4 586, in-fol.

XI. Traduction du LA'" livre des Basiliques, Lyon, 4 566, in-fol. — Après sa mort, Labbe publia la trad.

des livTes XXXVIII et XXXIX des Basiliques, d'après le msc. original de Cujas qui fait partie de la Collect. BaluzeO^aris, 4 609, in-fol.).

XII. Expositio Novellarum Conititutiontm Jvstiniani,Co\tiïï,^ 4 569,

in-8» ; réimp. avec le N* XIIl el les livres IX-XI des Observations [Lugd.] , 4570, in-fol.

XIII . Paratitla in libros L Digestorum, Lugd., 4570; Paris., 4576 et 4654, in-42; Col., 4b77 et 45S8, in-8»; Francof, 4615, in-8*; Aurel,, 4 625, in-8v — On a imp. à Francfort, 4598, in-8% Commentar. in libros L Digestorum.

XIV. Ad Africanum Traetatus l'IV, Lugd., 4570, in-fol.— Tràet.

VI'IX, Lugd., 4 573 ; les deux parties. Colon., 4 588, in-8».

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